« Le Mobilier d’architectes, 1960-2020 », objets quotidiens et oeuvres d’art

Une chaise en fibre de noix de coco, moulée sous forme de gros nœuds enchevêtrés, trouve sa place dans la collection des peintures murales. Plus loin, un luminaire pâle aux allures d’une soucoupe volante flotte parmi les immenses moulages de plâtre, dans un silence religieux. Jusqu’au 30 septembre 2019, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine met à l’honneur le mobilier d’architectes de ces soixante dernières années, à travers un parcours chronologique et thématique en plein cœur du musée. L’exposition « Le Mobilier d’architectes, 1960-2020 » propose alors une réflexion sur l’approche mobilière des architectes et la spécificité de leur création dans le domaine du design.


The Coir Chair – Daniel WIDRIG et Guan LEE

Des architectes designers ?

« Je suis un architecte qui fait du design », disait Jean Nouvel à l’occasion de son exposition « Jean Nouvel, mes meubles d’architecte. Sens et essence », au musée des Arts Décoratifs en 2017. Quelle est la spécificité des architectes dans la création d’objets domestiques, par rapport aux designers ? C’est ce qu’interroge l’exposition « Le Mobilier d’architectes, 1960-2020 » à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, à travers plus de 250 pièces uniques. Souvent assimilés aux bâtisseurs de l’espace urbain, – on doit à Jean Nouvel l’impressionnant musée du Louvre Abu Dhabi, à Renzo Piano l’actuel Tribunal de Paris, ou encore à Zaha Hadid l’Opéra de Canton en Chine – les architectes sont généralement méconnus pour leur création mobilière. « Un meuble est une petite architecture », poursuivait Jean Nouvel. Période charnière, les années 1960 ont été marquées par une intense créativité architecturale. Après l’urgence de la reconstruction post Seconde Guerre mondiale, un mouvement de liberté et de rejet de codes traditionnels propulse l’art de bâtir vers de nouvelles recherches de formes, de matières, de couleurs et de lumières, pour valoriser l’espace domestique. Le mobilier devient le support d’expression des revendications des architectes : radicalisme, post-modernisme, déconstructivisme, digital… Libre, l’architecte affirme ses engagements, ce qui le distingue du designer industriel. Les différents courants de l’architecture mobilière sont mis à l’honneur avec 120 architectes et éditeurs exposés tels que Joe Colombo, Le Corbusier, Ron Arad, Zaha Hadid, Jean Nouvel, Franck Gehry, Greg Lynn et bien d’autres.

Galerie des moulages

Un terrain d’expérimentation esthétique

Des fauteuils en acier ou en carbone, aux formes revisitées, des étagères coniques, des services à thé aux matériaux hybrides… L’exposition révèle la richesse et la diversité de la production mobilière depuis les années 1960. Tout au long du parcours, on saisit les engagements des architectes, propices à une liberté esthétique.

Démocratiser les objets d’art fait partie des revendications profondes des architectes. Par exemple, l’architecte italien Aldo Rossi collabore avec l’entreprise Alessi, qui prône un « art multiplié », accessible à tous à des prix abordables. Ainsi, Aldo Rossi conçoit le service à thé « Tea & Coffee Piazza » (argent, quartz, verre, laiton, métal noir) en 1983.

D’autres architectes, comme Odile Decq, font dialoguer la matière des objets avec les corps. Pour elle, le mouvement est énergie, les corps doivent ressentir son approche spatiale caractérisée par des contrastes et des surprises visuelles. Son luminaire « Suspension Soleil Noir » donne une vision poétique et futuriste de l’espace : la lumière diffusée est indirecte, ce qui procure une sensation de confort pour les corps à proximité.

L’exposition présente également les créations japonaises et brésiliennes, avec notamment les pièces de Lina Bo Bardi ou Ettore Sttosass (Brésil), Kazuyo Sejima ou Junya Ishigami (Japon). Entre harmonie et légèreté japonaises, entre matières organiques et abstraction brésilienne, le visiteur saisit les influences des architectes européens, puisées au cœur de ces deux pays d’une intense créativité architecturale.

Interroger l’espace du quotidien

« Questionnez vos petites cuillères », écrivait Georges Perec dans son ouvrage L’infra-ordinaire. Comme anesthésiés par nos habitudes journalières, nous avons intégré nos espaces quotidiens : notre maison, notre chambre, notre lieu de travail. Ces lieux ne disent rien, puisque ce qui nous parle c’est le sensationnel, l’extraordinaire, selon l’auteur. Le projet de Georges Perec entend interroger la futilité des gestes quotidiens pour saisir l’essentiel et faire surgir l’étonnement. Et si le parcours de l’exposition « Le Mobilier d’architectes » incitait à interroger les espaces et les objets qui composent notre quotidien ? À reconsidérer notre espace domestique ? Le mobilier de l’architecte ne serait-il pas un moyen de repenser nos manières de table, de vivre ?

Finalement, quoi de plus banal qu’un fauteuil, qu’un luminaire ou encore qu’une tasse à café ? L’exposition présente l’architecte comme un éternel « chercheur », toujours en quête de renouveau. Renouveler notre assise dans le fauteuil, renouveler la lueur diffusée par le luminaire, renouveler la manière de boire le thé. L’architecte souhaite surprendre en valorisant notre cadre de vie. L’objet décoratif devient alors l’extension quotidienne de sa pratique.

Au cœur de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, le visiteur déambule à travers les galeries du musées, découvre les collections du musée tout en repensant son propre espace de l’intime.

Sources :

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