Interview : Axel Deval et son « monde-fantaisie »

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« Transgenèse ». C’est le titre du nouvel album d’Axel Deval, sorti le 22 février dernier. A cette occasion, l’artiste repéré par Groover revient sur son parcours et comment il a composé son nouvel album. Rencontre.


Tout d’abord, peux-tu te présenter ?

Je suis auteur-compositeur-interprète, né à Versailles mais j’ai grandi à Rouen. Puis je suis parti à Paris pour la musique et pour travailler vers 25 ans.

Comment es-tu entré dans le monde de la musique ?

Tout a commencé très tôt, par des cours de piano à l’âge de 4-5 ans, puis de trompette à partir de 7 ans. J’ai découvert à la même période les grands groupes des années 60, notamment les Beatles, et j’ai tout de suite ressenti le besoin de m’exprimer via l’écriture de chansons, ça ne m’a jamais quitté. Ce qui a été plus compliqué, c’est de m’affranchir de certains conditionnements dus à l’éducation, à l’héritage culturel, et acquérir suffisamment de liberté pour tenter de construire un univers propre. Tout ceci s’est fait à Paris justement, grâce à des rencontres et une ouverture à la diversité.

© Mathieu Genon

Tu as eu une période « d’errance » où tu t’es consacré à l’écriture et à la composition. Quelle a été l’influence de la littérature sur ton oeuvre ? Il y a un air de Modiano, ou encore de Houellebecq dans tes chansons… peux-tu nous éclairer ?

Les périodes d’errance sont nombreuses en fait. Elles reviennent à la charge deux années sur trois (il y en a des pires que d’autres ceci-dit). La littérature est un moyen de nourrir les textes et de ne pas ressortir systématiquement les mêmes termes. C’est un peu le danger quand on écrit des chansons, de ressasser les mêmes thématiques. Plus on s’ouvre, plus on explore, plus l’inspiration sera riche a priori. Enfin pour moi en tout cas.
C’est drôle que tu me parles de Modiano, car je lisais effectivement « Fleurs de ruine » pendant l’écriture de certaines chansons de l’album. Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait une inspiration, le titre me parlait, c’est tout. Houellebecq en a un peu plus, en tout cas pour une chanson du premier album. Je me reconnais dans ces errances urbaines qu’il décrit, ces perditions, j’ai l’impression de les vivre régulièrement.

Quelles sont tes influences musicales ? Comment composes-tu habituellement ?

Mes influences musicales dépendent beaucoup des périodes. J’ai un peu l’impression d’être quelqu’un d’autre quand j’écris. Soudain, on endosse un rôle, les textes semblent venir d’ailleurs. Parfois j’en comprends le sens en le relisant, comme s’il s’agissait d’une dictée écrite sans faire attention sur le moment à ce qu’elle raconte. C’est très curieux. En fait, j’ai beaucoup de croyances, et la composition vient s’intégrer dans ce système de croyance justement. J’écoutais une interview de Léo Ferré récemment qui décrivait la même chose.
Les chansons les plus intéressantes arrivent toujours dans des moments de doutes profonds et de dépersonnalisation. J’ai du mal à sortir de chez moi pendant ces périodes.

Ton deuxième album « Transgenèse » vient de paraître, le 22 février 2019. Que raconte-t-il ?

Il est axé autour de l’idée de métamorphose, de mutation. La transgenèse en est une forme plus spécifique. Mahaut chante sur une grande partie de l’album, mais ça s’est décidé en aval de l’écriture. Elle a modifié fondamentalement la couleur de l’album. Si on compare la définition d’une transgenèse, finalement la métaphore est parfaite pour décrire le processus de création de ce disque.

Extrait de l’album « Transgenèse »

On ressent une sorte d’intimité, de sensibilité et d’hybridité à l’écoute de ton album. Comment t’es-tu approprié certains événements de l’actualité ? Quel est ton regard sur la société ?

