Expos

Itchi, le collagiste parisien d’un autre temps

« Le collage est la reconnaissance par le peintre de l’inimitable, et le point de départ d’une organisation de la peinture à partir de ce que le peintre renonce à imiter, une affiche, une boîte d’allumettes, qu’importe. » (Louis Aragon)

Vendredi 8 septembre 2017. Paris sous la pluie. La capitale n’est que plus embellie par la vue spectaculaire surplombant les célèbres toits parisiens. Au loin, la tour Eiffel triomphe telle une reine. Le collagiste Itchi, collectionneur passionné, m’accueille dans son atelier, une petite chambre de bonne perchée au sixième étage d’un immeuble montmartrois.

Rencontré au vernissage privé de Noty Aroz en juin dernier, Itchi me fait entrer dans son univers onirique des années passées.

Itchi, tu portes un nom d’artiste bien original. D’où vient-il ?

Je m’appelle Sacha, et Itchi est un dérivé. Mes amis m’appelaient Sachi, et puis avec le temps c’est devenu Itchi. C’est également un clin d’œil à Itchy & Scratchy dans les Simpson.

Quel a été ton parcours afin de trouver une place dans le monde de l’art ?

J’ai fait une école d’arts appliqués, l’ISAA à Paris. A l’origine je suis graphiste. Avec deux amis, nous avons monté un collectif qui s’appelle les « Mégalos ». On n’avait pas du tout d’expérience, alors se lancer en tant que graphistes indépendants s’avérait difficile pour trouver du travail.

De ce fait, j’ai eu pas mal de temps libre. J’ai développé différentes techniques et des projets personnels. Je me suis aperçu que le collage plaisait plutôt bien, j’ai réalisé un ou deux projets d’illustration. Puis, petit à petit j’ai découvert toute une communauté de collagistes dont je me suis inspiré. J’ai appris aussi que les sources des images pour faire les collages étaient importantes. Alors j’ai commencé à récupérer des vieux magazines, je m’y suis vite pris au jeu ! Au fur et à mesure je postais mes créations sur Flickr, l’instagram des années 2000. Des groupes de collagistes postaient également leurs œuvres, ce qui a créé une communauté.

Ainsi, j’ai débuté dans le monde de l’art en m’éloignant du travail de design graphique pur et en développant un univers personnel. Tous mes travaux sont désormais autour du collage.

En constituant un petit réseau, via le bouche à oreille ou via les réseaux sociaux, je réponds à des commandes essentiellement pour la presse ou des galeries. Le plus gros travail que j’ai élaboré, c’était l’année dernière pour l’hôtel Renaissance Paris République qui souhaitait une décoration dans l’esprit des années 1950-60. J’ai fait une quarantaine de collages qui décorent les couloirs, les chambres et la salle de restaurant. J’ai été contacté par la plateforme Balibart qui proposait à l’époque des tirages d’illustrateurs en édition limitée. Désormais, on peut créer notre « shop » nous-même. Dans mon cas, ils ont joué le rôle d’agent.

J’ai aussi réalisé des illustrations pour un article du magazine L’instant Parisien, et une affiche d’un film croate indépendant « Happily Ever After ».

Dans tes œuvres, tu utilises des images anciennes, souvent tirées de vieux journaux. Quelle est ta démarche artistique ? Peux-tu nous expliquer le processus de création de tes œuvres ?

Le processus de création est toujours le même : fouiller dans les magazines. Je commence à avoir une grosse collection ! Je m’oriente plutôt vers les magazines de mode, de cinéma, de reportages comme Paris Match. Je les trouve sur e-Bay, Le Bon Coin, ou lors de vide-greniers. En ce qui concerne mon travail personnel, l’idée est de parcourir les magazines sans chercher quelque chose de précis. Ce sont les images qui vont me plaire. Ensuite, je construis l’œuvre autour d’une photo, d’une image qui m’a interpellé. En revanche, le procédé est différent pour les commandes : je cherche des images bien particulières. Il m’arrive parfois de mixer les matériaux, par exemple la peinture, les pastels, le calque…

Ma démarche artistique consiste à replacer des images anciennes peu connues dans mon univers et leur redonner une touche de modernité.

Si tu devais choisir une œuvre parmi tes collages, laquelle serait-elle ?

Le collage qui pourrait représenter le plus mon travail, ce serait celui utilisé pour ma première exposition en 2015. Il se nomme « Hang Time ». En basket « hang time » c’est le temps où l’on est en l’air et en anglais « hang » signifie « accrocher ». Pour ma première exposition solo, c’était le moment d’accrocher mes œuvres ! Le jeu de mot s’y prêtait bien. On peut penser aussi au temps suspendu : prendre des images d’un ancien temps pour les réutiliser aujourd’hui.

