Musique

Focus sur la playlist : l’interview de Voyou

Artistes en floraison – Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En décembre, l’artiste Voyou, de son vrai nom Thibaud avec le titre « Seul sur ton tandem » est mis à l’honneur.


Tu joues de la trompette depuis ton plus jeune âge. Quelle relation entretiens-tu avec cet instrument ?

C’est un instrument que je connais depuis toujours. Mon père est trompettiste, il était professeur de musique dans un collège et au conservatoire. J’ai un rapport assez familier avec cet objet. J’ai commencé très jeune à en jouer. Et puis au moment de l’adolescence, je m’en suis éloigné, je voulais faire de la musique plus rock.

Aujourd’hui, je rejoue de la trompette, j’ai du mal à m’en séparer. J’ai été musicien trompettiste pour le groupe Rhum For Pauline il y a quelques années. Les membres du groupe savaient que je jouais de la trompette au conservatoire, ils m’ont donc proposé de me joindre à eux.

Comment es-tu entré dans le monde de la musique ?

J’ai été musicien pour trois groupes : Rhum For Pauline, Elephanz et Pegase. Ces différents groupes musicaux avait leur label et au fur et à mesure j’ai rencontré plusieurs personnes. Je me suis constitué un petit réseau. C’est notamment grâce à Elephanz (formé en 2008) que je suis véritablement entré dans le monde de la musique. Le groupe de rock commençait à avoir de l’importance à l’époque et j’ai eu la chance de rencontrer du monde influent. Aujourd’hui, je travaille encore avec certains d’entre eux.

A l’écoute du titre « Seul sur ton tandem » aux tonalités pop/synthétique, on ne s’imagine pas un « voyou » chanter… D’où vient ton nom d’artiste ?

Il n’y a pas vraiment une seule et unique explication. Selon moi, tout le monde s’est fait appeler au moins une fois « voyou » de façon amicale par ses parents, sa grand-mère ou un ami. C’est un nom générique, auquel le public peut facilement s’identifier. Mon projet « Voyou », qui date de 2016, est un projet personnel, mais je souhaite toucher tout le monde. Ainsi, garder mon nom et mon prénom sur scène pour faire de la musique ne m’intéressait pas.

Ton premier EP « Seul sur ton tandem » sortira le 26 janvier 2018. Que racontes-tu dans tes chansons ?

Beaucoup de choses différentes. Je parle de l’enfance, de l’ennui, de l’amour, de l’amitié, de la fuite. Encore une fois, mes chansons concernent tout le monde. Trois titres déjà sortis figureront dans l’EP : « Naufragé », « On s’emmène avec toi » et « Les soirées ». Et un tout nouveau morceau, intitulé « Légende Urbaine ».

Les textes racontent une histoire, j’aimerais que chacun puisse se retrouver, se reconnaître dans les chansons. Que ça évoque pour chacun un sentiment partagé.

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Cover EP « Seul sur ton tandem » – sortie le 26/01/2018

Comment s’est déroulée la fabrication de ton EP ?

J’ai composé mon EP seul avec mon ordinateur, sur le logiciel Logic. J’ai tout composé, tout arrangé moi-même. J’ai également écrit les textes. C’est un processus tout à fait solitaire, donc ! Puis, Julien Delfaut m’a accueilli dans son studio à Paris pour faire quelques reprises de voix et le mixage. A Pornic, dans le studio « La Maison du Futur », j’ai également enregistré quelques prises de son avec des instruments de musique que je ne connaissais pas personnellement, afin d’apporter un peu plus de matière aux musiques.

Quelles sont tes influences musicales ?

Je n’ai pas réellement d’influences musicales précises… Je ne préfère pas un style musical plus qu’un autre, ou une époque plus qu’une autre. J’écoute absolument plein de styles musicaux différents : du rap, de l’électro, du rock, de la chanson française en passant par la musique africaine. Mon père n’écoutait pas tant de musique finalement : il en jouait plus qu’il n’en écoutait à la maison. C’est surtout ma mère et ma sœur qui écoutaient beaucoup de musique : Manu Chao, William Sheller ou encore Michel Fugain. Ma mère adorait la musique latine, aussi ! C’est un mélange de toute cette culture musicale qui a forgé mon propre style aujourd’hui.

Les paroles de « Seul sur ton tandem » sont plutôt douces et mélodieuses. On a même qualifié le titre de « morceau-roman ». Es-tu d’accord avec cette idée ? Qu’as-tu voulu exprimer à travers ce titre ?

Oui, j’essaie de raconter des histoires. Il y a un début, un milieu, une fin avec de la matière. Cependant, je me laisse aller quand j’écris. J’écris pour me faire du bien, j’essaie d’être sincère pour parler à tout le monde. Je raconte une rupture ou un décès, mais de façon douce et sereine. Dans ce sens, j’accompagne chacun dans des moments de vie différents.

Comment a-t-il été composé ?

Pour l’écriture même des textes, je préfère laisser le public s’approprier mes paroles et ne pas révéler ma source d’inspiration.

Au niveau de la composition musicale, il y a plusieurs versions différentes : une cinquantaine, pour être franc ! Pendant un an, j’essayais de trouver l’équilibre parfait, l’accord et la ligne mélodique. Les textes sont tristes certes, mais je souhaitais que la musique soit plutôt pop et pétillante. Ainsi, je revenais constamment sur la musique : dès que j’avais une idée, je modifiais les sons, les rythmes, les accords.