Je préparais des concours d’écoles de journalisme, et essayais d’être le plus à la page possible sur l’actualité. Aujourd’hui, j’en suis détaché, peut-être parce que je trouve que l’information (politique) tourne en rond et que l’on est mené par le bout du nez. Finalement, on perd beaucoup de temps à suivre les hésitations et revirements d’une poignée d’individus, qui eux, se foutent pas mal de nos doutes à nous. Hors, nos vies nous appartiennent, elles sont courtes, et je pense qu’il ne faut pas trop attendre d’autrui, ni de la générosité de l’état pour être heureux.

Comment l’as-tu composé ?

Je l’ai composé sur les mêmes méthodes que le premier album : avec un mot, une phrase scotchée au mur, et des prises de notes dans mes carnets jusqu’à ce qu’une idée éclose. D’autres chansons sont plus accidentelles, mais au moins il n’y a pas eu de page blanche.

Quels sont tes prochains concerts/projets pour l’avenir ?

Les concerts reprennent tout doucement. Je reconnais les annoncer un peu timidement. Surtout sur Facebook. En parallèle, je continue à faire des scènes ouvertes, jusqu’à quatre soirs par semaine. J’ai moins de temps pour écrire, mais il faut avancer sur tous les plans je crois et pas uniquement l’écriture. Et puis l’album suivant est déjà tout écrit (celui-ci sort avec un retard de deux ans). J’essaye d’optimiser ce que j’ai entre les mains. Mais il faut prendre son temps, c’est important. Prendre son temps, c’est en gagner finalement…

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ROB ONE, la nouvelle scène mutante française

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« Venez à moi… Oh oui, venez à moi ! Venez à ma rencontre, sinon c’est moi qui vous trouverai ! » La chaleur tropicale a déjà envahit la salle étroite de l’International et la sueur coule sur les fronts. En cette soirée d’hiver du 8 janvier dernier, la start-up de promotion musicale Groover organisait son troisième Showcase avec les artistes Mackenzie Leighton, Dimanche, Olenji Nun et pour finir… ROB ONE. Des lunettes noires, la chemise déboutonnée, une voix chaudement envoûtante… ROB ONE se cramponne au micro comme une véritable « rock star » et invite le public à le rejoindre dans son univers musical « poétique et mutant. »

« Je souhaite renouveler la scène française »

Auteur, compositeur et interprète, le jeune artiste de 23 ans est diplômé d’une Licence en arts plastiques à la Sorbonne. Désormais, il se dédie entièrement à son projet musical depuis maintenant deux ans. « Comme de nombreux ados, j’avais un groupe de musique au collège. J’ai appris la guitare et la basse, et je me suis formé seul au chant », explique-t-il.

Accompagné de ses musiciens et amis Antonin Couchet (guitare), Alexandre Bouvier (basse) et Tamino Edener (batterie), ROB ONE situe son style à la croisée du rock psychédélique et de l’électro. A chaque fois qu’il monte sur scène, il cherche à élaborer un show unique et mémorable. « Avant tout, je veux m’amuser et créer un lien avec le public, pas simplement enchaîner les chansons sans cohérence les unes avec les autres », évoque-t-il. Alors, il n’hésite pas à se mettre en scène, à pousser la dimension théâtrale toujours plus loin. Une narration autour du show qu’il construit au fur et à mesure des représentations, en jouant sur une intense proximité avec les spectateurs.

« A l’International, il s’est passé quelque chose de fort. »

Ce soir-là, ROB ONE joue devant un public nouveau. Des soupirs, des cris, des incitations à se rapprocher de la scène… Sa tentative de séduction fonctionne, la salle est à son comble. « On a su que c’était réussi car le public n’osait pas applaudir entre les chansons, se souvient-il. C’est exactement l’ambiance que je souhaite installer : une continuité entre les morceaux, une intimité avec le public. » En somme, un spectacle.

