Cultiver la terre pour rassembler

« Là, près du thym, on a planté de l’oseille. C’est une herbe aromatique qui peut se manger crue. » Le goût acidulé de l’oseille rappelle celui de la pomme verte. Sous une pluie fine, l’odeur de la terre mouillée se mêle à celle du persil restée sur les mains. Les chaussures terreuses et le sourire aux lèvres, Marie traverse le potager, se penche pour cueillir quelques brins d’herbe à curry, désigne du doigt chaque fruit et légume cultivé.


Une terre partagée

Dans le quartier de Marcouville à Pontoise, au milieu des hauts immeubles blancs délavés, se trouve une terre bien gardée. En 2016, Marie, 43 ans et aide soignante à l’hôpital René Dubos, décide de reprendre le jardin pour en faire un potager. « Le jardin a été laissé en jachère pendant près de deux ans. Nous avons bataillé pour obtenir la confiance de la mairie ». Depuis deux années, Marie et sa petite équipe travaillent ensemble sur le potager de 800m². Un seul mot d’ordre : le partage. « Nous sommes neuf familles. L’idée du potager partagé est la répartition des tâches et la distribution équitable des récoltes » explique Marie. « Chacun apporte ses idées, ses envies et ses semences. Ensuite, on se concerte pour décider sur quelle parcelle de terre nous travaillerons » poursuit-elle. « On vient quand on veut et quand on peut » sourit Dominique, qui dénoue le voile blanc du petit pommier, encore nu. Dominique, retraitée et doyenne du potager, est jardinière depuis toujours. Youssef, jeune peintre en bâtiment de 30 ans, connaît bien le travail de la terre. « C’était le métier de mon père, au Maroc » dit-il. Tous deux guident les novices sur le potager.

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© Laura Barbaray

Apprendre de l’autre

« J’avais envie de mettre les mains dans la terre ». Pour Marie, c’est une toute première expérience. « Je n’avais jamais vu une fleur de pomme de terre, ni pousser des aubergines » confie-t-elle. Son envie d’apprendre et de transmettre ne faiblit pas. « Je souhaite que les enfants de Marcouville puissent découvrir les légumes et les fruits récoltés du jardin. Qu’ils voient les denrées pousser de la graine jusqu’à la maturation. Qu’ils sachent ce qu’ils mangent ». Zeineb, tout juste adhérente au potager, désire apprendre à sa fille le travail de la terre, « récolter du persil, du fenouil comme au bled ».

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© Laura Barbaray

Cet été, la cueillette a été fructueuse. Des tomates cœur de bœuf, jaunes ou allongées, des pommes de terre, des poivrons, des aubergines… Assez pour les voisins. Chaque récolte est riche en surprises. « On a tous des façons de planter différentes » explique Marie. « En Europe, on plante les salades espacées les unes des autres. Youssef les a plantées plus serrées : elles ont poussé en hauteur ! » Grâce à Dominique, Marie a découvert le goût de noisette des potimarrons. Et Youssef la saveur des épinards à la française.

Des projets collectifs

Le quartier de Marcouville bénéficie de financements spéciaux de la mairie qui permettent aux participants de monter des projets, comme celui des quatre arbres fruitiers. « L’année dernière, on a planté un pommier, un prunier, un poirier et un figuier » s’enthousiasment les participants. Encore jeunes et maigrelets, tout le monde a hâte de les voir grandir. Des buttes de permaculture devraient aussi voir le jour, afin d’utiliser moins d’eau.

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© Laura Barbaray

Aider les jeunes du quartier. C’est l’un des projets phares du potager. Avec les éducateurs de l’association Sauvegarde 95, les jeunes ont pu s’initier au jardinage. « Cet été, les ados ont retourné la terre, replanté les framboisiers et construit des étagères », explique Marie. « Ils sont rémunérés, mais l’argent est destiné à financer un projet comme le permis de conduire ou un séjour à l’étranger ». Pour permettre aux aînés de ne pas se faire mal au dos lors de la récolte, les jeunes aménageront l’été prochain des bacs à fraisiers en hauteur.

Une terre fédératrice des différentes générations du quartier, où se côtoient les valeurs du partage et du vivre-ensemble.

En ligne sur la Gazette du Val d’Oise

Une réflexion au sujet de « Cultiver la terre pour rassembler »

  1. Wow!
    Je suis subjuguée !!
    Merci Laura d’avoir choisi notre potager pour faire ton reportage… si joliment écrit et illustré.
    Je suis contente de t’avoir rencontrée, un grand merci à ceux qui nous ont mis en relation.
    A très bientôt de te revoir,
    Marie.
    P.S. Je transmets aux autres familles…

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