Il n’y a pour l’instant pas de clip accompagnant la musique. Un clip est-il prévu pour ce morceau ?

Le clip pour « Seul sur ton tandem » est en cours. Il doit sortir le 26 janvier 2018, en même temps que l’EP. C’est Vincent Castant qui travaille dessus. Il a déjà réalisé des clips pour Polo & Pan, par exemple. Je l’ai rencontré dans le Pays Basque et m’a fait découvrir sa websérie « Ouai j’vois ouai ». Un travail vraiment remarquable ! Ce que je peux dire du clip pour l’instant, c’est que l’on a tourné des vidéos à la mer et on a loué un tandem. Vincent a un univers bien à lui, je lui fais totalement confiance pour la réalisation du clip.

Pourrons-nous assister à tes concerts prochainement ?

La date la plus importante est celle du 9 avril 2018 à la Maroquinerie à Paris. En ce moment, je suis en tournée pour une quarantaine de dates : le 22 décembre pour le Capsule Festival à Lamballe en Bretagne, le 26 janvier à Rouen et le 27 janvier à la Rochelle… Toutes mes dates sont publiées au fur et à mesure sur ma page Facebook.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Le projet d’un futur album mûrit petit à petit : je commence à enregistrer des nouveaux morceaux !

Article à retrouver sur Radio Néo.

Laura Barbaray

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Musique

Focus sur la playlist – l’interview d’Alice et Moi

Artistes en floraison Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En novembre, le projet Alice et Moi avec le titre « Filme moi » est mis à l’honneur. Rencontre avec la jeune chanteuse Alice Vanor.


Après avoir terminé ton master de journalisme à Sciences Pô en 2016, tu t’es consacrée entièrement au projet Alice et Moi. Envisages-tu de devenir journaliste ou bien souhaites-tu te lancer dans une carrière musicale ?

Aujourd’hui, je me concentre uniquement sur la musique. J’ai toujours voulu faire de la musique. Depuis que je m’y consacre entièrement, ma vie a complètement changé. Je me sens tellement bien que je ne me vois pas faire autre chose que de la musique. J’y pense tout le temps.

Cependant, il y a plein d’aspects dans le journalisme que j’adore : l’écriture, les images, les documentaires. Peut-être que plus tard je me lancerais dans ce genre de projet, mais ce n’est pas ma priorité pour le moment.

Dès ton plus jeune âge, tu baignes dans la musique : ton père est un ancien membre d’un groupe punk. Comment es-tu passée de l’influence d’un père féru de punk jusqu’à la musique pop aujourd’hui ?

Mon père m’a donné le goût de la musique, c’est sûr. Depuis que je suis toute petite, mon père joue de la guitare avec moi. Ma mère aussi écoutait beaucoup de musique : elle allait voir les Rolling Stones en concert. J’ai toujours baigné dans une atmosphère un peu cool, un peu rock. J’adore la musique rock comme The Clash, The Cure…

De mon côté, j’ai toujours écouté d’autres artistes comme Vanessa Paradis. Quand j’étais enfant, je chantais à la fin du dîner entre amis la chanson « Pourtant » de Vanessa Paradis ! Mon père a une voix punk qui déchire. Moi, j’ai une plus petite voix, plus douce, alors c’est vrai que je m’identifiais parfois à des artistes comme Vanessa Paradis. Sa voix est honnête, naturelle : quand elle chante, elle raconte une histoire et ça me touchait beaucoup quand j’étais petite. Je me sentais dans mon univers, même si j’adore le rock.

Plus tard, j’ai découvert le groupe La Femme que j’adore. En ce moment, j’écoute pas mal de rap français avec mes petits frères, comme Lomepal ou Nekfeu. L’accent mis sur le texte me plaît beaucoup.

Le nom « Alice et moi » laisse entendre l’idée d’une personnalité double. Que signifie ce nom et comment le projet est-il né ?

Quand j’étais à Sciences Pô, je faisais déjà de la musique mais sous mon vrai nom, Alice Vanor. Mais je ne m’y consacrais pas encore à plein temps. A l’époque, je travaillais déjà avec Ivan Sjoberg. J’écrivais mes textes en français et Ivan m’a donné des conseils. Lorsque j’ai fini mon master, je me suis rendue compte qu’il y avait ce côté double en moi : un moi quotidien et un moi projeté sur la scène. J’avais envie de basculer de l’autre côté, d’intervertir avec le monde réel et d’aller vers un univers magique.

Il y a un an, pour monter mon projet « Alice et moi », Jean-Baptiste Beurier a travaillé les sons et Ivan sur la compo. Je leur ai expliqué ce que je voulais : chanter en français avec un style électro un peu mélancolique. C’est mon projet, mais dans la musique on travaille toujours entouré. Et puis nous sommes arrivés à ce petit bébé que j’aime bien. Je suis très contente !

En mars 2016, tu es conviée par les inRocks lab à la Gaîté Lyrique à Paris pour donner un concert. Que retiens-tu de cette expérience ?

C’était mon deuxième concert alors je vais être honnête : j’ai du mal à regarder ce live ! J’étais très stressée (et malade…). Mais j’ai quand même adoré, il y avait beaucoup de monde. J’étais très impressionnée. Finalement, c’était une belle expérience. Et grâce aux inRocks lab, j’ai rencontré le manager qui a créé le festival « Cabourg, Mon Amour », avec qui je travaille maintenant.

