ROB ONE, la nouvelle scène mutante française

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« Venez à moi… Oh oui, venez à moi ! Venez à ma rencontre, sinon c’est moi qui vous trouverai ! » La chaleur tropicale a déjà envahit la salle étroite de l’International et la sueur coule sur les fronts. En cette soirée d’hiver du 8 janvier dernier, la start-up de promotion musicale Groover organisait son troisième Showcase avec les artistes Mackenzie Leighton, Dimanche, Olenji Nun et pour finir… ROB ONE. Des lunettes noires, la chemise déboutonnée, une voix chaudement envoûtante… ROB ONE se cramponne au micro comme une véritable « rock star » et invite le public à le rejoindre dans son univers musical « poétique et mutant. »

« Je souhaite renouveler la scène française »

Auteur, compositeur et interprète, le jeune artiste de 23 ans est diplômé d’une Licence en arts plastiques à la Sorbonne. Désormais, il se dédie entièrement à son projet musical depuis maintenant deux ans. « Comme de nombreux ados, j’avais un groupe de musique au collège. J’ai appris la guitare et la basse, et je me suis formé seul au chant », explique-t-il.

Accompagné de ses musiciens et amis Antonin Couchet (guitare), Alexandre Bouvier (basse) et Tamino Edener (batterie), ROB ONE situe son style à la croisée du rock psychédélique et de l’électro. A chaque fois qu’il monte sur scène, il cherche à élaborer un show unique et mémorable. « Avant tout, je veux m’amuser et créer un lien avec le public, pas simplement enchaîner les chansons sans cohérence les unes avec les autres », évoque-t-il. Alors, il n’hésite pas à se mettre en scène, à pousser la dimension théâtrale toujours plus loin. Une narration autour du show qu’il construit au fur et à mesure des représentations, en jouant sur une intense proximité avec les spectateurs.

« A l’International, il s’est passé quelque chose de fort. »

Ce soir-là, ROB ONE joue devant un public nouveau. Des soupirs, des cris, des incitations à se rapprocher de la scène… Sa tentative de séduction fonctionne, la salle est à son comble. « On a su que c’était réussi car le public n’osait pas applaudir entre les chansons, se souvient-il. C’est exactement l’ambiance que je souhaite installer : une continuité entre les morceaux, une intimité avec le public. » En somme, un spectacle.

Showcase Groover à l’International – © Hugo Cohen

Cette frontalité échauffée sur scène s’accorde parfaitement avec son rock aux allures mutantes. Influencé par Philippe Katerine, Sébastien Tellier, Moodoid ou encore les groupes King Gizzard and the Lizard Wizard et Gorillaz, ROB ONE ironise, provoque, joue un rôle. « Apporte-moi du jus d’orange… Ouais j’veux du jus d’orange », chante-t-il dans « Tropiques à moi ». Gêné.e.s, on esquisse un demi sourire à l’écoute des paroles, plutôt caustiques. « Je suis volontairement provoquant afin de bousculer la culture musicale des gens », dit-il sans vergogne. Un désir de renouveler la scène française, surreprésentée par la mouvance actuelle rap-pop ?

« Je souhaite ouvrir une nouvelle branche et proposer un nouveau rock français », confie le jeune artiste.

Exacerber les clichés pour mieux les déconstruire

« Tropiques à moi », c’est l’extrait de son premier album, qui sortira fin 2019. Ce n’est pas une chanson sur les vertus bienfaitrices du jus d’orange, non ; la teneur en est bien plus sombre. C’est plutôt l’histoire de la rockstar pour qui se prélasse sous les cocotiers en bonne compagnie, jusqu’à ce que le sentiment de désillusion le rattrape. Cliché. « J’ai voulu travailler la thématique du faux : dans le clip, la rockstar est fausse, la plage est fausse, les journaux sont faux », évoque le chanteur. Un brin ironique, ROB ONE pousse à l’extrême les clichés de la célébrité et de l’exotisme. « C’est une manière décalée de parler de la solitude, tout en se parodiant les clichés qui gravitent autour du monde de la musique », précise-t-il.

Les premières notes synthétiques du morceau – un son un peu étrange – paraissent superficielles, mais soutiennent alors mieux son intention musicale, au service du cliché. « C’est aussi une volonté de ma part de diffuser ce premier extrait assez simple pour introduire mon univers, et attiser la curiosité », sourit l’artiste.

La sortie de son prochain morceau « Venin » est actée pour la fin du mois d’avril. Un titre sous le signe du surnaturel, aux mélodies synthétiques envoûtantes.

Un artiste découvert par Groover

ROB ONE est un des premiers artistes à avoir utilisé la plateforme de promotion musicale Groover, dès sa mise en place en juin 2018. Groover est une start-up innovante qui met en relation des artistes avec des médias et des labels. Grâce à Groover, ROB ONE a été ajouté à une dizaine de playlists et son titre « Tropiques à moi » a été diffusé sur la radio FIP. « Dans le cadre d’un partenariat avec Radio France, Groover a recommandé 32 morceaux aux programmateurs de FIP, et 10 ont pu être diffusés sur la radio, explique le jeune chanteur. Groover est un concept très intelligent, et c’est grâce aux cofondateurs que j’ai pu me produire à l’International en janvier dernier ! », ajoute-t-il.

D’ici les futurs concerts, ROB ONE se concentre sur son prochain album prévu pour fin 2019. Un artiste à suivre cette année !

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Rencontre avec Dorian Perron, cofondateur de Groover

Articles & interviews, Musique

Fondée en 2017 par quatre jeunes diplômés d’écoles de commerce et d’ingénieurs, la start-up Groover est une plateforme de promotion musicale pour les artistes. Un concept innovant qui permet de créer un lien direct entre artistes et médias, tout en respectant l’indépendance musicale et éditoriale de chaque côté. 

