L’art du chantier, des imaginaires en construction

Articles & interviews, Expos

Des corps qui s’échauffent, des machines qui bâtissent et démolissent, des hauts édifices qui s’élèvent toujours plus haut. Jusqu’au 11 mars 2019, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine raconte, à travers l’exposition « L’art du Chantier, construire et démolir du XVIème au XXIème siècle », comment les Hommes en Occident ont imaginé l’espace où l’on bâtit, depuis la Renaissance. Source de nuisance ou de fascination, le chantier est souvent mis en scène comme lieu de pouvoir et de progrès technique. L’exposition confronte différents regards, alliant lithographies, maquettes, peintures, articles de presse, films, pour saisir les imaginaires techniques, sociaux, politiques et artistiques qui construisent le chantier.


La technique spectaculaire

« Le langage et l’outil sont l’expression de la même propriété de l’homme. » André Leroi-Gourhan évoquait, dans Le Geste et la Parole (1964), la technique comme prolongement du corps. Les objets techniques – les outils – libèrent la mémoire de l’Homme et lui permettent de s’inscrire dans une communauté. Selon l’anthropologue, il existe un perfectionnement naturel de la société, et c’est en cela qu’une part d’humanité réside dans la technique. Ces idées entrent en résonance avec l’exposition. Tout au long de la première partie, le chantier apparaît comme un lieu spectaculaire de prouesses techniques. L’obélisque du Vatican, le Louvre, le canal de Panama sont autant de lieux en construction où les Hommes montrent leur puissance. Les dessins, les plans, les gravures portent un regard surplombant sur les chantiers, symbolisant une forme de supériorité. Au XIXème siècle, l’intérêt se focalise sur un imaginaire de la machine, représentée comme une force qui se substitue à l’humain.

Érection de l’obélisque de Louqsor sur la place de la Concorde à Paris, 25 octobre 1836 – Ignace François Bonhomme

S’ériger en communauté

Dans son essai Éloge des frontières, le médiologue Régis Debray avance qu’il est nécessaire d’ériger à la verticale pour constituer un territoire à l’horizontale. Autrement dit, les monuments verticaux – colonnes, tours, obélisques, statues – permettent de faire société. « Sacré » vient du latin « sancire » qui signifie « délimiter ». Notre chère Tour Eiffel ne revête-t-elle pas une dimension sacrée ? Les monuments historiques, politiques, religieux, aussi élevés qu’ils soient, représentent le durable. Ils nous relient, nous délimitent, nous tiennent ensemble. En somme, ils érigent la communauté. Alors que le geste symbolique de démolition efface les traces d’un régime, la construction fonde les nouvelles bases d’une société.

Une mythologie du pouvoir

Le chantier est aussi le lieu de mise en scène du pouvoir. Louis XIV visitant Versailles, François Mitterrand inspectant les travaux du Grand Louvre, les architectes se montrant sur les chantiers… En creux, émerge le mythe du grand constructeur. Finalement, l’exposition montre comment l’acte de construire est en réalité un acte politique.

L’exposition représente aussi le corps de l’ouvrier, sujet d’imaginaires multiples. Le mythe de l’ouvrier héroïque tend à redonner une certaine valeur aux travailleurs, comme sur les photographies de Charles Clyde Ebbets (« Déjeuner au sommet », 1932) ou encore d’Eugène de Salignac (« Peintre suspendus aux câbles du pont de Brooklyn », 1914).

Cependant, on regrette qu’une place peu importante soit donnée à la parole des ouvriers au sein l’exposition. Car sans eux, le chantier est l’arrêt.

François Mitterrand et Leoh Ming Pei (casque rouge) observant des échantillons de verre sur le chantier de la Pyramide du Louvre à Paris en 1988 – Marc Riboud

L’esthétique du chantier

L’exposition s’achève sur la thématique de l’art au travers du chantier. Par essence provisoire et inachevé, le chantier a inspiré de nombreux courants artistiques du XXème siècle, à l’image du futurisme italien et du constructivisme russe, fascinés par le mouvement et les machines. Le chantier est aussi le lieu d’expérimentation, où l’architecte éprouve les formes.

Enfin, trois architectes contemporains – Martin Rauch, Marc Mimram et Patrick Bouchain – évoquent dans des interviews filmées leur vision du chantier, matrice de l’architecture.

« Déjeuner au sommet », 1932 – Charles Clyde Ebbets

Infos pratiques :

Cité de l’Architecture et du Patrimoine
Métro : Trocadéro

Jusqu’au 11 mars 2019

Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h.
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

Plein tarif : 9€
Tarif réduit : 6€

Deux ouvrages conseillés pour aller plus loin :

  • Du chantier dans l’art contemporain, Angèle Ferrere, 2016.
  • Esthétique de la photographie de chantier, sous la direction de François Soulages et Angèle Ferrere, 2017.

Article à retrouver sur Kulturiste CELSA.

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L’art du GIF, quand le graffiti s’anime sur nos écrans

Revues de presse, urban art paris

Impossible de passer à côté de cette nouvelle tendance artistique. Il suffit de scroller son fil d’actualité sur les réseaux sociaux pour être interpellé. Depuis quelques années, des œuvres de street-artistes du monde entier s’animent sur les écrans des smartphones… En boucle. Les collages de Levallet, les personnages enfantins de Dran, ou plus récemment la « Petite Fille au Ballon Rouge » de Bansky, ces œuvres, éphémères et fixes, changent notre regard sur le paysage urbain en prenant soudainement vie. Le format GIF (Graphics Interchange Format), kitsch et ringard à une époque, est largement adopté par ceux qui détournent les peintures murales, pour favoriser le partage sur les réseaux sociaux. Le GIF deviendrait-il un art à part entière ?

« Light » de Sr. X, animé par A.L Crego – © A.L Crego

Street-art 2.0

Des yeux qui s’ouvrent et qui se ferment, des personnages qui se déplacent, des lumières qui s’allument. Les artistes digitaux ou « motion designers » s’emparent des murs pour les rendre vivants et raconter une nouvelle histoire. Parmi eux, deux noms reviennent souvent sur nos écrans : l’Espagnol Adrián López Crego (A.L Crego) et le Serbe ABVH. Entre photographe et vidéo, le procédé qu’ils utilisent se nomme « cinemagraph » et permet d’animer seulement une partie des éléments d’une photo en boucle, avec finesse et subtilité. Inventé par le photographe Jamie Beck et Kevin Burg, motion designer,  le cinemagraph leur a permis d’animer leurs photos de mode lors de la Fashion Week début 2011. Le cinemegraph est alors devenu une pratique artistique pour A.L Crego et ABVH. « Quand j’ai conçu [les GIFs], je me suis dit que c’était comme animer ‘les murs de l’internet’. Je ne peux pas les faire bouger dans la rue, mais dans l’espace virtuel je peux leur donner un autre sens. » rapportait A.L Crego au journal l’Obs en 2014.

Levallet, par ABVH – © ABVH

Depuis peu, Google explore aussi ces nouvelles possibilités d’animation en ligne. En 2014, le géant américain s’associe à la galerie Saatchi de Londres pour proposer le concours Motion Photography Prize, donnant à voir les meilleures photographies en mouvement sous format GIF. Aussi, dans le cadre de son projet « Google Art & Culture », Google nous fait découvrir des œuvres urbaines animées, comme celles des artistes INSA et Cheko. L’ambition encyclopédique de Google ne se limite pas à répertorier tous les lieux de street-art du monde, mais propose aussi une nouvelle expérience aux internautes.

Explorer un champ des possibles

Il faut l’admettre, le format GIF s’adapte parfaitement aux logiques du web, et plus particulièrement des réseaux sociaux. Concis, efficace, esthétique, le GIF sait accrocher notre attention. Léger en terme de volume, il se partage facilement via les messageries instantanées. Ce format de la photo animée a été inventé en 1987 par CompuServe, l’un des grands fournisseurs de services en ligne américains. Symbole du kitsch des années 1990 – dont les messages d’anniversaire clignotants de toutes les couleurs sont un exemple évocateur –, le GIF connaît un regain d’intérêt depuis quelques années, notamment grâce à la technique du cinemagraph. Aujourd’hui, on utilise les GIFs pour traduire en image une réaction ou exprimer un sentiment. Se déchargeant des mots, le GIF peut même avoir une valeur de commentaire. Les images sont dotées d’une puissance capable de susciter notre engagement et notre imagination.