Showcase Groover à l’International – © Hugo Cohen

Cette frontalité échauffée sur scène s’accorde parfaitement avec son rock aux allures mutantes. Influencé par Philippe Katerine, Sébastien Tellier, Moodoid ou encore les groupes King Gizzard and the Lizard Wizard et Gorillaz, ROB ONE ironise, provoque, joue un rôle. « Apporte-moi du jus d’orange… Ouais j’veux du jus d’orange », chante-t-il dans « Tropiques à moi ». Gêné.e.s, on esquisse un demi sourire à l’écoute des paroles, plutôt caustiques. « Je suis volontairement provoquant afin de bousculer la culture musicale des gens », dit-il sans vergogne. Un désir de renouveler la scène française, surreprésentée par la mouvance actuelle rap-pop ?

« Je souhaite ouvrir une nouvelle branche et proposer un nouveau rock français », confie le jeune artiste.

Exacerber les clichés pour mieux les déconstruire

« Tropiques à moi », c’est l’extrait de son premier album, qui sortira fin 2019. Ce n’est pas une chanson sur les vertus bienfaitrices du jus d’orange, non ; la teneur en est bien plus sombre. C’est plutôt l’histoire de la rockstar pour qui se prélasse sous les cocotiers en bonne compagnie, jusqu’à ce que le sentiment de désillusion le rattrape. Cliché. « J’ai voulu travailler la thématique du faux : dans le clip, la rockstar est fausse, la plage est fausse, les journaux sont faux », évoque le chanteur. Un brin ironique, ROB ONE pousse à l’extrême les clichés de la célébrité et de l’exotisme. « C’est une manière décalée de parler de la solitude, tout en se parodiant les clichés qui gravitent autour du monde de la musique », précise-t-il.

Les premières notes synthétiques du morceau – un son un peu étrange – paraissent superficielles, mais soutiennent alors mieux son intention musicale, au service du cliché. « C’est aussi une volonté de ma part de diffuser ce premier extrait assez simple pour introduire mon univers, et attiser la curiosité », sourit l’artiste.

La sortie de son prochain morceau « Venin » est actée pour la fin du mois d’avril. Un titre sous le signe du surnaturel, aux mélodies synthétiques envoûtantes.

Un artiste découvert par Groover

ROB ONE est un des premiers artistes à avoir utilisé la plateforme de promotion musicale Groover, dès sa mise en place en juin 2018. Groover est une start-up innovante qui met en relation des artistes avec des médias et des labels. Grâce à Groover, ROB ONE a été ajouté à une dizaine de playlists et son titre « Tropiques à moi » a été diffusé sur la radio FIP. « Dans le cadre d’un partenariat avec Radio France, Groover a recommandé 32 morceaux aux programmateurs de FIP, et 10 ont pu être diffusés sur la radio, explique le jeune chanteur. Groover est un concept très intelligent, et c’est grâce aux cofondateurs que j’ai pu me produire à l’International en janvier dernier ! », ajoute-t-il.

D’ici les futurs concerts, ROB ONE se concentre sur son prochain album prévu pour fin 2019. Un artiste à suivre cette année !

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Rencontre avec Dorian Perron, cofondateur de Groover

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Fondée en 2017 par quatre jeunes diplômés d’écoles de commerce et d’ingénieurs, la start-up Groover est une plateforme de promotion musicale pour les artistes. Un concept innovant qui permet de créer un lien direct entre artistes et médias, tout en respectant l’indépendance musicale et éditoriale de chaque côté. 

Dans les locaux de Groover, au septième étage d’un immeuble parisien près de Montorgueil, Dorian Perron, cofondateur de la start-up, a pris le temps de répondre à mes questions.


Qui sont les fondateurs de Groover ? Quel est le parcours de chacun d’entre vous ?

