Se reconstruire en recyclant

De la vaisselle en cristal qui orne la vitrine, des bibelots anciens sur les étagères, des bacs de vêtements entassés les uns sur les autres. Et des femmes et des hommes, jeunes et moins jeunes, en tablier rouge trient les articles, accueillent et guident les clients à travers l’immense caverne à chiner. Ma Ressourcerie, boutique associative et solidaire de recyclage d’objets dans le 13ème arrondissement à Paris, emploie six salariés en réinsertion professionnelle. Des bénévoles et des stagiaires s’engagent aussi à leurs côtés. Une seconde vie donnée aux objets oubliés mais aussi aux employés, qui connaissent des difficultés à trouver du travail.


« Aider les autres à sortir de la mouise »

« Il faut insérer la bobine dans l’autre sens, sinon le papier ne sort pas de la machine à carte bancaire » indique Sophie Chollet, la directrice de Ma Ressourcerie, à Fouwzia, employée depuis un mois. Quand on pénètre à l’intérieur de la boutique, l’odeur des livres vieillis, des vêtements usés, rappelle les magasins d’antiquaires d’autrefois. Sophie apprend à Fouwzia à encaisser les articles. Depuis son arrivée il y a deux ans, Sophie accompagne chacun des salariés. « J’étais directrice de communication aux affaires de la scolarité pour la Ville de Paris, mais j’en ai eu assez de la politique. Je voulais être sur le terrain » raconte-t-elle. Partager les connaissances, sensibiliser au gaspillage, redonner de l’espoir à ceux qui l’ont perdu. Telle est l’ambition de Sophie. « C’est une véritable entreprise de réinsertion. Les salariés sont formés à tous les postes et apprennent vite. J’ai envie d’aider les autres à sortir de la mouise ». Victimes d’un licenciement ou bien en proie à une addiction comme l’alcool, des anciens salariés de Ma Ressourcerie sont retournés sur le marché du travail. C’est le cas d’Abdelah, 30 ans, désormais en CDI à Roissy en tant qu’agent de piste. « Il avait perdu tous ses repères, sociaux et familiaux. On ne se sent jamais inutile », dit-elle humblement.

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© Ma Ressourcerie

Coup de pouce financier

Au sous-sol, sur un air des Ramones, Marco, 30 ans, trie toute sorte de bibelots dans les bacs, issus de dons. Marco est en contrat aidé depuis deux ans. « J’ai résidé pendant plusieurs années en Normandie à Cherbourg. Seulement, dans le secteur de l’industrie, il n’y a pas de travail », explique-t-il. Alors, à la naissance de son premier enfant, il rejoint Paris pour trouver un emploi. « J’avais besoin de gagner de l’argent. J’aime chiner, le bazar et les brocantes. Et Ma Ressourcerie m’a permis de comprendre qu’une économie collaborative et responsable était possible ». Trouver la pépite rare quand on ouvre un carton. Marco en est devenu l’expert. « Maintenant, j’ai un logement social avec ma femme et mon petit garçon, c’est une autre vie », sourit-il. Il espère obtenir un CDI au terme de son contrat.

A l’étage, Christian, les cheveux grisonnants, trie les livres. Il est en contrat aidé depuis deux mois à Ma Ressourcerie. A 50 ans, il est musicien professionnel et a longtemps travaillé pour des maisons de disques. Mais avec l’arrivée du streaming, il s’est « cassé la gueule ». « Je faisais partie de ceux qui gagnaient entre 5000 et 8000 par mois. Mais aujourd’hui, je ne vis plus de ma musique ». Il ne perçoit plus les droits d’auteur des musiques qu’il a composé pour des publicités. A ce jour, Christian a retrouvé une situation financière stable.

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© Ma Ressourcerie

Retrouver un lien social

Des rires, de la bonne humeur et du contact humain au milieu du bazar de Ma Ressourcerie. « Je suis contente d’aller au travail » sourit Soso, derrière ses lunettes. Vendeuse dans la boutique depuis six mois, elle était en recherche d’emploi dans le secteur de l’audiovisuel. « Il n’y a plus d’emploi pour une femme de 51 ans dans l’audiovisuel. C’est un domaine qui évolue trop vite » évoque-t-elle. A Ma Ressourcerie, Soso se sent apaisée. « Tout le monde s’apprécie, on est utile, on n’est pas qu’un numéro de CAF » dit-elle avec conviction. En tissant des liens affectifs avec ses collègues et les clients, Soso reprend confiance en elle.

Marco, lui, a appris à travailler en équipe. « J’ai toujours exercé des métiers très solitaires, comme graveur sur pierre par exemple. Aujourd’hui, j’ai trouvé ma place et j’aime quand ça bouge », sourit-il. Et il n’a pas envie de partir de sitôt.

Au sein d’un cadre chaleureux, les salariés en réinsertion professionnelle retrouvent une légitimité dans leur travail. Recycler les objets pour se recycler soi-même. Tel pourrait être le proverbe de Ma Ressourcerie.

Laura Barbaray

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