Le 27 octobre est sorti ton premier EP « Filme moi ». Que raconte-t-il ?

Il parle de la vie moderne, de sentiments universels, d’amour et de solitude. Se sentir seul dans la foule est un sujet que j’aborde avec le titre « Il y a ». L’EP évoque aussi le narcissisme, mais pas au sens négatif du terme. C’est plutôt le fait d’avoir envie d’être vu, d’exister, comme avec le titre « Filme moi ». Toutes mes chansons sont un peu mélancoliques… C’est juste un peu moi. J’écris sur ce qui me touche dans ma vie : des soirées, des regards, des amours, un peu de jalousie aussi. En tout cas, rien est inventé dans ce premier EP, j’essaie d’être sincère.

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Visuel EP « Filme moi » – Alice et Moi

Comment s’est déroulée cette toute première expérience ?

Ivan m’a aidé sur la compo, on a travaillé les sons dans le studio de JB et j’ai écrit les paroles. Pour le mix et le mastering de l’EP, Perceval Carré et Benjamin Savignogni ont bossé avec nous. Je donnais les lignes directrices, mais c’est un projet qui a pu voir le jour en travaillant ensemble.

Un style plutôt électro-pop aux tonalités synthétiques se perçoit à l’écoute de ton EP. Quelles sont tes influences musicales aujourd’hui ?

J’aime beaucoup le groupe La Femme (mon gros coup de cœur), Odezenne pour son univers et ses textes, Stromaé avec ses paroles déchirantes sur de la musique dansante… Aujourd’hui, il y a énormément de jeunes artistes talentueux. Le monde de la musique est riche de nouveaux artistes dont je m’inspire tout le temps. La nouvelle génération d’artistes écoute des styles musicaux qui se mélangent, qui se complètent, et c’est une source d’inspiration incroyable.

Le titre langoureux « Filme moi » fait partie des entrées en playlist du mois de novembre. Comment a-t-il été composé ? Évoque-t-il une expérience personnelle ?

« Filme moi » est un titre très fort pour moi. J’avais déjà une certaine idée en tête avant de le composer. Ivan m’a envoyé une première version et on a tout de suite senti qu’on allait dans la bonne direction. Et puis le morceau s’est fait très naturellement. JB a trouvé les petits synthés du début. On trouvait le rythme entêtant.

Pour la signification du titre, il y a deux visions : une vision sensuelle d’une fille qui dirait à son copain ou à sa copine « filme moi, garde quelque chose de nous ». Et une vision plutôt existentielle, presque malsaine à force de répéter « filme moi ». On a envie d’être vu, de faire partie du monde, d’être apprécié à sa juste valeur.

Le clip, sensuel et rétro, fait penser à des vidéos de vacances filmées avec un vieux caméscope. Quel lien entretient-il avec le titre « Filme moi » et comment a-t-il été réalisé ?

Il y a tout d’abord un côté camgirl dans le clip. Je me filme avec une webcam pour montrer le côté sensuel et évoquer l’envie d’être vue. Je trouve l’image des camgirls assez forte pour faire passer ce message.

En revanche, il n’y a pas de critique d’une société trop « narcissique ». Ce que je critique, c’est le fait de ne pas se voir, même à travers des écrans. Les jeunes qui passent leur temps à prendre des selfies ont envie d’exister. C’est incroyablement humain et je les admire.

Dans le clip, il y a aussi un côté vacances qui rappelle les petits moments de bonheur, d’intimité. Les garçons avec qui j’ai bossé sur cet EP apparaissent dans le clip et ça me fait plaisir de garder une trace de cette première expérience.

Le clip mélange l’aspect un peu barré, un peu triste avec l’aspect plus dansant et plus léger. J’ai ces deux côtés en moi, je voulais un clip et une chanson qui me ressemblent.

Pourrons-nous assister à tes concerts prochainement ?

Le 8 décembre, je donne un concert au Pop-up du Label à Paris. Adrien, un de mes musiciens à la basse et au synthé, organise une exposition. Ça sera un concert amical et intime, l’entrée est gratuite.

Le lendemain, le 9 décembre, je fais les Bars en Trans à Rennes. D’autres concerts sont prévus mais ils ne sont pas encore annoncés.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Désormais, chaque chanson de l’EP a son propre clip. Les clips des titres « Eoliennes » et « Il y a » vont sortir très prochainement. Actuellement je travaille sur d’autres chansons. Et puis mon objectif serait de faire plusieurs concerts et festivals, et de vivre encore des moments intenses !

Article à retrouver sur Radio Néo.

Laura Barbaray

Musique

Focus sur la playlist : l’interview d’EX-ILE

Artistes en floraison Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En octobre, le jeune duo EX-ILE (Léo et Tarik) de Noisy-le-Sec (93) avec le titre « J’attends la chance » est mis à l’honneur.


Vous êtes deux jeunes artistes de 22 ans (Léo) et 23 ans (Tarik). Poursuivez-vous des études supérieures ou bien vous consacrez-vous entièrement à la musique ?

Tarik : Pour ma part, je viens de finir mes études il y a peu de temps. J’étais à l’école d’urbanisme de Paris, qui appartient à l’université de Marne-la-Vallée.

Léo : J’ai fait des études en communication, mais ça ne m’a pas plu. Pour l’instant, je ne poursuis pas un cursus universitaire. Mais je n’exclus pas l’idée de reprendre les études ! On aimerait se laisser un an pour nous consacrer à nos projets musicaux. On verra où cela nous mènera.

