« Le Mobilier d’architectes, 1960-2020 », objets quotidiens et oeuvres d’art

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Une chaise en fibre de noix de coco, moulée sous forme de gros nœuds enchevêtrés, trouve sa place dans la collection des peintures murales. Plus loin, un luminaire pâle aux allures d’une soucoupe volante flotte parmi les immenses moulages de plâtre, dans un silence religieux. Jusqu’au 30 septembre 2019, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine met à l’honneur le mobilier d’architectes de ces soixante dernières années, à travers un parcours chronologique et thématique en plein cœur du musée. L’exposition « Le Mobilier d’architectes, 1960-2020 » propose alors une réflexion sur l’approche mobilière des architectes et la spécificité de leur création dans le domaine du design.


The Coir Chair – Daniel WIDRIG et Guan LEE

Des architectes designers ?

« Je suis un architecte qui fait du design », disait Jean Nouvel à l’occasion de son exposition « Jean Nouvel, mes meubles d’architecte. Sens et essence », au musée des Arts Décoratifs en 2017. Quelle est la spécificité des architectes dans la création d’objets domestiques, par rapport aux designers ? C’est ce qu’interroge l’exposition « Le Mobilier d’architectes, 1960-2020 » à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, à travers plus de 250 pièces uniques. Souvent assimilés aux bâtisseurs de l’espace urbain, – on doit à Jean Nouvel l’impressionnant musée du Louvre Abu Dhabi, à Renzo Piano l’actuel Tribunal de Paris, ou encore à Zaha Hadid l’Opéra de Canton en Chine – les architectes sont généralement méconnus pour leur création mobilière. « Un meuble est une petite architecture », poursuivait Jean Nouvel. Période charnière, les années 1960 ont été marquées par une intense créativité architecturale. Après l’urgence de la reconstruction post Seconde Guerre mondiale, un mouvement de liberté et de rejet de codes traditionnels propulse l’art de bâtir vers de nouvelles recherches de formes, de matières, de couleurs et de lumières, pour valoriser l’espace domestique. Le mobilier devient le support d’expression des revendications des architectes : radicalisme, post-modernisme, déconstructivisme, digital… Libre, l’architecte affirme ses engagements, ce qui le distingue du designer industriel. Les différents courants de l’architecture mobilière sont mis à l’honneur avec 120 architectes et éditeurs exposés tels que Joe Colombo, Le Corbusier, Ron Arad, Zaha Hadid, Jean Nouvel, Franck Gehry, Greg Lynn et bien d’autres.

Galerie des moulages

Un terrain d’expérimentation esthétique

Des fauteuils en acier ou en carbone, aux formes revisitées, des étagères coniques, des services à thé aux matériaux hybrides… L’exposition révèle la richesse et la diversité de la production mobilière depuis les années 1960. Tout au long du parcours, on saisit les engagements des architectes, propices à une liberté esthétique.

Démocratiser les objets d’art fait partie des revendications profondes des architectes. Par exemple, l’architecte italien Aldo Rossi collabore avec l’entreprise Alessi, qui prône un « art multiplié », accessible à tous à des prix abordables. Ainsi, Aldo Rossi conçoit le service à thé « Tea & Coffee Piazza » (argent, quartz, verre, laiton, métal noir) en 1983.

D’autres architectes, comme Odile Decq, font dialoguer la matière des objets avec les corps. Pour elle, le mouvement est énergie, les corps doivent ressentir son approche spatiale caractérisée par des contrastes et des surprises visuelles. Son luminaire « Suspension Soleil Noir » donne une vision poétique et futuriste de l’espace : la lumière diffusée est indirecte, ce qui procure une sensation de confort pour les corps à proximité.

L’exposition présente également les créations japonaises et brésiliennes, avec notamment les pièces de Lina Bo Bardi ou Ettore Sttosass (Brésil), Kazuyo Sejima ou Junya Ishigami (Japon). Entre harmonie et légèreté japonaises, entre matières organiques et abstraction brésilienne, le visiteur saisit les influences des architectes européens, puisées au cœur de ces deux pays d’une intense créativité architecturale.

Interroger l’espace du quotidien

« Questionnez vos petites cuillères », écrivait Georges Perec dans son ouvrage L’infra-ordinaire. Comme anesthésiés par nos habitudes journalières, nous avons intégré nos espaces quotidiens : notre maison, notre chambre, notre lieu de travail. Ces lieux ne disent rien, puisque ce qui nous parle c’est le sensationnel, l’extraordinaire, selon l’auteur. Le projet de Georges Perec entend interroger la futilité des gestes quotidiens pour saisir l’essentiel et faire surgir l’étonnement. Et si le parcours de l’exposition « Le Mobilier d’architectes » incitait à interroger les espaces et les objets qui composent notre quotidien ? À reconsidérer notre espace domestique ? Le mobilier de l’architecte ne serait-il pas un moyen de repenser nos manières de table, de vivre ?

Finalement, quoi de plus banal qu’un fauteuil, qu’un luminaire ou encore qu’une tasse à café ? L’exposition présente l’architecte comme un éternel « chercheur », toujours en quête de renouveau. Renouveler notre assise dans le fauteuil, renouveler la lueur diffusée par le luminaire, renouveler la manière de boire le thé. L’architecte souhaite surprendre en valorisant notre cadre de vie. L’objet décoratif devient alors l’extension quotidienne de sa pratique.

Au cœur de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, le visiteur déambule à travers les galeries du musées, découvre les collections du musée tout en repensant son propre espace de l’intime.

Sources :

– Communiqué de presse de l’exposition « Le Mobilier d’architectes » : https://www.citedelarchitecture.fr/sites/default/files/documents/2019-03/cp_le_mobilier_d_architectes.pdf

– Interview de Jean Nouvel sur RFI, 14/11/2016 : http://www.rfi.fr/culture/20161114-jean-nouvel-architecte-design-musee-arts-decoratifs

– L’infra-ordinaire, Georges Perec, 1989

– Emission Les Chemins de la philosophie, « Espèces d’espaces de Georges Perec » sur France Culture, diffusée le 06/03/2018 : https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/lespace-mode-demploi-24-les-especes-despaces-de-georges-perec

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Auber Graffiti Show : hommage à la culture graffiti

urban art paris

A l’occasion de l’Été du Canal à Aubervilliers, la première édition d’Auber Graffiti Show, initiée par les organisateurs de la Street Art Avenue, s’installe rue Pierre Larousse le dimanche 7 juillet 2019. Près de la Porte de la Villette, une vingtaine d’artistes urbains rendent hommage à la culture graffiti sur un mur de 150m de long. Ateliers, animations sportives, scène hip-hop et visites guidées sont également au programme.


Un projet de requalification urbaine

Le long des berges du canal Saint-Denis, dominent d’immenses entrepôts industriels, aux contours uniformes et aux couleurs cendrées. Des hauts grillages, des camions citernes, des grues envahissent le paysage. « Les berges, si peu considérées, sont réinvesties dans le cadre d’un projet de rénovation urbaine », explique Malo, chargé de développement des cultures urbaines à l’Office de Tourisme de Plaine Commune Grand Paris, initiateur et coordinateur de la Street Art Avenue et de l’événement Auber Graffiti Show.

Conjuguer industrie et activités récréatives. Tel est l’enjeu de la Street Art Avenue. Si des travaux d’aménagement sont entrepris depuis 1998 afin de rendre accessibles les berges du canal, la Street Art Avenue a vu le jour en 2016 à l’occasion de la coupe européenne de football. L’objectif est d’inciter le public à se rendre à Aubervilliers par le canal. Artistes et collectifs investissent chaque année différents éléments du paysage, mobilier urbain, bâtiments industriels ou encore piliers de pont pour créer la « Street Art Avenue ». « Aujourd’hui, la fréquentation des berges a augmenté, mais il reste encore du travail : pistes cyclables, fresques murales et industrie lourde se côtoient au sein du même espace », confie Malo. C’est dans le cadre du projet Street Art Avenue et du festival l’Été du Canal, que s’inscrit la première édition d’Auber Graffiti Show.

« Rendre hommage à la culture graffiti »

« La Porte de la Villette est l’un des principaux foyer du mouvement graffiti », précise Malo. Le graffiti a toute sa légitimité près des berges du canal Saint-Denis, mais il est sous-représenté dans le projet Street Art Avenue ».

Les organisateurs d’Auber Graffiti Show ont donc voulu « rendre hommage à la culture graffiti » tout en valorisant la rue Pierre Larousse, qui mène au canal. « C’est une rue qui n’a pas bonne réputation : elle est isolée, sans vis-à-vis. Peu de personne s’y aventure seul », explique-t-il.

Rue Pierre Larousse, Aubervilliers

En partenariat avec Hoops Factory (terrain de basket-ball à proximité) et soutenus par de nombreux acteurs (les villes d’Aubervilliers, de Saint-Denis et de Paris, mais aussi Plaine Commune et le département 93), les organisateurs ont fait appel à six équipes de graffeurs du 93 pour rénover et embellir la façade de 1000m². Urban Art Paris a été sollicité pour monter une équipe de graffeurs, avec entre autres, Bebar et Yakes !

Pour Malo, le graffiti est bien plus qu’un simple style graphique : c’est une ambiance, des codes partagés, des projets fédérateurs. Les artistes, capables de recouvrir une surface très rapidement, pourront dialoguer et faire converger leur style lors de l’événement. Cet événement a aussi pour ambition de rapprocher les acteurs de ce mouvement et le grand public. En effet, des activités sont au programme : ateliers d’initiation avec l’association MUR 93, animations musicales avec Camion Scratch (beatbox), animations sportives avec Hoops Factory, visites guidées avec Street Art Avenue… De quoi mettre à l’honneur la culture graffiti et ses acteurs !


