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Chantiers

Partout, ces femmes et ces hommes sont là. Ils sont parfois tellement proches qu’on ne les voit pas. Camouflés sous des taches de peintures ou encore hissés au sommet d’un échafaudage. Ils existent. Partout, des frontières humaines et sociales se dessinent. S’érige alors un monde séparé, divisé. Ces frontières, j’ai décidé de les gommer. Ou du moins de les relier entre elles. Ce récit entend redonner de la mémoire au métier d’ouvrier. De la matière, de la profondeur, comme à son image. A tous ces artisans qui ont consacré leur vie entière à bâtir notre monde. A Kevin et Antoine qui m’ont accueillie en terre hostile. Et à mon père que j’admire, qui m’a éduquée, nourrie, transmis sa soif de perfection et donné tant d’amour durant vingt ans.

 


Un matin de décembre, à l’approche de Noël, dans le petit village de Butry-sur-Oise tout près de la ville adorée de Van Gogh. Il fait nuit noire. Une légère bruine se pose délicatement sur nos visages. D’un pas encore engourdi, nous avançons dans la brume des premières heures. Là, un grand portail couleur de rouille veille sur une imposante maison de pierre. A travers les grilles aux motifs rococo, j’aperçois le chantier. Dans une faible lumière, un voile blanc et vaporeux semble suspendu à des barres métalliques. « C’est ici », me souffle papa. Nous franchissons le portail. Au même moment, une dame d’un certain âge apparaît sur le seuil de la maison, devant une porte vermeil. C’est la cliente. « Bonjour Madame », lance papa. Son regard perplexe me laisse penser qu’elle ne s’attendait pas à ma venue. Je lui explique que je souhaiterais réaliser un reportage photo sur le métier d’ouvrier. Un sourire bienveillant se dessine sur ses lèvres. Elle semble touchée et convaincue. A l’occasion de la veille des congés de Noël, elle apporte trois tasses de café bien chaud et du quatre-quart pour les artisans. Papa est ravi. « Des attentions comme celle-là, j’en reçois pas souvent » me confie-t-il.

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© Laura Barbaray

Dans la cour d’entrée, j’observe de plus près les immenses structures métalliques aux formes géométriques qui longent la façade de la maison à trois étages. Tout semble tenir sur un fil, comme flottant dans les airs. Le voile blanc me donne une impression d’intimité, de mystère. Comme si un secret devait être gardé, ici, au cœur de cette carcasse de fer.

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© Laura Barbaray

Papa se dirige vers un petit local, à droite de la maison. Un lieu exigu, mais chauffé. S’empilent les pots de peinture, les pinceaux, les brosses, les chiffons, les tréteaux. Difficile de faire un pas sans renverser du matériel. La poussière vole. L’odeur de la peinture laisse un goût amer au fond de la gorge. C’est ici que papa troque ses vêtements de ville contre son « blanc » selon son jargon. C’est ici qu’il déjeune, au milieu de ce chaos âpre et rude. Le voilà changé. Un pull noir et rêche, un pantalon blanc parsemé de taches de couleur sombres et claires à la fois.

Deux autres ouvriers, Kevin et Antoine, sont arrivés peu de temps après nous. Ils sont jeunes, et acceptent volontiers d’être pris en photo. Kevin a 26 ans. Il obtiendra bientôt une qualification supérieure. Antoine, lui, a 19 ans. Il prolonge son apprentissage en espérant valider son brevet professionnel.

 

Tous se mettent au travail. La radio est allumée dans le petit atelier. Sur le rythme de Gimme! Gimme! Gimme!, un genou à terre et les gants enfilés, papa prépare la peinture. « J’ai huit volets à repeindre ce matin » me dit-il. Comme une sorte de potion magique, il mélange avec promptitude sa matière première. La texture épaisse doit être plus onctueuse, plus moelleuse. Là, trouver la teneur parfaite. Avec souplesse et rapidité, il peint de façon mécanique le volet en bois posé sur les tréteaux. « Ce n’est pas ce qu’il y a de plus compliqué à peindre, les volets. Monter, descendre des échafaudages toute la journée, ça c’est fatiguant. A déplacer des meubles lourds, à enduire et repeindre des grandes surfaces, on prend des mauvaises positions. Mon dos est foutu depuis toutes ces années ».

