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Histoire de voyager : « Aux frontières de l’Europe », de Paolo Rumiz

« Sur le lac Onega, raboté par le vent, l’hydroptère avance vers le sud-ouest au milieu d’un archipel sauvage où l’on ne voit aucune route ; un endroit où seule la barque paraît être le moyen de transport raisonnable et où il n’y a que les toits en bulbe des églises de bois, que rougit le soleil bas au milieu des bouleaux, pour me dire que je ne suis pas au Québec, mais en Russie, tout près de la Finlande. La Carélie, terre des hommes libres de toute frontière, terre de paysans, d’aèdes et de maîtres bûcherons exemptés depuis des siècles de la servitude de la glèbe, parce qu’ils sont les défenseurs efficaces de la sainte Russie. » (p.151)

A la recherche de l’âme de l’Europe, l’écrivain et journaliste italien Paolo Rumiz nous mène sur les traces de ses pérégrinations, le long de la frontière orientale de l’Union Européenne. En 2008, avec sa compagne photographe Monika, l’auteur entreprend un voyage vertical de six mille kilomètres en trente-trois jours de Rovaniemi en Laponie finlandaise jusqu’à Odessa en Ukraine, en passant par Saint-Pétersbourg, Vilnius ou encore Kaliningrad. Aux confins de l’Europe de l’est, les deux voyageurs appréhendent alors un monde encore protégé de l’occidentalisation et de ses artifices.

Paolo Rumiz est un enfant de la frontière. Né à Trieste en 1947, ville italienne aux bornes de la Slovénie, l’auteur attache une grande importance à la notion complexe de frontière : l’Union Européenne, une frontière décidée par l’homme, laisse des peuples dans l’ombre gommés par les Etats modernes. La pluralité des cultures, des traditions, des langues, des populations ainsi que la force du passé des pays révèlent un continent fragmenté entre l’orient et l’occident, mais unique par son Histoire.

A pied, en autobus, en train ou en péniche, Paolo Rumiz sillonne la frontière de part et d’autre, muni d’un sac à dos de six kilos et de carnets d’écriture, pour approcher au plus près l’âme des minorités slaves de ces contrées lointaines.

Baigné de tendresse et de mélancolie, le récit de voyage de Paolo Rumiz redonne de la grandeur aux peuples et territoires oubliés de la Carélie, de la Polésie ou encore des Carpates. Au fil du parcours, l’auteur et sa compagne rencontrent des milliers de visages et entendent des milliers d’histoires. Les conséquences du passé hantent les mémoires. Dans les pays ex-communistes, les minorités ethniques et religieuses ont été marquées par les guerres, les politiques totalitaires du siècle précédent. Mais la foi et la bonté des habitants rencontrés procurent une extrême intensité au récit. Le voyage, selon l’auteur, a été un « bain d’humanité ». En effet, éloignés du monde capitaliste, les peuples slaves vivent en contact étroit avec Dieu et la nature. La terre (« zemlja ») et l’eau (« voda ») sont le leitmotiv de ce périple, négligées du côté occidental.

Paolo Rumiz entame alors une réflexion sur les limites de l’Europe ainsi que sur les bouleversements économiques, politiques et sociaux du continent.

Laura Barbaray

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