« Le Mobilier d’architectes, 1960-2020 », objets quotidiens et oeuvres d’art

Articles & interviews, Expos

Une chaise en fibre de noix de coco, moulée sous forme de gros nœuds enchevêtrés, trouve sa place dans la collection des peintures murales. Plus loin, un luminaire pâle aux allures d’une soucoupe volante flotte parmi les immenses moulages de plâtre, dans un silence religieux. Jusqu’au 30 septembre 2019, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine met à l’honneur le mobilier d’architectes de ces soixante dernières années, à travers un parcours chronologique et thématique en plein cœur du musée. L’exposition « Le Mobilier d’architectes, 1960-2020 » propose alors une réflexion sur l’approche mobilière des architectes et la spécificité de leur création dans le domaine du design.


The Coir Chair – Daniel WIDRIG et Guan LEE

Des architectes designers ?

« Je suis un architecte qui fait du design », disait Jean Nouvel à l’occasion de son exposition « Jean Nouvel, mes meubles d’architecte. Sens et essence », au musée des Arts Décoratifs en 2017. Quelle est la spécificité des architectes dans la création d’objets domestiques, par rapport aux designers ? C’est ce qu’interroge l’exposition « Le Mobilier d’architectes, 1960-2020 » à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, à travers plus de 250 pièces uniques. Souvent assimilés aux bâtisseurs de l’espace urbain, – on doit à Jean Nouvel l’impressionnant musée du Louvre Abu Dhabi, à Renzo Piano l’actuel Tribunal de Paris, ou encore à Zaha Hadid l’Opéra de Canton en Chine – les architectes sont généralement méconnus pour leur création mobilière. « Un meuble est une petite architecture », poursuivait Jean Nouvel. Période charnière, les années 1960 ont été marquées par une intense créativité architecturale. Après l’urgence de la reconstruction post Seconde Guerre mondiale, un mouvement de liberté et de rejet de codes traditionnels propulse l’art de bâtir vers de nouvelles recherches de formes, de matières, de couleurs et de lumières, pour valoriser l’espace domestique. Le mobilier devient le support d’expression des revendications des architectes : radicalisme, post-modernisme, déconstructivisme, digital… Libre, l’architecte affirme ses engagements, ce qui le distingue du designer industriel. Les différents courants de l’architecture mobilière sont mis à l’honneur avec 120 architectes et éditeurs exposés tels que Joe Colombo, Le Corbusier, Ron Arad, Zaha Hadid, Jean Nouvel, Franck Gehry, Greg Lynn et bien d’autres.

Galerie des moulages

Un terrain d’expérimentation esthétique

Des fauteuils en acier ou en carbone, aux formes revisitées, des étagères coniques, des services à thé aux matériaux hybrides… L’exposition révèle la richesse et la diversité de la production mobilière depuis les années 1960. Tout au long du parcours, on saisit les engagements des architectes, propices à une liberté esthétique.

Démocratiser les objets d’art fait partie des revendications profondes des architectes. Par exemple, l’architecte italien Aldo Rossi collabore avec l’entreprise Alessi, qui prône un « art multiplié », accessible à tous à des prix abordables. Ainsi, Aldo Rossi conçoit le service à thé « Tea & Coffee Piazza » (argent, quartz, verre, laiton, métal noir) en 1983.

D’autres architectes, comme Odile Decq, font dialoguer la matière des objets avec les corps. Pour elle, le mouvement est énergie, les corps doivent ressentir son approche spatiale caractérisée par des contrastes et des surprises visuelles. Son luminaire « Suspension Soleil Noir » donne une vision poétique et futuriste de l’espace : la lumière diffusée est indirecte, ce qui procure une sensation de confort pour les corps à proximité.

L’exposition présente également les créations japonaises et brésiliennes, avec notamment les pièces de Lina Bo Bardi ou Ettore Sttosass (Brésil), Kazuyo Sejima ou Junya Ishigami (Japon). Entre harmonie et légèreté japonaises, entre matières organiques et abstraction brésilienne, le visiteur saisit les influences des architectes européens, puisées au cœur de ces deux pays d’une intense créativité architecturale.

Interroger l’espace du quotidien

« Questionnez vos petites cuillères », écrivait Georges Perec dans son ouvrage L’infra-ordinaire. Comme anesthésiés par nos habitudes journalières, nous avons intégré nos espaces quotidiens : notre maison, notre chambre, notre lieu de travail. Ces lieux ne disent rien, puisque ce qui nous parle c’est le sensationnel, l’extraordinaire, selon l’auteur. Le projet de Georges Perec entend interroger la futilité des gestes quotidiens pour saisir l’essentiel et faire surgir l’étonnement. Et si le parcours de l’exposition « Le Mobilier d’architectes » incitait à interroger les espaces et les objets qui composent notre quotidien ? À reconsidérer notre espace domestique ? Le mobilier de l’architecte ne serait-il pas un moyen de repenser nos manières de table, de vivre ?