 

Dehors, j’entends le raclement rugueux de la lisseuse sur le mur de façade. Kevin enduit le mur avec l’aide d’Antoine. En même temps, il apprend. Papa lance sur un ton blagueur : « Alors, ça y est, il a le coup ? » Kevin renchérit en plaisantant : « Ah, ça j’sais pas, mais en tout cas il a le coup du téléphone, c’est sûr ! ». Debout, les mains glacées mais d’un geste vif, Kevin et Antoine revêtent le mur d’une pâte épaisse et grise. Sous la bruine délicate, les mains s’abîment, les bras se contractent, le dos se raidit. L’air froid pique les yeux et fait renifler. A travers la fumée des cigarettes, au milieu des cendres pâles, on distingue toujours, oui toujours, le visage souriant et parfois rieur des trois artisans du monde.

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© Laura Barbaray

Ce projet a été réalisé dans le cadre de mes cours de photographie, à la Sorbonne. La consigne : suivre quelqu’un dans son quotidien, raconter une histoire et réaliser une série de 10 images. Me voici donc en immersion sur un chantier, adoptant une démarche de photo-reportage et accompagnée de mon père, Kevin et Antoine. J’ai alors voulu prolonger le projet : redonner de la mémoire, de la poésie au métier d’ouvrier. Un récit vient s’ajouter aux images. Les chantiers : un sujet que j’aimerais approfondir davantage.

L’intégralité des images dédiées au cours de photo ne figure pas sur le blog.

Laura Barbaray

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Quand lutter devient le mot d’ordre

Actualité – semaine du lundi 18 au vendredi 22 décembre 2017

Entre défense des droits des migrants et dénonciation de l’élevage de lapins en batterie, entre lutte pour la paix et lutte contre la pollution atmosphérique, l’actualité de la semaine s’est fait l’écho de nombreuses voix militantes.

Le droit à l’hébergement d’urgence plus fort que la loi…

Le monde de la solidarité lance un cri d’alarme sur le projet de loi immigration. A l’occasion de la Journée internationale des migrants ce lundi 18 décembre, des associations de lutte contre l’exclusion dénoncent la politique migratoire de Gérard Collomb qui prévoit le recensement dans les hébergements d’urgence. Celles-ci refusent que « les centres d’hébergement deviennent des annexes des préfectures » et demandent au Défenseur des droits Jacques Toubon d’intervenir auprès du gouvernement estimant que ces mesures portent « atteintes aux droits » des personnes étrangères. Ce même jour, Jacques Toubon a fait part de ces inquiétudes à l’antenne de France Inter dans la matinale de Nicolas Demorand : « Les personnes qui n’ont pas de titre de séjour pourraient être enfermées dans des centres de détention : c’est un changement complet de notre politique ».

Dans la même verve, la député LREM Sonia Krimi a fait retentir sa voix à l’Assemblée contre le Premier ministre, ce mardi 19 décembre : « Ce dispositif détourne l’hébergement d’urgence et les lieux d’accueil gérés par les associations de leur finalité » et « les utilisent pour mettre en œuvre la politique de gestion des flux migratoires ». Une lutte pour un droit humain inconditionnel, une lutte pour les valeurs de la République Française.