Dans les locaux de Groover, au septième étage d’un immeuble parisien près de Montorgueil, Dorian Perron, cofondateur de la start-up, a pris le temps de répondre à mes questions.


Qui sont les fondateurs de Groover ? Quel est le parcours de chacun d’entre vous ?

Nous sommes quatre cofondateurs : Romain, Jonas, Rafaël et moi. On s’est rencontrés à la fin de nos études lors d’un programme d’entrepreneuriat accéléré, à UC Berkeley en Californie. Jonas sortait de Polytechnique, Raphaël de Paris-Dauphine, et Romain et moi de l’ESSEC. Le but de ce programme est de concevoir un début de projet de start-up, pendant quatre mois et demi. On avait tous des petites expériences dans la musique : Jonas (Polycool) et Romain (Sévigné) ont chacun un groupe de musique, et je tiens mon webzine musical Indeflagration. Alors on s’est dit qu’on voulait aider les musiciens, car on sait qu’il est difficile de lancer sa carrière.

Tim et Max, au départ stagiaires, sont les deux développeurs de la plateforme. Jade est en stage et s’occupe du business développement ainsi que de la communication sur les réseaux sociaux.

Groover est ton deuxième projet d’entrepreneuriat après ton webzine Indeflagration. Est-ce la suite logique ?

J’ai créé ce blog avant mon entrée à l’ESSEC en 2013, uniquement par passion. Et puis, le site a grandi, des amis m’ont rejoint. En 2015 on a créé le studio Flagrant (chez moi) pour organiser des sessions musicales en invitant des artistes. Et ça a pas mal marché ! Finalement, Indeflagration a pris le statut d’entreprise, mais fonctionne comme une association : les revenus qu’on récupère sont réinvestis dans du matériel, des projets musicaux.

Groover est une vraie start-up avec un objectif de croissance, alors qu’Indéflagration est simplement un média pour parler musique.

Cependant, Indeflagration est en quelque sorte le « pourquoi » on a créé Groover : on recevait énormément de mails d’artistes qui souhaitent promouvoir leur musique via le webzine. En moyenne, les médias reçoivent entre 100 et 200 mails par jours… Et les artistes n’obtiennent généralement pas de réponse.

Comment l’idée de créer une plateforme de promotion musicale est-elle venue ?

Au départ, on voulait créer une plateforme pour développer la carrière des artistes. Sur Spotify, c’est 20 000 nouveaux morceaux qui sortent par jour, ce qui est conséquent. On s’est demandé comment on pouvait les aider. Quand on était à Berkeley, on a interviewé plus de 150 musiciens et professionnels pour savoir quels étaient leurs réels besoins. Il s’est révélé que la promotion était le principal problème : comment s’y prendre pour faire écouter un morceau à des professionnels, des médias, des labels, autre qu’à son entourage ?

Dans un premier temps, on a mis en place un formulaire Google qui consistait à faire payer aux artistes des micromontants, via PayPal, pour contacter des médias. Et ça a marché !

En janvier 2017, on est revenus à Paris avec un peu de chiffre d’affaires pour bosser sur le projet Groover. Début mai, la plateforme fonctionnait et on l’améliore chaque semaine.

Quel est le concept de la plateforme Groover ?

La plateforme Groover permet de mettre en contact les artistes ou représentants d’artistes avec des médias, labels ou journalistes, tout en leur assurant d’être écoutés. Un artiste envoie un morceau à une sélection de médias, labels, journalistes pour 2 euros par influenceurs. Ceux qui reçoivent les morceaux sont rémunérés 1 euro par retour réalisé, quelque que soit leur avis, positif ou négatif. Le but est que chaque média garde son indépendance éditoriale. Les influenceurs sont tenus de rédiger une réponse constructive, de minimum 15 mots, pour chaque morceau écouté. Et Groover garde 1 euro.

Finalement, chacun est satisfait : les artistes ont des retours précis sur leur travail et les influenceurs apprennent à réécouter et découvrent des musiques. Il s’agit de créer une adéquation entre artistes et médias.

Le modèle de Groover est peu coûteux pour les artistes. Comment envisagez-vous l’avenir d’un tel modèle économique ? Sera-t-il viable sur le long terme pour Groover ?

Il s’agit en effet d’un modèle qui appelle le volume. Il est donc possible, que dans un futur proche, des médias soient saturés de morceaux. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais on pense déjà à un nouveau modèle intégrant une seconde catégorie d’influenceurs qui regrouperaient les médias les plus importants, donc un peu plus cher.

Ce modèle est viable si on arrive bien à faire l’adéquation entre les artistes et les médias. Si les artistes sont satisfaits, ils reviennent. C’est comme un abonnement.

D’autre part, grâce à l’activité intense sur la plateforme, on arrive à repérer certains morceaux qui marchent bien. Nous réfléchissons à la manière de monétiser cette plus-value, pour proposer ces morceaux à des médias plus importants. Récemment, on a scellé un partenariat avec FIP et Radio France.

As-tu des exemples d’artistes qui ont réussi à lancer leur carrière grâce à Groover ?

Il y a en plein ! Par exemple, le duo Coral Pink a fait l’objet de plusieurs articles et a signé chez Nice Guys, un sous-label d’indie-pop de Délicieuse Musique. Surma et Whales, deux artistes portugais, ont cartonné auprès des médias français. Ils ont également jouée au Mama Festival. Aussi, le groupe Family Recipes et l’artiste Rob One sont actuellement diffusés sur FIP grâce à Groover. Mackenzie Leighton, une jeune musicienne indie folk, est passée quant à elle sur Hotel Radio Paris. Pour finir, Magon, un artiste dans le style rock psyché, a lancé sa carrière solo suite à Charlotte & Magon et a joué au Groover Showcase en juillet.

Comment s’organise le travail au sein de Groover ?