Nous sommes quatre cofondateurs : Romain, Jonas, Rafaël et moi. On s’est rencontrés à la fin de nos études lors d’un programme d’entrepreneuriat accéléré, à UC Berkeley en Californie. Jonas sortait de Polytechnique, Raphaël de Paris-Dauphine, et Romain et moi de l’ESSEC. Le but de ce programme est de concevoir un début de projet de start-up, pendant quatre mois et demi. On avait tous des petites expériences dans la musique : Jonas (Polycool) et Romain (Sévigné) ont chacun un groupe de musique, et je tiens mon webzine musical Indeflagration. Alors on s’est dit qu’on voulait aider les musiciens, car on sait qu’il est difficile de lancer sa carrière.

Tim et Max, au départ stagiaires, sont les deux développeurs de la plateforme. Jade est en stage et s’occupe du business développement ainsi que de la communication sur les réseaux sociaux.

Groover est ton deuxième projet d’entrepreneuriat après ton webzine Indeflagration. Est-ce la suite logique ?

J’ai créé ce blog avant mon entrée à l’ESSEC en 2013, uniquement par passion. Et puis, le site a grandi, des amis m’ont rejoint. En 2015 on a créé le studio Flagrant (chez moi) pour organiser des sessions musicales en invitant des artistes. Et ça a pas mal marché ! Finalement, Indeflagration a pris le statut d’entreprise, mais fonctionne comme une association : les revenus qu’on récupère sont réinvestis dans du matériel, des projets musicaux.

Groover est une vraie start-up avec un objectif de croissance, alors qu’Indéflagration est simplement un média pour parler musique.

Cependant, Indeflagration est en quelque sorte le « pourquoi » on a créé Groover : on recevait énormément de mails d’artistes qui souhaitent promouvoir leur musique via le webzine. En moyenne, les médias reçoivent entre 100 et 200 mails par jours… Et les artistes n’obtiennent généralement pas de réponse.

Comment l’idée de créer une plateforme de promotion musicale est-elle venue ?

Au départ, on voulait créer une plateforme pour développer la carrière des artistes. Sur Spotify, c’est 20 000 nouveaux morceaux qui sortent par jour, ce qui est conséquent. On s’est demandé comment on pouvait les aider. Quand on était à Berkeley, on a interviewé plus de 150 musiciens et professionnels pour savoir quels étaient leurs réels besoins. Il s’est révélé que la promotion était le principal problème : comment s’y prendre pour faire écouter un morceau à des professionnels, des médias, des labels, autre qu’à son entourage ?

Dans un premier temps, on a mis en place un formulaire Google qui consistait à faire payer aux artistes des micromontants, via PayPal, pour contacter des médias. Et ça a marché !

En janvier 2017, on est revenus à Paris avec un peu de chiffre d’affaires pour bosser sur le projet Groover. Début mai, la plateforme fonctionnait et on l’améliore chaque semaine.

Quel est le concept de la plateforme Groover ?

La plateforme Groover permet de mettre en contact les artistes ou représentants d’artistes avec des médias, labels ou journalistes, tout en leur assurant d’être écoutés. Un artiste envoie un morceau à une sélection de médias, labels, journalistes pour 2 euros par influenceurs. Ceux qui reçoivent les morceaux sont rémunérés 1 euro par retour réalisé, quelque que soit leur avis, positif ou négatif. Le but est que chaque média garde son indépendance éditoriale. Les influenceurs sont tenus de rédiger une réponse constructive, de minimum 15 mots, pour chaque morceau écouté. Et Groover garde 1 euro.

Finalement, chacun est satisfait : les artistes ont des retours précis sur leur travail et les influenceurs apprennent à réécouter et découvrent des musiques. Il s’agit de créer une adéquation entre artistes et médias.

Le modèle de Groover est peu coûteux pour les artistes. Comment envisagez-vous l’avenir d’un tel modèle économique ? Sera-t-il viable sur le long terme pour Groover ?

Il s’agit en effet d’un modèle qui appelle le volume. Il est donc possible, que dans un futur proche, des médias soient saturés de morceaux. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais on pense déjà à un nouveau modèle intégrant une seconde catégorie d’influenceurs qui regrouperaient les médias les plus importants, donc un peu plus cher.