Infos pratiques

Dimanche 7 juillet, de 11h à 21h.

Métro 7 Porte de la Villette.

Métro 12 Front Populaire.

Programme complet sur le page Facebook de l’événement.

Été du Canal :

Tous les week-ends du 6 juillet au 25 août 2019, l’Été du Canal propose des croisières festives – brunch, musique, escapade, découverte, apéro… -, un Port de loisirs en plein air avec concerts et dj sets au bord de l’eau, bals guinguette ou hip-hop, pop-up bar et bien d’autre encore.

Programme complet sur le site de l’Eté du Canal ici.

Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Retour sur : UAP x DockSession, l’événement qui rapproche street art et longboard

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Du street-art ? Du longboard ? Les deux ensemble, c’est encore mieux ! Pour la première fois, Urban Art Paris a fait dialoguer deux disciplines issues de la culture urbaine, lors d’un événement unique en partenariat avec la DockSession, l’association parisienne de longboard. Sur les quais Anatole-France le 26 mai dernier, il y avait des live painting, des démo, des ateliers d’initiation, un talk entre artistes et riders, et surtout de la bonne ambiance. Vous étiez nombreux à y assister, retour sur le projet !


Manifesto

Issues de la street culture, street-art et longboard dancing s’expriment côte à côte, au sein du même lieu : l’espace urbain. Si la culture urbaine se définit comme le partage d’une expérience artistique dans l’espace public, Urban Art Paris s’est demandé comment le street-art et le longboard s’approprient cet univers de passage et de détournements. Quelles sont les similitudes et les différences entre ces deux pratiques ? C’est à partir de cette réflexion que le projet est né. La team UAP est allée à la rencontre des riders de la DockSession sur les quais Anatole-France !

Performances

Trois de nos artistes, BoudaKelkin et Oji, ont customisé en live des longboards conçues spécialement pour l’événement, par la marque française Majutsu. Peu habitués au format réduit et au bois, les street-artistes ont dû s’approprier un matériau nouveau et adapter leur univers graphique au support. Urban Art Paris a choisi trois artistes dont l’approche artistique est différente afin de représenter un panel large de l’art urbain.

Bouda est une illustratrice et peintre de fresque murale qui s’inspire de l’énergie des grandes villes et de ses personnages ; Kelkin explore le motif du labyrinthe qui symbolise notre chemin intérieur ; Oji interroge le quotidien par ses peintures sur les murs de la ville.

Résultat, des longboards originales customisées sur-mesure ! Beaucoup de monde était présent pour assister aux performances des artistes.

De gauche à droite : Oji, Bouda, Kelkin

La DockSession proposait des démonstrations de longboard dancing ainsi que des ateliers d’initiation. Il s’agissait d’interpeller le public sur la discipline peu connue (voir article « Le longboard dancing, une discipline qui bouscule les codes du skate »), mais aussi sur le rapport à l’environnement urbain. La rue n’est pas seulement un lieu de passage, mais également un lieu de création artistique et sportive.

Démonstration de longboard dancing

Deux disciplines, un espace

L’une expérimente le bitume, la vitesse et recherche de l’équilibre ; l’autre aime la hauteur, les murs, les espaces isolés, les lieux à l’abri des regards. C’est finalement l’espace urbain qui rapproche le street-art et le longboard dancing. Lors du talk entre les artistes et les riders, de nombreuses similitudes dans les modes de faire ont été soulevées.

C’est dans l’espace urbain que les street-artistes et les riders trouvent de l’inspiration pour réaliser une peinture ou des tricks. Chacun crée en s’adaptant à l’environnement qui existe déjà, au gré des diverses interactions, rencontres et contraintes.

D’autre part, les artistes et les riders évoluent au sein d’une communauté tout en développant leur propre individualité. Dans le milieu du street-art, les « crew » ou les collaborations sont les exemples les plus relevants. Les longboarders revendiquent le fait d’appartenir à une communauté, la DockSession. L’attache à un groupe au sein de l’espace urbain permet de progresser individuellement, selon les artistes et les sportifs.

L’équipe UAP remercie tous les partenaires, les bénévoles, les artistes impliqués dans le projet ! Une exposition sera organisée pour présenter les planches customisées. A bientôt !


Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Cergy Street Festival : le retour !

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Dans l’arrière cour du Théâtre 95 à Cergy, des amateurs de street-art s’initient au graffiti, accompagnés des artistes Horor et Ndeck du collectif Art Osons, ainsi que des membres de l’association Essec & Bab. Sur le cellophane noir, tendu entre deux poteaux, les lettrages colorés prennent forme : « GENERATION ». La fresque participative, mise en place le 10 mai dernier par la Nouvelle scène nationale à l’occasion de Génération(s) #3, fait office d’introduction à la deuxième édition du Cergy Street Festival, organisée par Essec & Bab, du 21 au 25 mai 2019.

« Faire sortir l’Essec dans Cergy »

Essec & Bab, c’est l’association de cultures urbaines de l’Essec situé à Cergy-Préfecture. Née en 2011, Essec & Bab a pour objectif de promouvoir la culture hip-hop en organisant des soirées sur le thème, mais aussi de « faire sortir les étudiants de l’Essec dans Cergy, avec un guide des bonnes adresses », confie Lamia Ouedemi, étudiante en Master 1 à l’Essec et responsable du Cergy Street Festival. Le souhait de gommer la rupture sociale entre les étudiants de la grande école de commerce et les Cergyssois a donné naissance au festival en mai 2018. Suite au succès de la première édition, l’événement est reconduit cette année.

Encore plus d’événements

Soutenus notamment par la mairie de Cergy et la Nouvelle scène nationale, les organisateurs ont vu plus grand pour la deuxième édition du Cergy Street Festival. Le groupe de rap 13 Block est l’invité d’honneur au Théâtre 95, ce jeudi 24 mai. Un concours tremplin a également été lancé pour permettre aux artistes de la scène rap du Val-d’Oise de jouer en première partie.

La diversité des cultures urbaines est célébrée lors de la « journée street » ce samedi 25 mai : initiations au graffiti avec Art Osons, ateliers hip-hop avec Noonanji, démonstrations de parkour avec H2Squad ou encore ateliers Djing avec La Ruche. « Une exposition et une conférence s’ajoutent au programme, précise Lamia. Pour cette deuxième édition, nous attendons encore plus d’étudiants et de familles du 95 pour réunir autour des cultures urbaines ! », s’enthousiasme-t-elle.

Un projet formateur

Démarcher les artistes, obtenir des partenariats, contacter des institutions… Telles étaient les missions des étudiants pendant près d’un an pour organiser le Cergy Street Festival. « S’impliquer dans un projet d’ampleur en parallèle des cours nous a permis d’acquérir des compétences pratiques », évoque Lamia, pour qui l’organisation du festival a été « un véritable job à temps partiel. » Surtout, le partage d’une telle expérience avec les autres étudiants, les partenaires et les artistes, a permis une « véritable ouverture d’esprit », ajoute la jeune étudiante, impatiente de voir son travail aboutir.

En ligne sur la Gazette du Val-d’Oise.

Arnaud Rebotini joue 120 Battements par minute, à la Philarmonie de Paris

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20:12, arrivée à la Philarmonie de Paris. Mon cœur palpite. Pendant de longues minutes, je contemple l’architecture de l’immense bâtiment de fer. J’imagine les notes de musique envelopper tous les pores de ma peau. Mais c’est à la Cité de la Musique, dans la salle des concerts, que jouera Arnaud Rebotini et son Don Van Club. Tout autant fascinante, tout autant majestueuse.
20:35, assise au premier rang, j’observe les lumières faiblir peu à peu. Les derniers chuchotements diminuent eux aussi. Le silence s’installe. Mon cœur s’accélère pour atteindre la fréquence de 120 battements par minute. Soudain, la salle se revêt d’une lumière bleu nuit. Nous voilà plongés dans l’ambiance des clubs des années 1980.

La musique envahit la salle. Les images du film m’apparaissent : les réunions des militants d’Act Up, les nuits d’ivresse de Nathan et Sean, les cris, les rires, les pleurs, la lutte contre le Sida…

L’espoir et l’amour. Tels sont les sentiments que j’ai ressentis, face aux multiples synthétiseurs d’Arnaud Rebotini et de son orchestre pas moins symphonique, le Don Van Club. Sur notre siège dans la salle des concerts de la Cité de la Musique, on ne peut s’empêcher de se trémousser sur les airs du film 120 Battements par minute. Plongés dans le noir quasi total, une lumière bleu nuit éclaire la scène, ravivant l’ambiance du clubbing de l’époque, lieu refuge pour oublier la maladie. Le rythme percutant des nombreux claviers synthétiques donnent la cadence au violon, au violoncelle, à la flûte, à la harpe, à la clarinette. Le chant des instruments rend la bande originale unique, aux couleurs minimalistes. Alternant mélodies calmes et envolées dancefloor, Arnaud Rebotini nous fait revivre plus intensément encore le film 120 battements par minute de Robin Campillo sans les images.