On s’est très bien répartis les tâches ! Nous avons la chance de nous faire confiance.

Jonas s’occupe de la partie analyse de données. C’est un rôle très important car c’est ce que fera notre différence : il s’agit de l’algorithme de « matching » (en d’autres termes, les suggestions de médias et labels pour un artiste). Romain s’occupe de la partie partenariats et relation avec les investisseurs. Rafaël travaille sur le produit, le design, l’amélioration de la plateforme et de l’expérience utilisateur. Moi je bosse sur le business développement avec Jade ; il s’agit d’aller chercher de nouveaux médias, de nouveaux artistes, d’assurer la coordination et d’organiser des événements.

Avez-vous rencontré des difficultés dans le début de cette aventure entrepreneuriale ? Quels sont les enjeux de la plateforme ?

On s’est vite rendu compte qu’il était nécessaire et essentiel d’être très réactifs, disponibles à chaque instant pour les artistes et les influenceurs. C’est un de nos principes pour le futur : être toujours capable de répondre aux sollicitations des artistes et des professionnels. On commence à mettre en place des dispositifs automatisés, comme le chat sur la plateforme.

Le gros challenge est de maintenir haut de taux de réponse. Aujourd’hui, il est au dessus de 70%, mais on aimerait qu’il augmente. Nous devons être bien attentifs à l’activité des médias, à la qualité des retours.

L’enjeu est aussi de gérer le volume de morceaux qui augmente et continuer à accueillir convenablement chaque musique. Fin janvier, nous aimerions atteindre 160 le nombre d’influenceurs actifs. Quelques médias nous ont rejoint récemment, comme Radio Néo, Raje, Haute Culture, des chroniqueurs de Radio Campus Paris…

Vous avez déjà organisé plusieurs événements musicaux, comme les « apéros Groover ». En quoi consistent-ils ?

On organise deux types d’événements : les apéros privés et les showcases. Quand on est revenus de Berkeley, on voulait rencontrer nos utilisateurs. On a organisé un apéro privé chez moi et… quarante personnes étaient présentes ! C’était une grande surprise. L’idée est d’organiser régulièrement ce genre de rencontres intimistes pour donner la possibilité aux médias et aux artistes d’échanger dans une ambiance conviviale.

Ensuite, le principe des showcases permet aux artistes de postuler gratuitement sur la plateforme pour venir jouer à nos événements. Nous avons reçu 70 candidatures à notre dernier événement au Motel.

Nos événements attirent de plus en plus de monde, c’est très encourageant !

Vous vous êtes lancés publiquement au Mama Festival en octobre. Cela signifie-t-il que le projet devient concret ? Comment l’avez-vous appréhendé ?

Le Mama Festival a été une véritable opportunité pour donner de l’ampleur au projet. On a eu la chance de participer à la compétition Pitch Start-Up, qui nous a donné l’occasion de faire un discours devant de nombreux professionnels de la musique. Nous avons remporté le Prix Coup de Cœur du jury ! On a également reçu un prix qui récompense les jeunes de moins de 30 ans qui innovent dans la musique.

Aussi, lors du festival, on tenait un stand qui a amené pas de mal de monde. Suite à ces rencontres, plusieurs médias se sont inscrits sur la plateforme.

Quels sont les projets futurs de Groover ?

Maintenant, le travail va s’articuler entre améliorer l’expérience de l’utilisateur sur la plateforme, augmenter le volume des morceaux sur le site, et redéfinir notre identité visuelle. Il y aura du nouveau à la rentrée de janvier !

Artistes ou médias, rejoignez Groover !


Groover en chiffres

  • 135 influenceurs actifs
  • 800 utilisateurs uniques (artistes, attachés de presse…)
  • plus de 10 000 envois de morceaux
  • 2 500 partages sur les réseaux sociaux
  • 11 signatures sur des labels

A venir

Prochain Showcase le mardi 8 janvier à L’International. Event ici.

Sentiments amoureux au son de pâle regard

Articles & interviews, Musique

Une musique qui n’en finit pas… pour exprimer la complexité des sentiments amoureux, parfois conflictuels et violents. Le 31 août dernier, le quintet parisien pâle regard, composé de Capucine (voix), François (guitare, chant, synthétiseur), Quentin (basse, synthétiseur), Thomas (synthétiseur, guitare) et Ferdinand (batterie), sortait son premier EP-concept « Fait Accompli », sur le label londonien Dirty Melody Records. A la fois une longue piste de huit minutes et une suite fragmentée de quatre titres distincts, « Fait Accompli » raconte une histoire que tout le monde connaît, celle qui se vit à deux.

François et Quentin, compositeurs et « noyau dur » du groupe, ont pris le temps de répondre à mes questions.


L’effet lo-fi

« C’était les beaux jours, c’était inspirant ». Quentin évoque la naissance de pâle regard. C’était au printemps 2018, lorsque la lumière du jour se fait plus pâle, plus claire, plus mélancolique. Dans un rythme lancinant, se mélangent alors une voix délicate, une guitare acoustique, un synthé analogique… Le nom de pâle regard s’accorde parfaitement avec l’esthétique singulière de la musique, que les membres du groupe qualifient de lo-fi junk pop. Étrange pour un style musical ? Lo-fi, c’est le nom d’une pédale qui produit des effets. Imaginez un son chaud et vieux, loin des tonalités trop propres, trop lisses. « On est très attirés par les pédales d’effets, certaines sont inspirantes et deviennent des instruments à part entière, nous dit Quentin. Notre façon de faire est brute, simple, sans artifices tout en restant très pop. »

« Fait Accompli », pâle regard – 2018 – 
© 
Pierre-Emmanuel Mazy

Influencé par Serge Gainsbourg, Sébastien Tellier ou encore The Whitest Boy Alive, le quintet apprécie cette vague ancienne d’artistes, à l’esprit indépendant et libre. Composé et enregistré entièrement dans la chambre de François, l’EP « Fait Accompli » se révèle alors comme une musique intimement proche. « Le côté spontané est bien là, puisqu’on enregistre tout avec très peu de prises », ajoute François.