Les animaux ont eux aussi le droit à une dignité…

Décidément, l’actualité de cette semaine est marquée par la défense des droits des individus. Cages exiguës aux grilles métalliques, installations insalubres sans la moindre lumière. Dans une nouvelle vidéo publiée sur Youtube le 19 décembre, l’association L214 pour la défense des animaux dévoile les conditions de vie des lapins Orylag au pelage particulièrement soyeux, dans trois élevages de Nouvelle Aquitaine. Les images sont choquantes. La tête tordue vers le sol, troubles du comportement, blessures à vif. Élevés en batterie non seulement pour leur viande mais aussi pour leur fourrure, les lapins Orylag deviennent la matière première des marques de luxe. « Les manteaux, les écharpes, les sacs à main ou encore les peluches se retrouvent chez Dior, Fendi et Dolce & Gabbana », rapporte la journaliste Audrey Garric pour Le Monde.

C’est un véritable choc pour Jean Bouttaud, président de la coopérative Orylag. Il se dit « extrêmement surpris et choqué de l’existence de telles images » qui ne correspondent pas aux « valeurs que nous défendons et aux soins que nous apportons aux animaux », peut-on lire dans le magazine Science & Avenir. Des propos dissonants en regard de la vidéo.

A l’Assemblée générale des Nations Unies, la volonté d’une paix durable contraste avec la décision de Trump sur le statut de Jérusalem…

Une fois de plus, Trump se retrouve isolé sur la scène internationale. Le jeudi 21 décembre, 128 des 193 pays membres de l’ONU ont condamné la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les Etats-Unis. Un vote qui « reconnaît le droit international » et qui rappelle que « toute décision sur le statut de Jérusalem n’a pas de force légale, est nulle et non avenue et doit être révoquée », rapporte le quotidien Les Echos. Alors que les affrontements entre Palestiniens et Israéliens se multiplient, Trump ne compte pas revenir sur sa décision, comme à son habitude. La menace d’une guerre prochaine est-elle réelle ? Dans son éditorial au Monde le 23 décembre, le pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboim, d’origine argentine et israélienne, estime qu’il est « nécessaire de penser certains aspects de ce conflit de manière nouvelle » et plus humaine.
Selon Daniel Barenboim, le conflit israélo-palestinien n’est pas un conflit entre deux nations, mais entre deux peuples vivant sur le même territoire. La décision des Etat-Unis favorise l’un et démoralise l’autre. Ainsi, le pianiste défend l’idée d’une solution à deux états et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de la Palestine et d’Israël : « face à la décision unilatérale des Etats-Unis, j’en appelle au reste du monde : reconnaissez l’Etat de Palestine, tout comme vous avez reconnu l’Etat d’Israël ».

De son côté, l’Inde prend des mesures originales pour lutter contre la pollution atmosphérique…

Circulation automobile, incinérations de déchets à ciel ouvert, fumées des usines. La capitale de l’Inde New Delhi est devenue une véritable chambre à gaz. Au début du mois de novembre, la concentration des particules fines dans l’atmosphère s’élevait à 1000 microgrammes par mètre cube, soit quarante fois le niveau maximum recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Désespérées, les autorités de Delhi ont testé une mesure tout à fait originale. Le mercredi 20 décembre, les habitants de la capitale ont pu observer en pleine rue un brumisateur géant (« canon antismog ») destiné à faire tomber les particules fines qui empoisonnent l’air, selon Julien Bouissou, correspondant en Inde pour Le Monde. L’engin projette jusqu’à 100 litres d’eau par minute dans un rayon de 150 mètres.

Toutefois, cette initiative est critiquée par les ONG. Pour Sunil Dahiya de Greenpeace, « le gouvernement local cherche à détourner l’attention de son incapacité à combattre les sources de la pollution, principalement la production industrielle, les émissions de véhicules et la poussière des chantiers de construction » souligne le site d’Europe 1, le 20 décembre. Une méthode qui fait disparaître la pollution seulement quelques heures.

INDIA-POLLUTION
© SAJJAD HUSSAIN / AFP

Laura Barbaray

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Afrique ma douce, adieu

Mes paupières sont lourdes… Ma tête flanche… Je ne respire plus… Je ne tiens plus…

Le vrombissement du moteur de la Jeep déchire la ville endormie de Marrakech. Le paysage défile à toute allure à travers la vitre. Dans l’obscurité, j’aperçois au loin les lumières urbaines. Comme une traînée de poudre étincelante. Depuis combien de temps roulons-nous ? Je l’ignore. Mais on roule vers la mer, l’Espagne, l’Europe. Afrique, terre d’exil, nous te quittons. Oui, l’Europe… C’est pour bientôt.