La composition originale d’Arnaud Rebotini, enrichie et réarrangée pour l’occasion, répond exactement à l’état d’esprit des années 1990, période durant laquelle l’épidémie du Sida atteint son point culminant. La house music était un remède contre l’absence de médicaments, une échappatoire à la souffrance causée par la maladie. Danser au son de la techno pour sentir son cœur battre. Danser pour se sentir vivant contre la maladie. Arnaud Rebotini et son Don Van Club nous transportent avec émotion au sein d’une lutte contre l’indifférence qui entoure l’épidémie du sida, soutenu par un mouvement culturel puissant.

Pendant une heure et demie, le public n’a pas caché son enthousiasme. Le Don Van Club et son chef d’orchestre ont eu le droit a un tonnerre d’applaudissement.

Arnaud Rebotini et le Don Van Club à la Philarmonie

La critique est à retrouver sur le site du Service Culturel de la Sorbonne.

Interview : Axel Deval et son « monde-fantaisie »

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« Transgenèse ». C’est le titre du nouvel album d’Axel Deval, sorti le 22 février dernier. A cette occasion, l’artiste repéré par Groover revient sur son parcours et comment il a composé son nouvel album. Rencontre.


Tout d’abord, peux-tu te présenter ?

Je suis auteur-compositeur-interprète, né à Versailles mais j’ai grandi à Rouen. Puis je suis parti à Paris pour la musique et pour travailler vers 25 ans.

Comment es-tu entré dans le monde de la musique ?

Tout a commencé très tôt, par des cours de piano à l’âge de 4-5 ans, puis de trompette à partir de 7 ans. J’ai découvert à la même période les grands groupes des années 60, notamment les Beatles, et j’ai tout de suite ressenti le besoin de m’exprimer via l’écriture de chansons, ça ne m’a jamais quitté. Ce qui a été plus compliqué, c’est de m’affranchir de certains conditionnements dus à l’éducation, à l’héritage culturel, et acquérir suffisamment de liberté pour tenter de construire un univers propre. Tout ceci s’est fait à Paris justement, grâce à des rencontres et une ouverture à la diversité.

© Mathieu Genon

Tu as eu une période « d’errance » où tu t’es consacré à l’écriture et à la composition. Quelle a été l’influence de la littérature sur ton oeuvre ? Il y a un air de Modiano, ou encore de Houellebecq dans tes chansons… peux-tu nous éclairer ?

Les périodes d’errance sont nombreuses en fait. Elles reviennent à la charge deux années sur trois (il y en a des pires que d’autres ceci-dit). La littérature est un moyen de nourrir les textes et de ne pas ressortir systématiquement les mêmes termes. C’est un peu le danger quand on écrit des chansons, de ressasser les mêmes thématiques. Plus on s’ouvre, plus on explore, plus l’inspiration sera riche a priori. Enfin pour moi en tout cas.
C’est drôle que tu me parles de Modiano, car je lisais effectivement « Fleurs de ruine » pendant l’écriture de certaines chansons de l’album. Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait une inspiration, le titre me parlait, c’est tout. Houellebecq en a un peu plus, en tout cas pour une chanson du premier album. Je me reconnais dans ces errances urbaines qu’il décrit, ces perditions, j’ai l’impression de les vivre régulièrement.

Quelles sont tes influences musicales ? Comment composes-tu habituellement ?

Mes influences musicales dépendent beaucoup des périodes. J’ai un peu l’impression d’être quelqu’un d’autre quand j’écris. Soudain, on endosse un rôle, les textes semblent venir d’ailleurs. Parfois j’en comprends le sens en le relisant, comme s’il s’agissait d’une dictée écrite sans faire attention sur le moment à ce qu’elle raconte. C’est très curieux. En fait, j’ai beaucoup de croyances, et la composition vient s’intégrer dans ce système de croyance justement. J’écoutais une interview de Léo Ferré récemment qui décrivait la même chose.
Les chansons les plus intéressantes arrivent toujours dans des moments de doutes profonds et de dépersonnalisation. J’ai du mal à sortir de chez moi pendant ces périodes.

Ton deuxième album « Transgenèse » vient de paraître, le 22 février 2019. Que raconte-t-il ?

Il est axé autour de l’idée de métamorphose, de mutation. La transgenèse en est une forme plus spécifique. Mahaut chante sur une grande partie de l’album, mais ça s’est décidé en aval de l’écriture. Elle a modifié fondamentalement la couleur de l’album. Si on compare la définition d’une transgenèse, finalement la métaphore est parfaite pour décrire le processus de création de ce disque.

Extrait de l’album « Transgenèse »

On ressent une sorte d’intimité, de sensibilité et d’hybridité à l’écoute de ton album. Comment t’es-tu approprié certains événements de l’actualité ? Quel est ton regard sur la société ?

Je préparais des concours d’écoles de journalisme, et essayais d’être le plus à la page possible sur l’actualité. Aujourd’hui, j’en suis détaché, peut-être parce que je trouve que l’information (politique) tourne en rond et que l’on est mené par le bout du nez. Finalement, on perd beaucoup de temps à suivre les hésitations et revirements d’une poignée d’individus, qui eux, se foutent pas mal de nos doutes à nous. Hors, nos vies nous appartiennent, elles sont courtes, et je pense qu’il ne faut pas trop attendre d’autrui, ni de la générosité de l’état pour être heureux.

Comment l’as-tu composé ?

Je l’ai composé sur les mêmes méthodes que le premier album : avec un mot, une phrase scotchée au mur, et des prises de notes dans mes carnets jusqu’à ce qu’une idée éclose. D’autres chansons sont plus accidentelles, mais au moins il n’y a pas eu de page blanche.

Quels sont tes prochains concerts/projets pour l’avenir ?

Les concerts reprennent tout doucement. Je reconnais les annoncer un peu timidement. Surtout sur Facebook. En parallèle, je continue à faire des scènes ouvertes, jusqu’à quatre soirs par semaine. J’ai moins de temps pour écrire, mais il faut avancer sur tous les plans je crois et pas uniquement l’écriture. Et puis l’album suivant est déjà tout écrit (celui-ci sort avec un retard de deux ans). J’essaye d’optimiser ce que j’ai entre les mains. Mais il faut prendre son temps, c’est important. Prendre son temps, c’est en gagner finalement…

ROB ONE, la nouvelle scène mutante française

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« Venez à moi… Oh oui, venez à moi ! Venez à ma rencontre, sinon c’est moi qui vous trouverai ! » La chaleur tropicale a déjà envahit la salle étroite de l’International et la sueur coule sur les fronts. En cette soirée d’hiver du 8 janvier dernier, la start-up de promotion musicale Groover organisait son troisième Showcase avec les artistes Mackenzie Leighton, Dimanche, Olenji Nun et pour finir… ROB ONE. Des lunettes noires, la chemise déboutonnée, une voix chaudement envoûtante… ROB ONE se cramponne au micro comme une véritable « rock star » et invite le public à le rejoindre dans son univers musical « poétique et mutant. »

« Je souhaite renouveler la scène française »

Auteur, compositeur et interprète, le jeune artiste de 23 ans est diplômé d’une Licence en arts plastiques à la Sorbonne. Désormais, il se dédie entièrement à son projet musical depuis maintenant deux ans. « Comme de nombreux ados, j’avais un groupe de musique au collège. J’ai appris la guitare et la basse, et je me suis formé seul au chant », explique-t-il.

Accompagné de ses musiciens et amis Antonin Couchet (guitare), Alexandre Bouvier (basse) et Tamino Edener (batterie), ROB ONE situe son style à la croisée du rock psychédélique et de l’électro. A chaque fois qu’il monte sur scène, il cherche à élaborer un show unique et mémorable. « Avant tout, je veux m’amuser et créer un lien avec le public, pas simplement enchaîner les chansons sans cohérence les unes avec les autres », évoque-t-il. Alors, il n’hésite pas à se mettre en scène, à pousser la dimension théâtrale toujours plus loin. Une narration autour du show qu’il construit au fur et à mesure des représentations, en jouant sur une intense proximité avec les spectateurs.

« A l’International, il s’est passé quelque chose de fort. »

Ce soir-là, ROB ONE joue devant un public nouveau. Des soupirs, des cris, des incitations à se rapprocher de la scène… Sa tentative de séduction fonctionne, la salle est à son comble. « On a su que c’était réussi car le public n’osait pas applaudir entre les chansons, se souvient-il. C’est exactement l’ambiance que je souhaite installer : une continuité entre les morceaux, une intimité avec le public. » En somme, un spectacle.

Showcase Groover à l’International – © Hugo Cohen

Cette frontalité échauffée sur scène s’accorde parfaitement avec son rock aux allures mutantes. Influencé par Philippe Katerine, Sébastien Tellier, Moodoid ou encore les groupes King Gizzard and the Lizard Wizard et Gorillaz, ROB ONE ironise, provoque, joue un rôle. « Apporte-moi du jus d’orange… Ouais j’veux du jus d’orange », chante-t-il dans « Tropiques à moi ». Gêné.e.s, on esquisse un demi sourire à l’écoute des paroles, plutôt caustiques. « Je suis volontairement provoquant afin de bousculer la culture musicale des gens », dit-il sans vergogne. Un désir de renouveler la scène française, surreprésentée par la mouvance actuelle rap-pop ?

« Je souhaite ouvrir une nouvelle branche et proposer un nouveau rock français », confie le jeune artiste.

