We Are The Line, ombre et lumière électrique

Articles & interviews, Musique

De l’électro sombre et des influences Depeche Mode. Le projet musical parisien, We Are The Line, a sorti son deuxième EP Songs of Light and Darkness, le 3 juin 2018. Un résultat incisif. Rencontre avec Jérôme, le porteur du projet.


Des ombres errantes, aux allures de fantômes, dans la froide pénombre d’une cave laissée en friche. Ambiance troublante. Ce n’est pas une scène d’un thriller psychologique – enfin, presque – mais des sonorités électroniques. Les premières notes de l’intro de Songs of Light and Darkness de We Are The Line nous plonge dans un univers froid et nocturne, d’où émerge des scènes quelque peu angoissantes dans notre esprit. Âmes sensibles, s’abstenir.

Réunir autour d’un collectif

« Je suis en perpétuelle quête d’identité et de sens. » Derrière le projet We Are The Line, se cache un seul homme : Jérôme. Un moyen pour lui de prendre du recul et de rassembler autour d’un même mouvement. « Même si ce que je compose est éminemment lié à ma vie personnelle, derrière le ‘nous’, le collectif, il y a l’idée de réunir autour de ma musique et de faire réagir », évoque Jérôme. La Ligne, c’est une direction, une destinée propre à chacun qui nous façonne. « C’est aussi un personnage que je fabrique afin d’éviter de trop personnifier, ajoute-t-il. Mais le projet représente aussi ce que je suis, une accumulation de vies et d’expériences ».

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Jérôme, de We Are The Line – © Hubert Cadalguès

Dualité et complexité

Des paroles optimistes et mélancoliques, sur des sons mécaniques, mystérieux et nuancés. Telles sont les caractéristiques du projet musical de We Are The Line. « Le deuxième EP Songs of Light and Darkness convoque les aspects doubles et nuancés de ma personnalité », explique Jérôme. Les notes, énergiques, fusent et éclatent en un millier de détails sonores. A l’écoute du morceau « An Hymn For Them All », on remarque le contraste entre ombre et lumière : des sons électroniques dissonants qui rappellent le bruit d’un électrocardiogramme pour aboutir à une mélodie plus apaisante. Le titre phare de l’EP « Darkness Above », le prouve aussi. « J’y oppose le fond et la forme, explique Jérôme. Le morceau est sombre et les paroles sont plutôt positives ».

Songs Of Light & Darkness - Artwork (Digit CMJN)

Artwork Songs of Light and Darkness – © La Ligne

Rendre compte de la complexité du monde dans lequel on vit. C’est aussi l’ambition musicale de We Are The Line dans son EP Songs of Light and Darkness. « ‘Darkness Above’ évoque le dépassement de soi et le refus d’un assujettissement à la société », affirme Jérôme. Dans un monde binaire et nuancé, We Are The Line nous livre un message : éviter la facilité et regarder derrière les apparences. Alors, We Are The Line exorcise ses peurs, ses doutes, ses colères et invite à « faire péter les murs ».


We Are The Line prépare une nouvelle sortie musicale. « Le format n’est pas encore défini, mais je souhaite évoluer musicalement », confie Jérôme. Impatience.

Laura BARBARAY

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Moums, l’étoile montante de l’Afro-trap #3

Articles & interviews, Musique

« Éragny-sur-Oise, pépinière des musiques urbaines » #3

Le rappeur indépendant Moums est un ami d’enfance de Presnel Kimpembe, le champion du monde de football.


« Dans mon bendo c’est la pagaille », chante Mouhamadou, le jeune Éragnien de 23 ans. Surnommé Moums, le rappeur connaît un succès fulgurant sur les réseaux sociaux avec son tout premier titre La Pagaille sorti en juin 2018.