Sam3, animé par A.L Crego – © A.L Crego

En effet, Internet s’envisage comme un nouvel espace, où le champ des possibles est décuplé. Entre image fixe et image en mouvement, le GIF devient alors un terrain de jeu pour explorer les possibilités du genre et créer des séquences surprenantes, poétiques, hypnotiques… Absorbé dans un cadre qui tourne en boucle, notre regard ne veut pas en sortir.

En somme, le GIF est en adéquation avec nos modes de consommation culturelle contemporains.

Les codes du graffiti bousculés ?

Évidemment, cette nouvelle tendance du street art animé interroge le codes traditionnels du mouvement, qui repose principalement sur l’aspect éphémère. Sommes-nous face à une nouvelle forme d’art urbain sur un support digital ? La technique du motion design pérennise les œuvres murales vouées à la disparition. Ces images en mouvement convoquent un effet de réel augmenté, qui semble aller au-delà des frontières de l’art. Devant un personnage qui fait tourner son parapluie ou bien des fenêtres qui se déplacent, on s’abandonne à la rêverie. Mais une fois devant les vraies œuvres, le vrai mur, est-on encore libre d’imaginer notre propre histoire ?

Si les GIFs interrogent les codes traditionnels du street art, ils sont une manière pour les artistes numériques de continuer l’œuvre et de se l’approprier de façon active pour réinventer l’espace urbain. Le GIF peut aussi devenir une critique de l’œuvre originale. Par exemple, A.L Crego a récemment repris le tableau autodétruit de Bansky, la « Petite Fille au Ballon Rouge ». Passé à la broyeuse, le tableau se transforme en billets de banque. Un moyen de dénoncer la montée en valeur du tableau et la marchandisation de l’art ? Autonome, le GIF semble devenir une œuvre. Alors, doit-on redéfinir l’art urbain en intégrant la dimension numérique ?

« La Petite Fille au Ballon Rouge » de Bansky, animé par A.L Crego – 
© A.L Crego

Sources

Article à retrouver sur Urban Art Paris et Kulturiste (CELSA).

« Wonderful One », au-delà des limites du genre

Articles & interviews, Revues de presse, Sorties

Les corps, vêtus de bleu, se cherchent et se heurtent sur la scène nue. Au rythme du clavecin de Claudio Monteverdi ou de la voix envoûtante de la chanteuse Oum Kalthoum, les mouvements des interprètes varient entre légèreté et vigueur. Du 16 au 24 janvier 2019, le chorégraphe Abou Lagraa présente sa création Wonderful One au Théâtre National de Chaillot. Une pièce structurée en deux temps, celui d’un duo d’abord, puis d’un trio, qui transcendent la question du genre et interrogent la place des individus dans la société.


Le duo d’hommes, interprété Pascal Beugré-Tellier et Ludovic Collura, construit le premier tableau du spectacle, sur les notes baroques du Combat de Tancrède et Clorinde de Monteverdi (1624). Un unique cube blanc règne au milieu de la scène, installant une atmosphère froide. Cependant, cette impression de froideur est mis au service du neutre. Il s’agit pour le chorégraphe de dépasser les limites du genre. La gestuelle des danseurs, légère et vigoureuse, brouille ainsi les frontières entre le féminin et le masculin. Les deux hommes apparaissent simplement comme deux corps vulnérables exprimant la joie, l’amour, la violence.

Plutôt qu’un duo, on assiste à un duel. La danse devient une lutte acharnée entre les deux interprètes. Ils s’attirent, s’entrelacent, se débattent dans un même mouvement, proche de la transe. La danse apparaît alors comme le symbole de la quête de l’autre et de la reconnaissance par l’autre au sein de la société.

Le second tableau met en scène un trio : deux femmes – Sandra Savin et Antonia Vitti – et un homme – Ludovic Collura. Il était important pour Abou Lagraa de « retrouver une présence masculine avec ces deux femmes afin d’effacer les clichés qu’on loue à la femme dans nos sociétés patriarcales. » Sur les voix chaudes et impénétrables de la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum ainsi que de la religieuse libanaise Sœur Marie Keyrouz, le trio évolue paradoxalement dans la même ambiance froide, accentuée par les hautes grilles en métal. Énergiques, les danseuses contrastent avec la lenteur du duo masculin. Alors que le chaos chorégraphique semble s’imposer dans des mouvements désordonnés, l’unité des corps s’accomplit à travers ce qu’Abou Lagraa nomme le « merveilleux ». Exaltés, les danseurs donnent une impression de liberté absolue. C’est cette liberté qui nous tient en merveilleusement en vie, selon le chorégraphe. Là encore, le féminin et le masculin sont transcendés, pour « aller viser le ciel. »

Entre duo et trio, entre fragilité masculine et intensité féminine, entre musique baroque et musique orientale, le diptyque Wonderful One apparaît au premier abord divisé. Mais ce qui crée l’équilibre, ce sont les corps dépourvus de genre, avant tout pleinement en vie.

Les podcasts natifs ou le pouvoir de la voix

Revues de presse

« Natif (adjectif). Qui est inné, naturel ; que l’on a de naissance ». En avril 2018, selon une étude de Médiamétrie, 4 millions de Français.es écoutent des podcasts natifs chaque mois. « La Poudre », « Quouïr », « Transfert », « NoFun », « Les Baladeurs », « Plan Culinaire »… Les séries de podcasts, aux thématiques originales, sont en effervescence depuis peu en France. L’engouement pour ce format unique est tel qu’il est devenu presque inné, naturel de glisser des écouteurs au creux de ses oreilles et de se laisser porter par la voix de Lauren Bastide (La Poudre) ou par celle d’un inconnu qui raconte son histoire.

Mais c’est quoi un podcast natif, exactement ? Contrairement aux podcasts dits de « réécoute » proposés par les chaînes de radio, un podcast natif est un contenu sonore conçu, produit et diffusé exclusivement en ligne. Chacun télécharge et crée sa propre « bibliothèque auditive » librement. Des voix, des conversations, des récits de vie, des fictions comblent notre besoin d’histoire. Les podcasts natifs sont-ils le futur de l’audio ? À l’heure du règne de l’image, cette innovation médiatique s’impose comme une nouvelle manière de raconter le monde et de captiver l’attention.

Un média de l’intime, un média qui ralentit

Au volant de sa voiture, lors d’un trajet en train ou bien avant de s’endormir… hop, un nouvel épisode vient régaler nos oreilles. Les oreilles sont une zone érogène, le saviez-vous ? La voix crée un lien intime avec l’auditeur, stimulant son plaisir. Sur le ton conversationnel, le podcast s’adresse à une personne à la fois, contrairement à la radio traditionnelle. Une voix nous susurre des histoires vraies, des sujets tabous, des conseils rien que pour nous. À contre-courant des médias de masse, les podcasts natifs s’adaptent à nos modes de vie en proposant une écoute délinéarisée, personnelle et surtout libre.

Quand on écoute un podcast, on écoute autre chose que de la radio. Le podcast fait émerger des voix nouvelles, des angles originaux pour aborder des sujets variés, parfois peu traités dans les médias « classiques » : féminisme, afroféminisme, sexualité, pop culture, gastronomie, entrepreneuriat… Il s’agit de ralentir le rythme de l’info en continu pour prendre le temps d’écouter. « Le podcast vient combler les vides médiatiques »*, confiait Lauren Bastide, cofondatrice du studio de podcasts Nouvelles Écoutes et animatrice de l’émission féministe La Poudre. Pendant une heure, Lauren Bastide prend le temps de revenir sur le parcours d’une femme inspirante invitée pour l’occasion, de penser le féminisme en marge du scandale #metoo, qui fut virulent sur les réseaux sociaux.

Audio killed the video star : le renouveau de la fiction

En contradiction avec l’omniprésence de l’image, le podcast libère de la dépendance aux écrans et fait le pari de l’imaginaire. La culture de l’écoute attentive ouvre un champ des possibles pour le récit. Aussi addictive que les séries télévisées, la fiction audio s’apparente véritablement à du cinéma pour les oreilles. Arte Radio, pionnier en la matière depuis 2002, propose des podcasts natifs fictionnels qui plonge l’auditeur dans une expérience immersive inédite. Un exemple remarquable, la mini-série « Déviations », enregistrée en binaural pour un effet 3D audio, nous emmène à la découverte d’une ville fantasmée.