Quand on est venu nous chercher à Agadir, tout s’est déroulé rapidement. Dans la précipitation, je n’ai pas tout compris… D’une voix nasillarde et agressive, un passeur arabe a lancé une injure à un Noir qui s’est plaint d’être fatigué. Je crois qu’il lui a ordonné de se taire. Très vite, nous sommes montés à l’arrière de la voiture ; nous, les dix-huit clandestins et les deux Français avec leur caméra. Pourquoi nous accompagnent-ils ? Je suis curieuse mais prudente, alors je les évite. Les bras serrés contre la poitrine, la tête baissée, j’ai suivi les autres le plus discrètement possible. Crâné rasé, vêtements amples et sales. Je suis désormais un homme. Un homme pour traverser la mer, un homme pour passer la frontière. Ne pas se faire remarquer, ne pas faire entendre sa voix. Se protéger de la violence des passeurs.

C’est le trajet le plus long de ma vie. Seulement six places assises pour vingt pauvres passagers. Il fait chaud, trop chaud pour respirer. La sueur coule sur mon front, ma peau suinte. Serrés, comprimés, broyés les uns contre les autres, dormir est impossible. Moi, je me tasse au sol, recroquevillée, la tête entre mes genoux, les mains contre ma poitrine, toujours. Un poids s’appuie contre mon épaule engourdie, un autre écrase mon pied gauche. Je ne sens plus mes jambes, mes bras… Malgré la fatigue, mon corps courbaturé me tient éveillée.

Dans la voiture, les clandestins s’agitent, grognent, s’énervent. « Pousse-toi, je n’ai pas de place ! » gémit l’un d’entre eux, haletant. Un des Arabes, à l’avant, se retourne brusquement pour le frapper et l’insulter dans une langue que nous ne comprenons pas. L’atmosphère irrespirable se tend. On devient de plus en plus nerveux et angoissés à l’idée de croiser la police.

Durant tout le trajet, nous n’avons rien mangé, rien bu. Arrivés en plein désert, la chaleur est intenable. Les lèvres craquelées, la gorge sèche, je ne peux émettre aucun son. Je sens mon corps faiblir… Le second passeur nous donne une bouteille d’eau. Un litre et demi pour vingt corps asséchés et assoiffés. « Tout le monde doit boire, l’eau c’est la vie », puis-je entendre parmi les clandestins.

Première halte dans le désert marocain, après un interminable voyage. Il fait jour. A perte de vue, une nappe de sable ambrée semble embrasser l’horizon. Les passeurs nous laissent dans ce néant de poussière couleur terre de Sienne et reviendront dans la nuit nous apporter à manger. Sur le sol caillouteux, à l’ombre d’un épineux, j’étends mes jambes raidies par la douleur. Enfin. Le sang circule à nouveau. Soudain, la faim me ronge l’estomac. Depuis combien n’ai-je pas avalé quelque chose de consistant ? Je ne sais même plus. Les quelques morceaux de pain que nous distribue équitablement Ibrahim suffiront pour aujourd’hui… Ibrahim, on connaît tous son nom. Son sourire est ineffaçable. C’est lui qui nous rappelle que nous sommes dignes et humains.