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Hang Time – Itchi

Tes œuvres font penser à des photomontages, que l’on peut réaliser aujourd’hui avec des logiciels informatiques. Selon toi, quelle est la finalité d’utiliser des vieux souvenirs, des photos anciennes avec la technique du collage ?

J’aime le travail à la main pour le rendu visuel. J’aime sentir les textures, froisser le papier. Évidemment, on peut le faire par ordinateur mais ça ne sera jamais la même sensation. En revanche je ne suis pas contre les montages digitaux. Par exemple, un artiste que j’admire et qui m’a donné envie de faire du collage, Julien Pacaud, réalise du collage numérique. Le rendu est superbe.

Pour moi, le travail à la main me permet d’avoir une vue d’ensemble. Cependant, j’ai réalisé des images mixtes : par exemple, je colle à la main des photos et ensuite je vais rajouter certains éléments à l’ordinateur comme des traits, pour ajouter un côté graphique et géométrique.

Tes œuvres semblent inspirées des mouvements dadaïste et surréaliste par la juxtaposition des formes géométriques. On peut citer le dadaïste Raoul Hausmann avec ses photomontages ou encore le surréaliste Max Ernst. Revendiques-tu également une liberté d’expression en jouant avec la matière ? Souhaites-tu créer un nouveau langage artistique en créant de nouvelles associations visuelles ?

Il y a beaucoup de liberté dans ma démarche artistique, je n’ai jamais une idée préconçue. En effet, les magazines des années 1950-60 rappellent ces mouvements. Je m’inspire aussi des constructivistes russes des années 1920 dont la tendance artistique se concentre sur la composition géométrique rigoureuse.

Je mixe les oppositions ancien/moderne, deux univers qui s’unissent. Ces associations visuelles peuvent constituer un langage artistique dans le sens où ma démarche consiste à faire revivre des images anciennes, à les intégrer à notre époque.

Peut-on définir ton œuvre de « poétique » ?

La notion de hasard, au cœur de ma démarche, peut faire penser au cadavre exquis. Des associations visuelles vont construire un univers onirique. L’image, ses couleurs, son aspect esthétique me guident. Le but est de sortir les clichés de leur contexte. Les images que je choisis sont parfois nostalgiques et rappellent une époque lointaine, à laquelle on rêve souvent. Si je peux faire voyager les gens le temps d’une image, mon pari est réussi !

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Untitled – Itchi

Je souhaiterais revenir sur ta collaboration avec Noty Aroz. Quelle a été ton interprétation du personnage « El Murciélago » ?

Lorsque Noty Aroz m’ont contacté, je ne connaissais pas parfaitement leur univers. Je n’ai pas pensé à une interprétation particulière du personnage. Le principe était d’appliquer mon ambiance sur leur personnage. J’ai réalisé deux collaborations avec eux. L’objectif de la collaboration était la contrainte d’une nouvelle technique : le grand format. Cependant, sur la première collaboration, j’ai gardé des éléments de leur univers : les fleurs et le signe de Batman. Sur la deuxième, j’ai davantage pensé à la pièce, au format, j’ai donc pu mieux l’appréhender.

Envisages-tu des collaborations avec d’autres artistes ?

Le sujet a été évoqué avec le street-artist J3 qui réalise des labyrinthes à la craie dans Paris. Je ne travaille pas dans la rue, mais cela me plairait d’essayer. C’est un véritable travail d’agrandissement. Autrement, je collabore avec des collagistes allemands ou encore colombiens par correspondance. J’envoie le début d’un collage, ils le complètent, et inversement. Les résultats sont surprenants et vraiment sympas. C’est une sorte de cadavre exquis encore une fois.

Que t’évoque le street-art ?

Le street-art m’a véritablement incité à me lancer dans la création artistique en observant mes amis taguer dans la rue. C’est un art accessible à tous. Selon moi, le street-art met à disposition un même lieu : l’univers urbain. Dans cet univers unique, la création est florissante et variée, chacun apporte ses compétences. On ne voit jamais la même chose.

As-tu des expositions de prévues ou en cours ?

Depuis le 26 septembre, je fais une expo-vente à Gambetta avec plusieurs artistes, jusqu’au 1er octobre. En janvier 2018 en Belgique, une exposition collective dédiée au collage est prévue, jusqu’au mois de mai. En février 2018 à Paris, une exposition également consacrée au collage se tiendra à la galerie 3F à Abbesses. Enfin, en décembre 2018 à Montpellier, se déroulera une exposition en collaboration avec un artiste dont j’ignore l’identité pour le moment.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

J’aimerais réaliser un livre qui regrouperait l’évolution de ma démarche, mais je n’ai pas encore d’idées bien précises. Et pourquoi pas réussir à consacrer 100% de mon temps à des projets personnels ! Cela fait également partie de mes aspirations pour l’avenir.