En cassant le format traditionnel de la radio, les podcasts transforment notre manière d’écouter : plus intime, plus personnalisée, plus originale, plus immersive. Symbole de remédiation, le podcast natif s’impose comme un média en tant que tel, sans pour autant remplacer la radio. Selon McLuhan« the content of any medium is always another medium ». En d’autres termes, tout média s’approprie le contenu d’un autre média, pour enrichir et améliorer l’expérience du consommateur.

Les marques en quête de storytelling

LVMH, Guerlain, Dior, L’Oréal… Ces marques voient dans les podcasts une nouvelle façon de capter l’attention. À l’occasion des Journées Particulièresde LVMH (destinées à faire découvrir les savoir-faire artisanaux de la Maison) en octobre 2018, la marque de luxe a lancé une série de podcasts en 13 épisodes intitulée « Confidences Particulières ». Incarnées par la voix du journaliste Julien Cernobori, ces promenades sonores vont à la rencontre d’hommes et de femmes amoureux de leur métier, et révèlent les secrets de la Maison LVMH. Le format des podcasts permet aux marques de créer un lien de proximité avec l’auditeur, un univers intime, de raconter une histoire singulière. En somme, de façonner leur image à travers un storytelling original.

Pour se financer, les réseaux de podcasts ont recours principalement au brand content. C’est le cas des Nouvelles Écoutes ou encore de Binge Audio. Écouter un podcast est un acte volontaire. Quoi de mieux qu’une audience pleinement engagée et attentive pour les marques ? Guerlain a récemment investi l’émission La Poudre. « C’est un parfum qui se veut l’expression de féminités multiples, échappant à toute définition », récite Lauren Bastide à propos du parfum « Mon Guerlain ». Ici, les concepts de publicitarisation et de dépublicitarisation théorisés par Valérie Patrin-Leclerc et Caroline Marti de Montety, pourraient s’appliquer. En effet, il n’y a pas de coupure entre l’univers du podcast et la publicité, puisque c’est l’animatrice qui l’énonce sur le ton conversationnel et intime de l’émission. Ainsi, la marque fait passer son message sans qu’il ait l’air publicitaire. Loin d’être perçu comme une intrusion, le contenu de la marque y trouve toute sa légitimité.

*Article Les Échos « Le podcast, une nouvelle façon d’écouter la radio »


Sources :

Pour approfondir le sujet :

Le podcast « L’air du son » qui analyse l’ « audio parlé », coproduit par Binge Audio et Audible, animé par Andréane Meslard : http://www.binge.audio/category/podcasts/lairduson/


Article à retrouver sur Fast’N’Curious, le webzine du CELSA qui analyse l’actualité de la communication.

Rencontre avec Dorian Perron, cofondateur de Groover

Articles & interviews, Musique

Fondée en 2017 par quatre jeunes diplômés d’écoles de commerce et d’ingénieurs, la start-up Groover est une plateforme de promotion musicale pour les artistes. Un concept innovant qui permet de créer un lien direct entre artistes et médias, tout en respectant l’indépendance musicale et éditoriale de chaque côté. 

Dans les locaux de Groover, au septième étage d’un immeuble parisien près de Montorgueil, Dorian Perron, cofondateur de la start-up, a pris le temps de répondre à mes questions.


Qui sont les fondateurs de Groover ? Quel est le parcours de chacun d’entre vous ?

Nous sommes quatre cofondateurs : Romain, Jonas, Rafaël et moi. On s’est rencontrés à la fin de nos études lors d’un programme d’entrepreneuriat accéléré, à UC Berkeley en Californie. Jonas sortait de Polytechnique, Raphaël de Paris-Dauphine, et Romain et moi de l’ESSEC. Le but de ce programme est de concevoir un début de projet de start-up, pendant quatre mois et demi. On avait tous des petites expériences dans la musique : Jonas (Polycool) et Romain (Sévigné) ont chacun un groupe de musique, et je tiens mon webzine musical Indeflagration. Alors on s’est dit qu’on voulait aider les musiciens, car on sait qu’il est difficile de lancer sa carrière.

Tim et Max, au départ stagiaires, sont les deux développeurs de la plateforme. Jade est en stage et s’occupe du business développement ainsi que de la communication sur les réseaux sociaux.

Groover est ton deuxième projet d’entrepreneuriat après ton webzine Indeflagration. Est-ce la suite logique ?

J’ai créé ce blog avant mon entrée à l’ESSEC en 2013, uniquement par passion. Et puis, le site a grandi, des amis m’ont rejoint. En 2015 on a créé le studio Flagrant (chez moi) pour organiser des sessions musicales en invitant des artistes. Et ça a pas mal marché ! Finalement, Indeflagration a pris le statut d’entreprise, mais fonctionne comme une association : les revenus qu’on récupère sont réinvestis dans du matériel, des projets musicaux.

Groover est une vraie start-up avec un objectif de croissance, alors qu’Indéflagration est simplement un média pour parler musique.

Cependant, Indeflagration est en quelque sorte le « pourquoi » on a créé Groover : on recevait énormément de mails d’artistes qui souhaitent promouvoir leur musique via le webzine. En moyenne, les médias reçoivent entre 100 et 200 mails par jours… Et les artistes n’obtiennent généralement pas de réponse.

Comment l’idée de créer une plateforme de promotion musicale est-elle venue ?

Au départ, on voulait créer une plateforme pour développer la carrière des artistes. Sur Spotify, c’est 20 000 nouveaux morceaux qui sortent par jour, ce qui est conséquent. On s’est demandé comment on pouvait les aider. Quand on était à Berkeley, on a interviewé plus de 150 musiciens et professionnels pour savoir quels étaient leurs réels besoins. Il s’est révélé que la promotion était le principal problème : comment s’y prendre pour faire écouter un morceau à des professionnels, des médias, des labels, autre qu’à son entourage ?

Dans un premier temps, on a mis en place un formulaire Google qui consistait à faire payer aux artistes des micromontants, via PayPal, pour contacter des médias. Et ça a marché !

En janvier 2017, on est revenus à Paris avec un peu de chiffre d’affaires pour bosser sur le projet Groover. Début mai, la plateforme fonctionnait et on l’améliore chaque semaine.

Quel est le concept de la plateforme Groover ?

La plateforme Groover permet de mettre en contact les artistes ou représentants d’artistes avec des médias, labels ou journalistes, tout en leur assurant d’être écoutés. Un artiste envoie un morceau à une sélection de médias, labels, journalistes pour 2 euros par influenceurs. Ceux qui reçoivent les morceaux sont rémunérés 1 euro par retour réalisé, quelque que soit leur avis, positif ou négatif. Le but est que chaque média garde son indépendance éditoriale. Les influenceurs sont tenus de rédiger une réponse constructive, de minimum 15 mots, pour chaque morceau écouté. Et Groover garde 1 euro.

Finalement, chacun est satisfait : les artistes ont des retours précis sur leur travail et les influenceurs apprennent à réécouter et découvrent des musiques. Il s’agit de créer une adéquation entre artistes et médias.

Le modèle de Groover est peu coûteux pour les artistes. Comment envisagez-vous l’avenir d’un tel modèle économique ? Sera-t-il viable sur le long terme pour Groover ?

Il s’agit en effet d’un modèle qui appelle le volume. Il est donc possible, que dans un futur proche, des médias soient saturés de morceaux. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais on pense déjà à un nouveau modèle intégrant une seconde catégorie d’influenceurs qui regrouperaient les médias les plus importants, donc un peu plus cher.

Ce modèle est viable si on arrive bien à faire l’adéquation entre les artistes et les médias. Si les artistes sont satisfaits, ils reviennent. C’est comme un abonnement.

D’autre part, grâce à l’activité intense sur la plateforme, on arrive à repérer certains morceaux qui marchent bien. Nous réfléchissons à la manière de monétiser cette plus-value, pour proposer ces morceaux à des médias plus importants. Récemment, on a scellé un partenariat avec FIP et Radio France.

As-tu des exemples d’artistes qui ont réussi à lancer leur carrière grâce à Groover ?

Il y a en plein ! Par exemple, le duo Coral Pink a fait l’objet de plusieurs articles et a signé chez Nice Guys, un sous-label d’indie-pop de Délicieuse Musique. Surma et Whales, deux artistes portugais, ont cartonné auprès des médias français. Ils ont également jouée au Mama Festival. Aussi, le groupe Family Recipes et l’artiste Rob One sont actuellement diffusés sur FIP grâce à Groover. Mackenzie Leighton, une jeune musicienne indie folk, est passée quant à elle sur Hotel Radio Paris. Pour finir, Magon, un artiste dans le style rock psyché, a lancé sa carrière solo suite à Charlotte & Magon et a joué au Groover Showcase en juillet.