Mais moi, ma dignité, j’ai l’impression de l’avoir perdue lors de ce voyage. Je ne me reconnais pas avec ce crâne rasé, ce tee-shirt d’homme trop large, crasseux, et ces souliers de plastique, qui ne sont que de vétustes bouteilles écrasées. Une va-nu-pied, dirait-on. Je me sens souillée, déshonorée. Que peuvent bien penser ma mère, mon père, mes frères et sœurs ? Me croient-ils déjà en Europe ? Se doutent-ils du danger de la traversée ? Je refuse qu’ils me rejoignent dans les mêmes conditions… Alors, avec un peu d’assurance, j’ose pour la première fois approcher un des deux Français. « S’il te plaît, prends-moi en photo, pour montrer à ma famille. Je ne veux pas qu’ils fassent comme moi. Personne ne doit subir ça, alors s’ils me voient comme ça, ils ne s’y risqueront pas ».

A la nuit tombée, le bateau amené par les passeurs est prêt. Le moteur fonctionne, les trous sont bouchés, la boussole sera notre guide. Le bois est abîmé mais il résistera. Ça y est, c’est le grand départ. Oui, nous voguerons vers l’Espagne, l’Europe. Et je sortirai vivante de cette traversée. Tous ensemble, en cercle, nous prions, nous chantons, nous dansons pour nous donner du courage et nous réchauffer dans la nuit glaciale. Nos voix harmonieuses résonnent dans les ténèbres, comme un cri d’espoir. « Mon Dieu, permet-nous d’aller au bout de notre voyage » récite Ibrahim en fermant les yeux.

Il est une heure de matin. Nous sommes vingt-cinq à embarquer. Les Français, toujours aussi attentifs à nos faits et gestes, feront la traversée avec nous. Au moment de pousser le bateau à la mer, un mélange de peur et d’excitation se lit sur nos visages. « Allez, poussez un grand coup ! » s’exclame l’un des hommes. Encore une fois, tout est allé très vite. Je suis à bord. Je sens à présent l’odeur de l’iode, le vent marin caresser mon visage, quelques gouttes d’eau salée se poser sur mes lèvres. Nous avons réussi. Dans l’obscurité, la mer bleue immense paraît un abîme, un gouffre infiniment noir. De l’eau glace soudain mes pieds nus. Je prends conscience que nous sommes à plus de cent kilomètres des côtes espagnoles sur une mer agitée. Et l’eau ne cesse de s’infiltrer de toute part… Tandis que les plus robustes rejettent l’importune avec entrain à l’aide de seaux en ferraille, moi, j’ai peur. Peur de mourir. Peur d’être engloutie dans l’océan… Blottis les uns contre les autres, recroquevillés pour se réchauffer, chacun essaie de garder espoir.

C’est l’aube. Les lueurs orangées du soleil se reflètent sur l’eau ondoyante. Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau. Je contemple la scène, malgré mon épuisement et oubliant presque l’eau qui continue de monter. Et les dauphins ! Ils semblent voyager à nos côtés… Une agitation sur le bateau me sors de ma rêverie. Alors que l’eau poursuit sa course folle le long de nos jambes, les côtes espagnoles apparaissent. Sur le visage de chacun, le sourire se redessine. Sur le mien aussi. Nous sommes vivants. « Content d’arriver ? » demande le Français qui tient la caméra à l’un des clandestins. Seulement, un bruit sourd rompt l’engouement qui s’était installé parmi nous. Panne de moteur. Mon cœur bat très vite. L’espoir en moi se dissipe peu à peu. Lorsque je lève les yeux, le bateau vert et blanc de la garde civile espagnole est à quelques mètres de nous. C’est fini. Europe, te connaîtrai-je un jour ?


Texte rédigé à partir du reportage de Guillaume Martin et Grégoire Deniau en 2005.

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Brouillard, flou, confusion… on s’y perd

Actualité – semaine du vendredi 6 au vendredi 13 octobre 2017

Entre discours en demi-teinte des personnalités politiques, entre désaccords et perte de repères, l’actualité de cette semaine était noyée dans un brouillard opaque.