Un concept original

Élargir la palette d’émotions. Telle est l’intention musicale de pâle regard avec le premier EP « Fait Accompli ». « Un jour j’ai branché une boîte à rythme, j’ai pris ma guitare acoustique et j’ai essayé de trouver un liant entre deux morceaux en les jouant à la suite, sur la même rythmique », explique François. Le long morceau minimaliste de huit minutes se divise en quatre fragments. Les titres « Solitude », « Illusion », « Transition » et « Idées Noires » s’enchaînent de manière naturelle et évoquent la progression des sentiments amoureux. L’impression d’une voie sans issue à la suite d’une scène violentes, les doutes qui s’installent, et puis les sentiments remords. « Fait Accompli » peint avec mélancolie et sincérité une histoire d’amour qui finit mal, une histoire somme toute universelle.

pâle regard – 2018 – 
© Marie Rouge

Prendre du recul

La musique lente et apaisée contraste avec le thème déchirant de la difficulté des relations humaines. « Comme on raconte une histoire, on avait besoin d’un fil rouge, quelque chose qui nous fasse comprendre implicitement qu’on parle de la même chose mais de manière différente », selon François. Le tempo très lent maintient une cohérence musicale tout au long de l’EP. Comme si le temps ralentissait, il s’agit aussi de prendre du recul, de mettre des mots sur l’intensité des sentiments. « La rythmique permet de s’extirper de certaines pensées et certains souvenirs », continue le guitariste du groupe.

Un prélude qui marque le début d’une belle aventure pour pâle regard ! Un nouveau morceau sort au mois de janvier, et le groupe travaille actuellement sur la réalisation d’un clip. Pâle regard jouera le 12 décembre prochain à l’International, un concert organisé par la Fessée Musicale. Event ici.


Découvrez la playlist de pâle regard sur Spotify ici.

We Are The Line, ombre et lumière électrique

Articles & interviews, Musique

De l’électro sombre et des influences Depeche Mode. Le projet musical parisien, We Are The Line, a sorti son deuxième EP Songs of Light and Darkness, le 3 juin 2018. Un résultat incisif. Rencontre avec Jérôme, le porteur du projet.


Des ombres errantes, aux allures de fantômes, dans la froide pénombre d’une cave laissée en friche. Ambiance troublante. Ce n’est pas une scène d’un thriller psychologique – enfin, presque – mais des sonorités électroniques. Les premières notes de l’intro de Songs of Light and Darkness de We Are The Line nous plonge dans un univers froid et nocturne, d’où émerge des scènes quelque peu angoissantes dans notre esprit. Âmes sensibles, s’abstenir.

Réunir autour d’un collectif

« Je suis en perpétuelle quête d’identité et de sens. » Derrière le projet We Are The Line, se cache un seul homme : Jérôme. Un moyen pour lui de prendre du recul et de rassembler autour d’un même mouvement. « Même si ce que je compose est éminemment lié à ma vie personnelle, derrière le ‘nous’, le collectif, il y a l’idée de réunir autour de ma musique et de faire réagir », évoque Jérôme. La Ligne, c’est une direction, une destinée propre à chacun qui nous façonne. « C’est aussi un personnage que je fabrique afin d’éviter de trop personnifier, ajoute-t-il. Mais le projet représente aussi ce que je suis, une accumulation de vies et d’expériences ».

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Jérôme, de We Are The Line – © Hubert Cadalguès

Dualité et complexité

Des paroles optimistes et mélancoliques, sur des sons mécaniques, mystérieux et nuancés. Telles sont les caractéristiques du projet musical de We Are The Line. « Le deuxième EP Songs of Light and Darkness convoque les aspects doubles et nuancés de ma personnalité », explique Jérôme. Les notes, énergiques, fusent et éclatent en un millier de détails sonores. A l’écoute du morceau « An Hymn For Them All », on remarque le contraste entre ombre et lumière : des sons électroniques dissonants qui rappellent le bruit d’un électrocardiogramme pour aboutir à une mélodie plus apaisante. Le titre phare de l’EP « Darkness Above », le prouve aussi. « J’y oppose le fond et la forme, explique Jérôme. Le morceau est sombre et les paroles sont plutôt positives ».

Songs Of Light & Darkness - Artwork (Digit CMJN)

Artwork Songs of Light and Darkness – © La Ligne

Rendre compte de la complexité du monde dans lequel on vit. C’est aussi l’ambition musicale de We Are The Line dans son EP Songs of Light and Darkness. « ‘Darkness Above’ évoque le dépassement de soi et le refus d’un assujettissement à la société », affirme Jérôme. Dans un monde binaire et nuancé, We Are The Line nous livre un message : éviter la facilité et regarder derrière les apparences. Alors, We Are The Line exorcise ses peurs, ses doutes, ses colères et invite à « faire péter les murs ».


We Are The Line prépare une nouvelle sortie musicale. « Le format n’est pas encore défini, mais je souhaite évoluer musicalement », confie Jérôme. Impatience.

Laura BARBARAY

La Haute École, tremplin des jeunes artistes #1

Musique, Reportages

« Éragny-sur-Oise, pépinière des musiques urbaines » #1

Collectif éragnien fondé en 2015 et composé de sept membres, la Haute École aide les jeunes artistes à construire leur projet.


Des néons bleus dans une salle obscure, une table de mixage et un piano synthétique réunissent la bande d’amis passionnés de rap, au Studio Neptune à Éragny. La voix grave du rappeur Ebenezer (alias Gama Boonta) résonne dans les enceintes. Le co-fondateur du collectif, Bass (24 ans), se souvient de ses débuts : « Je passais mes journées à enregistrer mes textes de rap chez Jérôme, DJ de notre collectif. C’est ce qui nous a donné l’envie de créer la Haute École pour développer nos projets artistiques ».