« L’irrationnel est la plus noble conquête du collage » (Max Ernst)

Suivez Itchi sur Facebook et Instagram.

Retrouvez cet article sur Urban Art Paris.

Laura Barbaray

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Lectures

La parole des femmes : « Chinoises », de Xinran

« La Chine a une très longue histoire derrière elle, mais cela fait très peu de temps que les femmes ont pu devenir elles-mêmes et que les hommes ont commencé à les connaître vraiment.

Dans les années 1930, tandis que les femmes en Europe réclamaient déjà l’égalité entre les sexes, les Chinoises commençaient à peine à défier une société dominée par les hommes, refusaient qu’on leur bande les pieds ou que leur aînés arrangent des mariages pour elles. Mais elles ne savaient pas encore en quoi consistaient les responsabilités et les droits des femmes ; elles ne savaient pas comment s’y prendre pour se forger un monde à elles. Elles cherchaient à tâtons des réponses dans l’espace confiné qui leur était réservé, et dans un pays où toute éducation était proscrite par le Parti. L’effet que cela a produit sur la jeune génération est inquiétant. Pour survivre dans un monde hostile, de nombreuses jeunes femmes ont dû adopter la carapace endurcie de Jin Shuai et réprimer leurs émotions. » (p.75)

Ce livre n’est pas un roman. C’est le recueil de témoignages de femmes qui ont vécu en Chine durant les années 1940 jusqu’à la fin des années 1980. Dans cette nouvelle chronique, j’aimerais vous présenter Chinoises (2003) de Xinran, ou l’ouvrage bouleversant qui rompt le silence d’une Chine plongée dans l’oubli.

Sous le gouvernement du Parti, la vie des Chinoises est on ne peut plus brisée, niée par la société masculine qui règne sur l’Empire du Milieu. La Révolution culturelle de Mao Zedong appelle la jeunesse, révolutionnaire et en quête de renouveau, à renverser la hiérarchie. A cette époque, tous se réclament de la pensée de Mao. Le Parti dirige, contrôle et pense à la place des individus. Mao souhaite construire un homme fort. Aussi, le poids de la tradition chinoise – seul l’individu de sexe masculin est estimé au sein d’une famille – maintient les femmes dans une position d’asservissement le plus total. Soumises au père, aux aînés, au mari, les femmes sont traitées comme de vulgaires « choses » que l’on « utilise ».

Dans les années 1990, Xinran, journaliste dans une radio chinoise, a parcouru la Chine de long en large pour écouter ces femmes abandonnées et pour tenter de comprendre de quels maux avaient-elles souffert. En les invitant à parler d’elles-mêmes, à se confier, Xinran lève le voile sur les conditions de vie des femmes à cette époque. Pendant huit années, l’auteure a présenté ces histoires uniques lors de son émission de radio Mots sur la brise nocturne en mettant en avant la question de la place des femmes chinoises dans la société actuelle. Redonner la parole à toutes ces femmes, mères et filles que le régime maoïste a violemment réprimées, mais aussi donner de la valeur aux espérances et aux croyances de toutes ces Chinoises, telle est la finalité de l’ouvrage de Xinran.

Autant de questions politiques et sociales sont soulevées dans cet ouvrage. A-t-on seulement imaginé la vie d’une paysanne sans ressource ou bien d’une épouse d’un haut cadre du Parti pendant la Révolution culturelle ? On l’ignore bien souvent, pourtant toutes sont liées d’une même expérience, celle de la soumission, du viol, de l’inceste, du mariage forcé, des persécutions communistes, ou encore d’un amour brisé. On rencontre une jeune fille enrôlée dans le mouvement des gardes rouges puis assujettie au désir sexuel de ceux-ci. On découvre également des femmes et des jeunes filles habitant dans des régions économiquement retardées, qui n’ont pas conscience de leur soumission aux hommes. Chaque récit est différent, mais tous nous amènent à réfléchir sur cette époque destructrice.

Chinoises est un ouvrage qui afflige, incite à la révolte en nous mettant face à la réalité pour reconstruire un avenir paisible.

Sur le même thème : Vent d’Est, vent d’Ouest et Pivoine de Pearl Buck.

Laura Barbaray

Xinran - Chinoises

Musique

Bebly, le trio électrique qui exhale l’humanité et la sincérité – Entrevue avec Benjamin Blin

Sur la photo : Benjamin Blin, chanteur et guitariste du groupe Bebly – © Laura Barbaray

« Rencontrer des gens, prendre du plaisir, jouer de la musique ». Ces mots pourraient être le leitmotiv de Benjamin Blin, le chanteur et le guitariste du trio Bebly.