On vous connaissait l’an dernier sous le nom de « Hermès Baby ». Pourquoi avoir changé le nom de votre groupe par EX-ILE ? Comment ce projet est-il né ?

Tarik : On a eu un différend avec la marque, qui nous a envoyé un courrier nous demandant de changer le nom du groupe. « EX-ILE » est synonyme d’échappatoire. C’est par la musique et par les textes que l’on peut s’échapper de notre quotidien. On sort de notre banlieue, de notre isolement. Et puis l’an dernier on a véritablement enrichi notre projet, nos musiques. Alors changer de nom permettait aussi une renaissance du groupe.

Léo : Cela fait sept ans que l’on joue de la musique ensemble, mais depuis deux ans on a monté plus concrètement le duo pour écrire les textes, composer des musiques et réaliser des clips. Notre projet s’étend sur cette longue période : de l’apprentissage de la musique il y a sept ans jusqu’à maintenant où l’on est plus dans la recherche musicale et dans la composition.

Quels sont les artistes qui ont influencé votre musique ? Comment pourriez-vous définir votre style musical ?

Léo : Je pense que le groupe qui nous a mis une claque et qui nous a appris à composer, à penser la musique, c’est Phoenix, un groupe électro/rock français. On a regardé des quantités de documentaires sur Arte à propos de la composition de leur album. Ça nous a totalement inspiré. Et puis nos amis écoutent plein de choses différentes, alors on absorbe tout ce que l’on peut !

Tarik : Dernièrement, parmi les artistes qui nous ont inspiré il y a Frank Ocean, un compositeur-interprète américain qui mixe des mélodies très différentes, ainsi que Tyler The Creator, un artiste américain hip-hop. On aime être à la synthèse d’une culture musicale qui brasse rap, pop, électro… On a des influences, mais on ne se revendique pas d’un seul style musical en particulier.

Votre premier EP « Direction Est » est sorti le 20 octobre. Comment s’est déroulée cette toute première expérience et de quoi parle votre EP ?

Tarik : C’est une expérience qui s’étale sur deux ans. On a d’abord enregistré des morceaux chez nous, au fur et à mesure de nos compositions.

Léo : Et puis, on a rencontré la maison de production GUM à qui on a proposé notre EP. On est ensuite passé en studio avec Bastien Dorémus, notre producteur musical (l’un des musiciens de Christine And The Queens).

Tarik : Bastien nous a aidé à voir plus loin, à apporter de la fraîcheur dans ce que nous avions déjà enregistré. On a revu les arrangements et retravaillé avec du matériel plus élaboré.

Léo : On a eu la chance de travailler avec des musiciens géniaux tout en gardant notre propre originalité musicale.

Tarik : En ce qui concerne la signification de l’EP, dans nos textes on raconte ce que l’on vit, on reste proche de notre quotidien. Finalement, on interroge notre identité. On vient de banlieue, mais on est constamment attiré par Paris…

Léo : On considère l’EP comme une boucle : les textes évoquent un gars qui rentre dans sa banlieue à l’aube d’une soirée parisienne. La journée, il a des hauts et des bas, des espoirs et des désillusions. Et puis sa routine recommence.

Tarik : Les titres forment aussi une boucle. On commence par le titre « Direction Est » et se termine par « A l’Est rien de nouveau ». On revient toujours sur notre point de départ.

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Ep « Direction Est » – octobre 2017 – © Juan Clemente

Le titre « J’attends la chance » fait partie des entrées en playlist ce mois-ci. Comment a-t-il été composé et quelle pourrait être sa signification ?

Léo : C’est un morceau très important pour nous. Il est venu à nous presque par hasard. J’ai commencé par enregistrer un son au clavier, juste pour tester. J’ai posé ma voix sur le morceau sans vraiment réfléchir. Et Tarik a écrit un texte de dingue (j’ai été surpris !).

Tarik : Cette expérience nous a marqué : c’était la première fois que l’on composait une musique qui nous ressemblait réellement. Des textes simples, une musique simple. Quand on l’a présenté à la première démo, on appréhendait, on allait livrer une part de nous-même…

Le titre et les paroles rappellent notre situation à l’époque. J’attends la chance, mais en même temps je peux et je vais la provoquer car personne ne va me la donner. C’est ce qui caractérise la jeunesse banlieusarde.

Le clip, en noir et blanc, suit votre escapade à moto à travers Noisy-le-Sec. Quel lien entretient-il avec le titre « J’attends la chance » ?

Léo : Le clip a été réalisé avant la musique. Et finalement, la musique concordait entièrement avec les images. Ça a été un hasard évident.

Tarik : On a filmé un ami à moto. A l’origine, quand j’écrivais le morceau, je pensais déjà à lui. On souhaitait évoquer une échappée, une fuite. On peut dire que l’on a pris le contre-pied de ce que l’on pourrait comprendre par « J’attends la chance ». On n’attend pas, on prend en main nos aspirations, nos désirs.

Le clip a été entièrement réalisé avec un iPhone. Pourquoi avoir choisi cet outil pour le tournage ?

Léo : En fait, on avait l’idée de réaliser un clip avec du vrai matériel. On a commencé par faire des repérages avec l’iPhone. Et puis on s’est rendu compte que les prises de vues fonctionnaient parfaitement et adhéraient à notre identité.