Finalement, quoi de plus banal qu’un fauteuil, qu’un luminaire ou encore qu’une tasse à café ? L’exposition présente l’architecte comme un éternel « chercheur », toujours en quête de renouveau. Renouveler notre assise dans le fauteuil, renouveler la lueur diffusée par le luminaire, renouveler la manière de boire le thé. L’architecte souhaite surprendre en valorisant notre cadre de vie. L’objet décoratif devient alors l’extension quotidienne de sa pratique.

Au cœur de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, le visiteur déambule à travers les galeries du musées, découvre les collections du musée tout en repensant son propre espace de l’intime.

Sources :

– Communiqué de presse de l’exposition « Le Mobilier d’architectes » : https://www.citedelarchitecture.fr/sites/default/files/documents/2019-03/cp_le_mobilier_d_architectes.pdf

– Interview de Jean Nouvel sur RFI, 14/11/2016 : http://www.rfi.fr/culture/20161114-jean-nouvel-architecte-design-musee-arts-decoratifs

– L’infra-ordinaire, Georges Perec, 1989

– Emission Les Chemins de la philosophie, « Espèces d’espaces de Georges Perec » sur France Culture, diffusée le 06/03/2018 : https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/lespace-mode-demploi-24-les-especes-despaces-de-georges-perec

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L’art du chantier, des imaginaires en construction

Articles & interviews, Expos

Des corps qui s’échauffent, des machines qui bâtissent et démolissent, des hauts édifices qui s’élèvent toujours plus haut. Jusqu’au 11 mars 2019, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine raconte, à travers l’exposition « L’art du Chantier, construire et démolir du XVIème au XXIème siècle », comment les Hommes en Occident ont imaginé l’espace où l’on bâtit, depuis la Renaissance. Source de nuisance ou de fascination, le chantier est souvent mis en scène comme lieu de pouvoir et de progrès technique. L’exposition confronte différents regards, alliant lithographies, maquettes, peintures, articles de presse, films, pour saisir les imaginaires techniques, sociaux, politiques et artistiques qui construisent le chantier.


La technique spectaculaire

« Le langage et l’outil sont l’expression de la même propriété de l’homme. » André Leroi-Gourhan évoquait, dans Le Geste et la Parole (1964), la technique comme prolongement du corps. Les objets techniques – les outils – libèrent la mémoire de l’Homme et lui permettent de s’inscrire dans une communauté. Selon l’anthropologue, il existe un perfectionnement naturel de la société, et c’est en cela qu’une part d’humanité réside dans la technique. Ces idées entrent en résonance avec l’exposition. Tout au long de la première partie, le chantier apparaît comme un lieu spectaculaire de prouesses techniques. L’obélisque du Vatican, le Louvre, le canal de Panama sont autant de lieux en construction où les Hommes montrent leur puissance. Les dessins, les plans, les gravures portent un regard surplombant sur les chantiers, symbolisant une forme de supériorité. Au XIXème siècle, l’intérêt se focalise sur un imaginaire de la machine, représentée comme une force qui se substitue à l’humain.

Érection de l’obélisque de Louqsor sur la place de la Concorde à Paris, 25 octobre 1836 – Ignace François Bonhomme

S’ériger en communauté

Dans son essai Éloge des frontières, le médiologue Régis Debray avance qu’il est nécessaire d’ériger à la verticale pour constituer un territoire à l’horizontale. Autrement dit, les monuments verticaux – colonnes, tours, obélisques, statues – permettent de faire société. « Sacré » vient du latin « sancire » qui signifie « délimiter ». Notre chère Tour Eiffel ne revête-t-elle pas une dimension sacrée ? Les monuments historiques, politiques, religieux, aussi élevés qu’ils soient, représentent le durable. Ils nous relient, nous délimitent, nous tiennent ensemble. En somme, ils érigent la communauté. Alors que le geste symbolique de démolition efface les traces d’un régime, la construction fonde les nouvelles bases d’une société.

Une mythologie du pouvoir

Le chantier est aussi le lieu de mise en scène du pouvoir. Louis XIV visitant Versailles, François Mitterrand inspectant les travaux du Grand Louvre, les architectes se montrant sur les chantiers… En creux, émerge le mythe du grand constructeur. Finalement, l’exposition montre comment l’acte de construire est en réalité un acte politique.

L’exposition représente aussi le corps de l’ouvrier, sujet d’imaginaires multiples. Le mythe de l’ouvrier héroïque tend à redonner une certaine valeur aux travailleurs, comme sur les photographies de Charles Clyde Ebbets (« Déjeuner au sommet », 1932) ou encore d’Eugène de Salignac (« Peintre suspendus aux câbles du pont de Brooklyn », 1914).

Cependant, on regrette qu’une place peu importante soit donnée à la parole des ouvriers au sein l’exposition. Car sans eux, le chantier est l’arrêt.