Débuts sur Instagram

Dans son quartier à Éragny-sur-Oise près de la gare, Moums aime improviser des textes de rap lors de soirées entre amis. « Cela s’appelle des freestyles », explique-t-il. Les performances filmées ont fait le tour des réseaux sociaux. « À ma grande surprise, ces freestyles ont pris de l’ampleur sur Snapchat », évoque le jeune artiste. En novembre 2017, Moums s’inscrit au tournoi d’improvisation « 1 minute de rap » sur Instagram, l’application mobile de photos. Chaque participant envoie un rap d’une minute pour obtenir le plus de « j’aime ». Là, Moums fait ses preuves et se qualifie pour la finale. « Ce tournoi m’a permis d’avoir plus de visibilité », ajoute-t-il. Ses remix d’artistes, comme le titre B.O.C de Niska, comptabilisent déjà plusieurs milliers de vues sur YouTube.

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Moums en session d’enregistrement – © Facebook Moums officiel

Ami de Presnel Kimpembe

Des tonalités africaines, des rythmes enjoués, des paroles fédératrices. En juin 2018, Moums sort son premier titre La Pagaille qui fait le buzz sur les réseaux sociaux. « Je fais de l’Afro-trap », évoque Moums. Joyeux et festif, ce style prend sa source en Afrique de l’Ouest, comme au Nigeria ou encore au Ghana.

Ces airs rythmés ont fait danser l’équipe de France. Lors de la Coupe du monde de football, le titre La Pagaille de Moums figurait dans la playlist des Bleus. « Presnel et moi sommes amis depuis la maternelle », sourit Moums. Presnel Kimpembe, surnommé le DJ de l’équipe de France, n’a pas hésité à diffuser la chanson de son ami sur son enceinte, lors des trajets en bus. « Grâce à lui, j’ai pu obtenir une plus grande visibilité sur les réseaux sociaux partout en France », s’enthousiasme-t-il.

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Moums et Presnel – © Facebook Moums

Clip tourné à Éragny

Faire danser et rassembler dans une ambiance festive. C’est bien ce que communique Moums dans son clip tourné à Éragny, près de la gare. « La veille du tournage, j’ai posté un message sur les réseaux sociaux en invitant toute la ville à venir figurer dans le clip », confie Moums. « Le lendemain, beaucoup de monde a répondu présent ! », s’exclame le jeune artiste, enjoué. Les paroles de La Pagaille évoquent le quartier de Moums à Éragny, où il a grandi. « J’ai voulu déconstruire les clichés des banlieues », ajoute-t-il. Le clip compte près d’un million de vues sur YouTube depuis le 25 juin dernier. Une véritable ode à la ville d’Éragny.

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Clip « La Pagaille » tourné à Eragny

Après un concert très réussi au Cergy Mondial le 8 juillet, Moums sera l’invité de Pape Diouf, artiste sénégalais, à Bercy, le 13 octobre prochain.

Laura Barbaray


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Article à retrouver dans la Gazette du Val d’Oise (n°2216, paru le mercredi 29 août 2018).

Gama Boonta, rappeur de la Haute École #2

Articles & interviews, Musique

« Éragny-sur-Oise, pépinière des musiques urbaines » #2

Ebenezer Lompo (21 ans), alias Gama Boonta, compose ses titres au sein de la Haute École, collectif d’Éragny-sur-Oise qui aide les artistes à se développer.


Dans la cour de récrée du lycée Galilée à Cergy, c’est là que tout commence. « En classe de seconde, ma bande d’amis et moi écoutions beaucoup de rap. Nous avions eu l’idée de créer un groupe » relate Ebenezer. « Un matin, on s’est retrouvés à la pause de 10h, avec notre texte écrit ». En cercle, les premiers freestyles fusent. Des rimes percutantes, des cris d’excitation et des petits attroupements de lycéens viennent entendre les textes déclamés. Ainsi est né Chap Chill, le premier groupe de rap d’Ebenezer, en 2014. Pendant un an et demi, le jeune rappeur fait ses armes au sein du groupe, aujourd’hui dissout.