Tarik : Aussi, la réalisation du clip se prêtait bien aux paroles du morceau. Pourquoi attendre alors que l’on peut le faire nous-même ? Cette spontanéité nous caractérise.

Avez-vous déjà des concerts prévus ?

Tarik : Non, mais nous sommes en pleine préparation du live. On répète au studio Pigalle et au studio Bleu à Paris. On retravaille avec Bastien qui nous aide beaucoup.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Léo : Le live sera la prochaine étape. Et puis on avance notre prochain EP qui devrait sortir avant l’été.

Tarik : On travaille aussi l’écriture des prochains clips. Et on réfléchit à l’idée d’un éventuel album… Pourquoi pas.

Laura Barbaray

Article à retrouver sur Radio Néo.

Musique

Focus sur la playlist – l’interview d’Alligator

Artistes en floraison Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En septembre, le duo Alligator (Camille et Alexis) avec le titre « Rafale » est mis à l’honneur.


Quel est votre parcours personnel à tous les deux et comment le projet Alligator est-il né ?

Alexis : On s’est rencontré quand je suis arrivé à Paris il y a trois ou quatre ans. On avait monté un groupe de musique rock à plusieurs, Camille était la chanteuse. Mais ça ne s’est pas super bien passé dans le groupe. On n’arrivait pas vraiment à composer de morceaux.

Camille : Chacun venait avec son style musical mais on ne s’entendait pas. Et puis on s’est retrouvé à deux et on s’y est mis à fond. On répétait dans une salle, c’était bien plus productif.

Alexis : A la suite de quelques répétitions, Alligator est né en août 2016. Ensuite, on a mis nos musiques en ligne sur SoundCloud.

D’où vient le nom du groupe « Alligator » ?

Camille : On avait un peu de mal à trouver, alors j’ai traîné pendant des jours et des jours sur des sites d’anagrammes. J’ai essayé mon prénom, celui d’Alexis, nos noms de famille. Finalement, avec nos deux noms de famille cela faisait « alligator » et « octets ». On a décidé de garder « Alligator » pour le nom de groupe et « Octets » pour le nom de l’album.

Quelles sont vos influences musicales qui forgent la particularité de votre groupe ?

Camille : Je pense qu’il y a une différence entre ce que l’on joue et ce que l’on écoute. Cependant, les années 80 sont une référence musicale évidente. Personnellement, je suis une grande fan de Daho !

Alexis : On essaie de modeler notre propre style musical. Pour ma part, j’ai des influences musicales plutôt anglo-saxonnes. Comme nous avons convenu d’écrire nos paroles en français, Alligator est une expérience musicale toute nouvelle pour moi.

Parvenez-vous à vivre de votre musique ou avez-vous un travail à côté ?

Camille : Non, pas du tout ! Moi je suis architecte, et Alexis est médecin. Nous n’avons pas l’intention d’abandonner notre métier. J’aime ce que je fais. Cependant, on aimerait consacrer plus de temps à notre groupe.

Comment se sont déroulés la composition et l’enregistrement de votre album « Octets » sorti en décembre 2016 ?

Alexis : On n’a pas été produit, c’est un album entièrement fait maison et enregistré dans un appartement du 19ème arrondissement de Paris !

Camille : Après la sortie de « Octets », on nous a conseillé des logiciels pour remastériser quelques morceaux. Quand on a mis en ligne nos musiques sur SoundCloud il y a un an, on savait qu’elles n’étaient pas parfaites. Mais pour l’instant nous ne souhaitons pas les réenregistrer. Le premier jet nous plaît, c’est le fruit de notre travail !

Alexis : Notre album est disponible sur la Souterraine et on aura bientôt un CD au mois de septembre.

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Vous avez joué aux Trois Baudets le 19 septembre. Cette salle possède une riche histoire musicale (Brassens, Brel, Gainsbourg et bien d’autres y ont joué). La salle est également gérée par le Jardin Imparfait, la société qui héberge Radio Néo. Qu’est-ce que la salle des Trois Baudets représente pour vous ?

Camille : Je n’y étais jamais venue. J’ai été ravie et un peu stressée de jouer dans cette salle historique.

Alexis : Je suis venu une fois pour assister au concert de Jaune, le batteur de Frànçois and The Atlas Mountain. La salle est intimiste et se prête bien à notre groupe. On s’y sent bien.

Camille : C’était vraiment super de jouer aux Trois Baudets. La taille de la salle, la pénombre et le fait que les spectateurs soient assis nous ont complètement mis dans une atmosphère intimiste, limite théâtrale et nous avons joué comme à la maison, en oubliant presque le public. C’était une très belle expérience et nous espérons avoir la chance d’y rejouer un jour.

Vous avez joué à l’Aéroport d’Orly fin août. Comment avez-vous été contactés et comment le concert s’est-il déroulé dans ce lieu atypique ?

Camille : C’était à l’occasion du concours Gate Up avec les Inrocks et l’Aéroport d’Orly. Alexis nous a inscrit (le jour de la fermeture des inscriptions…). On a été sélectionné et 15 groupes ont joué. Habituellement, les gens arrivent très tôt à l’aéroport, alors ils prennent le temps de s’arrêter. De plus, on jouait pendant des sessions de 20 minutes suivies de 20 minutes de pause. Le format du concert était idéal pour ce lieu.

Avez-vous d’autres concerts de prévus et des projets pour la suite ?