François Mitterrand et Leoh Ming Pei (casque rouge) observant des échantillons de verre sur le chantier de la Pyramide du Louvre à Paris en 1988 – Marc Riboud

L’esthétique du chantier

L’exposition s’achève sur la thématique de l’art au travers du chantier. Par essence provisoire et inachevé, le chantier a inspiré de nombreux courants artistiques du XXème siècle, à l’image du futurisme italien et du constructivisme russe, fascinés par le mouvement et les machines. Le chantier est aussi le lieu d’expérimentation, où l’architecte éprouve les formes.

Enfin, trois architectes contemporains – Martin Rauch, Marc Mimram et Patrick Bouchain – évoquent dans des interviews filmées leur vision du chantier, matrice de l’architecture.

« Déjeuner au sommet », 1932 – Charles Clyde Ebbets

Infos pratiques :

Cité de l’Architecture et du Patrimoine
Métro : Trocadéro

Jusqu’au 11 mars 2019

Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h.
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

Plein tarif : 9€
Tarif réduit : 6€

Deux ouvrages conseillés pour aller plus loin :

  • Du chantier dans l’art contemporain, Angèle Ferrere, 2016.
  • Esthétique de la photographie de chantier, sous la direction de François Soulages et Angèle Ferrere, 2017.

Article à retrouver sur Kulturiste CELSA.

Le rap se donne à voir à la Maison de la Radio

Expos

Ôtez vos écouteurs, débranchez Spotify, le rap se donne à voir ! La Maison de la Radio accueille l’exposition de photos « Le Visage du Rap », proposée par Mouv’ et Radio France, jusqu’au 5 novembre 2018. Le photographe David Delaplace présente ses portraits de rappeurs français, extraits de son ouvrage éponyme, qui ont marqués la culture hip-hop de 1980 à aujourd’hui.


Le regard assombri par l’ombre de sa casquette Nike, emmitouflé dans une épaisse parka militaire, les lèvres pincées, Booba trône dans le hall de la Maison de la Radio. Haut de 2,50 mètres, son portrait intimide, à l’image de ses textes crus et provocants. En tout, une centaine de clichés tapissent la nef de la tour ronde et racontent l’histoire du rap français.

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« Loin des clichés »

Mettre en image ce qui s’écoute sans tomber dans les clichés. Telle est l’ambition de David Delaplace. Autodidacte et passionné de culture hip-hop, le jeune photographe de 28 ans est allé à la rencontre de ceux qui ont façonné le mouvement rap depuis plus de trente ans : chanteurs, producteurs ou encore ingénieurs sons. Au fil de l’exposition, on retrouve les figures emblématiques, comme Dee Nasty, Oxmo Puccino, Kool Shen, Doc Gyneco ou encore Orelsan… Les photos sont accompagnées des textes du journaliste Olivier Cachin, animateur de l’émission La sélection rap sur Mouv’.

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© Portrait David Delaplace

Photographiés lors de concerts, en studio ou à l’occasion d’entrevues privées, les artistes se livrent sous l’objectif de David Delaplace, intimement. « Mon désir le plus profond était de retranscrire des émotions, des moments de tendresse, des sourires, loin des clichés des grosses voitures et des cités abandonnées », évoque le jeune photographe, à l’antenne de France Culture. « J’ai misé sur la spontanéité et le naturel pour montrer des images qu’on ne voit pas tous les jours », poursuit-il. Des portraits rares, qui laissent entrevoir la personnalité de chaque artiste qui a fait évoluer le mouvement rap.

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Kool Shen – © David Delaplace

La conquête du rap

« On ne fait pas de la musique comme il y a trente ans, et cela a été révolutionné par le rap », affirme David Delaplace, sur France Culture. Surprenant quand on sait que le rap a longtemps été méprisé par les médias français, assimilé à une « sous-culture ». Aujourd’hui, le mouvement domine l’industrie musicale. Lomepal, Eddy de Pretto, ou encore Roméo Elvis… tous se produisent sur les grands festivals et battent des records d’écoutes sur les plateformes de streaming. « Le rap est devenu la nouvelle variété française », confie Sophian Fanen sur France Inter, journaliste pour Les Jours et auteur de l’obsession « La fête du stream ».

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Lomepal en concert

L’exposition répond à un désir d’histoire du rap et de réunir au sein du même mouvement. Il y a trente ans, les premiers rappeurs comme Doudou Masta ou encore le DJ Dee Nasty, se construisaient indépendamment des médias – Nova étant la seule radio FM qui diffusait cette musique marginale. Au cours de la décennie précédent le nouveau siècle, le rap se démocratise peu à peu, avec la sortie de la compilation Rapattitude révélant les groupes tels que Assassin, Suprême NTM ou la chanteuse Saliha. Les premiers médias de rap apparaissent, notamment avec la radio Skyrock. Puis, le XXIème siècle voit émerger un « rap conscient ». Argotique et brutal, le rap stimule et dénonce. Aujourd’hui, la nouvelle génération s’accomplit sur les plateformes de streaming. « Le streaming a redonné le pouvoir économique aux plus jeunes, qui écoutent majoritairement du rap », précise Sophian Fanen dans son obsession. L’histoire du rap continue de s’écrire.