Exacerber les clichés pour mieux les déconstruire

« Tropiques à moi », c’est l’extrait de son premier album, qui sortira fin 2019. Ce n’est pas une chanson sur les vertus bienfaitrices du jus d’orange, non ; la teneur en est bien plus sombre. C’est plutôt l’histoire de la rockstar pour qui se prélasse sous les cocotiers en bonne compagnie, jusqu’à ce que le sentiment de désillusion le rattrape. Cliché. « J’ai voulu travailler la thématique du faux : dans le clip, la rockstar est fausse, la plage est fausse, les journaux sont faux », évoque le chanteur. Un brin ironique, ROB ONE pousse à l’extrême les clichés de la célébrité et de l’exotisme. « C’est une manière décalée de parler de la solitude, tout en se parodiant les clichés qui gravitent autour du monde de la musique », précise-t-il.

Les premières notes synthétiques du morceau – un son un peu étrange – paraissent superficielles, mais soutiennent alors mieux son intention musicale, au service du cliché. « C’est aussi une volonté de ma part de diffuser ce premier extrait assez simple pour introduire mon univers, et attiser la curiosité », sourit l’artiste.

La sortie de son prochain morceau « Venin » est actée pour la fin du mois d’avril. Un titre sous le signe du surnaturel, aux mélodies synthétiques envoûtantes.

Un artiste découvert par Groover

ROB ONE est un des premiers artistes à avoir utilisé la plateforme de promotion musicale Groover, dès sa mise en place en juin 2018. Groover est une start-up innovante qui met en relation des artistes avec des médias et des labels. Grâce à Groover, ROB ONE a été ajouté à une dizaine de playlists et son titre « Tropiques à moi » a été diffusé sur la radio FIP. « Dans le cadre d’un partenariat avec Radio France, Groover a recommandé 32 morceaux aux programmateurs de FIP, et 10 ont pu être diffusés sur la radio, explique le jeune chanteur. Groover est un concept très intelligent, et c’est grâce aux cofondateurs que j’ai pu me produire à l’International en janvier dernier ! », ajoute-t-il.

D’ici les futurs concerts, ROB ONE se concentre sur son prochain album prévu pour fin 2019. Un artiste à suivre cette année !

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Oji, peintre-poète

urban art paris

L’odeur du café se mêle à celle des tables en bois vieilli. Face au comptoir, le portrait de Schultz, célèbre musicien de Montreuil, garde un œil sur le bistrot du quartier Le Traquenard« Les plumes qui se détachent symbolisent son âme qui monte au ciel », confie Oji, l’auteur de la peinture. Au fond de la salle, des livres anciens jonchent les marches de l’escalier qui nous mènent à l’étage. Les murs, couverts de dessins à la peinture, témoignent de la présence de quelque esprit créatif. « C’est ici, à l’étage du Traquenard, qu’ont lieu les ateliers de modèles vivants, chaque mardi », révèle l’artiste montreuillois, attaché à ce lieu. Oji a construit son univers artistique entre les ateliers et les murs des villes du monde entier. Chaleureusement, il m’accueille dans son petit espace de travail, où des grandes toiles à la couleur de la mer couvrent les murs blancs.

Schultz par Oji – Le Traquenard

« C’est le dessin qui m’a sauvé »

Des jours et des jours à griffonner des pages blanches. C’est d’abord par le dessin qu’Oji exprime une sensibilité artistique. Alité pendant plusieurs semaines, le jeune homme commence à dessiner frénétiquement. « J’avais 24 ans. C’est le dessin qui m’a sauvé », se souvient-il. L’art devient alors une échappatoire à l’ennui. Une fois rétabli, Oji fréquente les ateliers de dessin pour perfectionner sa technique.

A cette époque, l’artiste n’a jamais exploré les murs de la ville pour peindre. « T’as déjà graffé sur les murs ? » La voix de la jeune serveuse d’un café parisien résonne encore en lui. Pour la première fois, il découvre la rue comme terrain d’expression artistique, avec la jeune femme. « C’était devenu une réelle boulimie, évoque Oji. Tous les jours, j’aillais peindre sur des murs en friche, essentiellement des portraits. »Dans la rue, Oji apprend le travail des couleurs et de la matière, et trouve même son nom d’artiste. « Original » en anglais argotique, « aujourd’hui » en italien, « le prince » en japonais… « Oji » possède une signification dans de nombreuses langues.

« Je ne signais jamais mes œuvres sur les murs. Un jour, un ami me l’a fait remarquer. Le nom « Oji » est venu naturellement, et contient les lettres de mon nom et prénom. »

Norah Jones, Brooklyn, Oji – 2015

Une poésie du quotidien

S’approcher de la réalité pour prélever la beauté du quotidien. Telle est l’intention artistique d’Oji, inspirée des œuvres du peintre anglais Edward Hopper« Ce qui me touche, c’est le silence des toiles d’Hopper, explique-t-il en feuilletant un livre épais à l’honneur du peintre. C’est comme si le temps s’arrêtait, on se focalise sur les personnages et les formes géométriques. »

Edward Hopper

Dans son petit salon qui lui sert d’atelier, Oji travaille sur une série de grandes toiles d’un bleu immaculé, pour une exposition à Street Art City (Auvergne) en avril prochain. La composition travaillée par des zones de vide met en scène des histoires singulières de personnages solitaires. George Perec, à propos de son ouvrage L’infra-ordinaire, disait :

« Il y a une sorte d’anesthésie par le quotidien : on ne fait plus attention à ce qui nous entoure, à ce qui se refait tous les jours, seulement à ce qui déchire le quotidien. »

A sa manière, Oji interroge notre quotidien, ce qu’on ne voit plus : les oiseaux et la végétation tiennent une place importante dans son œuvre. Serait-ce pour lui un moyen de renouveler l’espace urbain ? « Ce sont des motifs peu exploités par les artistes. Peindre des pigeons redonne de la valeur à l’animal, tout en livrant un message poétique dans la rue », suggère-t-il. Tel un peintre-poète, Oji sublime les murs, dépeins la métaphore de la liberté et de sa propre subjectivité à travers les oiseaux.

Pigeon, Oji – © Claude Degoutte

La main comme langage symbolique

Après de nombreux voyages aux États-Unis, au Mexique, au Guatemala ou encore en Italie où il réalise principalement des portraits de personnalités dans les rues, Oji s’empare du thème de la main. Dans son ouvrage Le Geste et la Parole (1967), l’anthropologue André Leroi-Gourhan évoquait le geste de la main comme le passage de la nature à la culture par la fabrication d’outils. L’outil, prolongement de la main, accompagne la libération du langage et de la mémoire de l’Homme. Le pinceau de l’artiste serait-il la continuité de son corps tout en lui permettant d’accéder à un langage symbolique ? Signe du geste créateur, du pouvoir ou encore de la sensualité, la main fascine Oji. Ses œuvres, telles que « Recordeal » (New York) ou « Lovin’ hands » (Paris), semblent cristalliser un langage propre à la main :

« Les mains révèlent l’identité d’une personne. Que ce soit des mains d’ouvriers ou des mains d’avocats, chacune exprime des manières d’être. »

« Lovin’ Hands » – © Oji

Proche de l’humain

En collaboration avec d’autres artistes, Oji aime se sentir proche des gens. En juillet 2018, il répond à une sollicitation d’Action Logement avec le jeune artiste Kelkin pour décorer quarante jardinières dans le quartier de l’Ocil à Pontault-Combault. « On a reproduit seize regards des habitants, avec le motif du labyrinthe de Kelkin, explique-t-il. Le but était d’inclure tous les habitants dans le projets : des enfants de six ans aux grands-mères de soixante ans. » En février 2019, Oji réalise une fresque monumentale près d’un arrêt de bus à Montreuil, d’après les photographies de visages de migrants réalisées par Linstable.

Aussi, dans une ambiance conviviale, l’artiste urbain organise chaque mardi soir les ateliers « modèle au premier étage », au bistrot montreuillois Le Traquenard. « Un modèle nu pose devant des dessinateurs. L’idée est d’améliorer notre technique de dessin ainsi que la connaissance de l’anatomie, et cela dans lieu chaleureux », évoque-t-il.

En attendant, l’année 2019 s’annonce riche en projets pour Oji. D’avril à novembre, il exposera à Street Art City treize toiles dans un long couloir qui rappellent « l’esprit d’une bande-dessinée. »


Infos sur les ateliers « modèle au premier étage » :

Bar Le Traquenard

52, rue Robespierre 93100 Montreuil

Tous les mardis soirs, ouvert à tous

Rémunération 7 euros par modèle

Suivre Oji :

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Article à retrouver sur Urban Art Paris.

L’art du chantier, des imaginaires en construction

Articles & interviews, Expos

Des corps qui s’échauffent, des machines qui bâtissent et démolissent, des hauts édifices qui s’élèvent toujours plus haut. Jusqu’au 11 mars 2019, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine raconte, à travers l’exposition « L’art du Chantier, construire et démolir du XVIème au XXIème siècle », comment les Hommes en Occident ont imaginé l’espace où l’on bâtit, depuis la Renaissance. Source de nuisance ou de fascination, le chantier est souvent mis en scène comme lieu de pouvoir et de progrès technique. L’exposition confronte différents regards, alliant lithographies, maquettes, peintures, articles de presse, films, pour saisir les imaginaires techniques, sociaux, politiques et artistiques qui construisent le chantier.