Comment s’organise le travail au sein de Groover ?

On s’est très bien répartis les tâches ! Nous avons la chance de nous faire confiance.

Jonas s’occupe de la partie analyse de données. C’est un rôle très important car c’est ce que fera notre différence : il s’agit de l’algorithme de « matching » (en d’autres termes, les suggestions de médias et labels pour un artiste). Romain s’occupe de la partie partenariats et relation avec les investisseurs. Rafaël travaille sur le produit, le design, l’amélioration de la plateforme et de l’expérience utilisateur. Moi je bosse sur le business développement avec Jade ; il s’agit d’aller chercher de nouveaux médias, de nouveaux artistes, d’assurer la coordination et d’organiser des événements.

Avez-vous rencontré des difficultés dans le début de cette aventure entrepreneuriale ? Quels sont les enjeux de la plateforme ?

On s’est vite rendu compte qu’il était nécessaire et essentiel d’être très réactifs, disponibles à chaque instant pour les artistes et les influenceurs. C’est un de nos principes pour le futur : être toujours capable de répondre aux sollicitations des artistes et des professionnels. On commence à mettre en place des dispositifs automatisés, comme le chat sur la plateforme.

Le gros challenge est de maintenir haut de taux de réponse. Aujourd’hui, il est au dessus de 70%, mais on aimerait qu’il augmente. Nous devons être bien attentifs à l’activité des médias, à la qualité des retours.

L’enjeu est aussi de gérer le volume de morceaux qui augmente et continuer à accueillir convenablement chaque musique. Fin janvier, nous aimerions atteindre 160 le nombre d’influenceurs actifs. Quelques médias nous ont rejoint récemment, comme Radio Néo, Raje, Haute Culture, des chroniqueurs de Radio Campus Paris…

Vous avez déjà organisés plusieurs événements musicaux, comme les « apéros Groover ». En quoi consistent-ils ?

On organise deux types d’événements : les apéros privés et les showcases. Quand on est revenus de Berkeley, on voulait rencontrer nos utilisateurs. On a organisé un apéro privé chez moi et… quarante personnes étaient présentes ! C’était une grande surprise. L’idée est d’organiser régulièrement ce genre de rencontres intimistes pour donner la possibilité aux médias et aux artistes d’échanger dans une ambiance conviviale.

Ensuite, le principe des showcases permet aux artistes de postuler gratuitement sur la plateforme pour venir jouer à nos événements. Nous avons reçu 70 candidatures à notre dernier événement au Motel.

Nos événements attirent de plus en plus de monde, c’est très encourageant !

Vous vous êtes lancés publiquement au Mama Festival en octobre. Cela signifie-t-il que le projet devient concret ? Comment l’avez-vous appréhendé ?

Le Mama Festival a été une véritable opportunité pour donner de l’ampleur au projet. On a eu la chance de participer à la compétition Pitch Start-Up, qui nous a donné l’occasion de faire un discours devant de nombreux professionnels de la musique. Nous avons remporté le Prix Coup de Cœur du jury ! On a également reçu un prix qui récompense les jeunes de moins de 30 ans qui innovent dans la musique.

Aussi, lors du festival, on tenait un stand qui a amené pas de mal de monde. Suite à ces rencontres, plusieurs médias se sont inscrits sur la plateforme.

Quels sont les projets futurs de Groover ?

Maintenant, le travail va s’articuler entre améliorer l’expérience de l’utilisateur sur la plateforme, augmenter le volume des morceaux sur le site, et redéfinir notre identité visuelle. Il y aura du nouveau à la rentrée de janvier !

Artistes ou médias, rejoignez Groover !


Groover en chiffres

  • 135 influenceurs actifs
  • 800 utilisateurs uniques (artistes, attachés de presse…)
  • plus de 10 000 envois de morceaux
  • 2 500 partages sur les réseaux sociaux
  • 11 signatures sur des labels

A venir

Prochain Showcase le mardi 8 janvier à L’International. Event ici.

Sentiments amoureux au son de pâle regard

Articles & interviews, Musique

Une musique qui n’en finit pas… pour exprimer la complexité des sentiments amoureux, parfois conflictuels et violents. Le 31 août dernier, le quintet parisien pâle regard, composé de Capucine (voix), François (guitare, chant, synthétiseur), Quentin (basse, synthétiseur), Thomas (synthétiseur, guitare) et Ferdinand (batterie), sortait son premier EP-concept « Fait Accompli », sur le label londonien Dirty Melody Records. A la fois une longue piste de huit minutes et une suite fragmentée de quatre titres distincts, « Fait Accompli » raconte une histoire que tout le monde connaît, celle qui se vit à deux.

François et Quentin, compositeurs et « noyau dur » du groupe, ont pris le temps de répondre à mes questions.


L’effet lo-fi

« C’était les beaux jours, c’était inspirant ». Quentin évoque la naissance de pâle regard. C’était au printemps 2018, lorsque la lumière du jour se fait plus pâle, plus claire, plus mélancolique. Dans un rythme lancinant, se mélangent alors une voix délicate, une guitare acoustique, un synthé analogique… Le nom de pâle regard s’accorde parfaitement avec l’esthétique singulière de la musique, que les membres du groupe qualifient de lo-fi junk pop. Étrange pour un style musical ? Lo-fi, c’est le nom d’une pédale qui produit des effets. Imaginez un son chaud et vieux, loin des tonalités trop propres, trop lisses. « On est très attirés par les pédales d’effets, certaines sont inspirantes et deviennent des instruments à part entière, nous dit Quentin. Notre façon de faire est brute, simple, sans artifices tout en restant très pop. »

« Fait Accompli », pâle regard – 2018 – 
© 
Pierre-Emmanuel Mazy

Influencé par Serge Gainsbourg, Sébastien Tellier ou encore The Whitest Boy Alive, le quintet apprécie cette vague ancienne d’artistes, à l’esprit indépendant et libre. Composé et enregistré entièrement dans la chambre de François, l’EP « Fait Accompli » se révèle alors comme une musique intimement proche. « Le côté spontané est bien là, puisqu’on enregistre tout avec très peu de prises », ajoute François.

Un concept original

Élargir la palette d’émotions. Telle est l’intention musicale de pâle regard avec le premier EP « Fait Accompli ». « Un jour j’ai branché une boîte à rythme, j’ai pris ma guitare acoustique et j’ai essayé de trouver un liant entre deux morceaux en les jouant à la suite, sur la même rythmique », explique François. Le long morceau minimaliste de huit minutes se divise en quatre fragments. Les titres « Solitude », « Illusion », « Transition » et « Idées Noires » s’enchaînent de manière naturelle et évoquent la progression des sentiments amoureux. L’impression d’une voie sans issue à la suite d’une scène violentes, les doutes qui s’installent, et puis les sentiments remords. « Fait Accompli » peint avec mélancolie et sincérité une histoire d’amour qui finit mal, une histoire somme toute universelle.

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© Marie Rouge

Prendre du recul

La musique lente et apaisée contraste avec le thème déchirant de la difficulté des relations humaines. « Comme on raconte une histoire, on avait besoin d’un fil rouge, quelque chose qui nous fasse comprendre implicitement qu’on parle de la même chose mais de manière différente », selon François. Le tempo très lent maintient une cohérence musicale tout au long de l’EP. Comme si le temps ralentissait, il s’agit aussi de prendre du recul, de mettre des mots sur l’intensité des sentiments. « La rythmique permet de s’extirper de certaines pensées et certains souvenirs », continue le guitariste du groupe.

Un prélude qui marque le début d’une belle aventure pour pâle regard ! Un nouveau morceau sort au mois de janvier, et le groupe travaille actuellement sur la réalisation d’un clip. Pâle regard jouera le 12 décembre prochain à l’International, un concert organisé par la Fessée Musicale. Event ici.


Découvrez la playlist de pâle regard sur Spotify ici.

Horor, tracé intarissable #3

urban art paris

« Les fissures, les salissures, la matérialité même du support font partie intégrante de l’œuvre. » Horor

Dans un flot de poussière, les chevaux, aux allures fantasmagoriques, galopent sous l’ancienne écurie de la ferme Cavan, à Courdimanche. Comme entremêlées dans leur ruée, les créatures biomécaniques semblent tout droit sorties d’un songe. « C’est une fresque qui symbolise une étape importante dans ma technique artistique », évoque Thomas, alias Horor, membre du collectif cergypontain Art Osons. Les lignes noires et volatiles sur le mur en friche semblent sans fin, toujours en mouvement. La chevauchée, nommée « Charnière » et réalisée en collaboration avec Norione en 2014, est en symbiose avec le lieu historique.