Autour d’un café, à l’occasion de la sortie du nouvel EP du groupe en novembre prochain, intitulé Déconne, j’ai rencontré Benjamin, qui m’a fait part de son projet, de son univers musical et de ce que Bebly signifie pour lui.

Quand les mots s’accrochent à nous

Bebly, une petite bande de trois amis originaires de Maurepas dans les Yvelines, s’est formé en 2008. « A l’époque, j’avais un autre groupe, qui s’appelait ‘Histoire de…’. Et puis, j’ai voulu monter un projet solo. J’ai rencontré Guillaume (basse) et Fabien (batterie) avec qui j’ai fondé ce groupe. On avance à notre rythme », m’explique Benjamin. Depuis 2009, Bebly a déjà enregistré trois LP (L’autre, il s’égare ; Le Bonhomme ; L’intervalle) et deux EP (La Passerelle ; Déconne). Ils ont également fait la première partie du concert du groupe Eiffel en 2013 (artistes très chers à mon cœur…).

Une guitare à la sonorité électrique, un tempo énergique, une voix aux effets éraillés d’un mégaphone… Les années 1990 vibrent et résonnent comme un écho dans les différents titres de Bebly. On entend au loin Miossec ou encore Louise Attaque. « Tous ces artistes ont décomplexé ma façon d’écrire. Ils m’ont donné l’impression que n’importe qui pouvait composer un texte ».

Alors, Benjamin se tourne vers l’écriture réaliste, simple, spontanée, parfois mélancolique. Avec une grande pudeur, le chanteur et guitariste souhaite retranscrire des émotions à des périodes de sa vie. « C’est un espace libre dans ma vie, je ne me mets pas de contraintes. J’ouvre des tiroirs. Une simple rime enclenche le processus d’écriture. Je m’approprie les textes, mais d’autres peuvent s’identifier. Je voudrais en quelque sorte retranscrire des sentiments qui rattrapent une pensée collective », me dit-il avec enthousiasme. Dénués d’artifices, les mots sont là, naturels, sincères, et ils nous touchent.

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Fabien, Benjamin et Guillaume – © Davina Muller

Un trio d’artistes enthousiastes

Benjamin et Guillaume sont autodidactes, Fabien est batteur diplômé. « On a tous des boulots à côté », me confie Benjamin. « On fait tout tout seul, de la compo à la production. On n’a pas d’agent, on envoie des disques, on envoie des mails, on passe des coups de téléphone. C’est du home-made total, mais j’adore ça ! ».

Bebly, c’est un groupe qui aime avant tout se faire plaisir. Après une semaine de travail, le trio se retrouve pour répéter. « Tous les morceaux partent d’une guitare sèche avec une voix. Généralement, on a des idées à moitié définies. On travaille le chant, le rythme, le tempo. On répète qu’une seule fois par semaine, alors les titres s’élaborent rapidement dans un temps relativement court, mais je trouve qu’on est plutôt efficace ». Et c’est une bouffée d’air frais pour les trois amis.

L’aventure Bebly est incroyablement humaine. Le home-made à la Bebly, pour reprendre les termes de Benjamin, c’est aussi faire des rencontres, discuter des projets des uns et des autres, découvrir des lieux, grâce à la musique. « C’est tout ce que je recherche », m’avoue le chanteur. « Bebly, c’est mon projet principal. Pour Guillaume et Fabien c’est un peu leur projet satellite, mais ils prennent du plaisir, alors pour moi c’est gagné ! ».

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Ouverture d’Eiffel, 2013 – la Clef, Saint Germain en Laye – © Julien Prevel

Déconne, un EP qui leur ressemble

En novembre prochain sortira le nouvel EP de Bebly, dont on peut déjà découvrir le premier extrait éponyme sur YouTube ou Deezer. Déconne a été enregistré de façon spontanée et imprévue. Le groupe n’avait pas envisager un enregistrement pour cette année. Quand Benjamin reprend contact avec l’ingénieur du son de Damien Saez, Sylvain Carpentier, « rien n’était réellement prêt », m’explique-t-il. Coup de théâtre. Sylvain leur propose d’aller enregistrer au Black Box, un studio mythique à Angers. « C’est un studio qui me fait toujours rêver depuis que je suis gosse. C’est là où ont été enregistrés The Kills, Deportivo ou encore The Last Shadow Puppets », s’exclame le chanteur. « Trois jours au Black Box : une expérience de fou ! On s’est fait prendre au dépourvu, alors on a bossé très vite. Ca restera un super souvenir pour nous ». Encore du home-made à la Bebly !