Un collectif passionné

Des rappeurs, des producteurs, des DJs, des vidéastes ou encore des graphistes. Voilà la force de la Haute École, composée des co-fondateurs Bass et Yanis, ainsi que d’Ebenezer, Jérôme, Antoine, Julien et Marvin. « Nos compétences artistiques diverses nous ont réunis pour créer le collectif et produire du contenu comme des clips ou de la musique », évoque Jérôme (alias Jigiggs, DJ). Chaque membre est libre d’entreprendre son projet, et bénéficie du soutien de la Haute École. Par exemple, Antoine, graphiste, a réalisé la pochette de l’EP « Nénuphar City » d’Ebenezer. A la fin des concerts de Yanis (alias Moneywood, producteur et DJ), Julien (vidéaste), réalise la vidéo de sa prestation sur scène. « Chacun apporte sa patte au projet de l’autre » explique Jérôme.

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© PolHermann Poupard

Soutenir des projets

Servir de tremplin aux jeunes qui se lancent dans une carrière artistique. Telle est l’ambition de la Haute École. Depuis quatre mois, le collectif est devenu une société qui gère la carrière de jeunes artistes, comme les groupes de rap GLGV ou 8scuela, ou encore les mannequins Junior et Makeda. « Nous avons travaillé sur la direction artistique du clip ’’Comment Te Dire Adieu’’ de GLGV » confie Bass. « On s’occupe également de trouver des shootings pour les modèles » ajoute-t-il. Ainsi, la Haute École élargit ses actions dans différents domaines artistiques.

Bass insiste sur l’aspect exigeant de la Haute École : « Notre indépendance nous permet de sélectionner les artistes les plus originaux possibles. La Haute École est un appel à la liberté artistique et nous cherchons des jeunes qui ont envie de tout donner pour leur carrière », s’enthousiasme-t-il.

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Bass, Ebenezer, Jérôme, Antoine et Julien, membres de la Haute Ecole – © PolHermann Poupard

Organisation d’événements

En plus du management des artistes, la Haute École organise des événements musicaux. En 2017, dans le cadre de l’inauguration de l’Espace Initiatives Jeunes qui accompagne les jeunes Éragniens dans leurs projets, la Haute École a bénéficié d’une résidence artistique à la Maison de la Challe pendant une semaine. « Ça nous a donné une véritable impulsion » confie Bass. Jérôme ajoute : « On a pu créer un concert de A à Z en apprenant à se servir du matériel technique ou gérer les transitions entre les morceaux ». A l’issue de cette semaine, les membres de Haute École se sont produits en concert dans la salle Victor Jara à Éragny-sur-Oise. Depuis, la Haute École enchaîne l’organisation de soirées musicales à Paris : la « Haute École Sundays » en août 2017 au Concorde Atlantique et le « HE CLUB » au Petit Bain en octobre dernier.

A partir du mois d’octobre, la Haute École prévoit d’organiser un événement mensuel. Un véritable bouillonnement culturel.

Laura Barbaray


 

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Le Studio Neptune, situé au 5, impasse des chasses marées à Eragny-sur-Oise, a ouvert ses portes le 2 juin 2018. Les gérants, Gabriel et Mathias, proposent des sessions d’enregistrements, du mixage, de la production, ou encore de la réalisation de clip. « Nous gérons l’ensemble des projets des artistes musicaux » évoque Gabriel.
Renseignements au 06 26 84 74 72 ou studio.neptune95@gmail.com

 

Prochain épisode #2 : Gama Boonta →

Article à retrouver dans la Gazette du Val d’Oise (n°2214, paru le mercredi 15 août 2018).

TRprod, profondeurs sonores

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L’un est chanteur et guitariste, l’autre est arrangeur-compositeur. Le duo TRprod est né de cette rencontre, entre Thomas et Raphaël. Un mélange subtile et mystérieux d’électro, de rock et de trip hop aux tonalités mélancoliques pour un voyage dans les profondeurs sonores. Leur premier EP « Naissance », sorti le 15 juin 2018, laisse entrevoir un univers musical aux multiples nuances. Rencontre.


Un duo complémentaire

Des sonorités synthétiques, une guitare électrique, une voix sombre et grave. TRprod développe sa propre identité musicale, fruit de la rencontre complémentaire de Thomas et Raphaël.

Thomas est chanteur, guitariste et pianiste depuis douze ans. « Auparavant, j’étais membre du groupe pop-rock Terminal Périphérique. J’écrivais les paroles et je composais à la guitare » se présente Thomas. Thomas évolue dans le monde rock, tout en modelant des tonalités mélancoliques. « Je suis sensibles aux paroles de Noir Désir, M ou encore Mano Solo. Je me sens proches de ces artistes musicalement », évoque-t-il.

Raphaël est arrangeur-compositeur. Il a commencé la musique à l’âge de 11 ans en apprenant la guitare. « Lorsque j’ai eu mon premier ordinateur, j’ai travaillé sur un logiciel de musique assistée par ordinateur (MAO). Cela m’a formé dans la technique du son et de l’enregistrement », explique Raphaël. Ainsi, il progresse dans un univers électro et synthétique.

En 2014, c’est là que tout commence. « On s’est rencontrés il y a cinq ans en classe, dans une formation de techniciens des métiers du spectacle » rappelle Raphaël. A cette époque, les deux artistes montent un collectif d’audiovisuel dans la création de courts-métrages. « Nous composions les bandes de son pour ces petits films. Le style musical que nous développions nous plaisait et plaisait à notre entourage » se souvient Thomas. Thomas et Raphaël décident de prolonger l’aventure en créant un duo, TRprod.