Ce modèle est viable si on arrive bien à faire l’adéquation entre les artistes et les médias. Si les artistes sont satisfaits, ils reviennent. C’est comme un abonnement.

D’autre part, grâce à l’activité intense sur la plateforme, on arrive à repérer certains morceaux qui marchent bien. Nous réfléchissons à la manière de monétiser cette plus-value, pour proposer ces morceaux à des médias plus importants. Récemment, on a scellé un partenariat avec FIP et Radio France.

As-tu des exemples d’artistes qui ont réussi à lancer leur carrière grâce à Groover ?

Il y a en plein ! Par exemple, le duo Coral Pink a fait l’objet de plusieurs articles et a signé chez Nice Guys, un sous-label d’indie-pop de Délicieuse Musique. Surma et Whales, deux artistes portugais, ont cartonné auprès des médias français. Ils ont également jouée au Mama Festival. Aussi, le groupe Family Recipes et l’artiste Rob One sont actuellement diffusés sur FIP grâce à Groover. Mackenzie Leighton, une jeune musicienne indie folk, est passée quant à elle sur Hotel Radio Paris. Pour finir, Magon, un artiste dans le style rock psyché, a lancé sa carrière solo suite à Charlotte & Magon et a joué au Groover Showcase en juillet.

Comment s’organise le travail au sein de Groover ?

On s’est très bien répartis les tâches ! Nous avons la chance de nous faire confiance.

Jonas s’occupe de la partie analyse de données. C’est un rôle très important car c’est ce que fera notre différence : il s’agit de l’algorithme de « matching » (en d’autres termes, les suggestions de médias et labels pour un artiste). Romain s’occupe de la partie partenariats et relation avec les investisseurs. Rafaël travaille sur le produit, le design, l’amélioration de la plateforme et de l’expérience utilisateur. Moi je bosse sur le business développement avec Jade ; il s’agit d’aller chercher de nouveaux médias, de nouveaux artistes, d’assurer la coordination et d’organiser des événements.

Avez-vous rencontré des difficultés dans le début de cette aventure entrepreneuriale ? Quels sont les enjeux de la plateforme ?

On s’est vite rendu compte qu’il était nécessaire et essentiel d’être très réactifs, disponibles à chaque instant pour les artistes et les influenceurs. C’est un de nos principes pour le futur : être toujours capable de répondre aux sollicitations des artistes et des professionnels. On commence à mettre en place des dispositifs automatisés, comme le chat sur la plateforme.

Le gros challenge est de maintenir haut de taux de réponse. Aujourd’hui, il est au dessus de 70%, mais on aimerait qu’il augmente. Nous devons être bien attentifs à l’activité des médias, à la qualité des retours.

L’enjeu est aussi de gérer le volume de morceaux qui augmente et continuer à accueillir convenablement chaque musique. Fin janvier, nous aimerions atteindre 160 le nombre d’influenceurs actifs. Quelques médias nous ont rejoint récemment, comme Radio Néo, Raje, Haute Culture, des chroniqueurs de Radio Campus Paris…

Vous avez déjà organisé plusieurs événements musicaux, comme les « apéros Groover ». En quoi consistent-ils ?

On organise deux types d’événements : les apéros privés et les showcases. Quand on est revenus de Berkeley, on voulait rencontrer nos utilisateurs. On a organisé un apéro privé chez moi et… quarante personnes étaient présentes ! C’était une grande surprise. L’idée est d’organiser régulièrement ce genre de rencontres intimistes pour donner la possibilité aux médias et aux artistes d’échanger dans une ambiance conviviale.

Ensuite, le principe des showcases permet aux artistes de postuler gratuitement sur la plateforme pour venir jouer à nos événements. Nous avons reçu 70 candidatures à notre dernier événement au Motel.

Nos événements attirent de plus en plus de monde, c’est très encourageant !