Le visage du rap peut-il être féminin ?

Seulement cinq portraits de rappeuses sur… une centaine de clichés. Tout au long de l’exposition, la quasi absence de mixité surprend. La culture rap est-elle fermée aux femmes ? Sont-elles victimes de discrimination ? On sait à quel point les textes de certains rappeurs ont fait couler de l’encre. En 2009, le titre « Sale pute » d’Orelsan suscite une vive indignation et entraîne sa déprogrammation de nombreux festivals. Condamné par le tribunal correctionnel pour provocation à la violence à l’égard des femmes en 2014, Orelsan sera finalement relaxé deux ans plus tard. En juin dernier, c’est le rappeur Niska qui suscite la polémique à l’occasion d’un concert gratuit organisé à Ivry-sur-Seine. Le maire PCF François Bouyssou se déclare choqué par les paroles extrêmement violentes à l’égard des femmes.

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Album « Dans ma bulle », Diam’s

L’image de l’archétype de la « rappeuse traditionnelle » perdure : hauts talons et posture sexy ou bien baggy et baskets, sans oublier une personnalité bien affirmée. A l’antenne de France Culture, David Delaplace reconnaît le peu de place accordée aux rappeuses dans ses portraits, tout en se justifiant : « je n’ai pas pu rencontrer autant de rappeuses des années 1980 que de rappeurs. Pour moi, la qualité photographique prime sur le choix des artistes ». Indéniablement, des femmes ont fait évoluer le mouvement rap, à l’image de Saliha, Diam’s ou encore Casey. Pourtant, en 2018, le visage du rap reste très masculin. Ladéa, Chilla ou encore Orel Sowha, en passant par le flow plus doux d’Oré, le rap féminin d’aujourd’hui offre des horizons très divers, mais demeure dans l’ombre.

Infos pratiques :

Entrée libre tous les jours de 10h à 19h. Maison de la Radio, 116, avenue du Président Kennedy. Jusqu’au 5 novembre 2018.


Pour approfondir le sujet :

(Re)faire le mur pour (re)penser la ville

Expos, Reportages

Des voix qui se mêlent dans le métro parisien, des friches urbaines en noir et blanc, et le collectif de rap PARIS C’EST L’EST sur scène. Les 28, 29 et 30 septembre 2018, sept étudiants du CELSA ont présenté le projet (RE)FAIRE LE MUR dans le cadre de l’association de médiation culturelle de l’école Hors Les Murs. Un lieu de vie éphémère dans les locaux de l’association Spérentza à Ivry-sur-Seine, pour repenser l’espace urbain et favoriser le lien social. Au programme : expositions, performances artistiques, concerts et street-food.


Un lieu à s’approprier

Sous les guirlandes lumineuses suspendues aux murs en friche, on se rencontre, on bavarde, on rit, une pinte de bière à la main. Des drôles de tables en forme de girafe, peinturlurées en rouge, vert et jaune, rappellent l’ambiance des carnavals d’antan. Derrière la scène installée pour les concerts, le visiteur déambule dans un hangar, au milieu des œuvres exposées. Une expérience immersive. « Nous avons voulu créer un lieu de vie éphémère, sur le thème de la ville, où le visiteur s’approprie l’espace comme il l’entend, évoque Anaïs, étudiante en Master 1 « Entreprises et Institutions » au CELSA et co-responsable de l’événement (RE)FAIRE LE MUR. Propice à la dérive, la scénographie du lieu favorise les interactions sociales. « Le projet propose un cadre alternatif et insolite, poursuit Anaïs. Ici, règne l’imprévu. Par exemple, les tabourets ne sont jamais disposés de la même façon, ce qui recrée en permanence le lien social. » Dans ce lieu intimiste, on se sent hors du temps, hors de la ville. A travers des animations artistiques, le visiteur s’interroge sur l’espace urbain, le quotidien qu’on oublie trop souvent.

(Re)penser l’espace urbain

Une exposition collective, des concerts, des happenings, des expériences sonores… et un thème. Telles sont les animations artistiques mises en place par les sept étudiants du CELSA, après un an de préparation. « Le thème de la ville est venu assez naturellement, relate Thibault étudiant en Master 1 « Le Magistère » et second responsable du projet. A travers l’art, il s’agit de mettre en avant la banalité du quotidien et de questionner les interactions sociales dans l’espace urbain », explique-t-il. Différents regards et différents projets convergent alors. « Nous avons lancé un appel à projets pour permettre à des jeunes artistes de participer », ajoute Thibault.