Camille : Le 14 octobre on retourne à l’Aéroport d’Orly pour un concert car nous sommes dans le top 5 du concours.

Alexis : Le 25 octobre on va jouer au Motel x Bar à Bastille.

Camille : On a aussi réalisé une nouvelle chanson qui sortira bientôt. On en a d’autres en préparation. Et puis on finalise un clip que l’on a tourné cet été.

Le titre « Rafale » fait partie des nouvelles entrées en playlist de ce mois-ci. Comment a-t-il été composé et quelle est sa signification ? Quel lien le clip entretient-il avec la chanson ?

Camille : On a écrit les paroles tous les deux en essayant de mixer plusieurs choses. Il y a plusieurs interprétations possibles, même si je dois avouer que les paroles, à un moment, rejoignaient un peu la cause animale. J’ai réalisé le clip (des tableaux en 3D) sur SketchUp, un logiciel de création d’images 3D. Ce n’est pas une idée que j’ai eu avec la chanson mais l’art est sujet à tout type d’interprétation et la mise en 3D en suggère une parmi une infinité. Le clip collait bien au rythme de « Rafale ». On ne voyait pas d’autres clips possibles pour ce titre.

Laura Barbaray

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Alligator – Les Trois Baudets le 19/09/2017 – © Laura Barbaray

Article à retrouver sur Radio Néo.

Musique

Bebly, le trio électrique qui exhale l’humanité et la sincérité – Entrevue avec Benjamin Blin

Sur la photo : Benjamin Blin, chanteur et guitariste du groupe Bebly – © Laura Barbaray

« Rencontrer des gens, prendre du plaisir, jouer de la musique ». Ces mots pourraient être le leitmotiv de Benjamin Blin, le chanteur et le guitariste du trio Bebly.

Autour d’un café, à l’occasion de la sortie du nouvel EP du groupe en novembre prochain, intitulé Déconne, j’ai rencontré Benjamin, qui m’a fait part de son projet, de son univers musical et de ce que Bebly signifie pour lui.

Quand les mots s’accrochent à nous

Bebly, une petite bande de trois amis originaires de Maurepas dans les Yvelines, s’est formé en 2008. « A l’époque, j’avais un autre groupe, qui s’appelait ‘Histoire de…’. Et puis, j’ai voulu monter un projet solo. J’ai rencontré Guillaume (basse) et Fabien (batterie) avec qui j’ai fondé ce groupe. On avance à notre rythme », m’explique Benjamin. Depuis 2009, Bebly a déjà enregistré trois LP (L’autre, il s’égare ; Le Bonhomme ; L’intervalle) et deux EP (La Passerelle ; Déconne). Ils ont également fait la première partie du concert du groupe Eiffel en 2013 (artistes très chers à mon cœur…).

Une guitare à la sonorité électrique, un tempo énergique, une voix aux effets éraillés d’un mégaphone… Les années 1990 vibrent et résonnent comme un écho dans les différents titres de Bebly. On entend au loin Miossec ou encore Louise Attaque. « Tous ces artistes ont décomplexé ma façon d’écrire. Ils m’ont donné l’impression que n’importe qui pouvait composer un texte ».

Alors, Benjamin se tourne vers l’écriture réaliste, simple, spontanée, parfois mélancolique. Avec une grande pudeur, le chanteur et guitariste souhaite retranscrire des émotions à des périodes de sa vie. « C’est un espace libre dans ma vie, je ne me mets pas de contraintes. J’ouvre des tiroirs. Une simple rime enclenche le processus d’écriture. Je m’approprie les textes, mais d’autres peuvent s’identifier. Je voudrais en quelque sorte retranscrire des sentiments qui rattrapent une pensée collective », me dit-il avec enthousiasme. Dénués d’artifices, les mots sont là, naturels, sincères, et ils nous touchent.

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Fabien, Benjamin et Guillaume – © Davina Muller

Un trio d’artistes enthousiastes

Benjamin et Guillaume sont autodidactes, Fabien est batteur diplômé. « On a tous des boulots à côté », me confie Benjamin. « On fait tout tout seul, de la compo à la production. On n’a pas d’agent, on envoie des disques, on envoie des mails, on passe des coups de téléphone. C’est du home-made total, mais j’adore ça ! ».

Bebly, c’est un groupe qui aime avant tout se faire plaisir. Après une semaine de travail, le trio se retrouve pour répéter. « Tous les morceaux partent d’une guitare sèche avec une voix. Généralement, on a des idées à moitié définies. On travaille le chant, le rythme, le tempo. On répète qu’une seule fois par semaine, alors les titres s’élaborent rapidement dans un temps relativement court, mais je trouve qu’on est plutôt efficace ». Et c’est une bouffée d’air frais pour les trois amis.

L’aventure Bebly est incroyablement humaine. Le home-made à la Bebly, pour reprendre les termes de Benjamin, c’est aussi faire des rencontres, discuter des projets des uns et des autres, découvrir des lieux, grâce à la musique. « C’est tout ce que je recherche », m’avoue le chanteur. « Bebly, c’est mon projet principal. Pour Guillaume et Fabien c’est un peu leur projet satellite, mais ils prennent du plaisir, alors pour moi c’est gagné ! ».