La technique spectaculaire

« Le langage et l’outil sont l’expression de la même propriété de l’homme. » André Leroi-Gourhan évoquait, dans Le Geste et la Parole (1964), la technique comme prolongement du corps. Les objets techniques – les outils – libèrent la mémoire de l’Homme et lui permettent de s’inscrire dans une communauté. Selon l’anthropologue, il existe un perfectionnement naturel de la société, et c’est en cela qu’une part d’humanité réside dans la technique. Ces idées entrent en résonance avec l’exposition. Tout au long de la première partie, le chantier apparaît comme un lieu spectaculaire de prouesses techniques. L’obélisque du Vatican, le Louvre, le canal de Panama sont autant de lieux en construction où les Hommes montrent leur puissance. Les dessins, les plans, les gravures portent un regard surplombant sur les chantiers, symbolisant une forme de supériorité. Au XIXème siècle, l’intérêt se focalise sur un imaginaire de la machine, représentée comme une force qui se substitue à l’humain.

Érection de l’obélisque de Louqsor sur la place de la Concorde à Paris, 25 octobre 1836 – Ignace François Bonhomme

S’ériger en communauté

Dans son essai Éloge des frontières, le médiologue Régis Debray avance qu’il est nécessaire d’ériger à la verticale pour constituer un territoire à l’horizontale. Autrement dit, les monuments verticaux – colonnes, tours, obélisques, statues – permettent de faire société. « Sacré » vient du latin « sancire » qui signifie « délimiter ». Notre chère Tour Eiffel ne revête-t-elle pas une dimension sacrée ? Les monuments historiques, politiques, religieux, aussi élevés qu’ils soient, représentent le durable. Ils nous relient, nous délimitent, nous tiennent ensemble. En somme, ils érigent la communauté. Alors que le geste symbolique de démolition efface les traces d’un régime, la construction fonde les nouvelles bases d’une société.

Une mythologie du pouvoir

Le chantier est aussi le lieu de mise en scène du pouvoir. Louis XIV visitant Versailles, François Mitterrand inspectant les travaux du Grand Louvre, les architectes se montrant sur les chantiers… En creux, émerge le mythe du grand constructeur. Finalement, l’exposition montre comment l’acte de construire est en réalité un acte politique.

L’exposition représente aussi le corps de l’ouvrier, sujet d’imaginaires multiples. Le mythe de l’ouvrier héroïque tend à redonner une certaine valeur aux travailleurs, comme sur les photographies de Charles Clyde Ebbets (« Déjeuner au sommet », 1932) ou encore d’Eugène de Salignac (« Peintre suspendus aux câbles du pont de Brooklyn », 1914).

Cependant, on regrette qu’une place peu importante soit donnée à la parole des ouvriers au sein l’exposition. Car sans eux, le chantier est l’arrêt.

François Mitterrand et Leoh Ming Pei (casque rouge) observant des échantillons de verre sur le chantier de la Pyramide du Louvre à Paris en 1988 – Marc Riboud

L’esthétique du chantier

L’exposition s’achève sur la thématique de l’art au travers du chantier. Par essence provisoire et inachevé, le chantier a inspiré de nombreux courants artistiques du XXème siècle, à l’image du futurisme italien et du constructivisme russe, fascinés par le mouvement et les machines. Le chantier est aussi le lieu d’expérimentation, où l’architecte éprouve les formes.

Enfin, trois architectes contemporains – Martin Rauch, Marc Mimram et Patrick Bouchain – évoquent dans des interviews filmées leur vision du chantier, matrice de l’architecture.

« Déjeuner au sommet », 1932 – Charles Clyde Ebbets

Infos pratiques :

Cité de l’Architecture et du Patrimoine
Métro : Trocadéro

Jusqu’au 11 mars 2019

Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h.
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

Plein tarif : 9€
Tarif réduit : 6€

Deux ouvrages conseillés pour aller plus loin :

  • Du chantier dans l’art contemporain, Angèle Ferrere, 2016.
  • Esthétique de la photographie de chantier, sous la direction de François Soulages et Angèle Ferrere, 2017.

Article à retrouver sur Kulturiste CELSA.

L’art du GIF, quand le graffiti s’anime sur nos écrans

Revues de presse, urban art paris

Impossible de passer à côté de cette nouvelle tendance artistique. Il suffit de scroller son fil d’actualité sur les réseaux sociaux pour être interpellé. Depuis quelques années, des œuvres de street-artistes du monde entier s’animent sur les écrans des smartphones… En boucle. Les collages de Levallet, les personnages enfantins de Dran, ou plus récemment la « Petite Fille au Ballon Rouge » de Bansky, ces œuvres, éphémères et fixes, changent notre regard sur le paysage urbain en prenant soudainement vie. Le format GIF (Graphics Interchange Format), kitsch et ringard à une époque, est largement adopté par ceux qui détournent les peintures murales, pour favoriser le partage sur les réseaux sociaux. Le GIF deviendrait-il un art à part entière ?

« Light » de Sr. X, animé par A.L Crego – © A.L Crego

Street-art 2.0

Des yeux qui s’ouvrent et qui se ferment, des personnages qui se déplacent, des lumières qui s’allument. Les artistes digitaux ou « motion designers » s’emparent des murs pour les rendre vivants et raconter une nouvelle histoire. Parmi eux, deux noms reviennent souvent sur nos écrans : l’Espagnol Adrián López Crego (A.L Crego) et le Serbe ABVH. Entre photographe et vidéo, le procédé qu’ils utilisent se nomme « cinemagraph » et permet d’animer seulement une partie des éléments d’une photo en boucle, avec finesse et subtilité. Inventé par le photographe Jamie Beck et Kevin Burg, motion designer,  le cinemagraph leur a permis d’animer leurs photos de mode lors de la Fashion Week début 2011. Le cinemegraph est alors devenu une pratique artistique pour A.L Crego et ABVH. « Quand j’ai conçu [les GIFs], je me suis dit que c’était comme animer ‘les murs de l’internet’. Je ne peux pas les faire bouger dans la rue, mais dans l’espace virtuel je peux leur donner un autre sens. » rapportait A.L Crego au journal l’Obs en 2014.

Levallet, par ABVH – © ABVH

Depuis peu, Google explore aussi ces nouvelles possibilités d’animation en ligne. En 2014, le géant américain s’associe à la galerie Saatchi de Londres pour proposer le concours Motion Photography Prize, donnant à voir les meilleures photographies en mouvement sous format GIF. Aussi, dans le cadre de son projet « Google Art & Culture », Google nous fait découvrir des œuvres urbaines animées, comme celles des artistes INSA et Cheko. L’ambition encyclopédique de Google ne se limite pas à répertorier tous les lieux de street-art du monde, mais propose aussi une nouvelle expérience aux internautes.

Explorer un champ des possibles

Il faut l’admettre, le format GIF s’adapte parfaitement aux logiques du web, et plus particulièrement des réseaux sociaux. Concis, efficace, esthétique, le GIF sait accrocher notre attention. Léger en terme de volume, il se partage facilement via les messageries instantanées. Ce format de la photo animée a été inventé en 1987 par CompuServe, l’un des grands fournisseurs de services en ligne américains. Symbole du kitsch des années 1990 – dont les messages d’anniversaire clignotants de toutes les couleurs sont un exemple évocateur –, le GIF connaît un regain d’intérêt depuis quelques années, notamment grâce à la technique du cinemagraph. Aujourd’hui, on utilise les GIFs pour traduire en image une réaction ou exprimer un sentiment. Se déchargeant des mots, le GIF peut même avoir une valeur de commentaire. Les images sont dotées d’une puissance capable de susciter notre engagement et notre imagination.

Sam3, animé par A.L Crego – © A.L Crego

En effet, Internet s’envisage comme un nouvel espace, où le champ des possibles est décuplé. Entre image fixe et image en mouvement, le GIF devient alors un terrain de jeu pour explorer les possibilités du genre et créer des séquences surprenantes, poétiques, hypnotiques… Absorbé dans un cadre qui tourne en boucle, notre regard ne veut pas en sortir.

En somme, le GIF est en adéquation avec nos modes de consommation culturelle contemporains.

Les codes du graffiti bousculés ?

Évidemment, cette nouvelle tendance du street art animé interroge le codes traditionnels du mouvement, qui repose principalement sur l’aspect éphémère. Sommes-nous face à une nouvelle forme d’art urbain sur un support digital ? La technique du motion design pérennise les œuvres murales vouées à la disparition. Ces images en mouvement convoquent un effet de réel augmenté, qui semble aller au-delà des frontières de l’art. Devant un personnage qui fait tourner son parapluie ou bien des fenêtres qui se déplacent, on s’abandonne à la rêverie. Mais une fois devant les vraies œuvres, le vrai mur, est-on encore libre d’imaginer notre propre histoire ?

Si les GIFs interrogent les codes traditionnels du street art, ils sont une manière pour les artistes numériques de continuer l’œuvre et de se l’approprier de façon active pour réinventer l’espace urbain. Le GIF peut aussi devenir une critique de l’œuvre originale. Par exemple, A.L Crego a récemment repris le tableau autodétruit de Bansky, la « Petite Fille au Ballon Rouge ». Passé à la broyeuse, le tableau se transforme en billets de banque. Un moyen de dénoncer la montée en valeur du tableau et la marchandisation de l’art ? Autonome, le GIF semble devenir une œuvre. Alors, doit-on redéfinir l’art urbain en intégrant la dimension numérique ?

« La Petite Fille au Ballon Rouge » de Bansky, animé par A.L Crego – 
© A.L Crego

Sources

Article à retrouver sur Urban Art Paris et Kulturiste (CELSA).