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Exposition « (Re)faire le mur » – © LB

Alexis Maçon-Dauxerre, un jeune photographe, présente sa série « Solitudes urbaines ». Son intention artistique ? Capturer la poésie des espaces urbains silencieux, caractérisés par l’absence et la présence des personnages. En face, des milliers de fils de laine colorés s’entrelacent autour d’une sculpture rectangulaire. Caroline Rambaud, étudiante en arts plastiques, explique son œuvre collective : « Sur le modèle de l’arbre à prières tibétain, chacun noue un bout de tissu sur la sculpture, qui représente un immeuble HLM. Le but est d’impliquer les visiteurs et de faire réfléchir : indifférents, on passe à côté des logements sociaux sans les voir et le lien social disparaît peu à peu. »

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Oeuvre collective de Caroline Rambaud – © LB

Bien d’autres projets se côtoient dans ce lieu éphémère, comme des paysages sonores, véritable immersion auditive au cœur des villes de France et du bout du monde.

Portée associative

Bières, verres de vin et menus street-food à des prix solidaires… Les profits de l’événement seront entièrement reversés à l’association Spérentza, partenaire du projet (RE)FAIRE LE MUR. Engagée dans la vie associative locale d’Ivry-sur-Seine, l’association intervient auprès des communautés roumaines de la ville à travers de nombreuses activités : redistribution de produits alimentaires invendus, collecte de vêtements et de jouets pour enfants et accompagnement dans les démarches administratives.

Aussi, toutes les œuvres exposées ont été vendues et la somme a été reversée à Spérentza. « Les gens tiraient au sort le nom d’un artiste et choisissaient une oeuvre parmi celles exposées, explique Anaïs. On aimait bien l’idée que les gens puissent repartir avec un bout de l’exposition », sourit-elle. Une belle initiative de la part des étudiants du CELSA, et une expérience formatrice dans l’organisation d’un projet culturel.

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L’équipe de Hors Les Murs 2018

Enric Sant, zones inexplorées

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A l’occasion de sa première exposition en France, l’artiste urbain de Barcelone Enric Sant dévoile un univers incisif et exprime la condition humaine dans ses œuvres.


Une chemise sous un pull cintré, les doigts noircis par la peinture, des corps nus sur les tableaux. Il est 17 heures lorsque j’arrive à la galerie ADDA&TAXIE à Paris, dirigée par Anna Dimitrova et Valériane Mondot, sous une légère bruine. « Oh, bonjour et bienvenue ! ¿ Qué tal ? » me lance Enric Sant, l’artiste à l’honneur, avec un accent espagnol prononcé. Un large sourire, une accolade et une petite bise. Je me sens tout de suite à l’aise. « Prends ton temps pour regarder les œuvres » me dit-il dans sa langue maternelle. Des tableaux aux tons criards et lumineux à la fois, des corps qui tourbillonnent dans un triptyque, des esquisses aux personnages intrigants revêtent les murs de la galerie. Près de l’escalier qui mène au sous-sol, les coupes à champagne bien alignées scintillent sur la table en attendant d’être servies. Tout est prêt pour le vernissage. « Âpre Zone ». C’est le nom de la première exposition d’Enric Sant en France, qui a lieu à la galerie ADDA&TAXIE, ouverte depuis juin au cœur des prestigieuses galeries d’art du 8ème arrondissement, du 3 février au 17 mars 2018.

© Enric Sant 87x300cm _Trayectoria_Aurea__oil_on_canvas__2017 courtesy Adda & Taxie Gallery

« Trayectoria Aurea », huile sur toile – © Enric Sant

Un artiste passionné

Enric Sant est un artiste urbain de Barcelone. Il a 33 ans et est passionné d’art depuis l’enfance. « J’ai toujours eu un crayon à la main. Je dessinais et je peignais beaucoup quand j’étais gosse. A 16 ans, je suis tombé dans la culture urbaine. Avec des amis, on était branchés graffitis. On s’est mis à peindre sur les murs dans les rues de Barcelone. » explique-t-il. Après un baccalauréat d’arts plastiques, il entre à l’Université des Beaux Arts de Barcelone, où il acquiert de solides compétences artistiques. « Je continuais à graffer sur les murs, et en parallèle j’exposais dans des galeries avec d’autres artistes, en collaboration sur des projets» se souvient-il.

Barcelone. L’une des capitales incontournables de street-art. C’est dans les ruelles et les boulevards animés de la ville que l’aventure commence. L’aventure d’une bande de quatre copains passionnés et talentueux. En 2007, Enric Sant fonde avec ses amis graffeurs Grito, Aryz et Registred, le collectif Mixed Media. « Tous les quatre, on était férus de graffitis. Cependant, on ne peignait pas tant des lettres ou des messages, mais des personnages. On avait créé notre propre univers. Et puis, un jour Grito a dit ‘On va peindre avec des rouleaux’ et non plus avec des bombes. Alors on a commencé à peindre très haut. Les autres graffeurs de Barcelone étaient jaloux car on produisait au dessus de leurs œuvres ». Le collectif Mixed Media jouissait d’une renommée dans la ville et au-delà des frontières de Barcelone. Aujourd’hui, chacun a suivi sa voie professionnelle. « Le collectif a toujours été une source d’inspiration pour moi. Les gars sont très doués et vont toujours plus loin dans leur recherche artistique. Mes œuvres actuelles sont évidemment imprégnées de nos expériences et de notre façon de penser ». Une lueur brille dans ses yeux bruns.