Enjoué, Ebenezer n’a pas cessé de travailler sa plume. Il se fait remarquer par Bass, rappeur et co-fondateur de la Haute École, grâce à ses articles sur son blog « Le Cercle Vertueux ». Ebenezer évolue au sein du collectif depuis maintenant quatre années. Un soir, devant ses comparses, le jeune artiste fait entendre sa voix grave. « A la fin de chaque réunion, les membres de la Haute École ont l’habitude d’improviser des textes ». Du haut de son mètre 93, il appréhende. D’une voix chevrotante, Ebenezer lâche un couplet. « A ma grande surprise, tous ont été très réceptifs ». Le jeune Éragnien se fait un nom : Gama Boonta.

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Yanis, Julien, Bass, Ebenezer et Marvin, membres de la Haute Ecole

Des influences culturelles variées

Gama Boonta, ça veut dire quoi ? « Je suis fan du manga Naruto. Mon pseudonyme fait référence au personnage Gamabunta, un crapaud géant. C’est un vieux sage » sourit-il. « On me décrit souvent de quelqu’un de calme, alors le lien a été vite trouvé ».

Le jeune artiste enchaîne les enregistrements. Après son premier EP Jeu de Frime en 2016, il sort un deuxième projet Nénuphar City à l’été 2017. « C’est une ville fictive qui réunie mes influences américaines, asiatiques et africaines » s’enthousiasme-t-il. Ebenezer fait de nombreuses références à ses voyages : Boston, Tokyo et le Burkina Faso.

« Verse du bissap et du saké sur le sol » fredonne le jeune rappeur. Le titre « Bissap & Saké », extrait de Nénuphar City, donne à voir les sources d’inspiration de Gama Boonta. Le bissap est une boisson d’Afrique de l’Ouest à base de fleur d’hibiscus que sa maman prépare régulièrement. Le saké est une boisson alcoolisée japonaise. « Les paroles de la chanson font référence à la libation dans l’Antiquité. Il s’agit d’un rituel religieux qui consiste à verser une boisson sur le sol en offrande à un dieu. Je me suis également inspiré de clips de rappeurs américains qui versent du champagne à 1000$ sur le sol en hommage aux amis décédés » explique-t-il.

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Pochette « Nénuphar City » – © PolHermann Poupard et Antoine Dumartin

La découverte de la scène

Vibrer, chanter et partager. Ebenezer aime être sur scène. En 2017, dans le cadre de l’inauguration de l’Espace Initiatives Jeunes qui accompagne les jeunes Éragniens dans leurs projets, la Haute École a bénéficié d’une résidence artistique à la Maison de la Challe pendant une semaine. « On a travaillé notre scénographie : les déplacements sur la scène, les interactions avec le public et utiliser le ventre plutôt que crier dans le micro ».

« La scène donne une autre dimension à nos musiques » suggère Gama Boonta. Le jeune rappeur écrit des morceaux spécialement pour ses concerts, comme « Yogourt » sorti en mai 2018. « Ce titre a beaucoup plu sur scène. Lorsque le public est réceptif, ça me motive davantage ». Suite au succès de cette chanson, Gama Boonta l’enregistre en studio et réalise le clip avec l’aide de Julien et Antoine, membres de la Haute École.

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Concert au Candy Shop, décembre 2017 – © Ce Jean-Pascal

 

Gama Boonta prépare un nouvel EP intitulé Karité, prévu en octobre prochain.

Laura Barbaray


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Prochain épisode : Moums →

Article à retrouver dans la Gazette du Val d’Oise (n°2215, paru le mercredi 22 août 2018).

La Haute École, tremplin des jeunes artistes #1

Musique, Reportages

« Éragny-sur-Oise, pépinière des musiques urbaines » #1

Collectif éragnien fondé en 2015 et composé de sept membres, la Haute École aide les jeunes artistes à construire leur projet.