« Wonderful One », au-delà des limites du genre

Articles & interviews, Revues de presse, Sorties

Les corps, vêtus de bleu, se cherchent et se heurtent sur la scène nue. Au rythme du clavecin de Claudio Monteverdi ou de la voix envoûtante de la chanteuse Oum Kalthoum, les mouvements des interprètes varient entre légèreté et vigueur. Du 16 au 24 janvier 2019, le chorégraphe Abou Lagraa présente sa création Wonderful One au Théâtre National de Chaillot. Une pièce structurée en deux temps, celui d’un duo d’abord, puis d’un trio, qui transcendent la question du genre et interrogent la place des individus dans la société.


Le duo d’hommes, interprété Pascal Beugré-Tellier et Ludovic Collura, construit le premier tableau du spectacle, sur les notes baroques du Combat de Tancrède et Clorinde de Monteverdi (1624). Un unique cube blanc règne au milieu de la scène, installant une atmosphère froide. Cependant, cette impression de froideur est mis au service du neutre. Il s’agit pour le chorégraphe de dépasser les limites du genre. La gestuelle des danseurs, légère et vigoureuse, brouille ainsi les frontières entre le féminin et le masculin. Les deux hommes apparaissent simplement comme deux corps vulnérables exprimant la joie, l’amour, la violence.

Plutôt qu’un duo, on assiste à un duel. La danse devient une lutte acharnée entre les deux interprètes. Ils s’attirent, s’entrelacent, se débattent dans un même mouvement, proche de la transe. La danse apparaît alors comme le symbole de la quête de l’autre et de la reconnaissance par l’autre au sein de la société.

Le second tableau met en scène un trio : deux femmes – Sandra Savin et Antonia Vitti – et un homme – Ludovic Collura. Il était important pour Abou Lagraa de « retrouver une présence masculine avec ces deux femmes afin d’effacer les clichés qu’on loue à la femme dans nos sociétés patriarcales. » Sur les voix chaudes et impénétrables de la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum ainsi que de la religieuse libanaise Sœur Marie Keyrouz, le trio évolue paradoxalement dans la même ambiance froide, accentuée par les hautes grilles en métal. Énergiques, les danseuses contrastent avec la lenteur du duo masculin. Alors que le chaos chorégraphique semble s’imposer dans des mouvements désordonnés, l’unité des corps s’accomplit à travers ce qu’Abou Lagraa nomme le « merveilleux ». Exaltés, les danseurs donnent une impression de liberté absolue. C’est cette liberté qui nous tient en merveilleusement en vie, selon le chorégraphe. Là encore, le féminin et le masculin sont transcendés, pour « aller viser le ciel. »

Entre duo et trio, entre fragilité masculine et intensité féminine, entre musique baroque et musique orientale, le diptyque Wonderful One apparaît au premier abord divisé. Mais ce qui crée l’équilibre, ce sont les corps dépourvus de genre, avant tout pleinement en vie.

Les podcasts natifs ou le pouvoir de la voix

Revues de presse

« Natif (adjectif). Qui est inné, naturel ; que l’on a de naissance ». En avril 2018, selon une étude de Médiamétrie, 4 millions de Français.es écoutent des podcasts natifs chaque mois. « La Poudre », « Quouïr », « Transfert », « NoFun », « Les Baladeurs », « Plan Culinaire »… Les séries de podcasts, aux thématiques originales, sont en effervescence depuis peu en France. L’engouement pour ce format unique est tel qu’il est devenu presque inné, naturel de glisser des écouteurs au creux de ses oreilles et de se laisser porter par la voix de Lauren Bastide (La Poudre) ou par celle d’un inconnu qui raconte son histoire.

Mais c’est quoi un podcast natif, exactement ? Contrairement aux podcasts dits de « réécoute » proposés par les chaînes de radio, un podcast natif est un contenu sonore conçu, produit et diffusé exclusivement en ligne. Chacun télécharge et crée sa propre « bibliothèque auditive » librement. Des voix, des conversations, des récits de vie, des fictions comblent notre besoin d’histoire. Les podcasts natifs sont-ils le futur de l’audio ? À l’heure du règne de l’image, cette innovation médiatique s’impose comme une nouvelle manière de raconter le monde et de captiver l’attention.

Un média de l’intime, un média qui ralentit

Au volant de sa voiture, lors d’un trajet en train ou bien avant de s’endormir… hop, un nouvel épisode vient régaler nos oreilles. Les oreilles sont une zone érogène, le saviez-vous ? La voix crée un lien intime avec l’auditeur, stimulant son plaisir. Sur le ton conversationnel, le podcast s’adresse à une personne à la fois, contrairement à la radio traditionnelle. Une voix nous susurre des histoires vraies, des sujets tabous, des conseils rien que pour nous. À contre-courant des médias de masse, les podcasts natifs s’adaptent à nos modes de vie en proposant une écoute délinéarisée, personnelle et surtout libre.

Quand on écoute un podcast, on écoute autre chose que de la radio. Le podcast fait émerger des voix nouvelles, des angles originaux pour aborder des sujets variés, parfois peu traités dans les médias « classiques » : féminisme, afroféminisme, sexualité, pop culture, gastronomie, entrepreneuriat… Il s’agit de ralentir le rythme de l’info en continu pour prendre le temps d’écouter. « Le podcast vient combler les vides médiatiques »*, confiait Lauren Bastide, cofondatrice du studio de podcasts Nouvelles Écoutes et animatrice de l’émission féministe La Poudre. Pendant une heure, Lauren Bastide prend le temps de revenir sur le parcours d’une femme inspirante invitée pour l’occasion, de penser le féminisme en marge du scandale #metoo, qui fut virulent sur les réseaux sociaux.

Audio killed the video star : le renouveau de la fiction

En contradiction avec l’omniprésence de l’image, le podcast libère de la dépendance aux écrans et fait le pari de l’imaginaire. La culture de l’écoute attentive ouvre un champ des possibles pour le récit. Aussi addictive que les séries télévisées, la fiction audio s’apparente véritablement à du cinéma pour les oreilles. Arte Radio, pionnier en la matière depuis 2002, propose des podcasts natifs fictionnels qui plonge l’auditeur dans une expérience immersive inédite. Un exemple remarquable, la mini-série « Déviations », enregistrée en binaural pour un effet 3D audio, nous emmène à la découverte d’une ville fantasmée.

En cassant le format traditionnel de la radio, les podcasts transforment notre manière d’écouter : plus intime, plus personnalisée, plus originale, plus immersive. Symbole de remédiation, le podcast natif s’impose comme un média en tant que tel, sans pour autant remplacer la radio. Selon McLuhan« the content of any medium is always another medium ». En d’autres termes, tout média s’approprie le contenu d’un autre média, pour enrichir et améliorer l’expérience du consommateur.

Les marques en quête de storytelling

LVMH, Guerlain, Dior, L’Oréal… Ces marques voient dans les podcasts une nouvelle façon de capter l’attention. À l’occasion des Journées Particulièresde LVMH (destinées à faire découvrir les savoir-faire artisanaux de la Maison) en octobre 2018, la marque de luxe a lancé une série de podcasts en 13 épisodes intitulée « Confidences Particulières ». Incarnées par la voix du journaliste Julien Cernobori, ces promenades sonores vont à la rencontre d’hommes et de femmes amoureux de leur métier, et révèlent les secrets de la Maison LVMH. Le format des podcasts permet aux marques de créer un lien de proximité avec l’auditeur, un univers intime, de raconter une histoire singulière. En somme, de façonner leur image à travers un storytelling original.

Pour se financer, les réseaux de podcasts ont recours principalement au brand content. C’est le cas des Nouvelles Écoutes ou encore de Binge Audio. Écouter un podcast est un acte volontaire. Quoi de mieux qu’une audience pleinement engagée et attentive pour les marques ? Guerlain a récemment investi l’émission La Poudre. « C’est un parfum qui se veut l’expression de féminités multiples, échappant à toute définition », récite Lauren Bastide à propos du parfum « Mon Guerlain ». Ici, les concepts de publicitarisation et de dépublicitarisation théorisés par Valérie Patrin-Leclerc et Caroline Marti de Montety, pourraient s’appliquer. En effet, il n’y a pas de coupure entre l’univers du podcast et la publicité, puisque c’est l’animatrice qui l’énonce sur le ton conversationnel et intime de l’émission. Ainsi, la marque fait passer son message sans qu’il ait l’air publicitaire. Loin d’être perçu comme une intrusion, le contenu de la marque y trouve toute sa légitimité.

*Article Les Échos « Le podcast, une nouvelle façon d’écouter la radio »


Sources :

Pour approfondir le sujet :

Le podcast « L’air du son » qui analyse l’ « audio parlé », coproduit par Binge Audio et Audible, animé par Andréane Meslard : http://www.binge.audio/category/podcasts/lairduson/


Article à retrouver sur Fast’N’Curious, le webzine du CELSA qui analyse l’actualité de la communication.

Rencontre avec Dorian Perron, cofondateur de Groover

Articles & interviews, Musique

Fondée en 2017 par quatre jeunes diplômés d’écoles de commerce et d’ingénieurs, la start-up Groover est une plateforme de promotion musicale pour les artistes. Un concept innovant qui permet de créer un lien direct entre artistes et médias, tout en respectant l’indépendance musicale et éditoriale de chaque côté. 

Dans les locaux de Groover, au septième étage d’un immeuble parisien près de Montorgueil, Dorian Perron, cofondateur de la start-up, a pris le temps de répondre à mes questions.


Qui sont les fondateurs de Groover ? Quel est le parcours de chacun d’entre vous ?