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Mexique – © Enric Sant

Au-delà du confort

Des corps nus, agglutinés et décharnés. L’être humain est le thème central de son exposition intitulée « Âpre zone ». Et pourtant si éloigné de son univers d’origine. Il avait peu à peu affirmé son style en créant des personnages inhumains, grotesques, monstrueux. Tout droit inspirés de bandes-dessinées, de jeux vidéos ou encore du cinéma de science-fiction.

Mais l’exposition relève d’une signification bien particulière. « Âpre » c’est ce qui est amer au goût, mais aussi ce qui est violent et rude. « Zone » peut faire référence aux zones du corps, aux zones urbaines difficiles à délimiter, mais aussi à la zone de confort. « ‘Âpre’ (‘áspero’ en espagnol) signifie pour moi une situation inconfortable. Les œuvres exposées ici m’ont contraint à sortir de ma zone de confort, de mon univers personnel fait de personnages figuratifs. En représentant le corps humain, je voulais aller plus loin dans ma recherche, sortir de ma zone de confort artistique et me confronter à de nouvelles expériences esthétiques » s’enthousiasme-t-il. « Aussi, la zone âpre, rugueuse, c’est le moment dans notre vie où l’on est confronté à des choix. Une épreuve que l’on doit surmonter pour avancer ». L’engouement de l’artiste ne faiblit pas.

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« The lesson », huile sur toile – © Enric Sant

Viser toujours plus haut et aller au-delà de ses limites. Tels sont les maîtres mots d’Enric. Le processus de création de l’artiste espagnol témoigne d’un véritable travail, d’un effort qu’il dépasse pour faire dialoguer ses œuvres. « Des concepts de création me viennent en tête, ils germent dans mon esprit pendant un certain temps. Je dessine, je prends des notes en amont. Les idées ne sont pas définies tout de suite. Par exemple, le tableau ‘Estratos’ a mis un certain temps avant d’aboutir ».

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« Estratos », huile sur toile – © Enric Sant

Une œuvre humaniste

Ainsi, l’humain apparaît comme l’axe principal de son œuvre. « Selon moi, l’Homme est l’objectif de l’art. Les êtres humains créent des œuvres artistiques pour les êtres humains ». Un humaniste contemporain ? Oui, car Enric souhaite exprimer toute la beauté de l’être humain dans ses tableaux, mais aussi toute la complexité dont il fait preuve. « Je travaille tout ce qui touche à l’Homme : ses pensées, ses sentiments. En dénudant les corps, je les humanise. J’enlève les couches superficielles et je remets les corps à leur état naturel » éclaire Enric.

Quand on est face à ses tableaux, on se demande ce qu’est réellement l’être humain. « En quelque sorte, on se pose des questions qui concernent l’existence de l’Homme : d’où vient-on ? Qui sommes-nous ? Les corps agglutinés et enlacés renvoient à tout ce que l’être humain peut absorber de beau, mais aussi à tout ce qu’il peut détruire autour de lui. L’être humain est une entité unique, indivisible, c’est un seul et même corps. Et à la fois, c’est un être complexe, avec des débordements d’émotions et une diversité culturelle très riche » évoque l’artiste.

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Exposition « Âpre Zone » 03/02/2018 – © ADDA&TAXIE

Les couleurs vives et sombres des tableaux évoquent la personnalité duale de l’être humain. Un univers mystérieux, oppressant, presque onirique, qu’il puise autant chez les grands maîtres de la Renaissance, comme Michel-Ange ou plus tard Rubens, mais aussi dans la culture contemporaine. « La peinture à huile, une technique somme toute académique, exprime les couleurs d’une façon extraordinaire et unique. J’aime la matérialité des couleurs. La peinture à huile est parfaitement adaptée à ma manière de travailler ». Ce travail de la matière, Enric l’expérimente aussi dans le choix des supports. « J’utilise souvent le bois comme support de mes tableaux. Le bois apporte une valeur ajoutée au rendu final. Les corps nus sont déposés sur le bois nu. Il y a un véritable dialogue entre le support et la matérialité des couleurs et des sujets ».

Alors, les corps nus se rencontrent, se heurtent, s’échauffent. Et nous renvoient à notre propre intériorité.


« Âpre Zone » d’Enric Sant du 3 février au 17 mars 2018 – Galerie ADDA&TAXIE, au 35 avenue Matignon à Paris (métro Miromesnil).