Vous vous êtes lancés publiquement au Mama Festival en octobre. Cela signifie-t-il que le projet devient concret ? Comment l’avez-vous appréhendé ?

Le Mama Festival a été une véritable opportunité pour donner de l’ampleur au projet. On a eu la chance de participer à la compétition Pitch Start-Up, qui nous a donné l’occasion de faire un discours devant de nombreux professionnels de la musique. Nous avons remporté le Prix Coup de Cœur du jury ! On a également reçu un prix qui récompense les jeunes de moins de 30 ans qui innovent dans la musique.

Aussi, lors du festival, on tenait un stand qui a amené pas de mal de monde. Suite à ces rencontres, plusieurs médias se sont inscrits sur la plateforme.

Quels sont les projets futurs de Groover ?

Maintenant, le travail va s’articuler entre améliorer l’expérience de l’utilisateur sur la plateforme, augmenter le volume des morceaux sur le site, et redéfinir notre identité visuelle. Il y aura du nouveau à la rentrée de janvier !

Artistes ou médias, rejoignez Groover !


Groover en chiffres

  • 135 influenceurs actifs
  • 800 utilisateurs uniques (artistes, attachés de presse…)
  • plus de 10 000 envois de morceaux
  • 2 500 partages sur les réseaux sociaux
  • 11 signatures sur des labels

A venir

Prochain Showcase le mardi 8 janvier à L’International. Event ici.

Sentiments amoureux au son de pâle regard

Articles & interviews, Musique

Une musique qui n’en finit pas… pour exprimer la complexité des sentiments amoureux, parfois conflictuels et violents. Le 31 août dernier, le quintet parisien pâle regard, composé de Capucine (voix), François (guitare, chant, synthétiseur), Quentin (basse, synthétiseur), Thomas (synthétiseur, guitare) et Ferdinand (batterie), sortait son premier EP-concept « Fait Accompli », sur le label londonien Dirty Melody Records. A la fois une longue piste de huit minutes et une suite fragmentée de quatre titres distincts, « Fait Accompli » raconte une histoire que tout le monde connaît, celle qui se vit à deux.

François et Quentin, compositeurs et « noyau dur » du groupe, ont pris le temps de répondre à mes questions.


L’effet lo-fi

« C’était les beaux jours, c’était inspirant ». Quentin évoque la naissance de pâle regard. C’était au printemps 2018, lorsque la lumière du jour se fait plus pâle, plus claire, plus mélancolique. Dans un rythme lancinant, se mélangent alors une voix délicate, une guitare acoustique, un synthé analogique… Le nom de pâle regard s’accorde parfaitement avec l’esthétique singulière de la musique, que les membres du groupe qualifient de lo-fi junk pop. Étrange pour un style musical ? Lo-fi, c’est le nom d’une pédale qui produit des effets. Imaginez un son chaud et vieux, loin des tonalités trop propres, trop lisses. « On est très attirés par les pédales d’effets, certaines sont inspirantes et deviennent des instruments à part entière, nous dit Quentin. Notre façon de faire est brute, simple, sans artifices tout en restant très pop. »

« Fait Accompli », pâle regard – 2018 – 
© 
Pierre-Emmanuel Mazy

Influencé par Serge Gainsbourg, Sébastien Tellier ou encore The Whitest Boy Alive, le quintet apprécie cette vague ancienne d’artistes, à l’esprit indépendant et libre. Composé et enregistré entièrement dans la chambre de François, l’EP « Fait Accompli » se révèle alors comme une musique intimement proche. « Le côté spontané est bien là, puisqu’on enregistre tout avec très peu de prises », ajoute François.