Des néons bleus dans une salle obscure, une table de mixage et un piano synthétique réunissent la bande d’amis passionnés de rap, au Studio Neptune à Éragny. La voix grave du rappeur Ebenezer (alias Gama Boonta) résonne dans les enceintes. Le co-fondateur du collectif, Bass (24 ans), se souvient de ses débuts : « Je passais mes journées à enregistrer mes textes de rap chez Jérôme, DJ de notre collectif. C’est ce qui nous a donné l’envie de créer la Haute École pour développer nos projets artistiques ».

Un collectif passionné

Des rappeurs, des producteurs, des DJs, des vidéastes ou encore des graphistes. Voilà la force de la Haute École, composée des co-fondateurs Bass et Yanis, ainsi que d’Ebenezer, Jérôme, Antoine, Julien et Marvin. « Nos compétences artistiques diverses nous ont réunis pour créer le collectif et produire du contenu comme des clips ou de la musique », évoque Jérôme (alias Jigiggs, DJ). Chaque membre est libre d’entreprendre son projet, et bénéficie du soutien de la Haute École. Par exemple, Antoine, graphiste, a réalisé la pochette de l’EP « Nénuphar City » d’Ebenezer. A la fin des concerts de Yanis (alias Moneywood, producteur et DJ), Julien (vidéaste), réalise la vidéo de sa prestation sur scène. « Chacun apporte sa patte au projet de l’autre » explique Jérôme.

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© PolHermann Poupard

Soutenir des projets

Servir de tremplin aux jeunes qui se lancent dans une carrière artistique. Telle est l’ambition de la Haute École. Depuis quatre mois, le collectif est devenu une société qui gère la carrière de jeunes artistes, comme les groupes de rap GLGV ou 8scuela, ou encore les mannequins Junior et Makeda. « Nous avons travaillé sur la direction artistique du clip ’’Comment Te Dire Adieu’’ de GLGV » confie Bass. « On s’occupe également de trouver des shootings pour les modèles » ajoute-t-il. Ainsi, la Haute École élargit ses actions dans différents domaines artistiques.

Bass insiste sur l’aspect exigeant de la Haute École : « Notre indépendance nous permet de sélectionner les artistes les plus originaux possibles. La Haute École est un appel à la liberté artistique et nous cherchons des jeunes qui ont envie de tout donner pour leur carrière », s’enthousiasme-t-il.

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Bass, Ebenezer, Jérôme, Antoine et Julien, membres de la Haute Ecole – © PolHermann Poupard

Organisation d’événements

En plus du management des artistes, la Haute École organise des événements musicaux. En 2017, dans le cadre de l’inauguration de l’Espace Initiatives Jeunes qui accompagne les jeunes Éragniens dans leurs projets, la Haute École a bénéficié d’une résidence artistique à la Maison de la Challe pendant une semaine. « Ça nous a donné une véritable impulsion » confie Bass. Jérôme ajoute : « On a pu créer un concert de A à Z en apprenant à se servir du matériel technique ou gérer les transitions entre les morceaux ». A l’issue de cette semaine, les membres de Haute École se sont produits en concert dans la salle Victor Jara à Éragny-sur-Oise. Depuis, la Haute École enchaîne l’organisation de soirées musicales à Paris : la « Haute École Sundays » en août 2017 au Concorde Atlantique et le « HE CLUB » au Petit Bain en octobre dernier.

A partir du mois d’octobre, la Haute École prévoit d’organiser un événement mensuel. Un véritable bouillonnement culturel.

Laura Barbaray


 

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Le Studio Neptune, situé au 5, impasse des chasses marées à Eragny-sur-Oise, a ouvert ses portes le 2 juin 2018. Les gérants, Gabriel et Mathias, proposent des sessions d’enregistrements, du mixage, de la production, ou encore de la réalisation de clip. « Nous gérons l’ensemble des projets des artistes musicaux » évoque Gabriel.
Renseignements au 06 26 84 74 72 ou studio.neptune95@gmail.com

 

Prochain épisode #2 : Gama Boonta →

Article à retrouver dans la Gazette du Val d’Oise (n°2214, paru le mercredi 15 août 2018).