Les podcasts natifs ou le pouvoir de la voix

Revues de presse

« Natif (adjectif). Qui est inné, naturel ; que l’on a de naissance ». En avril 2018, selon une étude de Médiamétrie, 4 millions de Français.es écoutent des podcasts natifs chaque mois. « La Poudre », « Quouïr », « Transfert », « NoFun », « Les Baladeurs », « Plan Culinaire »… Les séries de podcasts, aux thématiques originales, sont en effervescence depuis peu en France. L’engouement pour ce format unique est tel qu’il est devenu presque inné, naturel de glisser des écouteurs au creux de ses oreilles et de se laisser porter par la voix de Lauren Bastide (La Poudre) ou par celle d’un inconnu qui raconte son histoire.

Mais c’est quoi un podcast natif, exactement ? Contrairement aux podcasts dits de « réécoute » proposés par les chaînes de radio, un podcast natif est un contenu sonore conçu, produit et diffusé exclusivement en ligne. Chacun télécharge et crée sa propre « bibliothèque auditive » librement. Des voix, des conversations, des récits de vie, des fictions comblent notre besoin d’histoire. Les podcasts natifs sont-ils le futur de l’audio ? À l’heure du règne de l’image, cette innovation médiatique s’impose comme une nouvelle manière de raconter le monde et de captiver l’attention.

Un média de l’intime, un média qui ralentit

Au volant de sa voiture, lors d’un trajet en train ou bien avant de s’endormir… hop, un nouvel épisode vient régaler nos oreilles. Les oreilles sont une zone érogène, le saviez-vous ? La voix crée un lien intime avec l’auditeur, stimulant son plaisir. Sur le ton conversationnel, le podcast s’adresse à une personne à la fois, contrairement à la radio traditionnelle. Une voix nous susurre des histoires vraies, des sujets tabous, des conseils rien que pour nous. À contre-courant des médias de masse, les podcasts natifs s’adaptent à nos modes de vie en proposant une écoute délinéarisée, personnelle et surtout libre.

Quand on écoute un podcast, on écoute autre chose que de la radio. Le podcast fait émerger des voix nouvelles, des angles originaux pour aborder des sujets variés, parfois peu traités dans les médias « classiques » : féminisme, afroféminisme, sexualité, pop culture, gastronomie, entrepreneuriat… Il s’agit de ralentir le rythme de l’info en continu pour prendre le temps d’écouter. « Le podcast vient combler les vides médiatiques »*, confiait Lauren Bastide, cofondatrice du studio de podcasts Nouvelles Écoutes et animatrice de l’émission féministe La Poudre. Pendant une heure, Lauren Bastide prend le temps de revenir sur le parcours d’une femme inspirante invitée pour l’occasion, de penser le féminisme en marge du scandale #metoo, qui fut virulent sur les réseaux sociaux.

Audio killed the video star : le renouveau de la fiction

En contradiction avec l’omniprésence de l’image, le podcast libère de la dépendance aux écrans et fait le pari de l’imaginaire. La culture de l’écoute attentive ouvre un champ des possibles pour le récit. Aussi addictive que les séries télévisées, la fiction audio s’apparente véritablement à du cinéma pour les oreilles. Arte Radio, pionnier en la matière depuis 2002, propose des podcasts natifs fictionnels qui plonge l’auditeur dans une expérience immersive inédite. Un exemple remarquable, la mini-série « Déviations », enregistrée en binaural pour un effet 3D audio, nous emmène à la découverte d’une ville fantasmée.

En cassant le format traditionnel de la radio, les podcasts transforment notre manière d’écouter : plus intime, plus personnalisée, plus originale, plus immersive. Symbole de remédiation, le podcast natif s’impose comme un média en tant que tel, sans pour autant remplacer la radio. Selon McLuhan« the content of any medium is always another medium ». En d’autres termes, tout média s’approprie le contenu d’un autre média, pour enrichir et améliorer l’expérience du consommateur.

Les marques en quête de storytelling

LVMH, Guerlain, Dior, L’Oréal… Ces marques voient dans les podcasts une nouvelle façon de capter l’attention. À l’occasion des Journées Particulièresde LVMH (destinées à faire découvrir les savoir-faire artisanaux de la Maison) en octobre 2018, la marque de luxe a lancé une série de podcasts en 13 épisodes intitulée « Confidences Particulières ». Incarnées par la voix du journaliste Julien Cernobori, ces promenades sonores vont à la rencontre d’hommes et de femmes amoureux de leur métier, et révèlent les secrets de la Maison LVMH. Le format des podcasts permet aux marques de créer un lien de proximité avec l’auditeur, un univers intime, de raconter une histoire singulière. En somme, de façonner leur image à travers un storytelling original.

Pour se financer, les réseaux de podcasts ont recours principalement au brand content. C’est le cas des Nouvelles Écoutes ou encore de Binge Audio. Écouter un podcast est un acte volontaire. Quoi de mieux qu’une audience pleinement engagée et attentive pour les marques ? Guerlain a récemment investi l’émission La Poudre. « C’est un parfum qui se veut l’expression de féminités multiples, échappant à toute définition », récite Lauren Bastide à propos du parfum « Mon Guerlain ». Ici, les concepts de publicitarisation et de dépublicitarisation théorisés par Valérie Patrin-Leclerc et Caroline Marti de Montety, pourraient s’appliquer. En effet, il n’y a pas de coupure entre l’univers du podcast et la publicité, puisque c’est l’animatrice qui l’énonce sur le ton conversationnel et intime de l’émission. Ainsi, la marque fait passer son message sans qu’il ait l’air publicitaire. Loin d’être perçu comme une intrusion, le contenu de la marque y trouve toute sa légitimité.