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Thomas – © TRprod

Faire voyager

Raconter une histoire, évoquer les sentiments du quotidien et faire voyager. Telle est l’intention musicale du premier EP « Naissance » de TRprod, composé de cinq titres. L’expérience de Thomas et Raphaël dans l’illustration sonore leur a permis d’entrer dans la fiction, de faire parler les images à travers la musique. « Les bandes sonores étaient très importantes dans nos courts-métrages. On était exigeants sur la réalisation des musiques et cela nous a permis de trouver peu à peu notre style » confie Thomas. « Ce qui nous a donné le déclic, c’est la bande originale du film ‘Tchao Pantin’, réalisée par CharlElie Couture » ajoute Raphaël. « Les sonorités sombres et mystérieuses nous plaisent, on se reconnaît dans ce style musical » s’enthousiasme Thomas.

« Naissance » pourrait aussi bien raconter une histoire. Ou du moins le voyage initiatique des deux amis. « On pourrait voir dans les musiques de notre EP une continuité. On commence par ‘Genèse’ pour finir avec ‘Turquoise’, deux titres instrumentaux pour ouvrir et clore le voyage » explique Thomas. « On alterne un morceau chanté et une musique instrumentale pour apporter une cohérence et plonger l’auditeur au cœur d’une histoire, d’un univers » ajoute Raphaël.

Travailler dans le temps pour aboutir à un résultat de haute qualité. Seuls, les deux artistes ont composé ce premier EP, selon leur ressenti, sans précipitation. Du pur homemade.

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« Naissance » – © TRprod

Une narration visuelle

Si TRprod raconte une histoire à travers les musiques, le duo attache de l’importance à la narration dans les clips. On retrouve leur intérêt pour l’illustration sonore. Le clip du titre « Genèse » met en scène une danseuse au milieu de friches industrielles. Ses mouvements lents et gracieux contrastent avec les scènes tumultueuses de la vie urbaine. « On a pris une feuille blanche et un stylo, et on a réfléchi à la trame du clip, à une narration esthétique » explique Raphaël. « La danseuse avait carte blanche. Elle donne un ton mélancolique, c’est elle qui guide et fait contrepoids par rapport aux scènes de la ville » ajoute Thomas.

Dans le clip de « Genèse » on entre dans les profondeurs abyssales des sons et des images, si ce n’est dans la genèse du projet de TRprod. « Au début du clip, le travelling vers l’avant en direction du tunnel représente un œil » suggère Thomas. « C’est comme si on entrait dans un autre monde pour en ressortir plus ou moins changé à la fin » ajoute-t-il.

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Clip « Genèse » – © TRprod

Le duo TRprod travaille de nouveau sur un prochain EP. « On aimerait revisiter une musique de mon ancien groupe Terminal Périphérique » avance Thomas. D’ici là, TRprod réfléchit à se produire en concert…

Laura Barbaray

Wild Wild Waves, fréquences hybrides

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« Peindre des tableaux sonores aux fréquences et textures hybrides ». Le quartet lyonnais Wild Wild Waves formé en 2012 se détache par contraste de la grande toile des artistes électro underground. Un mélange hétéroclite de batteries, de contrebasse et de vibraphone aux notes synthétiques et percussives fait entrer le groupe WWW dans une autre dimension sonore et visuelle, hors champ. A l’occasion de la sortie de la version remixée, le 8 juin 2018, de leur premier album « Nuées », rencontre avec les membres du groupe.


Une vague sauvage et mouvante

Des nuits entières à écouter des albums, à se projeter dans un futur proche et lointain. Ainsi est né Wild Wild Waves. Koji (contrebasse, voix), Keyjah (vibraphone, claviers), Submarine (machines), et Ssokaa (batteries, machines) se sont rencontrés dans les couloirs du conservatoire de Lyon, en cursus jazz. « Ces interminables nuits, un peu sauvages, nous ont inspirés pour le nom du groupe Wild Wild Waves. Les trois ‘W’ forment une vague » expliquent les quatre amis. « On a pris le temps de construire notre propre univers musical » évoquent-ils. Influencés par Weval, Blue Hawaii ou encore Björk, les membres de WWW explorent de nouvelles tonalités et vont plus loin dans leur recherche musicale. C’est le fruit d’innombrables heures d’improvisation et de reprises en studio. « On pourrait qualifier notre musique de mouvante et hétérogène, comme les vagues. On expérimente avec ce qui nous passe sous les doigts. C’est notre petit laboratoire intime » suggère le quartet. La personnalité de chaque musicien forge les différentes créations musicales de WWW.

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Wild Wild Waves 2015 – © Antoine Meunier

Et le premier album « Nuées » a vu le jour, en mars 2017. « Nous l’avons composé lors d’une résidence de deux semaines dans le Berry, au milieu des champs de tournesols. Des nuées d’oiseaux traversaient le ciel le soir » racontent les artistes. Un contexte propice à des explorations sonores.

De la matière sonore

Des rythmes percutants, des résonances astrales et une voix qui semble flotter sur la musique. L’album « Nuées » donne à voir les sons. Le groupe peint des « tableaux sonores », des longues plages de jeu que les artistes conçoivent touches par touches. « A la façon d’un producteur, on fait évoluer nos morceaux en rajoutant des petits éléments sonores, presque inaudibles » explique WWW. « Cela donne l’impression de créer une grande toile, qui se précise d’instants en instants, et dont on est les seuls à connaître la forme finale » s’enthousiasment les artistes.

« On aime créer avec nos mains ». Le quartet étend aussi son intérêt pour l’art aux graphismes et aux collages qu’ils utilisent pour leurs visuels. « Les collages sont devenus un rituel à chaque moment symbolique du groupe. On tombe sur plein d’images qui nous marquent, on se les partage, et on en ressort une esthétique » disent-ils. Dans le groupe, Koji crée des visuels pour différents labels, artistes et surtout pour le plaisir. Une dimension artistique qui complète l’univers sonore de WWW.