A l’écoute de l’EP, on retrouve l’énergie électrique du trio sur le titre « Dévalise » par exemple et le timbre mélancolique des paroles, toujours simples et naturelles, avec le morceau « Un Fantôme ». On déconnecte, on lâche prise, on se laisse porter par l’univers de Bebly. Benjamin, Guillaume et Fabien nous font percevoir ces petits riens de la vie, ces instants du quotidien qui nous échappent, par le seul pouvoir de la musique.

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Enregistrement au Studio Black Box – © Davina Muller

Bebly a quelques projets en tête. Le 10 novembre 2017, le groupe jouera au Scarabée à La Verrière (Yvelines) avec Archimède à l’occasion d’un festival au profit des victimes du terrorisme. De plus, le trio envisage de réaliser un clip en collaboration avec un autre groupe, mais les informations sont tenues secrètes pour le moment. Un joli programme pour nos trois artistes !

Retrouvez Bebly sur YouTube, Facebook, Twitter et Instagram.

Laura Barbaray.

Lectures

Un avant-goût de mon séjour en Toscane : deux récits de Marlena de Blasi

Avant de partir à l’aventure avec mon « bel étranger aux yeux couleur myrtille » pour découvrir les richesses de la Toscane, ses ruelles étroites, ses saveurs, ses peintures et ses campagnes siennoises, je m’imprègne de lectures sur la culture italienne et plus particulièrement toscane.

Dénichés dans une petite librairie à Fécamp en Normandie, les récits Mille jours à Venise et Mille jours en Toscane de Marlena de Blasi racontent l’histoire vraie de l’auteure américaine. A la lecture de ces deux livres bouleversants, je me suis trouvée au cœur de la vraie Italie, dénuée de l’atmosphère étouffante causée par les touristes.

Mille jours à Venise, de Marlena de Blasi

« Les heures passées au milieu de ces hommes et de ces femmes ont quelque chose de lumineux que je garde encore au fond de moi. Ils m’ont appris tant de choses sur la nourriture, sur la cuisine, sur la patience. Ils m’ont parlé de la mer, de l’influence de la lune, de la guerre, de la faim, de grands festins aussi. Ils m’ont raconté leurs histoires, m’ont chanté leurs chansons, et peu à peu, ils sont devenus ma famille et moi j’ai été leur enfant. Je sens encore leurs mains déformées et rugueuses entre les miennes, leurs baisers humides et âcres sur mes joues. Je revois leurs bons yeux un peu délavés à la couleur aussi changeante que celle de la mer. Ils sont les Vénitiens de base, ceux qui se sont toujours contentés de ce que la vie leur a donné […] » (p.148)

Marlena est une cheffe de cuisine gastronomique et journaliste américaine. Elle parcourt la France et l’Italie à la recherche des meilleurs restaurants, des meilleurs produits et rédige des articles qui lui sont commandés. Lors d’un séjour à Venise, elle rencontre son « bel étranger aux yeux couleur myrtille », Fernando, pour qui elle décide de tout quitter et de s’installer chez lui dans le quartier du Lido à Venise. Le livre semble prendre l’allure d’un conte de fée, mais c’est en réalité l’apprentissage d’une autre culture, d’une autre langue et d’un autre mode de vie dont il est question. Elle doit surmonter le regard étranger, pas toujours très tendre, mais aussi la solitude et les limites du langage, et ce même avec son bel étranger. Marlena apprivoise peu à peu la « Vieille Princesse », Venise. Se laissant aller au hasard, elle rencontre de vrais Vénitiens, comme Michele qui dresse son étal sur le marché tous les matins très tôt, ou encore Roberto, le tenancier du bistrot Cantina Do Mori dans une petite rue tranquille.

Marlena se présente alors comme une femme mûre, libre de ses choix. Le lecteur et l’auteure découvrent en même temps la belle Venise, si mystérieuse et attirante. Et sa bouleversante histoire ne s’achève pas à Venise.

Mille jours en Toscane, de Marlena de Blasi

« Je me le répète plusieurs fois par jour : c’est sur le chemin que nous prenons pour venir ici, et au bords duquel je cueille du fenouil sauvage, qu sont passées les légions romaines. C’est peut-être dans ce champ où nous avons fait l’amour la veille et bu du vin au coucher du soleil que les légionnaires ont dressé leurs feux de camp, parmi les pierres étrusques. Quand nous prenons la voiture pour aller à Urbino, je vois la maison natale de la mère de Raphaël. Dans cette église, le Pérugin est venu peindre […] » (p.52)