Un concept original

Élargir la palette d’émotions. Telle est l’intention musicale de pâle regard avec le premier EP « Fait Accompli ». « Un jour j’ai branché une boîte à rythme, j’ai pris ma guitare acoustique et j’ai essayé de trouver un liant entre deux morceaux en les jouant à la suite, sur la même rythmique », explique François. Le long morceau minimaliste de huit minutes se divise en quatre fragments. Les titres « Solitude », « Illusion », « Transition » et « Idées Noires » s’enchaînent de manière naturelle et évoquent la progression des sentiments amoureux. L’impression d’une voie sans issue à la suite d’une scène violentes, les doutes qui s’installent, et puis les sentiments remords. « Fait Accompli » peint avec mélancolie et sincérité une histoire d’amour qui finit mal, une histoire somme toute universelle.

pâle regard – 2018 – 
© Marie Rouge

Prendre du recul

La musique lente et apaisée contraste avec le thème déchirant de la difficulté des relations humaines. « Comme on raconte une histoire, on avait besoin d’un fil rouge, quelque chose qui nous fasse comprendre implicitement qu’on parle de la même chose mais de manière différente », selon François. Le tempo très lent maintient une cohérence musicale tout au long de l’EP. Comme si le temps ralentissait, il s’agit aussi de prendre du recul, de mettre des mots sur l’intensité des sentiments. « La rythmique permet de s’extirper de certaines pensées et certains souvenirs », continue le guitariste du groupe.

Un prélude qui marque le début d’une belle aventure pour pâle regard ! Un nouveau morceau sort au mois de janvier, et le groupe travaille actuellement sur la réalisation d’un clip. Pâle regard jouera le 12 décembre prochain à l’International, un concert organisé par la Fessée Musicale. Event ici.


Découvrez la playlist de pâle regard sur Spotify ici.

We Are The Line, ombre et lumière électrique

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De l’électro sombre et des influences Depeche Mode. Le projet musical parisien, We Are The Line, a sorti son deuxième EP Songs of Light and Darkness, le 3 juin 2018. Un résultat incisif. Rencontre avec Jérôme, le porteur du projet.


Des ombres errantes, aux allures de fantômes, dans la froide pénombre d’une cave laissée en friche. Ambiance troublante. Ce n’est pas une scène d’un thriller psychologique – enfin, presque – mais des sonorités électroniques. Les premières notes de l’intro de Songs of Light and Darkness de We Are The Line nous plonge dans un univers froid et nocturne, d’où émerge des scènes quelque peu angoissantes dans notre esprit. Âmes sensibles, s’abstenir.

Réunir autour d’un collectif

« Je suis en perpétuelle quête d’identité et de sens. » Derrière le projet We Are The Line, se cache un seul homme : Jérôme. Un moyen pour lui de prendre du recul et de rassembler autour d’un même mouvement. « Même si ce que je compose est éminemment lié à ma vie personnelle, derrière le ‘nous’, le collectif, il y a l’idée de réunir autour de ma musique et de faire réagir », évoque Jérôme. La Ligne, c’est une direction, une destinée propre à chacun qui nous façonne. « C’est aussi un personnage que je fabrique afin d’éviter de trop personnifier, ajoute-t-il. Mais le projet représente aussi ce que je suis, une accumulation de vies et d’expériences ».

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Jérôme, de We Are The Line – © Hubert Cadalguès

Dualité et complexité

Des paroles optimistes et mélancoliques, sur des sons mécaniques, mystérieux et nuancés. Telles sont les caractéristiques du projet musical de We Are The Line. « Le deuxième EP Songs of Light and Darkness convoque les aspects doubles et nuancés de ma personnalité », explique Jérôme. Les notes, énergiques, fusent et éclatent en un millier de détails sonores. A l’écoute du morceau « An Hymn For Them All », on remarque le contraste entre ombre et lumière : des sons électroniques dissonants qui rappellent le bruit d’un électrocardiogramme pour aboutir à une mélodie plus apaisante. Le titre phare de l’EP « Darkness Above », le prouve aussi. « J’y oppose le fond et la forme, explique Jérôme. Le morceau est sombre et les paroles sont plutôt positives ».