Nous sommes quatre cofondateurs : Romain, Jonas, Rafaël et moi. On s’est rencontrés à la fin de nos études lors d’un programme d’entrepreneuriat accéléré, à UC Berkeley en Californie. Jonas sortait de Polytechnique, Raphaël de Paris-Dauphine, et Romain et moi de l’ESSEC. Le but de ce programme est de concevoir un début de projet de start-up, pendant quatre mois et demi. On avait tous des petites expériences dans la musique : Jonas (Polycool) et Romain (Sévigné) ont chacun un groupe de musique, et je tiens mon webzine musical Indeflagration. Alors on s’est dit qu’on voulait aider les musiciens, car on sait qu’il est difficile de lancer sa carrière.

Tim et Max, au départ stagiaires, sont les deux développeurs de la plateforme. Jade est en stage et s’occupe du business développement ainsi que de la communication sur les réseaux sociaux.

Groover est ton deuxième projet d’entrepreneuriat après ton webzine Indeflagration. Est-ce la suite logique ?

J’ai créé ce blog avant mon entrée à l’ESSEC en 2013, uniquement par passion. Et puis, le site a grandi, des amis m’ont rejoint. En 2015 on a créé le studio Flagrant (chez moi) pour organiser des sessions musicales en invitant des artistes. Et ça a pas mal marché ! Finalement, Indeflagration a pris le statut d’entreprise, mais fonctionne comme une association : les revenus qu’on récupère sont réinvestis dans du matériel, des projets musicaux.

Groover est une vraie start-up avec un objectif de croissance, alors qu’Indéflagration est simplement un média pour parler musique.

Cependant, Indeflagration est en quelque sorte le « pourquoi » on a créé Groover : on recevait énormément de mails d’artistes qui souhaitent promouvoir leur musique via le webzine. En moyenne, les médias reçoivent entre 100 et 200 mails par jours… Et les artistes n’obtiennent généralement pas de réponse.

Comment l’idée de créer une plateforme de promotion musicale est-elle venue ?

Au départ, on voulait créer une plateforme pour développer la carrière des artistes. Sur Spotify, c’est 20 000 nouveaux morceaux qui sortent par jour, ce qui est conséquent. On s’est demandé comment on pouvait les aider. Quand on était à Berkeley, on a interviewé plus de 150 musiciens et professionnels pour savoir quels étaient leurs réels besoins. Il s’est révélé que la promotion était le principal problème : comment s’y prendre pour faire écouter un morceau à des professionnels, des médias, des labels, autre qu’à son entourage ?

Dans un premier temps, on a mis en place un formulaire Google qui consistait à faire payer aux artistes des micromontants, via PayPal, pour contacter des médias. Et ça a marché !

En janvier 2017, on est revenus à Paris avec un peu de chiffre d’affaires pour bosser sur le projet Groover. Début mai, la plateforme fonctionnait et on l’améliore chaque semaine.

Quel est le concept de la plateforme Groover ?

La plateforme Groover permet de mettre en contact les artistes ou représentants d’artistes avec des médias, labels ou journalistes, tout en leur assurant d’être écoutés. Un artiste envoie un morceau à une sélection de médias, labels, journalistes pour 2 euros par influenceurs. Ceux qui reçoivent les morceaux sont rémunérés 1 euro par retour réalisé, quelque que soit leur avis, positif ou négatif. Le but est que chaque média garde son indépendance éditoriale. Les influenceurs sont tenus de rédiger une réponse constructive, de minimum 15 mots, pour chaque morceau écouté. Et Groover garde 1 euro.

Finalement, chacun est satisfait : les artistes ont des retours précis sur leur travail et les influenceurs apprennent à réécouter et découvrent des musiques. Il s’agit de créer une adéquation entre artistes et médias.

Le modèle de Groover est peu coûteux pour les artistes. Comment envisagez-vous l’avenir d’un tel modèle économique ? Sera-t-il viable sur le long terme pour Groover ?

Il s’agit en effet d’un modèle qui appelle le volume. Il est donc possible, que dans un futur proche, des médias soient saturés de morceaux. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais on pense déjà à un nouveau modèle intégrant une seconde catégorie d’influenceurs qui regrouperaient les médias les plus importants, donc un peu plus cher.

Ce modèle est viable si on arrive bien à faire l’adéquation entre les artistes et les médias. Si les artistes sont satisfaits, ils reviennent. C’est comme un abonnement.

D’autre part, grâce à l’activité intense sur la plateforme, on arrive à repérer certains morceaux qui marchent bien. Nous réfléchissons à la manière de monétiser cette plus-value, pour proposer ces morceaux à des médias plus importants. Récemment, on a scellé un partenariat avec FIP et Radio France.

As-tu des exemples d’artistes qui ont réussi à lancer leur carrière grâce à Groover ?

Il y a en plein ! Par exemple, le duo Coral Pink a fait l’objet de plusieurs articles et a signé chez Nice Guys, un sous-label d’indie-pop de Délicieuse Musique. Surma et Whales, deux artistes portugais, ont cartonné auprès des médias français. Ils ont également jouée au Mama Festival. Aussi, le groupe Family Recipes et l’artiste Rob One sont actuellement diffusés sur FIP grâce à Groover. Mackenzie Leighton, une jeune musicienne indie folk, est passée quant à elle sur Hotel Radio Paris. Pour finir, Magon, un artiste dans le style rock psyché, a lancé sa carrière solo suite à Charlotte & Magon et a joué au Groover Showcase en juillet.

Comment s’organise le travail au sein de Groover ?

On s’est très bien répartis les tâches ! Nous avons la chance de nous faire confiance.

Jonas s’occupe de la partie analyse de données. C’est un rôle très important car c’est ce que fera notre différence : il s’agit de l’algorithme de « matching » (en d’autres termes, les suggestions de médias et labels pour un artiste). Romain s’occupe de la partie partenariats et relation avec les investisseurs. Rafaël travaille sur le produit, le design, l’amélioration de la plateforme et de l’expérience utilisateur. Moi je bosse sur le business développement avec Jade ; il s’agit d’aller chercher de nouveaux médias, de nouveaux artistes, d’assurer la coordination et d’organiser des événements.

Avez-vous rencontré des difficultés dans le début de cette aventure entrepreneuriale ? Quels sont les enjeux de la plateforme ?

On s’est vite rendu compte qu’il était nécessaire et essentiel d’être très réactifs, disponibles à chaque instant pour les artistes et les influenceurs. C’est un de nos principes pour le futur : être toujours capable de répondre aux sollicitations des artistes et des professionnels. On commence à mettre en place des dispositifs automatisés, comme le chat sur la plateforme.

Le gros challenge est de maintenir haut de taux de réponse. Aujourd’hui, il est au dessus de 70%, mais on aimerait qu’il augmente. Nous devons être bien attentifs à l’activité des médias, à la qualité des retours.

L’enjeu est aussi de gérer le volume de morceaux qui augmente et continuer à accueillir convenablement chaque musique. Fin janvier, nous aimerions atteindre 160 le nombre d’influenceurs actifs. Quelques médias nous ont rejoint récemment, comme Radio Néo, Raje, Haute Culture, des chroniqueurs de Radio Campus Paris…

Vous avez déjà organisé plusieurs événements musicaux, comme les « apéros Groover ». En quoi consistent-ils ?

On organise deux types d’événements : les apéros privés et les showcases. Quand on est revenus de Berkeley, on voulait rencontrer nos utilisateurs. On a organisé un apéro privé chez moi et… quarante personnes étaient présentes ! C’était une grande surprise. L’idée est d’organiser régulièrement ce genre de rencontres intimistes pour donner la possibilité aux médias et aux artistes d’échanger dans une ambiance conviviale.

Ensuite, le principe des showcases permet aux artistes de postuler gratuitement sur la plateforme pour venir jouer à nos événements. Nous avons reçu 70 candidatures à notre dernier événement au Motel.

Nos événements attirent de plus en plus de monde, c’est très encourageant !

Vous vous êtes lancés publiquement au Mama Festival en octobre. Cela signifie-t-il que le projet devient concret ? Comment l’avez-vous appréhendé ?

Le Mama Festival a été une véritable opportunité pour donner de l’ampleur au projet. On a eu la chance de participer à la compétition Pitch Start-Up, qui nous a donné l’occasion de faire un discours devant de nombreux professionnels de la musique. Nous avons remporté le Prix Coup de Cœur du jury ! On a également reçu un prix qui récompense les jeunes de moins de 30 ans qui innovent dans la musique.

Aussi, lors du festival, on tenait un stand qui a amené pas de mal de monde. Suite à ces rencontres, plusieurs médias se sont inscrits sur la plateforme.

Quels sont les projets futurs de Groover ?

Maintenant, le travail va s’articuler entre améliorer l’expérience de l’utilisateur sur la plateforme, augmenter le volume des morceaux sur le site, et redéfinir notre identité visuelle. Il y aura du nouveau à la rentrée de janvier !

Artistes ou médias, rejoignez Groover !


Groover en chiffres

  • 135 influenceurs actifs
  • 800 utilisateurs uniques (artistes, attachés de presse…)
  • plus de 10 000 envois de morceaux
  • 2 500 partages sur les réseaux sociaux
  • 11 signatures sur des labels

A venir

Prochain Showcase le mardi 8 janvier à L’International. Event ici.