Des collines bordées de cyprès, des vignes, des oliveraies, des campagnes couleur terre de Sienne. La Toscane. Marlena et son bel étranger veulent vivre autrement et intensément. Fernando a démissionné de sa banque, l’appartement vénitien a été mis en vente. San Casciano. C’est pour ce petit village de Toscane, au cœur de la région du Chianti, que le couple a décidé de tout quitter. Ils apprennent les traditions toscanes, la cuisine typique. Dans leur maison, une ancienne ferme, ils construisent un four immense et font cuire leur propre pain. Marlena exalte nos sens par ses descriptions ô combien réalistes des mets toscans extraordinaires… A San Casciano, Marlena et Fernando font la connaissance de vrais Toscans, dont Barlozzo et Floriana, qui vont tout leur transmettre. Les vendanges, la récolte des châtaignes… Autant de coutumes toscanes que Marlena et son bel étranger veulent partager. Faire découvrir la Toscane, voilà le projet de l’Américaine et du Vénitien.

Marlena de Blasi fait part de son histoire, de son expérience personnelle. Pour elle, la Toscane est synonyme de saveurs, de couleurs et de générosité. Un véritable bain d’humanité et d’amour.

 

Laura Barbaray

Sorties

Festival LaBel Valette : la noble demeure de la street-culture – rencontre avec Sébastien Lis

Sur la photo de gauche à droite : Clément de Nercy, président de la start-up All Mecen ; Sébastien Lis, co-fondateur de l’association Urban Art Paris.

De la street-culture au cœur d’un festival ? La rentrée s’annonce inédite !

Du 1er au 3 septembre 2017, le LaBel Valette Fest, organisé par l’association Urban Art Paris et la start-up All Mecen, investit le château de la Valette situé à Pressigny-les-Pins dans le Loiret (45), pour trois jours de bouillonnement culturel.

100 street-artists sont venus des quatre coins du monde armés de bombes de peinture, de colle, de pochoirs et ont rénové, transformé, réhabilité l’immense demeure oubliée en une exposition géante. Le festival nous réserve encore bien d’autres surprises…

Dans les locaux de All Mecen, lors du vernissage de « l’avant-propos » du LaBel Valette Fest, Sébastien Lis, co-fondateur d’Urban Art Paris, m’a fait part de cette folle aventure, audacieuse et innovante.

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En tant que co-fondateur de l’association Urban Art Paris, peux-tu nous présenter le site web ? Quels sont ses actions et ses projets ?

Le site web Urban Art Paris présente plusieurs aspects. Tout d’abord, un aspect informatif avec des interviews, des articles que réalisent les membres de la rédaction sur des sujets qu’ils choisissent librement. Cela peut être sur des expositions, un portrait d’artiste, un événement qui aura lieu. Il y a également un axe découverte : lorsque les adhérents d’Urban Art Paris voyagent, ils prennent des photos et se rendent dans des lieux où le street-art est très présent. Cela nous amène à faire des zooms sur des pays, des villes. On peut citer les exemples de la Pologne avec la ville de Lodz, l’Allemagne avec Berlin qui sont des lieux où les graffeurs abondent les rues. En plus de cela, on annonce des événements sur le site, comme des vernissages, des live painting, des festivals, des projections…

Le site internet est véritablement la colonne vertébrale de l’association. C’est par le site web que notre association s’est créée. Tout le monde est bénévole au sein d’Urban Art Paris, que ce soit au niveau de la rédaction, du bureau ou bien des personnes qui s’occupent de l’événementiel. Pour le moment, on est à 48 adhérents, avec un bureau de six personnes et une vingtaine de membres actifs.

Dans deux mois a lieu le LaBel Valette Fest, l’événement artistique d’envergure dédié à la street-culture. Comment l’idée de ce projet est-elle née ?

L’idée de ce projet est née suite à l’événement de La Belle Vitry’N que l’on avait co-organisé avec Digital Street Art et Vitry’N Urbaine l’année dernière à Vitry et qui a eu un très beau succès. Je viens personnellement du Loiret et j’y retourne régulièrement. En passant devant ce château je me suis dis que ça pourrait être la prochaine étape d’un événement d’envergure. Il y a énormément de place avec 10 000m² de murs. J’ai démarché le propriétaire du domaine pour savoir si cela était possible d’organiser un événement dans ce château. Contre toute attente, il a accepté facilement.

Puis, lors d’une assemblée j’ai présenté le projet. L’idéal serait que chaque année nous organisions un temps fort lié à l’association. Les bénévoles et les adhérents aiment s’impliquer sur ce genre d’événement concret où il y a un contact avec les artistes. De même, c’est lors de ces événements que l’on met en avant les artistes que l’on soutient. Cela fait maintenant plus d’un an (avril 2016) que l’association travaille sur le LaBel Valette Fest.