Enric Sant présentera également ses œuvres à la Urban Art Fair du 12 au 15 avril 2018 à Paris.

Laura Barbaray

Itchi, le collagiste parisien d’un autre temps

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« Le collage est la reconnaissance par le peintre de l’inimitable, et le point de départ d’une organisation de la peinture à partir de ce que le peintre renonce à imiter, une affiche, une boîte d’allumettes, qu’importe. » (Louis Aragon)

Vendredi 8 septembre 2017. Paris sous la pluie. La capitale n’est que plus embellie par la vue spectaculaire surplombant les célèbres toits parisiens. Au loin, la tour Eiffel triomphe telle une reine. Le collagiste Itchi, collectionneur passionné, m’accueille dans son atelier, une petite chambre de bonne perchée au sixième étage d’un immeuble montmartrois.

Rencontré au vernissage privé de Noty Aroz en juin dernier, Itchi me fait entrer dans son univers onirique des années passées.

Itchi, tu portes un nom d’artiste bien original. D’où vient-il ?

Je m’appelle Sacha, et Itchi est un dérivé. Mes amis m’appelaient Sachi, et puis avec le temps c’est devenu Itchi. C’est également un clin d’œil à Itchy & Scratchy dans les Simpson.

Quel a été ton parcours afin de trouver une place dans le monde de l’art ?

J’ai fait une école d’arts appliqués, l’ISAA à Paris. A l’origine je suis graphiste. Avec deux amis, nous avons monté un collectif qui s’appelle les « Mégalos ». On n’avait pas du tout d’expérience, alors se lancer en tant que graphistes indépendants s’avérait difficile pour trouver du travail.

De ce fait, j’ai eu pas mal de temps libre. J’ai développé différentes techniques et des projets personnels. Je me suis aperçu que le collage plaisait plutôt bien, j’ai réalisé un ou deux projets d’illustration. Puis, petit à petit j’ai découvert toute une communauté de collagistes dont je me suis inspiré. J’ai appris aussi que les sources des images pour faire les collages étaient importantes. Alors j’ai commencé à récupérer des vieux magazines, je m’y suis vite pris au jeu ! Au fur et à mesure je postais mes créations sur Flickr, l’instagram des années 2000. Des groupes de collagistes postaient également leurs œuvres, ce qui a créé une communauté.

Ainsi, j’ai débuté dans le monde de l’art en m’éloignant du travail de design graphique pur et en développant un univers personnel. Tous mes travaux sont désormais autour du collage.

En constituant un petit réseau, via le bouche à oreille ou via les réseaux sociaux, je réponds à des commandes essentiellement pour la presse ou des galeries. Le plus gros travail que j’ai élaboré, c’était l’année dernière pour l’hôtel Renaissance Paris République qui souhaitait une décoration dans l’esprit des années 1950-60. J’ai fait une quarantaine de collages qui décorent les couloirs, les chambres et la salle de restaurant. J’ai été contacté par la plateforme Balibart qui proposait à l’époque des tirages d’illustrateurs en édition limitée. Désormais, on peut créer notre « shop » nous-même. Dans mon cas, ils ont joué le rôle d’agent.

J’ai aussi réalisé des illustrations pour un article du magazine L’instant Parisien, et une affiche d’un film croate indépendant « Happily Ever After ».

Dans tes œuvres, tu utilises des images anciennes, souvent tirées de vieux journaux. Quelle est ta démarche artistique ? Peux-tu nous expliquer le processus de création de tes œuvres ?

Le processus de création est toujours le même : fouiller dans les magazines. Je commence à avoir une grosse collection ! Je m’oriente plutôt vers les magazines de mode, de cinéma, de reportages comme Paris Match. Je les trouve sur e-Bay, Le Bon Coin, ou lors de vide-greniers. En ce qui concerne mon travail personnel, l’idée est de parcourir les magazines sans chercher quelque chose de précis. Ce sont les images qui vont me plaire. Ensuite, je construis l’œuvre autour d’une photo, d’une image qui m’a interpellé. En revanche, le procédé est différent pour les commandes : je cherche des images bien particulières. Il m’arrive parfois de mixer les matériaux, par exemple la peinture, les pastels, le calque…

Ma démarche artistique consiste à replacer des images anciennes peu connues dans mon univers et leur redonner une touche de modernité.

Si tu devais choisir une œuvre parmi tes collages, laquelle serait-elle ?

Le collage qui pourrait représenter le plus mon travail, ce serait celui utilisé pour ma première exposition en 2015. Il se nomme « Hang Time ». En basket « hang time » c’est le temps où l’on est en l’air et en anglais « hang » signifie « accrocher ». Pour ma première exposition solo, c’était le moment d’accrocher mes œuvres ! Le jeu de mot s’y prêtait bien. On peut penser aussi au temps suspendu : prendre des images d’un ancien temps pour les réutiliser aujourd’hui.

