L’art du GIF, quand le graffiti s’anime sur nos écrans

Impossible de passer à côté de cette nouvelle tendance artistique. Il suffit de scroller son fil d’actualité sur les réseaux sociaux pour être interpellé. Depuis quelques années, des œuvres de street-artistes du monde entier s’animent sur les écrans des smartphones… En boucle. Les collages de Levallet, les personnages enfantins de Dran, ou plus récemment la « Petite Fille au Ballon Rouge » de Bansky, ces œuvres, éphémères et fixes, changent notre regard sur le paysage urbain en prenant soudainement vie. Le format GIF (Graphics Interchange Format), kitsch et ringard à une époque, est largement adopté par ceux qui détournent les peintures murales, pour favoriser le partage sur les réseaux sociaux. Le GIF deviendrait-il un art à part entière ?

« Light » de Sr. X, animé par A.L Crego – © A.L Crego

Street-art 2.0

Des yeux qui s’ouvrent et qui se ferment, des personnages qui se déplacent, des lumières qui s’allument. Les artistes digitaux ou « motion designers » s’emparent des murs pour les rendre vivants et raconter une nouvelle histoire. Parmi eux, deux noms reviennent souvent sur nos écrans : l’Espagnol Adrián López Crego (A.L Crego) et le Serbe ABVH. Entre photographe et vidéo, le procédé qu’ils utilisent se nomme « cinemagraph » et permet d’animer seulement une partie des éléments d’une photo en boucle, avec finesse et subtilité. Inventé par le photographe Jamie Beck et Kevin Burg, motion designer,  le cinemagraph leur a permis d’animer leurs photos de mode lors de la Fashion Week début 2011. Le cinemegraph est alors devenu une pratique artistique pour A.L Crego et ABVH. « Quand j’ai conçu [les GIFs], je me suis dit que c’était comme animer ‘les murs de l’internet’. Je ne peux pas les faire bouger dans la rue, mais dans l’espace virtuel je peux leur donner un autre sens. » rapportait A.L Crego au journal l’Obs en 2014.

Levallet, par ABVH – © ABVH

Depuis peu, Google explore aussi ces nouvelles possibilités d’animation en ligne. En 2014, le géant américain s’associe à la galerie Saatchi de Londres pour proposer le concours Motion Photography Prize, donnant à voir les meilleures photographies en mouvement sous format GIF. Aussi, dans le cadre de son projet « Google Art & Culture », Google nous fait découvrir des œuvres urbaines animées, comme celles des artistes INSA et Cheko. L’ambition encyclopédique de Google ne se limite pas à répertorier tous les lieux de street-art du monde, mais propose aussi une nouvelle expérience aux internautes.

Explorer un champ des possibles

Il faut l’admettre, le format GIF s’adapte parfaitement aux logiques du web, et plus particulièrement des réseaux sociaux. Concis, efficace, esthétique, le GIF sait accrocher notre attention. Léger en terme de volume, il se partage facilement via les messageries instantanées. Ce format de la photo animée a été inventé en 1987 par CompuServe, l’un des grands fournisseurs de services en ligne américains. Symbole du kitsch des années 1990 – dont les messages d’anniversaire clignotants de toutes les couleurs sont un exemple évocateur –, le GIF connaît un regain d’intérêt depuis quelques années, notamment grâce à la technique du cinemagraph. Aujourd’hui, on utilise les GIFs pour traduire en image une réaction ou exprimer un sentiment. Se déchargeant des mots, le GIF peut même avoir une valeur de commentaire. Les images sont dotées d’une puissance capable de susciter notre engagement et notre imagination.

Sam3, animé par A.L Crego – © A.L Crego

En effet, Internet s’envisage comme un nouvel espace, où le champ des possibles est décuplé. Entre image fixe et image en mouvement, le GIF devient alors un terrain de jeu pour explorer les possibilités du genre et créer des séquences surprenantes, poétiques, hypnotiques… Absorbé dans un cadre qui tourne en boucle, notre regard ne veut pas en sortir.

En somme, le GIF est en adéquation avec nos modes de consommation culturelle contemporains.

Les codes du graffiti bousculés ?

Évidemment, cette nouvelle tendance du street art animé interroge le codes traditionnels du mouvement, qui repose principalement sur l’aspect éphémère. Sommes-nous face à une nouvelle forme d’art urbain sur un support digital ? La technique du motion design pérennise les œuvres murales vouées à la disparition. Ces images en mouvement convoquent un effet de réel augmenté, qui semble aller au-delà des frontières de l’art. Devant un personnage qui fait tourner son parapluie ou bien des fenêtres qui se déplacent, on s’abandonne à la rêverie. Mais une fois devant les vraies œuvres, le vrai mur, est-on encore libre d’imaginer notre propre histoire ?

Si les GIFs interrogent les codes traditionnels du street art, ils sont une manière pour les artistes numériques de continuer l’œuvre et de se l’approprier de façon active pour réinventer l’espace urbain. Le GIF peut aussi devenir une critique de l’œuvre originale. Par exemple, A.L Crego a récemment repris le tableau autodétruit de Bansky, la « Petite Fille au Ballon Rouge ». Passé à la broyeuse, le tableau se transforme en billets de banque. Un moyen de dénoncer la montée en valeur du tableau et la marchandisation de l’art ? Autonome, le GIF semble devenir une œuvre. Alors, doit-on redéfinir l’art urbain en intégrant la dimension numérique ?

« La Petite Fille au Ballon Rouge » de Bansky, animé par A.L Crego – 
© A.L Crego

Sources

Article à retrouver sur Urban Art Paris et Kulturiste (CELSA).

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