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« Charnière » – Ferme Cavan, septembre 2014 – © Horor

Au premier étage de la ferme Cavan, des dessins à l’encre noir jonchent les murs, des livres de sciences naturelles emplissent les étagères. Les cheveux ébouriffés, une tasse de thé à la main, Horor m’accueille dans son atelier. Dans ce petit écrin, bouillonne l’esprit ardent et créatif de l’artiste.

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Atelier d’Horor – © LB


Premiers tags aux aurores

Des jours et des nuits passés à reproduire sa signature, avant de poser son blaze pour la première fois, à l’abri des regards, sur les murs abandonnés de Cormeilles-en-Parisis. « J’ai toujours aimé dessiner, relate Horor. Quand j’étais gosse, les graffitis qui ornaient les autoroutes me fascinaient : ‘mais comment ces gars-là s’y prennent-ils ?’, me demandais-je incessamment ». Comprendre l’histoire du graffiti. C’est bien ce qui anime le jeune Thomas dans ses années lycée. En boucle, tournait le documentaire « Writers » de Marc-Aurèle Vecchione (2004) retraçant 20 ans du mouvement graffiti parisien. Culte. « C’était des arrêts sur image à répétition pour m’imprégner du lettrage de Bando », se souvient-il, en souriant.

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« Writers », de Mac-Aurèle Vecchione (2004)

Mais là où Horor a tout appris, c’est sur le terrain. Fasciné par les graffeurs locaux plus âgés, le jeune homme fait ses premières armes avec ses amis, au sein d’une petite communauté passionnée. « Il n’y a pas d’école de graffiti. L’apprentissage était fondé sur le partage, on était à la fois autodidactes et élèves des plus expérimentés, poursuit Horor. Et puis, c’est un monde empreint de rituels, il faut acquérir les bases pour apprendre d’autres techniques et se forger une crédibilité », explique-t-il. Horor pénètre alors dans l’univers du graffiti, qui prend vie la nuit et s’éteint aux aurores, lorsque les premiers métros s’animent, remplis de travailleurs pressés…

Entre l’inertie et le mouvement

« J’ai mis un certain temps avant de mélanger le dessin et le graff ». Diplômé d’une licence en arts plastiques à la Sorbonne, Horor perfectionne sa pratique du dessin, étudie la philosophie de l’art, s’inspire de peintres d’époques différentes. Les artistes comme Dalí, Egon Schiele, Hans Bellmer, James Jean ou encore Hans Ruedi Giger influencent l’imaginaire graphique d’Horor. « J’étais fasciné par les traits à la fois doux et brutaux de ces artistes, évoque le jeune homme. L’univers onirique, organique, poétique et parfois surréaliste m’attirait… Devant les œuvres de Shiele, je ressens une vive émotion. » Une lueur brille dans ses yeux bleus.

Peu à peu, Horor assume de mêler l’univers du dessin et du graffiti. A la fac, il découvre la bombe à basse pression Montana, qui diffuse un trait ultra-fin. « Ça m’a véritablement ouvert des possibilités dans ma recherche de la courbe idéale », s’enthousiasme-t-il. Entre la force et la légèreté des traits, entre la ligne courbe et la ligne brisée, Horor navigue dans un entre deux. Cherche-t-il l’équilibre dans une forme de tension ? « Cette dualité exprime une quête perpétuelle du mouvement et de l’expressivité. Mon trait n’est, en quelque sorte, jamais terminé… », évoque-t-il. Horor aime graffer dans des lieux abandonnés. Sur le support chargé d’histoire, l’œuvre prend alors tout son sens.

« Je refuse l’image lisseIl s’agit pour moi d’insuffler de la vie dans l’inertie des corps, de montrer la beauté de l’éphémère. »

Des ossatures mécaniques, des textures minérales composent son bestiaire. Lors de sa première exposition personnelle « Reliquae » au Cabinet d’Amateur à Paris du 18 au 28 octobre, Horor nous plonge dans l’anatomie animale de ses créatures fantasmées. Inspiré des illustrations d’encyclopédie, Horor souhaite ancrer le corps des animaux dans l’Histoire, comme pour pallier leur disparition progressive.

Une passion partagée avec Art Osons

Faire de l’art un vecteur d’ouverture. Telle est l’ambition de Horor au sein de l’association Art Osons. C’est en 2012 que l’artiste rencontre Nexer et d’autres membres du collectif. Ensemble, ils organisent des ateliers graffitis dans des maisons d’arrêt ou encore des prisons pour mineurs du Val-d’Oise.

« A travers l’art, on donne aux jeunes les armes pour s’exprimer. C’est comme si on plantait des graines : chacun développe un potentiel pour construire son identité, son imaginaire », évoque Horor, les yeux plein d’espoir.

Ces années de travail en collectif ont permis à Horor de se professionnaliser et d’entreprendre ses propres projets culturels. Prochaine étape pour Horor : un voyage en Tunisie, à la découverte de lieux abandonnés.

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Peinture du mois Art Osons – Ham, avril 2017

Art Osons, quand le street-art se partage #2

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Dix ans. Dix ans que le collectif Art Osons existe. Des peintres, des graffeurs, des photographes et des bénévoles motivés… Depuis 2008, l’association Art Osons peut compter sur une trentaine d’adhérents chaque année pour déployer ses projets culturels à travers l’agglomération de Cergy-Pontoise. Partager et valoriser la création dans les arts graphiques, telle est l’intention artistique et pédagogique du collectif cergypontain.


Des événements culturels

Une sculpture de voitures empilées, ornée de graffitis, trône au milieu du parc François Mitterrand, à Cergy. Les curieux admirent les artistes à l’œuvre, bombe de peinture à main. C’était au festival Cergy, Soit !, quelques années auparavant. « Au début, on était un groupe de cinq potes avec l’ambition de développer les arts visuels en général », se souvient Nexer, street-artist et membre de l’association Art Osons depuis sa création. « Peu à peu, on a développé le côté peinture, et surtout le graffiti », poursuit-il. Ancré dans la vie artistique de Cergy-Pontoise, le collectif Art Osons est devenu rapidement une association. Chaque année, Art Osons intervient lors du festival Cergy, Soit !, le festival des arts de la rue organisé par la ville de Cergy. « Nous organisons aussi des expositions, comme  »Sortie de cours » qui a lieu au mois de mai au Carreau de Cergy », ajoute Nexer. L’exposition présente les œuvres issues des ateliers et des stages menés par les associations de la ville. L’occasion pour les jeunes artistes locaux de s’exprimer et de gagner en visibilité.

« Notre plus gros événement a été le festival Caps Attack, l’année dernière, à Cergy », se souvient Nexer. Pour fêter ses dix ans, Art Osons a visé haut : trois jours d’animations, 46 artistes sélectionnés et 1500m2 de mur investis. « Des concerts, des performances, des ateliers ont rythmé notre tout premier festival des arts de la rue… avec l’aide précieuse des bénévoles sur les parties logistique, sécurité ou encore communication ! », précise l’artiste-graffeur.

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Festival Caps Attack – © Art Osons

« Là où on ne nous attend pas »

« Le graffiti nous a permis d’aller à la rencontre d’un public qui n’avait pas accès à l’art », évoque Nexer. A travers le street-art, le collectif Art Osons entend tisser des liens, partager une expérience et émanciper les esprits. Les membres de l’association interviennent régulièrement auprès des jeunes de la région parisienne, à l’instar du centre éducatif de Pontoise ou encore le centre pénitencier pour mineurs de Porcheville. Parfois réfractaires aux activités, les jeunes prennent peu à peu les bombes et réalisent des œuvres surprenantes. « Ce sont des moments incroyablement enrichissants pour les jeunes, et pour nous, s’enthousiasme le jeune graffeur. Finalement, le street-art nous amène là où on ne nous attend pas. »

Un tremplin vers la création artistique

« Au Brûloir, on organise des réunions, on bosse nos projets », raconte Nexer. Le Brûloir, c’est une ancienne maison abandonnée à Cergy, mais aussi un atelier de création, un lieu de vie. Remis en état il y a six mois, Le Brûloir accueille les artistes qui désirent élaborer un projet artistique. « On dispose de matériel, on crée ensemble, ce qui permet aux artistes d’évoluer dans leurs pratiques », souligne-t-il. Par exemple, la petite troupe d’artistes a mis en place la session « peinture du mois ». Autour d’un mur, d’un thème commun et de couleurs communes, les artistes se retrouvent chaque mois pour laisser libre cours à leur créativité. « L’échange, le travail en commun nous influence dans nos manières de créer », évoque le street-artist.