Songs Of Light & Darkness - Artwork (Digit CMJN)

Artwork Songs of Light and Darkness – © La Ligne

Rendre compte de la complexité du monde dans lequel on vit. C’est aussi l’ambition musicale de We Are The Line dans son EP Songs of Light and Darkness. « ‘Darkness Above’ évoque le dépassement de soi et le refus d’un assujettissement à la société », affirme Jérôme. Dans un monde binaire et nuancé, We Are The Line nous livre un message : éviter la facilité et regarder derrière les apparences. Alors, We Are The Line exorcise ses peurs, ses doutes, ses colères et invite à « faire péter les murs ».


We Are The Line prépare une nouvelle sortie musicale. « Le format n’est pas encore défini, mais je souhaite évoluer musicalement », confie Jérôme. Impatience.

Laura BARBARAY

NATION, la soul futuriste

Articles & interviews, Musique

Capturer une forme de mélancolie sonore, teintée d’interrogations existentielles. Telle est l’intention musicale et artistique de NATION dans son premier EP « Something Happened » sorti le 25 mai 2018. Guillaume Destot, leader du projet depuis 2016, explore la « future soul », un univers musical futuriste aux tonalités synthétiques, en quête d’une nouvelle nation et d’une paix intérieure.


Explorer un futur mystérieux

Des effets de guitare saturée, des drum machines et une voix grave recyclée. Le premier EP « Something Happened » de NATION tente d’explorer un univers sonore futuriste. Nourri à la soul des années 1960 comme celle d’Otis Redding, ou plus tard aux chansons de Prince et de Stevie Wonder, Guillaume s’ancre dans ces références musicales mais va plus loin dans sa recherche de tonalités nouvelles. A l’écoute de son EP, on s’immerge alors dans la « future soul » : la combinaison de ces influences des années 60/70 avec des sons mystérieux, presque mystiques. « La future soul, telle que je l’imagine, est une mélancolie chantée par des machines un peu humaines, et par des humains un peu machines » évoque Guillaume. Comme un film de science fiction avec un vieux vinyle de Bill Withers qui tourne en toile de fond.

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NATION – © Pierre Portolano

Rassembler et réunir

NATION n’a rien d’un projet politique. Mais il s’apparente plutôt à « une communauté imaginaire qui se rassemblerait autour d’un univers personnel » résume le chanteur et musicien. En 2016, après son précédent projet de musique pop Vim Cortez, il décide de prendre une direction artistique différente, « plus introspective et plus sombre ». A travers son premier EP, Guillaume tente de créer une nouvelle nation, de l’explorer et de lui appartenir pour ne pas sombrer. « Les chansons évoquent l’espoir, son jumeau négatif ou encore des rêves doux-amers », explique-t-il. Pris dans le tourbillon d’un monde qui va trop vite, qui déstabilise nos repères, Guillaume s’invente un pays, une société ouverte et accessible dans laquelle il trouve refuge.

« Se construire une bulle »

Un sentiment étrange de ne pas se sentir au bon endroit au bon moment. C’est ce que raconte Guillaume à travers le titre « Suddenly I Feel ». « On a tous l’impression d’être des étrangers dans nos vies, et je le ressens très souvent » exprime-t-il. « Je me construis moi-même une bulle, mais souvent, elle éclate face à tant d’yeux et de visages qui m’entourent… ».

Le clip présente la quête compulsive d’un personnage pour un ailleurs artificiel. « J’ai représenté cette idée à travers un viewmaster, un objet suranné, qui est un peu l’ancêtre de la réalité virtuelle. Le personnage passe d’un ‘dealer’ à l’autre  jusqu’à ce qu’une femme un peu maternelle lui donne le dernier disque et lui montre qu’il cherche un passé révolu qu’il ne retrouvera pas » suggère Guillaume.

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Clip « Suddenly I Feel » – NATION

En attendant les prochains concerts de NATION d’ici septembre, Guillaume développe l’univers sonore et visuel de son projet, avec notamment le tournage du clip « Brooding Thuggery » prévu au mois d’août.

Laura Barbaray