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Ouverture d’Eiffel, 2013 – la Clef, Saint Germain en Laye – © Julien Prevel

Déconne, un EP qui leur ressemble

En novembre prochain sortira le nouvel EP de Bebly, dont on peut déjà découvrir le premier extrait éponyme sur YouTube ou Deezer. Déconne a été enregistré de façon spontanée et imprévue. Le groupe n’avait pas envisager un enregistrement pour cette année. Quand Benjamin reprend contact avec l’ingénieur du son de Damien Saez, Sylvain Carpentier, « rien n’était réellement prêt », m’explique-t-il. Coup de théâtre. Sylvain leur propose d’aller enregistrer au Black Box, un studio mythique à Angers. « C’est un studio qui me fait toujours rêver depuis que je suis gosse. C’est là où ont été enregistrés The Kills, Deportivo ou encore The Last Shadow Puppets », s’exclame le chanteur. « Trois jours au Black Box : une expérience de fou ! On s’est fait prendre au dépourvu, alors on a bossé très vite. Ca restera un super souvenir pour nous ». Encore du home-made à la Bebly !

A l’écoute de l’EP, on retrouve l’énergie électrique du trio sur le titre « Dévalise » par exemple et le timbre mélancolique des paroles, toujours simples et naturelles, avec le morceau « Un Fantôme ». On déconnecte, on lâche prise, on se laisse porter par l’univers de Bebly. Benjamin, Guillaume et Fabien nous font percevoir ces petits riens de la vie, ces instants du quotidien qui nous échappent, par le seul pouvoir de la musique.

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Enregistrement au Studio Black Box – © Davina Muller

Bebly a quelques projets en tête. Le 10 novembre 2017, le groupe jouera au Scarabée à La Verrière (Yvelines) avec Archimède à l’occasion d’un festival au profit des victimes du terrorisme. De plus, le trio envisage de réaliser un clip en collaboration avec un autre groupe, mais les informations sont tenues secrètes pour le moment. Un joli programme pour nos trois artistes !

Retrouvez Bebly sur YouTube, Facebook, Twitter et Instagram.

Laura Barbaray.

Musique

L’éclat symphonique ou le retour d’alt-J

Un verre de vin rouge à la main, Spotify branché sur alt-J, un début de soirée plutôt paisible… Relaxer.

Tel est le titre du nouvel album du trio britannique, sorti le 2 juin 2017. Trois ans après leur deuxième album This Is All Yours en 2014, alt-J revient avec un univers d’autant plus envoûtant et rêveur.

A l’écoute de Relaxer, c’est un langage musical bien particulier que j’apprécie. Pendant quarante minutes, les artistes manient leur art pour me faire entrer dans un monde onirique et mystérieux. Alt-J joue sur des variations instrumentales, mêlant alors un côté pop, blues, jazz, électro et acoustique. Dès le premier titre « 3WW », la guitare, à la résonance orientale, épouse un rythme à la fois intense et apaisant. Le clip, digne d’un court-métrage tisse « une histoire d’amour – et de perte – au fin fond des montagnes mexicaines », selon Gus Unger-Hamilton (clavier/voix).

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Relaxer, alt-J – 2017

Tout au long de l’album, le doux et délicat timbre de Joe Newman (guitare/voix) parcourt mon corps de frissons, me plonge dans un état de béatitude. Je ne pense à rien. Sauf à l’histoire de cette « Adeline » qui nage, nage sans s’arrêter. Et le voyage continue. « Pleader », par la tonalité lyrique des paroles et des chœurs, clôture les huit morceaux de l’album d’une symphonie éclatante.

Il n’est pas sans rappeler la reprise du titre mythique « House of the Rising Sun » du groupe The Animals. Vingt guitaristes classiques ont joué simultanément pendant deux heures pour obtenir un tempo très lent aux teintes symphoniques. La version ankylosée de alt-J trouve parfaitement sa place au sein de leur album Relaxer : le temps semble suspendu, on lâche prise.

Alt-J consacre là encore une belle expérimentation musicale avec Relaxer.

Laura Barbaray

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Musique

Rentrée musicale

A découvrir dans cet article musical, un jeune groupe au nom tout à fait curieux : « Feu! Chatterton ». Révélation.

Costumes distingués, moustache bien taillée, ces cinq garçons parisiens nous surprennent avec leur look dandy. Les Feu! Chatterton osent le subtile et doux mélange entre jazz/rock et poésie classique.

Attachés à une certaine tradition, les artistes bouleversent l’univers de la musique sur des paroles lyriques et surréalistes. Un souffle de Baudelaire, Bashung ou encore Ferré agite les textes des garçons.

Feu! Chatterton a dévoilé son talent lors de la première partie de Fauve en mai dernier au Bataclan. En juillet, au moment du festival des Francofolies de la Rochelle, le groupe s’est produit sur la scène de la Coursive – concert auquel j’ai pu assister avec grand plaisir. Remarquable.

Le tout premier EP éponyme de Feu! Chatterton est disponible depuis le 8 septembre. Une rentrée qui s’annonce des plus agréables.

Pour compléter, j’ai réussi à obtenir une interview téléphonique avec Arthur, le chanteur, le jour de la sortie de leur EP. Un jeune homme naturel, ouvert, passionné d’art et de littérature. Voici le compte rendu :

Dans quelles circonstances avez-vous débuté votre carrière ? La musique était-elle au départ votre « projet professionnel » ou bien est-ce que tout cela est arrivé par hasard ?