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© Christian Julia – Château de la Valette

Urban Art Paris s’est associé à la start-up All Mecen dans l’organisation du festival. Quelle est la particularité de cette start-up et quel a été son rôle dans la réalisation du projet ? (réponse complétée par Clément de Nercy, président de All Mecen)

La rencontre avec All Mecen s’est faite lors d’une interview que j’ai réalisé à l’occasion de l’exposition Jisbar & Onizbar dans leurs locaux. Le courant est très bien passé. Je leur ai parlé du projet. Il s’est avéré que nous étions totalement complémentaires. C’est une start-up qui, depuis trois ans, met en relation des artistes avec des mécènes. All Mecen propose aux artistes de partager leurs créations sur une plate-forme pour gagner en visibilité. Le but est de soutenir les créateurs, d’aider à financer les projets des artistes dans tous les domaines culturels (musical, littéraire, artistique).

On a les mêmes objectifs : les mécènes ou Urban Art Paris vont d’abord mettre en avant l’artiste et lui donner des moyens de communication pour se développer avant l’aspect financier. Les membres de All Mecen sont devenus de vrais coordinateurs du festival : ils se sont occupés de la partie logistique, de la recherche de financement ainsi que la gestion des artistes.

La création d’un tel événement a sans doute été un travail de longue haleine. Quelles ont été les principales étapes de l’organisation du LaBel Valette Fest ?

Dans un premier temps, il a fallu créer un groupe soudé, tant au niveau des mécènes qu’au niveau d’Urban Art Paris. On a mis en place des réunions régulières pour structurer l’organisation où chacun avait son rôle, dans la communication, la logistique, la recherche de financement ou la gestion des artistes par exemple. Puis, il fallait définir clairement le projet : le street-art et le graffiti font partie de la street-culture dont les trois courants majeurs sont la musique, la danse et les performances artistiques. En partant de cette définition de la street-culture, on a créé un axe musical. On s’est alors rapproché des têtes d’affiches de la scène hip-hop indépendante française, comme La Scred Connexion ou encore Kacem Wapalek.

De plus, on a voulu intégrer un côté pédagogique en mettant en place des live painting, des ateliers, des conférences pour expliquer le mouvement de la street-culture et pourquoi on le définit comme contre-culturel, c’est-à-dire contre la culture de masse.

Ensuite, l’étape de la recherche de fonds a été difficile. Il n’est jamais simple de convaincre des partenaires financiers de suivre une première édition. On avait des fonds propres mais des entreprises nous ont tout de même suivies.

Enfin, obtenir les autorisations a été la phase la plus délicate. En effet, il faut convaincre la mairie d’un petit village de 400 habitants que l’on ne va pas provoquer une invasion de graffeurs et recouvrir tous les murs de la commune. De même, la gestion des artistes demande énormément de travail : tous ne répondent pas dans les temps pour le nuancier de couleur ! Il faut également gérer sur place 100 artistes pendant trois mois.

Pourquoi avoir choisi le domaine de la Valette, un site excentré de la vie urbaine, comme lieu du festival, alors que c’est dans les rues de la ville que foisonnent les œuvres street-art ?

Tout d’abord, nous voulions un lieu unique et exceptionnel, on l’a trouvé à la campagne et non en région parisienne. Nous voulions également créer un paradoxe entre ville et campagne. En effet, ce domaine a la particularité de disposer de deux bâtiments du style Le Corbusier avec un forte présence de structures en béton qui rappellent l’univers urbain. Il nous a semblé intéressant d’intégrer tous ces éléments d’urbanisme à la campagne. Enfin, on voulait casser les codes en faisant entrer la street-culture dans un château, un domaine qui n’est pas le sien. Ainsi, on crée un décalage en amenant le graffiti à la campagne, en invitant des artistes sur un lieu historique, en proposant des œuvres en extérieur et non accrochées sur les murs intérieurs du château afin que l’art soit accessible à tout le monde.

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© Tiski

L’innovation et la création artistique sont au cœur de ce projet audacieux. Que pourront découvrir les festivaliers durant ces trois jours ?

Les festivaliers découvriront plus de 100 œuvres réalisées par 100 artistes de 30 nationalités différentes allant de la première vague graffiti représentée par TKID170 (Etats-Unis) ou encore Wuze (France), à la toute dernière génération d’artistes représentée par Siam (France), le benjamin de notre équipe d’artistes qui vient d’avoir 18 ans. Des œuvres uniques seront mêlées à l’architecture du domaine : une chapelle accueillera une œuvre en volume réalisée par un artiste français. Les visiteurs pourront également assister à la performance d’un artiste très célèbre, Okuda (Espagne), sur la façade du château, et découvrir l’univers de chaque artiste dans les 90 pièces de la demeure mises à la disposition du public. Ainsi, sur un même lieu, on souhaite que la création artistique puisse s’épanouir en toute liberté.