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Fresque collective, 2014 – © Art Osons

Le collectif cergypontain porte en lui le désire de valoriser les artistes et de soutenir la création artistique. « Grâce au réseau associatif local, chacun d’entre nous peut s’impliquer dans les projets culturels et promouvoir son art, explique Nexer Finalement, Art Osons nous donne les clés pour se lancer et se professionnaliser », conclut-il.

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Transformateur électrique à Saint-Ouen l’Aumône, par Nexer, 2018 – © Nexer

Un collectif qui ne cesse de stimuler la création artistique… Rendez-vous au printemps 2019, pour la deuxième édition du festival Caps Attack, à Cergy !


Artistes du collectif Art Osons :

Katset – Horor – Nori – 2flui – Ndeck – Nexer – Audrey

Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Prochain épisode #3 : Horor.

Le collectif Art Osons donne un nouveau visage à Cergy-Saint-Christophe #1

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« Graffiti in Cergy »

Au pied de la gare RER de Cergy-Saint-Christophe, les passants lèvent la tête, ébahis et émerveillés. Derrière la médiathèque de l’Horloge, se dresse un immeuble en construction. Cependant, ce ne sont pas ces nouveaux logements qui attirent l’œil. Une femme à la chevelure blonde ornée d’une couronne de fleurs, aux allures de déesse, domine la place depuis la façade du bâtiment. L’immense fresque de 17 mètres aux couleurs vives, nommée « Sérénité », a été réalisée par sept membres de l’association Art Osons, qui regroupe une dizaine d’artistes urbains de l’agglomération.


Une œuvre collective

Sept artistes, deux semaines de travail et des litres de peinture utilisés. Dans le cadre du programme « 1 immeuble, 1 oeuvre » du ministère de la Culture, des entreprises immobilières, dont le promoteur Vinci, s’engagent à commander une œuvre pour chaque immeuble construit. Le maire de Cergy Jean-Paul Jeandon ainsi que Vinci Immobilier ont fait appel au collectif Art Osons pour revêtir la façade du bâtiment. Nexer, Biate, 2flui, Nori, Horor, Katset et Ndek, les sept artistes de l’association, ont donné leur propre coup de pinceau. « Nous avons présenté trois propositions d’esquisses au maire de la ville, évoque Nexer, graffeur d’Art Osons et référent du projet. Ensuite, nous nous sommes répartis par binôme pour réaliser chaque élément de la fresque. » Sur les détails de la main, les motifs du drapé ou encore la végétation, chacun des artistes a trouvé sa place.

« C’est un travail collectif d’ampleur, et nous sommes fiers du résultat ! », s’enthousiasme Nexer.

Allégorie de Cergy

« La fresque met en valeur le patrimoine architectural de la ville de Cergy », souligne la mairie. Le pont rouge, la préfecture, la grande horloge ou bien les douze colonnes… Symboles du rayonnement de la ville, les édifices cergyssois entourent le doux visage de la divinité féminine. « Les tons éclatants du mauve, du rouge et de l’ocre contrastent avec la couleur blafarde du mur en béton », indique l’artiste graffeur.

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« Sérénité » – © Art Osons

Les yeux fermés, une boule de cristal qui flotte entre ses mains, la muse apparaît sereine. Elle veille sur la place de la grande Horloge, comme garante des habitants. « Il s’agissait de transmettre un message d’apaisement dans le quartier de Cergy-Saint-Christophe, explique Nexer. D’autre part, la fresque amène l’art là où on ne l’attend pas, dans un but éducatif et social », poursuit-il. « Grâce au street art, le quartier devient plus attractif », ajoute la mairie. Désormais emblème du quartier, la fresque attire les regards, éveille les curieux, et interroge petits et grands. « La peinture embellit la place, sourit une habitante. C’est comme si c’était notre propre musée, à ciel ouvert », conclut-elle, les yeux rivés sur l’œuvre monumentale.

Au pied de la gare RER de Cergy-Saint-Christophe, règne une harmonie paisible, aux couleurs de « Sérénité ».


L’article est à retrouver sur Urban Art Paris & dans la Gazette du Val d’Oise.

Episode #2 : Art Osons, quand le street-art se partage.

Le rap se donne à voir à la Maison de la Radio

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Ôtez vos écouteurs, débranchez Spotify, le rap se donne à voir ! La Maison de la Radio accueille l’exposition de photos « Le Visage du Rap », proposée par Mouv’ et Radio France, jusqu’au 5 novembre 2018. Le photographe David Delaplace présente ses portraits de rappeurs français, extraits de son ouvrage éponyme, qui ont marqués la culture hip-hop de 1980 à aujourd’hui.


Le regard assombri par l’ombre de sa casquette Nike, emmitouflé dans une épaisse parka militaire, les lèvres pincées, Booba trône dans le hall de la Maison de la Radio. Haut de 2,50 mètres, son portrait intimide, à l’image de ses textes crus et provocants. En tout, une centaine de clichés tapissent la nef de la tour ronde et racontent l’histoire du rap français.

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« Loin des clichés »

Mettre en image ce qui s’écoute sans tomber dans les clichés. Telle est l’ambition de David Delaplace. Autodidacte et passionné de culture hip-hop, le jeune photographe de 28 ans est allé à la rencontre de ceux qui ont façonné le mouvement rap depuis plus de trente ans : chanteurs, producteurs ou encore ingénieurs sons. Au fil de l’exposition, on retrouve les figures emblématiques, comme Dee Nasty, Oxmo Puccino, Kool Shen, Doc Gyneco ou encore Orelsan… Les photos sont accompagnées des textes du journaliste Olivier Cachin, animateur de l’émission La sélection rap sur Mouv’.

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© Portrait David Delaplace

Photographiés lors de concerts, en studio ou à l’occasion d’entrevues privées, les artistes se livrent sous l’objectif de David Delaplace, intimement. « Mon désir le plus profond était de retranscrire des émotions, des moments de tendresse, des sourires, loin des clichés des grosses voitures et des cités abandonnées », évoque le jeune photographe, à l’antenne de France Culture. « J’ai misé sur la spontanéité et le naturel pour montrer des images qu’on ne voit pas tous les jours », poursuit-il. Des portraits rares, qui laissent entrevoir la personnalité de chaque artiste qui a fait évoluer le mouvement rap.

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Kool Shen – © David Delaplace

La conquête du rap

« On ne fait pas de la musique comme il y a trente ans, et cela a été révolutionné par le rap », affirme David Delaplace, sur France Culture. Surprenant quand on sait que le rap a longtemps été méprisé par les médias français, assimilé à une « sous-culture ». Aujourd’hui, le mouvement domine l’industrie musicale. Lomepal, Eddy de Pretto, ou encore Roméo Elvis… tous se produisent sur les grands festivals et battent des records d’écoutes sur les plateformes de streaming. « Le rap est devenu la nouvelle variété française », confie Sophian Fanen sur France Inter, journaliste pour Les Jours et auteur de l’obsession « La fête du stream ».

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Lomepal en concert

L’exposition répond à un désir d’histoire du rap et de réunir au sein du même mouvement. Il y a trente ans, les premiers rappeurs comme Doudou Masta ou encore le DJ Dee Nasty, se construisaient indépendamment des médias – Nova étant la seule radio FM qui diffusait cette musique marginale. Au cours de la décennie précédent le nouveau siècle, le rap se démocratise peu à peu, avec la sortie de la compilation Rapattitude révélant les groupes tels que Assassin, Suprême NTM ou la chanteuse Saliha. Les premiers médias de rap apparaissent, notamment avec la radio Skyrock. Puis, le XXIème siècle voit émerger un « rap conscient ». Argotique et brutal, le rap stimule et dénonce. Aujourd’hui, la nouvelle génération s’accomplit sur les plateformes de streaming. « Le streaming a redonné le pouvoir économique aux plus jeunes, qui écoutent majoritairement du rap », précise Sophian Fanen dans son obsession. L’histoire du rap continue de s’écrire.

Le visage du rap peut-il être féminin ?