Sentiments amoureux au son de pâle regard

Articles & interviews, Musique

Une musique qui n’en finit pas… pour exprimer la complexité des sentiments amoureux, parfois conflictuels et violents. Le 31 août dernier, le quintet parisien pâle regard, composé de Capucine (voix), François (guitare, chant, synthétiseur), Quentin (basse, synthétiseur), Thomas (synthétiseur, guitare) et Ferdinand (batterie), sortait son premier EP-concept « Fait Accompli », sur le label londonien Dirty Melody Records. A la fois une longue piste de huit minutes et une suite fragmentée de quatre titres distincts, « Fait Accompli » raconte une histoire que tout le monde connaît, celle qui se vit à deux.

François et Quentin, compositeurs et « noyau dur » du groupe, ont pris le temps de répondre à mes questions.


L’effet lo-fi

« C’était les beaux jours, c’était inspirant ». Quentin évoque la naissance de pâle regard. C’était au printemps 2018, lorsque la lumière du jour se fait plus pâle, plus claire, plus mélancolique. Dans un rythme lancinant, se mélangent alors une voix délicate, une guitare acoustique, un synthé analogique… Le nom de pâle regard s’accorde parfaitement avec l’esthétique singulière de la musique, que les membres du groupe qualifient de lo-fi junk pop. Étrange pour un style musical ? Lo-fi, c’est le nom d’une pédale qui produit des effets. Imaginez un son chaud et vieux, loin des tonalités trop propres, trop lisses. « On est très attirés par les pédales d’effets, certaines sont inspirantes et deviennent des instruments à part entière, nous dit Quentin. Notre façon de faire est brute, simple, sans artifices tout en restant très pop. »

« Fait Accompli », pâle regard – 2018 – 
© 
Pierre-Emmanuel Mazy

Influencé par Serge Gainsbourg, Sébastien Tellier ou encore The Whitest Boy Alive, le quintet apprécie cette vague ancienne d’artistes, à l’esprit indépendant et libre. Composé et enregistré entièrement dans la chambre de François, l’EP « Fait Accompli » se révèle alors comme une musique intimement proche. « Le côté spontané est bien là, puisqu’on enregistre tout avec très peu de prises », ajoute François.

Un concept original

Élargir la palette d’émotions. Telle est l’intention musicale de pâle regard avec le premier EP « Fait Accompli ». « Un jour j’ai branché une boîte à rythme, j’ai pris ma guitare acoustique et j’ai essayé de trouver un liant entre deux morceaux en les jouant à la suite, sur la même rythmique », explique François. Le long morceau minimaliste de huit minutes se divise en quatre fragments. Les titres « Solitude », « Illusion », « Transition » et « Idées Noires » s’enchaînent de manière naturelle et évoquent la progression des sentiments amoureux. L’impression d’une voie sans issue à la suite d’une scène violentes, les doutes qui s’installent, et puis les sentiments remords. « Fait Accompli » peint avec mélancolie et sincérité une histoire d’amour qui finit mal, une histoire somme toute universelle.

pâle regard – 2018 – 
© Marie Rouge

Prendre du recul

La musique lente et apaisée contraste avec le thème déchirant de la difficulté des relations humaines. « Comme on raconte une histoire, on avait besoin d’un fil rouge, quelque chose qui nous fasse comprendre implicitement qu’on parle de la même chose mais de manière différente », selon François. Le tempo très lent maintient une cohérence musicale tout au long de l’EP. Comme si le temps ralentissait, il s’agit aussi de prendre du recul, de mettre des mots sur l’intensité des sentiments. « La rythmique permet de s’extirper de certaines pensées et certains souvenirs », continue le guitariste du groupe.

Un prélude qui marque le début d’une belle aventure pour pâle regard ! Un nouveau morceau sort au mois de janvier, et le groupe travaille actuellement sur la réalisation d’un clip. Pâle regard jouera le 12 décembre prochain à l’International, un concert organisé par la Fessée Musicale. Event ici.


Découvrez la playlist de pâle regard sur Spotify ici.

Horor, tracé intarissable #3

urban art paris

« Les fissures, les salissures, la matérialité même du support font partie intégrante de l’œuvre. » Horor

Dans un flot de poussière, les chevaux, aux allures fantasmagoriques, galopent sous l’ancienne écurie de la ferme Cavan, à Courdimanche. Comme entremêlées dans leur ruée, les créatures biomécaniques semblent tout droit sorties d’un songe. « C’est une fresque qui symbolise une étape importante dans ma technique artistique », évoque Thomas, alias Horor, membre du collectif cergypontain Art Osons. Les lignes noires et volatiles sur le mur en friche semblent sans fin, toujours en mouvement. La chevauchée, nommée « Charnière » et réalisée en collaboration avec Norione en 2014, est en symbiose avec le lieu historique.

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« Charnière » – Ferme Cavan, septembre 2014 – © Horor

Au premier étage de la ferme Cavan, des dessins à l’encre noir jonchent les murs, des livres de sciences naturelles emplissent les étagères. Les cheveux ébouriffés, une tasse de thé à la main, Horor m’accueille dans son atelier. Dans ce petit écrin, bouillonne l’esprit ardent et créatif de l’artiste.

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Atelier d’Horor – © LB


Premiers tags aux aurores

Des jours et des nuits passés à reproduire sa signature, avant de poser son blaze pour la première fois, à l’abri des regards, sur les murs abandonnés de Cormeilles-en-Parisis. « J’ai toujours aimé dessiner, relate Horor. Quand j’étais gosse, les graffitis qui ornaient les autoroutes me fascinaient : ‘mais comment ces gars-là s’y prennent-ils ?’, me demandais-je incessamment ». Comprendre l’histoire du graffiti. C’est bien ce qui anime le jeune Thomas dans ses années lycée. En boucle, tournait le documentaire « Writers » de Marc-Aurèle Vecchione (2004) retraçant 20 ans du mouvement graffiti parisien. Culte. « C’était des arrêts sur image à répétition pour m’imprégner du lettrage de Bando », se souvient-il, en souriant.

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« Writers », de Mac-Aurèle Vecchione (2004)

Mais là où Horor a tout appris, c’est sur le terrain. Fasciné par les graffeurs locaux plus âgés, le jeune homme fait ses premières armes avec ses amis, au sein d’une petite communauté passionnée. « Il n’y a pas d’école de graffiti. L’apprentissage était fondé sur le partage, on était à la fois autodidactes et élèves des plus expérimentés, poursuit Horor. Et puis, c’est un monde empreint de rituels, il faut acquérir les bases pour apprendre d’autres techniques et se forger une crédibilité », explique-t-il. Horor pénètre alors dans l’univers du graffiti, qui prend vie la nuit et s’éteint aux aurores, lorsque les premiers métros s’animent, remplis de travailleurs pressés…

Entre l’inertie et le mouvement

« J’ai mis un certain temps avant de mélanger le dessin et le graff ». Diplômé d’une licence en arts plastiques à la Sorbonne, Horor perfectionne sa pratique du dessin, étudie la philosophie de l’art, s’inspire de peintres d’époques différentes. Les artistes comme Dalí, Egon Schiele, Hans Bellmer, James Jean ou encore Hans Ruedi Giger influencent l’imaginaire graphique d’Horor. « J’étais fasciné par les traits à la fois doux et brutaux de ces artistes, évoque le jeune homme. L’univers onirique, organique, poétique et parfois surréaliste m’attirait… Devant les œuvres de Shiele, je ressens une vive émotion. » Une lueur brille dans ses yeux bleus.

Peu à peu, Horor assume de mêler l’univers du dessin et du graffiti. A la fac, il découvre la bombe à basse pression Montana, qui diffuse un trait ultra-fin. « Ça m’a véritablement ouvert des possibilités dans ma recherche de la courbe idéale », s’enthousiasme-t-il. Entre la force et la légèreté des traits, entre la ligne courbe et la ligne brisée, Horor navigue dans un entre deux. Cherche-t-il l’équilibre dans une forme de tension ? « Cette dualité exprime une quête perpétuelle du mouvement et de l’expressivité. Mon trait n’est, en quelque sorte, jamais terminé… », évoque-t-il. Horor aime graffer dans des lieux abandonnés. Sur le support chargé d’histoire, l’œuvre prend alors tout son sens.

« Je refuse l’image lisseIl s’agit pour moi d’insuffler de la vie dans l’inertie des corps, de montrer la beauté de l’éphémère. »

Des ossatures mécaniques, des textures minérales composent son bestiaire. Lors de sa première exposition personnelle « Reliquae » au Cabinet d’Amateur à Paris du 18 au 28 octobre, Horor nous plonge dans l’anatomie animale de ses créatures fantasmées. Inspiré des illustrations d’encyclopédie, Horor souhaite ancrer le corps des animaux dans l’Histoire, comme pour pallier leur disparition progressive.

Une passion partagée avec Art Osons

Faire de l’art un vecteur d’ouverture. Telle est l’ambition de Horor au sein de l’association Art Osons. C’est en 2012 que l’artiste rencontre Nexer et d’autres membres du collectif. Ensemble, ils organisent des ateliers graffitis dans des maisons d’arrêt ou encore des prisons pour mineurs du Val-d’Oise.

« A travers l’art, on donne aux jeunes les armes pour s’exprimer. C’est comme si on plantait des graines : chacun développe un potentiel pour construire son identité, son imaginaire », évoque Horor, les yeux plein d’espoir.

Ces années de travail en collectif ont permis à Horor de se professionnaliser et d’entreprendre ses propres projets culturels. Prochaine étape pour Horor : un voyage en Tunisie, à la découverte de lieux abandonnés.

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Peinture du mois Art Osons – Ham, avril 2017