Le jeu du « ni oui ni non » fait passer le temps au Parlement catalan…

Le regard inquiet, parfois empli de larmes. Des centaines de Catalans indépendantistes ont les yeux rivés sur l’écran géant installé au pied de l’Arc de Triomphe. Joie et confusion se lisent sur les visages. Telles sont les images que Jorge Guerrero a livrées pour l’AFP et Le Point ce mardi 10 octobre. Ce soir-là, le discours du président de la Catalogne Carles Puigdemont a sonné creux pour l’Espagne tout entière. En déclarant la suspension des effets d’une pseudo-indépendance le temps d’un dialogue avec Madrid, le séparatiste sème le trouble dans les esprits de chacun. L’indépendance catalane, un mythe ou une réalité ?

Gemma Faura, infirmière de 32 ans, déclare à l’AFP « j’aurais été beaucoup plus directe ». Pour l’extrême gauche (CUP), le discours ambigu du président de la Catalogne est une véritable « trahison », rapporte la journaliste Sandrine Morel pour Le Monde le 11 octobre.

On en perdrait son latin. Même Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol, demande une clarification de la position catalane. Carles Puigdemont a jusqu’au lundi 16 octobre pour confirmer s’il a bel et bien déclaré l’indépendance de la région et mettre fin à une confusion générale.

De l’autre côté de l’Atlantique, Trump manque de clarifier sa position, lui aussi…

Le président des États-Unis Donald Trump affiche son autorité et ses positions radicales, comme à son habitude. Il n’a eu cesse de critiquer l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 comme « le pire accord jamais conclu par les États-Unis », promettant de le « déchirer » durant sa campagne. Vendredi 13 octobre, dans un discours particulièrement agressif, Donald Trump a refusé de certifier le respect des engagements iraniens. Tout compte fait, il décide de ne pas quitter l’accord multilatéral. Certes, en se plaçant en retrait, il le fragilise. Alors, quelles seront les conséquences de cette remise en cause partielle ? Trouble et inquiétude au sein de la communauté internationale. Dans sa tribune au Monde ce samedi 14 octobre, Frédéric Charillon affirme que Trump ne fait qu’accroître la méfiance mondiale à l’égard de son pays. « En Europe centrale, orientale et baltique […] on s’inquiète de la volatilité de la parole de Trump », écrit Frédéric Charillon.

On ne peut pas en dire autant de Raila Odinga qui abandonne la partie…

Décidément, l’actualité de cette semaine a été marquée par un nouveau retrait, clair et net cette fois-ci. Au Kenya, Raila Odinga, candidat à la présidentielle du 26 octobre et principal opposant au président sortant Uhuru Kenyatta, a annoncé ce mardi 10 octobre ne pas participer au scrutin, affirmant qu’il sera « pire que le précédent ». Coup de théâtre politique. La presse kényane s’inquiète. « Le pays est plongé dans la confusion avec le retrait de Raila Odinga » souligne le Daily Nation dans son éditorial, principal quotidien du pays. « La grande question maintenant est : que va-t-il se passer ? » s’interroge le journal.

Dans Le Monde Afrique, Marie-Emmanuelle Pommerolle, directrice de l’Institut français de recherche en Afrique à Nairobi, pointe du doigt le manque de clarté de la législation. Y aura-t-il une élection ? Uhura Kenyatta risque-t-il d’être désigné de fait comme vainqueur du scrutin ? La population kényane est plongée dans le flou le plus total.

La partie ne fait que commencer pour l’écriture inclusive : un vrai charabia pour tous.tes…

En France, les plus jeunes comme les plus vieux avancent en terre inconnue, eux aussi. L’écriture inclusive, destinée à mettre sur un pied d’égalité les femmes et les hommes, a défrayé la chronique cette semaine suite à la parution d’un manuel scolaire Questionner le monde qui pratique la novlangue.

Le Figaro dénonce en Une ce vendredi 6 octobre « les délires de l’écriture inclusive ». Le ton est donné. Marie-Estelle Pesh livre un entretien de Michael Edwards, académicien britannique au Collège de France. Selon lui « ce français défiguré rend la lecture impossible ».