Seulement cinq portraits de rappeuses sur… une centaine de clichés. Tout au long de l’exposition, la quasi absence de mixité surprend. La culture rap est-elle fermée aux femmes ? Sont-elles victimes de discrimination ? On sait à quel point les textes de certains rappeurs ont fait couler de l’encre. En 2009, le titre « Sale pute » d’Orelsan suscite une vive indignation et entraîne sa déprogrammation de nombreux festivals. Condamné par le tribunal correctionnel pour provocation à la violence à l’égard des femmes en 2014, Orelsan sera finalement relaxé deux ans plus tard. En juin dernier, c’est le rappeur Niska qui suscite la polémique à l’occasion d’un concert gratuit organisé à Ivry-sur-Seine. Le maire PCF François Bouyssou se déclare choqué par les paroles extrêmement violentes à l’égard des femmes.

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Album « Dans ma bulle », Diam’s

L’image de l’archétype de la « rappeuse traditionnelle » perdure : hauts talons et posture sexy ou bien baggy et baskets, sans oublier une personnalité bien affirmée. A l’antenne de France Culture, David Delaplace reconnaît le peu de place accordée aux rappeuses dans ses portraits, tout en se justifiant : « je n’ai pas pu rencontrer autant de rappeuses des années 1980 que de rappeurs. Pour moi, la qualité photographique prime sur le choix des artistes ». Indéniablement, des femmes ont fait évoluer le mouvement rap, à l’image de Saliha, Diam’s ou encore Casey. Pourtant, en 2018, le visage du rap reste très masculin. Ladéa, Chilla ou encore Orel Sowha, en passant par le flow plus doux d’Oré, le rap féminin d’aujourd’hui offre des horizons très divers, mais demeure dans l’ombre.

Infos pratiques :

Entrée libre tous les jours de 10h à 19h. Maison de la Radio, 116, avenue du Président Kennedy. Jusqu’au 5 novembre 2018.


Pour approfondir le sujet :

(Re)faire le mur pour (re)penser la ville

Expos, Reportages

Des voix qui se mêlent dans le métro parisien, des friches urbaines en noir et blanc, et le collectif de rap PARIS C’EST L’EST sur scène. Les 28, 29 et 30 septembre 2018, sept étudiants du CELSA ont présenté le projet (RE)FAIRE LE MUR dans le cadre de l’association de médiation culturelle de l’école Hors Les Murs. Un lieu de vie éphémère dans les locaux de l’association Spérentza à Ivry-sur-Seine, pour repenser l’espace urbain et favoriser le lien social. Au programme : expositions, performances artistiques, concerts et street-food.


Un lieu à s’approprier

Sous les guirlandes lumineuses suspendues aux murs en friche, on se rencontre, on bavarde, on rit, une pinte de bière à la main. Des drôles de tables en forme de girafe, peinturlurées en rouge, vert et jaune, rappellent l’ambiance des carnavals d’antan. Derrière la scène installée pour les concerts, le visiteur déambule dans un hangar, au milieu des œuvres exposées. Une expérience immersive. « Nous avons voulu créer un lieu de vie éphémère, sur le thème de la ville, où le visiteur s’approprie l’espace comme il l’entend, évoque Anaïs, étudiante en Master 1 « Entreprises et Institutions » au CELSA et co-responsable de l’événement (RE)FAIRE LE MUR. Propice à la dérive, la scénographie du lieu favorise les interactions sociales. « Le projet propose un cadre alternatif et insolite, poursuit Anaïs. Ici, règne l’imprévu. Par exemple, les tabourets ne sont jamais disposés de la même façon, ce qui recrée en permanence le lien social. » Dans ce lieu intimiste, on se sent hors du temps, hors de la ville. A travers des animations artistiques, le visiteur s’interroge sur l’espace urbain, le quotidien qu’on oublie trop souvent.

(Re)penser l’espace urbain

Une exposition collective, des concerts, des happenings, des expériences sonores… et un thème. Telles sont les animations artistiques mises en place par les sept étudiants du CELSA, après un an de préparation. « Le thème de la ville est venu assez naturellement, relate Thibault étudiant en Master 1 « Le Magistère » et second responsable du projet. A travers l’art, il s’agit de mettre en avant la banalité du quotidien et de questionner les interactions sociales dans l’espace urbain », explique-t-il. Différents regards et différents projets convergent alors. « Nous avons lancé un appel à projets pour permettre à des jeunes artistes de participer », ajoute Thibault.

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Exposition « (Re)faire le mur » – © LB

Alexis Maçon-Dauxerre, un jeune photographe, présente sa série « Solitudes urbaines ». Son intention artistique ? Capturer la poésie des espaces urbains silencieux, caractérisés par l’absence et la présence des personnages. En face, des milliers de fils de laine colorés s’entrelacent autour d’une sculpture rectangulaire. Caroline Rambaud, étudiante en arts plastiques, explique son œuvre collective : « Sur le modèle de l’arbre à prières tibétain, chacun noue un bout de tissu sur la sculpture, qui représente un immeuble HLM. Le but est d’impliquer les visiteurs et de faire réfléchir : indifférents, on passe à côté des logements sociaux sans les voir et le lien social disparaît peu à peu. »

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Oeuvre collective de Caroline Rambaud – © LB

Bien d’autres projets se côtoient dans ce lieu éphémère, comme des paysages sonores, véritable immersion auditive au cœur des villes de France et du bout du monde.

Portée associative

Bières, verres de vin et menus street-food à des prix solidaires… Les profits de l’événement seront entièrement reversés à l’association Spérentza, partenaire du projet (RE)FAIRE LE MUR. Engagée dans la vie associative locale d’Ivry-sur-Seine, l’association intervient auprès des communautés roumaines de la ville à travers de nombreuses activités : redistribution de produits alimentaires invendus, collecte de vêtements et de jouets pour enfants et accompagnement dans les démarches administratives.

Aussi, toutes les œuvres exposées ont été vendues et la somme a été reversée à Spérentza. « Les gens tiraient au sort le nom d’un artiste et choisissaient une oeuvre parmi celles exposées, explique Anaïs. On aimait bien l’idée que les gens puissent repartir avec un bout de l’exposition », sourit-elle. Une belle initiative de la part des étudiants du CELSA, et une expérience formatrice dans l’organisation d’un projet culturel.

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L’équipe de Hors Les Murs 2018

We Are The Line, ombre et lumière électrique

Articles & interviews, Musique

De l’électro sombre et des influences Depeche Mode. Le projet musical parisien, We Are The Line, a sorti son deuxième EP Songs of Light and Darkness, le 3 juin 2018. Un résultat incisif. Rencontre avec Jérôme, le porteur du projet.


Des ombres errantes, aux allures de fantômes, dans la froide pénombre d’une cave laissée en friche. Ambiance troublante. Ce n’est pas une scène d’un thriller psychologique – enfin, presque – mais des sonorités électroniques. Les premières notes de l’intro de Songs of Light and Darkness de We Are The Line nous plonge dans un univers froid et nocturne, d’où émerge des scènes quelque peu angoissantes dans notre esprit. Âmes sensibles, s’abstenir.

Réunir autour d’un collectif

« Je suis en perpétuelle quête d’identité et de sens. » Derrière le projet We Are The Line, se cache un seul homme : Jérôme. Un moyen pour lui de prendre du recul et de rassembler autour d’un même mouvement. « Même si ce que je compose est éminemment lié à ma vie personnelle, derrière le ‘nous’, le collectif, il y a l’idée de réunir autour de ma musique et de faire réagir », évoque Jérôme. La Ligne, c’est une direction, une destinée propre à chacun qui nous façonne. « C’est aussi un personnage que je fabrique afin d’éviter de trop personnifier, ajoute-t-il. Mais le projet représente aussi ce que je suis, une accumulation de vies et d’expériences ».

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Jérôme, de We Are The Line – © Hubert Cadalguès

Dualité et complexité

Des paroles optimistes et mélancoliques, sur des sons mécaniques, mystérieux et nuancés. Telles sont les caractéristiques du projet musical de We Are The Line. « Le deuxième EP Songs of Light and Darkness convoque les aspects doubles et nuancés de ma personnalité », explique Jérôme. Les notes, énergiques, fusent et éclatent en un millier de détails sonores. A l’écoute du morceau « An Hymn For Them All », on remarque le contraste entre ombre et lumière : des sons électroniques dissonants qui rappellent le bruit d’un électrocardiogramme pour aboutir à une mélodie plus apaisante. Le titre phare de l’EP « Darkness Above », le prouve aussi. « J’y oppose le fond et la forme, explique Jérôme. Le morceau est sombre et les paroles sont plutôt positives ».