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Collage – © WWW

Soif de nouveaux projets

« Redécouvrir notre album et le faire découvrir à ceux qui ne le connaissaient pas ». Wild Wild Waves revisite son album avec la sortie de « Nuées Remixed » le 8 juin 2018, sur le label l’Affect Records. Sept titres remixés par sept artistes au style musical différent. Woodwire propose une version aérienne du titre « Dawn » tandis que 2080 explore des sons plus percutants et électroniques sur le morceau « Times ». « On a plein d’amis dont on apprécie le travail musical. On a été agréablement surpris du rendu ! » s’exclame le groupe. « C’était un prétexte pour travailler ensemble, rencontrer des producteurs que l’on connaît moins ».

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« Nuées Remixed » – © Koji

Et ce n’est pas tout. Le groupe prépare un nouvel EP prévu à l’automne prochain, aux nuances plus pop. « On a également pris le temps de bosser les textes plus en profondeur que sur ‘Nuées’, on voulait parler de trucs qui fâchent, de sujets importants pour nous » ajoutent-ils. Un clip est aussi en cours de réalisation pour l’un des nouveaux titres, dans un esprit coloré et acidulé.

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Prochain clip EP – © WWW

Laura Barbaray

NATION, la soul futuriste

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Capturer une forme de mélancolie sonore, teintée d’interrogations existentielles. Telle est l’intention musicale et artistique de NATION dans son premier EP « Something Happened » sorti le 25 mai 2018. Guillaume Destot, leader du projet depuis 2016, explore la « future soul », un univers musical futuriste aux tonalités synthétiques, en quête d’une nouvelle nation et d’une paix intérieure.


Explorer un futur mystérieux

Des effets de guitare saturée, des drum machines et une voix grave recyclée. Le premier EP « Something Happened » de NATION tente d’explorer un univers sonore futuriste. Nourri à la soul des années 1960 comme celle d’Otis Redding, ou plus tard aux chansons de Prince et de Stevie Wonder, Guillaume s’ancre dans ces références musicales mais va plus loin dans sa recherche de tonalités nouvelles. A l’écoute de son EP, on s’immerge alors dans la « future soul » : la combinaison de ces influences des années 60/70 avec des sons mystérieux, presque mystiques. « La future soul, telle que je l’imagine, est une mélancolie chantée par des machines un peu humaines, et par des humains un peu machines » évoque Guillaume. Comme un film de science fiction avec un vieux vinyle de Bill Withers qui tourne en toile de fond.

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NATION – © Pierre Portolano

Rassembler et réunir

NATION n’a rien d’un projet politique. Mais il s’apparente plutôt à « une communauté imaginaire qui se rassemblerait autour d’un univers personnel » résume le chanteur et musicien. En 2016, après son précédent projet de musique pop Vim Cortez, il décide de prendre une direction artistique différente, « plus introspective et plus sombre ». A travers son premier EP, Guillaume tente de créer une nouvelle nation, de l’explorer et de lui appartenir pour ne pas sombrer. « Les chansons évoquent l’espoir, son jumeau négatif ou encore des rêves doux-amers », explique-t-il. Pris dans le tourbillon d’un monde qui va trop vite, qui déstabilise nos repères, Guillaume s’invente un pays, une société ouverte et accessible dans laquelle il trouve refuge.

« Se construire une bulle »

Un sentiment étrange de ne pas se sentir au bon endroit au bon moment. C’est ce que raconte Guillaume à travers le titre « Suddenly I Feel ». « On a tous l’impression d’être des étrangers dans nos vies, et je le ressens très souvent » exprime-t-il. « Je me construis moi-même une bulle, mais souvent, elle éclate face à tant d’yeux et de visages qui m’entourent… ».

Le clip présente la quête compulsive d’un personnage pour un ailleurs artificiel. « J’ai représenté cette idée à travers un viewmaster, un objet suranné, qui est un peu l’ancêtre de la réalité virtuelle. Le personnage passe d’un ‘dealer’ à l’autre  jusqu’à ce qu’une femme un peu maternelle lui donne le dernier disque et lui montre qu’il cherche un passé révolu qu’il ne retrouvera pas » suggère Guillaume.

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Clip « Suddenly I Feel » – NATION

En attendant les prochains concerts de NATION d’ici septembre, Guillaume développe l’univers sonore et visuel de son projet, avec notamment le tournage du clip « Brooding Thuggery » prévu au mois d’août.

Laura Barbaray

Leska, le duo éclectique

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Le bruit des roues d’un skateboard sur le bitume, des tonalités électro percussives, et la voix de José R. Fontao qui monte en puissance. « Curious » le nouveau titre de Leska, duo formé de Marc Mifune (alias Les Gordon) et Thomas Lucas (alias Douchka), donne un avant-goût de leur prochain EP « Circles II » prévu le 15 juin 2018. Après leur succès au Printemps de Bourges l’an dernier, les deux artistes rennais joueront aux Vieilles Charrues le 21 juillet prochain.


Un duo complémentaire

Leska, c’est la rencontre entre deux univers musicaux différents, mais complémentaires. La légèreté de Les Gordon et l’énergie de Douchka.

Marc est violoncelliste. « J’ai étudié au conservatoire » explique-t-il. Avec son projet Les Gordon, il signe plusieurs EPs, aux sonorités synthétiques et japonaises, chez le label Kitsuné. Thomas, lui, est batteur et DJ. Petit à petit, il se fait une place dans la musique électro en signant chez Nowadays Records.

La singularité des deux artistes a formé Leska, en 2015. « On a chacun notre univers. Notre volonté est de créer une troisième entité musicale à part entière » résume Marc. « Lorsqu’on a sorti notre premier morceau ‘Olympia’, on n’imaginait pas faire du live. On produisait du son, mais un son tout à fait nouveau. Et aujourd’hui sur les sessions live, la complémentarité se fait tout naturellement » ajoute Thomas.