Pour  l’écriture inclusive : féministe révolté.e ou simple volonté d’équilibrer les rapports de force ? Ou bien contre : sexiste ou simple amoureux.se de la langue française ? Le sujet fait débat.

Le rire se perd ou rire à perte ?

L’équipe du site parodique francetvdesinfo, un collectif proche de la France Insoumise, nous apprend dans un communiqué le 8 octobre, la mise en demeure du site exigée par Radio France et France Télévisions. Non, ce n’est pas une blague. C’est bien la seule information véridique publiée sur le site francetvdesinfo. « Il nous est donc reproché de provoquer la confusion et d’écorner l’image de France Info » explique le communiqué. Doit-on comprendre que les infos parodiées semblent approcher une certaine vérité ? Belle ironie. Ou bien que l’on nous considère comme des lecteurs peu éclairés, que l’on doit prendre par la main ? Là, notre orgueil en prend un coup.

Mais consolons-nous, francetvdesinfo se transforme en worldtvdesinfo et continuera à tourner l’actualité en dérision pour éveiller nos consciences ! (ou bien y semer le trouble…)

Laura Barbaray

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Onirisme

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Pratique des street-artistes, le light painting est accesible à tous.

Il vous faut un appareil photo, un trépied et une source lumineuse (portable, lampe de poche, bougie…). Installez-vous dans une pièce sombre ou bien produisez dehors dans la nuit. Réglez votre appareil photo en mode « vitesse » ou « sport » selon les modèles (longue exposition). Placez l’appareil photo sur le trépied. Une fois que vous êtes prêt, saisissez la source lumineuse et déclenchez l’appareil. Maintenant, laissez votre inconscient agir et ne vous contrôlez pas. Des gestes automatiques auront bien plus d’authenticité lors de votre rendu final. L’appareil photo enregistre une traînée de lumière, de façon très onirique…

Projets persos

Récit surréaliste

Et soudain, mon imagination se met en marche…

A la tombée de la nuit, une petite idée émergea dans mon esprit. Une pile de vieux bouquins, une feuille, un crayon, et c’est parti.  J’ouvre au HASARD un livre pris au HASARD et je sélectionne au HASARD un fragment de phrase. Un peu trop de « hasard »… Ne rien savoir à l’avance. Excitant. J’assemble ensuite tous ces petits groupes de mots saisi de toute part afin de faire émerger un récit onirique. Me voilà donc dans la peau d’un surréaliste…

L’amour est assis sur le crâne de l’Humanité

La mort des amants lui avait parlé d’amour. Elle n’osait le regarder et se laissait aller. L’amour lourd comme un ours privé versait par boisseaux les fleurs fraîches éparses sur les comptoirs et d’étranges fleurs sur les étagères. Et il marchait, s’animant toujours, exaspéré. Il remuait seulement toutes les accusations abominables. A ce moment c’est au vieux de le tirer. Je ne voyais pas son visage. Tranquille et toujours préparée, j’exécute leurs ordres comme une automate. Et je loue la paresse. Les jours suivants, la même scène se renouvela, là où ma carrière de toxico avait commencé. C’est pourtant pour cet homme, que j’ai cru si différent du reste des hommes…

– Etes-vous capable de dire comment on va de Briançon à Chamonix ?

Trempé de sueur et frémissant d’émotion, j’ai dit « oui ».

– Vous bafouillez ma parole.

– Ta tête est pleine de querelles comme un œuf de nourriture, il faut tout de même élucidé le problème.

– Vous êtes un insolent garçon, le livre va tuer l’édifice.

Livres utilisés : Rhinocéros (Ionesco), Roméo et Juliette (Shakespeare), Alcools (Apollinaire), Les Fleurs du Mal (Baudelaire), Rebecca (Daphné du Maurier), Notre-Dame de Paris ( Hugo), Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…, Au Bonheur des Dames (Zola), Une vie (Maupassant), La peste (Camus),L’Etranger (Camus), Le Parfum (Süskind), La Princesse de Clèves (Madame de la Fayette).