D’autre part, les festivaliers pourront entendre des concerts de jazz et de hip-hop. Là encore, les générations se confondent, allant des groupes qui ont 20 ans de carrière aux artistes qui débutent dans le monde du hip-hop.

Et aussi, pour ceux qui veulent en savoir plus, des conférences seront animées par l’équipe pour expliquer notre démarche. Pour les plus jeunes et les moins jeunes qui veulent s’initier à la calligraphie, au pochoir ou au collage, des ateliers seront mis en place par des artistes. Enfin, tout au long de l’événement, des live painting permettront au public d’observer la création d’une œuvre street-art.

L’événement regroupe des street-artists du monde entier et de générations différentes. Quel est l’objectif d’Urban Art Paris et de All Mecen en créant une sorte de melting pot artistique ?

L’idée est dans un premier de temps de donner l’opportunité à des artistes d’être présents sur des événements d’envergure et qui n’ont pas toujours les moyens adaptés pour. On a lancé un appel à candidature à la suite duquel les artistes ont été jugés pour leur talent, et non pour leur réputation. Notre démarche s’inscrit véritablement dans le renouvellement des artistes urbains pour leur permettre d’acquérir une certaine visibilité ainsi qu’une place dans le milieu.

Quels artistes urbains présentent leurs œuvres lors du festival ?

Dans les artistes que nous soutenons activement, seront présents Yakes, un jeune graffeur d’Ile-de-France ; Bebar (France) qui se confirme cette année ; Mark Gmehling (Allemagne) qui n’est pas très connu au-delà des frontières allemandes et que l’on souhaite faire découvrir au public français ; Théo Lopez, un jeune artiste très prometteur ; LapinThur qui réalise des œuvres en volume ; Softtwix, une femme qui fait du collage. On englobe tous les courants que ce soit le graffiti, le pochoir, le collage, la calligraphie, et toutes les générations des années 1990 à 2010.

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© Erge – Yakes à l’oeuvre

Comment peux-tu caractériser l’expérience du visiteur ?

Son expérience sera exceptionnelle et immersive ! Notre objectif est de captiver le visiteur par la richesse des œuvres exposées, l’animation sur le domaine ainsi que la possibilité d’échanger avec les artistes présents lors du festival. Se divertir, se cultiver et apprendre sont nos maîtres mots.

Le projet de Radio Néo est fondé sur la mise en valeur de la scène émergente et de la découverte musicale. Les différents groupes présents lors du LaBel Valette Fest peuvent certainement plaire à nos auditeurs. Par quoi ces artistes se distinguent-ils ?

La scène est majoritairement tournée hip-hop, accessible à tout le monde. Ce sont des artistes indépendants qui ne sont pas passer par des grosses maisons de disques. Ils empruntent le chemin le plus long pour y arriver. Ainsi, notre but est de leur donner l’opportunité de se faire connaître.

Par exemple, le public pourra assister au concert de TSR Crew, rap parisien du 18ème qui a fait le Printemps de Bourges cette année et qui sera notre tête d’affiche. Irie Jahzz, moins connu, qui joue du jazz punchy. Chromatik, qui acquiert de plus en plus de visibilité sur Paris et qui mélange différents styles, jazz et punk. Ils improvisent souvent sur scène, c’est en cela qu’ils peuvent se distinguer. Napoleon Da Legend, un rappeur américain sera également présent.

Tous ces artistes ont réussi en passant par des circuits alternatifs. Nous sommes dans un milieu contre-culturel, alors il est pour nous spontanée de faire appel à ces artistes qui ont une vraie plus-value créative et musicale.

As-tu d’autres projets à l’esprit dédiés à la scène street-art avec l’équipe d’Urban Art Paris ?

Après le festival nous avons trois projets d’expositions : deux artistes en collaboration Yakes et Bebar, puis les deux en solo. On souhaite mettre en avant ces deux artistes urbains. Lorsqu’un organisme fait appel à Urban Art Paris pour un événement, on propose systématiquement Yakes et Bebar à nos clients. Par exemple, Yakes a réalisé la première fresque éphémère aux Jardins des Tuileries pour un événement intitulé les Jardins de Gally. Bebar participe à la Route du Champagne au mois d’août et réalisera un live painting dans la cave d’un domaine champenois.


Pour vous faire languir, voici en avant-première quelques œuvres des artistes participants au LaBel Valette Fest, exposées lors du vernissage de « l’avant-propos » du festival.

 

INFOS PRATIQUES à retrouver ici.

Vidéo LaBel Valette Fest

Laura Barbaray