Tout cela est arrivé un peu par hasard. Il m’a suffit d’avoir une passion d’écrire. Je ne joue pas d’un instrument de musique. J’écrivais des petits poèmes comme ça au lycée, j’ai rencontré Sébastien et Clément qui sont devenus mes amis et qui sont aujourd’hui les guitariste et clavier du groupe. Tout cela s’est fait d’abord comme une activité extra-scolaire, un plaisir, et puis c’est devenu sérieux.

Par quel(s) moyen(s) avez-vous réussi à acquérir une certaine importance/popularité ?

Je ne sais pas… C’est encore une fois une histoire de hasard ! Peut-être en faisant pas mal de concerts… Sur la scène à Paris… On a cherché à jouer dans tous les petits café-concerts pendant presque un an. Je pense que c’est comme cela que l’on s’est fait un petit peu connaître.

Avez-vous eu des relations afin d’accéder à la scène ?

Non, aucune relation particulière. Ensuite nous avons rencontré un entourage professionnel qui est le nôtre aujourd’hui, mais ce sont des gens qu’on ne connaissait pas avant et qui nous ont découverts sur scène.

Comment s’est déroulé l’enregistrement de votre premier EP ? Etes-vous satisfaits ?

Oui, on est très satisfaits, surtout parce qu’on a eu assez peu de temps pour le faire. Comme tout enregistrement, ça coûte un peu d’argent, de plus on l’auto-produit donc on n’avait pas non plus un magot énorme. On a eu non seulement la contrainte de la nouveauté (quand on arrive en studio pour la première fois, c’est un peu impressionnant !). On sacralise l’événement, on se dit que ce que l’on va enregistrer sera là, pour nous, une preuve définitive. Mais aussi la contrainte de savoir que l’on n’avait pas un temps infini pour le faire.

Nous avons aussi travaillé avec quelqu’un, Samy Osta, le réalisateur de notre EP. Il a également réalisé l’album du groupe « La Femme ». On aimait beaucoup la façon dont il enregistrait les instruments, on savait qu’on allait être entre de bonnes mains et la relation était super.

On continue à travailler avec lui : nous venons d’enregistrer un deuxième EP qui sortira un peu plus tard.

D’où vient votre nom de groupe ?

Il vient d’un tableau qui s’appelle La Mort de Chatterton de Henry Wallis, que nous avons vu il y a quelques années lors d’une exposition au Grand Palais sur la Mélancolie. On y voit le poète Chatterton, mort étendu sur un lit. Le tableau nous a saisi par sa beauté, ses couleurs. Le jeune homme est très androgyne. On a découvert qui était Chatterton. Non seulement le tableau nous plaisait, donc on avait envie de donner à notre groupe un nom en rapport avec ce tableau, mais en plus le personnage de Chatterton nous a plu. Il s’agit d’un jeune poète qui monte à la ville de Londres alors qu’il vient de la province, à 15 ans. Il va finalement mourir de désespoir car il n’arrivera pas à faire carrière à Londres dans la littérature.

J’ai plusieurs fois essayé de trouver le tableau sur internet, mais j’ai toujours été déçu, le souvenir l’a rendu plus beau…

Avez-vous déjà ou aimeriez-vous travailler avec un artiste en particulier ? Si oui, pourquoi ?

Ah, je n’ai pas d’idée en particulier, je n’ai jamais réfléchi !… Je ne sais pas… Si, comme ça dans nos rêves les plus fous, David Bowie !

C’est vrai que quand on devient musicien, on ne sait jamais si cela va devenir un métier. On ne se permet pas trop d’imaginer travailler avec des grands artistes que l’on admire… Mais c’est assez fou d’imaginer travailler avec David Bowie !

Peut-être avec Fauve ?

Si j’ai l’occasion, je préférerai travailler avec des artistes d’une autre génération qui ont plus d’expérience. Mais c’est vrai qu’avec Fauve, c’est une relation intéressante parce qu’ils nous ont invité une semaine entière au Bataclan, c’est une chance incroyable. Ils nous épaulent et nous savons qu’ils apprécient ce que nous faisons. On peut trouver une filiation entre ce qu’ils produisent et nous. On est de la même génération, on écrit en français, on peut donc trouver ces liens-là, cela pourrait être intéressant.

Avez-vous des projets plus ou moins concrets en vue pour plus tard ?

Oui, nous venons d’enregistrer notre deuxième disque, qui sortira en janvier 2015 idéalement. Ce sont quatre titres qui se suivent, cela fait une sorte de grande chanson de quatorze minutes. Là, nous cherchons un réalisateur pour pouvoir faire un court-métrage dessus.

Après, on aimerait bien d’ici un an enregistrer un premier album ou travailler dessus. Mais difficile de voir plus loin qu’un an dans la musique, c’est tellement fragile, inattendu…

D’où vient votre style dandy ?

Je ne sais pas… Peut-être du fait d’avoir admiré plus jeune les personnages comme Gainsbourg, d’avoir lu des artistes du XIXème siècle comme Oscar Wilde, Baudelaire… Et j’aime l’allure des costumes. D’ailleurs les costumes complets trois pièces ne sont pas forcément des costumes dandys. On voit ça aussi dans le cinéma italien des années 60, dans les films sur la prohibition aux Etas-Unis. Avant le prêt-à-porter, tout le monde plus ou moins, portait le costume, c’était l’habit de tous les jours. Mais c’est vrai que l’on peut revendiquer une inspiration ou une influence dandy plus pour la littérature.

Laura Barbaray