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Artwork Songs of Light and Darkness – © La Ligne

Rendre compte de la complexité du monde dans lequel on vit. C’est aussi l’ambition musicale de We Are The Line dans son EP Songs of Light and Darkness. « ‘Darkness Above’ évoque le dépassement de soi et le refus d’un assujettissement à la société », affirme Jérôme. Dans un monde binaire et nuancé, We Are The Line nous livre un message : éviter la facilité et regarder derrière les apparences. Alors, We Are The Line exorcise ses peurs, ses doutes, ses colères et invite à « faire péter les murs ».


We Are The Line prépare une nouvelle sortie musicale. « Le format n’est pas encore défini, mais je souhaite évoluer musicalement », confie Jérôme. Impatience.

Laura BARBARAY

Kelkin, entre onirisme et dédale urbain

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Le street-artist originaire de Cergy, Kelkin (24 ans) étudie à l’école des Beaux Arts, à Angers. Depuis plusieurs années, il explore des souterrains, ornés de graffitis, pour y peindre son motif fétiche : le labyrinthe.


Sanctuaire

« Des nuits et des nuits passées à peindre sur des rangées de murs calcaires, dans l’obscurité la plus totale. » Le street-artist Kelkin se rappelle le temps où il se faisait la main dans des carrières souterraines, vestiges de la Seconde Guerre mondiale. L’atmosphère froidement troublante des grottes, aux allures primitives, ne lui fait plus peur. Lampe frontale fixée sur la tête et bombe de peinture à la main, Kelkin graffe sur la roche colossale, avec exaltation. « C’est devenu mon sanctuaire », sourit-il. Sa voix résonne dans l’immense labyrinthe souterrain. Le caractère sacré et onirique du lieu transmet une énergie positive au street-artist. « Quand je rentre en région parisienne, j’improvise parfois des sessions, avec des amis. Peindre dans les souterrains permet un retour à soi et à l’instinct primaire », explique Kelkin.

Symbole du rêve

Des tracés sinueux, des symboles antiques, du noir et du blanc. Voici l’univers artistique de l’artisan-peintre Kelkin. « Je passais du temps à dessiner dans ma chambre, évoque-t-il. Un jour, je me suis aperçu que des lignes tortueuses et abstraites apparaissaient sous mon feutre noir, comme un labyrinthe. » Son intention artistique ? S’approprier ce mythe, aux origines préhistoriques, et explorer un monde intérieur. « Pour moi, le labyrinthe est une figuration de l’Homme, explique-t-il. Tout au long de notre vie, on est confronté à des labyrinthes, comme la ville, véritable dédale urbain. »

Chargée en symboles, l’œuvre de Kelkin évoque le rêve et l’inconscient. « À travers mes peintures, je demande à chacun quel est son rêve, précise le jeune homme. Le public a le pouvoir d’actualiser l’œuvre et de donner un sens aux symboles qui s’y trouvent », s’enthousiasme-t-il. Le street-artist s’inspire des cultures étrangères, en intégrant des symboles Adinkra, berbères ou encore asiatiques. Une œuvre universelle qui fait cheminer le public dans son propre labyrinthe intérieur.

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« La Bateleur », par Kelkin, collection « Miroirs de Lames » 2018 – © Kelkin

« Faire vivre mon art »

« Je souhaitais être sur le terrain et faire des choses avec mes mains », résume Kelkin. Après avoir entamé une licence en Arts Plastiques à la Sorbonne en 2013, le jeune homme s’oriente vers une formation de peintre-décorateur, l’année suivante. Il fait ses preuves au sein de l’entreprise de décoration MVDECOR, où il apprend les techniques de base de la peinture. Aujourd’hui étudiant aux Beaux Arts à Angers, Kelkin perfectionne son savoir-faire. « Je suis en perpétuelle recherche artistique pour faire vivre ma passion », suggère le jeune artiste.

Le street-artist ne peint pas seulement dans les souterrains ténébreux. Lors du projet Street Art City, un lieu unique dans l’Allier (Auvergne) qui accueille les artistes du monde entier, Kelkin réalise ses œuvres les plus conséquentes. En résidence pendant cinq jours en juin 2017, il rénove une façade en friche et réhabilite la chambre 020 de l’Hôtel 128. « J’ai aussi présenté ma plus grosse exposition solo, ‘Miroirs de Lames’, à Street Art City », évoque-t-il, les yeux scintillants. Le lieu est ouvert au public jusqu’au 4 novembre 2018.

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La façade rénovée par Kelkin – © Street Art City


En attendant, Kelkin exposera au Muséum de Toulouse, le 16 octobre, dans le cadre de la semaine de l’étudiant. Une soirée-exposition organisée par l’association culturelle Aparté.

Découvrez le blog de Kelkin : https://kelkin.org/

Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Songe d’une vie transsibérienne : de Moscou à Vladivostok

Littérature

Intimement, je songe à ce voyage. Seule, immobile au milieu de la gare Iaroslavl à Moscou, je baigne dans une atmosphère vaguement troublante. Il est bientôt l’heure. Autour de moi, les voix des passagers se mêlent dans un seul écho. Je perçois des bribes d’un langage écorché, mais qui me sera bientôt familier. Qui vais-je rencontrer ? De quoi vais-je me souvenir ? Le regard lointain, j’imagine l’odeur poussiéreuse des rideaux de velours, le doux chant de la provodnitsa, les adieux déchirants de mes compagnons de voyage… Cet instant, aux allures d’un rêve, s’évapore peu à peu dans un souffle brumeux. Peut-être n’est-ce que l’emballement de mes émotions juvéniles.

Il est l’heure. 9 288 kilomètres. La Russie, au rythme lent et terriblement envoûtant du Transsibérien. Sur le quai, je m’agrippe à des sourires inconnus. Le caractère sacré de ce train me crie au plus profond de moi d’oublier mes craintes, mes doutes. Nouer des liens invisibles, me sentir hors du temps dans une cabine étroite. La taïga, intarissable, défile sous les yeux de la jeune fille naïve et exaltée, que je suis encore. Dans les villages près de la Volga, des femmes et des hommes vivent dans des dachas en bois, couleur pastel. À Krasnoïarsk, je rejoins la jeunesse dans les cafés. Ont-ils des rêves ? À Irkoutsk, au bord du lac Baïkal, règne l’esprit silencieux des chamans. Des marins et des pêcheurs évoquent l’histoire de leur Sibérie, chère et traditionnelle.

Rencontrer et raconter. De cette longue traversée à bord du Transsibérien, je reviendrai sur ma terre natale, avec des sons, des images, des couleurs, des senteurs et des témoignages puissants.

Je ne pense qu’à ce train, légendaire. Je désire entendre le bruit des roues anciennes sur les rails, me serrer contre des étrangers, écouter des récits en langue russe, respirer l’odeur des conifères. Thylacine. Ma rencontre avec sa musique a tout changé. C’est à bord du Transsibérien qu’il compose sa fresque musicale Transsiberian, en 2015. Son inspiration vient d’une voix, du bruit des rails, d’un chaman qui chante, de personnes croisées au hasard. Son périple russe est fait de rencontres et d’imprévus. Il me semble que c’est le point de départ de mon rêve. Et puis, il y a eu ces lectures. Le récit-reportage de Paolo Rumiz, Aux frontières de l’Europe, à la recherche de l’âme russe ; le récit de voyage d’Olivier Rolin, Baïkal-Amour, qui fait resurgir la mémoire enfouie de l’Histoire ; l’ouvrage de Géraldine Dunbar, Seule sur le Transsibérien, profondément humain, ou encore le récit autobiographique de Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, profondément bouleversant.

La perspective de ce voyage est là, en puissance. Elle doit encore se développer. En attendant, des romans, récits de voyage ou reportages viendront distraire mes cours de civilisation russe…

Michel Strogoff, Jules Verne – Les Nuits de Sibérie, Joseph Kessel – Journal russe, John Steinbeck – Sibérie, un voyage aux pays des femmes, Anne Brunswic – Voyage au cœur de l’esprit, Lesley Blanch – Les Sirènes du Transsibérien, Hervé Bellec – Sous l’étoile de la liberté, Sylvain Tesson – Sirbir, Moscou-Vladivostok, Danièle Sallenave…

Et bien-sûr, l’incroyable websérie Transsiberian de Thylacine.