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Hang Time – Itchi

Tes œuvres font penser à des photomontages, que l’on peut réaliser aujourd’hui avec des logiciels informatiques. Selon toi, quelle est la finalité d’utiliser des vieux souvenirs, des photos anciennes avec la technique du collage ?

J’aime le travail à la main pour le rendu visuel. J’aime sentir les textures, froisser le papier. Évidemment, on peut le faire par ordinateur mais ça ne sera jamais la même sensation. En revanche je ne suis pas contre les montages digitaux. Par exemple, un artiste que j’admire et qui m’a donné envie de faire du collage, Julien Pacaud, réalise du collage numérique. Le rendu est superbe.

Pour moi, le travail à la main me permet d’avoir une vue d’ensemble. Cependant, j’ai réalisé des images mixtes : par exemple, je colle à la main des photos et ensuite je vais rajouter certains éléments à l’ordinateur comme des traits, pour ajouter un côté graphique et géométrique.

Tes œuvres semblent inspirées des mouvements dadaïste et surréaliste par la juxtaposition des formes géométriques. On peut citer le dadaïste Raoul Hausmann avec ses photomontages ou encore le surréaliste Max Ernst. Revendiques-tu également une liberté d’expression en jouant avec la matière ? Souhaites-tu créer un nouveau langage artistique en créant de nouvelles associations visuelles ?

Il y a beaucoup de liberté dans ma démarche artistique, je n’ai jamais une idée préconçue. En effet, les magazines des années 1950-60 rappellent ces mouvements. Je m’inspire aussi des constructivistes russes des années 1920 dont la tendance artistique se concentre sur la composition géométrique rigoureuse.

Je mixe les oppositions ancien/moderne, deux univers qui s’unissent. Ces associations visuelles peuvent constituer un langage artistique dans le sens où ma démarche consiste à faire revivre des images anciennes, à les intégrer à notre époque.

Peut-on définir ton œuvre de « poétique » ?

La notion de hasard, au cœur de ma démarche, peut faire penser au cadavre exquis. Des associations visuelles vont construire un univers onirique. L’image, ses couleurs, son aspect esthétique me guident. Le but est de sortir les clichés de leur contexte. Les images que je choisis sont parfois nostalgiques et rappellent une époque lointaine, à laquelle on rêve souvent. Si je peux faire voyager les gens le temps d’une image, mon pari est réussi !

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Untitled – Itchi

Je souhaiterais revenir sur ta collaboration avec Noty Aroz. Quelle a été ton interprétation du personnage « El Murciélago » ?

Lorsque Noty Aroz m’ont contacté, je ne connaissais pas parfaitement leur univers. Je n’ai pas pensé à une interprétation particulière du personnage. Le principe était d’appliquer mon ambiance sur leur personnage. J’ai réalisé deux collaborations avec eux. L’objectif de la collaboration était la contrainte d’une nouvelle technique : le grand format. Cependant, sur la première collaboration, j’ai gardé des éléments de leur univers : les fleurs et le signe de Batman. Sur la deuxième, j’ai davantage pensé à la pièce, au format, j’ai donc pu mieux l’appréhender.

Envisages-tu des collaborations avec d’autres artistes ?

Le sujet a été évoqué avec le street-artist J3 qui réalise des labyrinthes à la craie dans Paris. Je ne travaille pas dans la rue, mais cela me plairait d’essayer. C’est un véritable travail d’agrandissement. Autrement, je collabore avec des collagistes allemands ou encore colombiens par correspondance. J’envoie le début d’un collage, ils le complètent, et inversement. Les résultats sont surprenants et vraiment sympas. C’est une sorte de cadavre exquis encore une fois.

Que t’évoque le street-art ?

Le street-art m’a véritablement incité à me lancer dans la création artistique en observant mes amis taguer dans la rue. C’est un art accessible à tous. Selon moi, le street-art met à disposition un même lieu : l’univers urbain. Dans cet univers unique, la création est florissante et variée, chacun apporte ses compétences. On ne voit jamais la même chose.

As-tu des expositions de prévues ou en cours ?

Depuis le 26 septembre, je fais une expo-vente à Gambetta avec plusieurs artistes, jusqu’au 1er octobre. En janvier 2018 en Belgique, une exposition collective dédiée au collage est prévue, jusqu’au mois de mai. En février 2018 à Paris, une exposition également consacrée au collage se tiendra à la galerie 3F à Abbesses. Enfin, en décembre 2018 à Montpellier, se déroulera une exposition en collaboration avec un artiste dont j’ignore l’identité pour le moment.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

J’aimerais réaliser un livre qui regrouperait l’évolution de ma démarche, mais je n’ai pas encore d’idées bien précises. Et pourquoi pas réussir à consacrer 100% de mon temps à des projets personnels ! Cela fait également partie de mes aspirations pour l’avenir.

« L’irrationnel est la plus noble conquête du collage » (Max Ernst)

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Laura Barbaray