*Article Les Échos « Le podcast, une nouvelle façon d’écouter la radio »


Sources :

Pour approfondir le sujet :

Le podcast « L’air du son » qui analyse l’ « audio parlé », coproduit par Binge Audio et Audible, animé par Andréane Meslard : http://www.binge.audio/category/podcasts/lairduson/


Article à retrouver sur Fast’N’Curious, le webzine du CELSA qui analyse l’actualité de la communication.

Publicités

(Re)faire le mur pour (re)penser la ville

Expos, Reportages

Des voix qui se mêlent dans le métro parisien, des friches urbaines en noir et blanc, et le collectif de rap PARIS C’EST L’EST sur scène. Les 28, 29 et 30 septembre 2018, sept étudiants du CELSA ont présenté le projet (RE)FAIRE LE MUR dans le cadre de l’association de médiation culturelle de l’école Hors Les Murs. Un lieu de vie éphémère dans les locaux de l’association Spérentza à Ivry-sur-Seine, pour repenser l’espace urbain et favoriser le lien social. Au programme : expositions, performances artistiques, concerts et street-food.


Un lieu à s’approprier

Sous les guirlandes lumineuses suspendues aux murs en friche, on se rencontre, on bavarde, on rit, une pinte de bière à la main. Des drôles de tables en forme de girafe, peinturlurées en rouge, vert et jaune, rappellent l’ambiance des carnavals d’antan. Derrière la scène installée pour les concerts, le visiteur déambule dans un hangar, au milieu des œuvres exposées. Une expérience immersive. « Nous avons voulu créer un lieu de vie éphémère, sur le thème de la ville, où le visiteur s’approprie l’espace comme il l’entend, évoque Anaïs, étudiante en Master 1 « Entreprises et Institutions » au CELSA et co-responsable de l’événement (RE)FAIRE LE MUR. Propice à la dérive, la scénographie du lieu favorise les interactions sociales. « Le projet propose un cadre alternatif et insolite, poursuit Anaïs. Ici, règne l’imprévu. Par exemple, les tabourets ne sont jamais disposés de la même façon, ce qui recrée en permanence le lien social. » Dans ce lieu intimiste, on se sent hors du temps, hors de la ville. A travers des animations artistiques, le visiteur s’interroge sur l’espace urbain, le quotidien qu’on oublie trop souvent.

(Re)penser l’espace urbain

Une exposition collective, des concerts, des happenings, des expériences sonores… et un thème. Telles sont les animations artistiques mises en place par les sept étudiants du CELSA, après un an de préparation. « Le thème de la ville est venu assez naturellement, relate Thibault étudiant en Master 1 « Le Magistère » et second responsable du projet. A travers l’art, il s’agit de mettre en avant la banalité du quotidien et de questionner les interactions sociales dans l’espace urbain », explique-t-il. Différents regards et différents projets convergent alors. « Nous avons lancé un appel à projets pour permettre à des jeunes artistes de participer », ajoute Thibault.

P1030814

Exposition « (Re)faire le mur » – © LB

Alexis Maçon-Dauxerre, un jeune photographe, présente sa série « Solitudes urbaines ». Son intention artistique ? Capturer la poésie des espaces urbains silencieux, caractérisés par l’absence et la présence des personnages. En face, des milliers de fils de laine colorés s’entrelacent autour d’une sculpture rectangulaire. Caroline Rambaud, étudiante en arts plastiques, explique son œuvre collective : « Sur le modèle de l’arbre à prières tibétain, chacun noue un bout de tissu sur la sculpture, qui représente un immeuble HLM. Le but est d’impliquer les visiteurs et de faire réfléchir : indifférents, on passe à côté des logements sociaux sans les voir et le lien social disparaît peu à peu. »

P1030796

Oeuvre collective de Caroline Rambaud – © LB

Bien d’autres projets se côtoient dans ce lieu éphémère, comme des paysages sonores, véritable immersion auditive au cœur des villes de France et du bout du monde.

Portée associative

Bières, verres de vin et menus street-food à des prix solidaires… Les profits de l’événement seront entièrement reversés à l’association Spérentza, partenaire du projet (RE)FAIRE LE MUR. Engagée dans la vie associative locale d’Ivry-sur-Seine, l’association intervient auprès des communautés roumaines de la ville à travers de nombreuses activités : redistribution de produits alimentaires invendus, collecte de vêtements et de jouets pour enfants et accompagnement dans les démarches administratives.

Aussi, toutes les œuvres exposées ont été vendues et la somme a été reversée à Spérentza. « Les gens tiraient au sort le nom d’un artiste et choisissaient une oeuvre parmi celles exposées, explique Anaïs. On aimait bien l’idée que les gens puissent repartir avec un bout de l’exposition », sourit-elle. Une belle initiative de la part des étudiants du CELSA, et une expérience formatrice dans l’organisation d’un projet culturel.

27067479_1734293149960134_6448570409719854844_n

L’équipe de Hors Les Murs 2018