Originaires de Rennes, les deux artistes trouvent aussi un point de jonction dans la ville bretonne. « On s’y sent bien. Rennes est comme un foyer pour nous » évoque Marc. « C’est vrai qu’on est particulièrement attachés à la ville, puisque notre premier concert était à la scène de l’Antipode, à Rennes. Cependant, on reste ouverts au territoire national » confie Thomas.

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Leska (Marc et Thomas) – © Micky Clément

De nouvelles expériences sonores

Explorer un genre musical nouveau, imaginer des sonorités progressives. Tel est le projet de Leska. « On n’aime pas les étiquettes. On ne dresse pas de frontières entre les genres. On teste, on expérimente librement de nouveaux sons, ce qui permet d’affiner notre identité, mais notre principal objectif est la recherche de nouvelles expériences sonores » explique Thomas. En piochant dans l’électro, le rock ou encore la musique classique, Leska compose spontanément. « Chaque morceau renouvelle perpétuellement notre style musical » ajoute Marc.

Après leur premier EP « Circles » en 2017, aux mélodies reggaeton et influencé par leur voyage en Afrique du Sud, Leska revient avec l’épisode 2. « Circles II », la suite logique ? « Les rythmes sont plus lents et percussifs, on a beaucoup appris des lives. C’est la suite de notre évolution musicale, de nos recherches sonores », affirme Thomas. Les deux jeunes artistes ont apporté de nouvelles voix, en attachant de l’importance aux collaborations. « Cela s’inscrit toujours dans notre volonté d’expérimenter : sur le premier EP on a déjà samplé, alors intégrer de vraies voix nous semblait intéressant cette fois-ci », selon Marc. La chanteuse américaine Lia prête sa voix sur le titre puissant et organique « Only and only ». Ou encore José R. Fontao, du groupe Stuck In The Sound, sur le morceau « Curious ».

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Circles II – Leska

Des artistes complets

Le duo Leska excelle dans la musique, mais aussi dans la production visuelle. Marc et Thomas ont entièrement réalisé le clip de « Curious », sur le port de Douarnenez en Bretagne. Une nuée de skateurs tournoient au milieu des entrepôts. « Depuis un certain temps, on pensait réaliser un clip avec des skateurs. La websérie de Marion Gervais ‘La bande du skatepark’ a beaucoup influencé notre travail » évoque Thomas. « D’autre part, on a écrit pas mal de maxis sur le port de Douarnenez, c’est significatif pour nous » se souvient-il.

Sur scène, Leska mêle les sons électroniques avec de vrais instruments. Marc joue du violoncelle ou encore de la guitare. Entre deux mix, Thomas se met à la batterie. « Faire danser le public, c’est notre principal désir » résume Marc. La scénographie fait partie intégrante du live : les lumières intensifient les sons pour une performance pleinement réussie. Une effusion d’énergie.

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Clip « Curious » – Leska


Concerts à venir :

  • 21/07/2018 : Festival des Vieilles Charrues – Carhaix-Plouguer
  • 18/08/2018 : Festival Submersons – Muzillac
  • 19/09/2018 : Point Éphémère – Paris

Laura Barbaray

Focus sur la playlist – l’interview de MOU

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Artistes en floraison Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En février, l’artiste nantais MOU avec le titre « Godbless » est mis à l’honneur.


Tu es cuisinier à tes heures perdues à Nantes. La musique reste-t-elle un passe-temps ou envisages-tu de quitter tes fourneaux ?

Pour commencer, disons que je suis musicien à mes heures perdues. Ma formation de base c’est la restauration, alors que je n’en ai jamais effectuée pour la musique. On va dire qu’il est un peu trop tôt pour moi d’envisager de quitter mes fourneaux. Bien que ces derniers temps je me penche énormément sur ma musique et les projets à venir. Laissons le temps aux choses, voir comment cela évolue, et pourquoi pas, un jour quitter ma cuisine, quand la route sera plus claire… Je suis de nature anxieuse, j’ai besoin de savoir où les choses m’emmènent avant de foncer.

D’où vient ta passion pour la musique et comment es-tu entré dans le monde musical ?

J’ai toujours écouté énormément de musique, mes parents n’avaient pas beaucoup de vinyles mais les écoutaient tous les jours. J’ai aussi deux grandes sœurs qui adorent la musique, beaucoup de chanson française en réalité. Et par la suite j’ai commencé à squatter la médiathèque de ma ville natale avec des potes, pour chopper des skeuds et les graver à la maison pour agrandir ma collection.

Je suis entré dans le monde musical en faisant des rencontres, principalement une fois sur Nantes. Ça a commencé avec Bâton (batteur de Rhum for Pauline), il m’a beaucoup conseillé sur comment avancer là-dedans. Ensuite, c’est allé assez vite, je connaissais aussi Lenparrot, et ces deux-là sont liés au label Futur. Futur m’a programmé pour leur festival qui est organisé tous les ans en juillet à Trempolino. Et à partir de là, j’ai rencontré La Brousse, le co-fondateur du label, qui m’a proposé de bosser sur ses prods. C’est le beatmaker de l’EP et il a aussi fait toutes les instrus.

On te décrit souvent comme « ni rappeur et ni chanteur ». Es-tu d’accord ? Quelles sont tes influences musicales ?

Je suis relativement d’accord même si je ne suis pas fan des étiquettes que l’on peut donner aux musiciens. Mes influences sont principalement hip-hop, mais ma famille n’écoutait que de la chanson française donc ça a dû avoir un impact sur ma musique aussi. Pour les artistes qui m’ont vraiment marqué, il y a Doc Gynéco avec « Première Consultation », Oxmo Puccino avec « L’amour est mort » ou encore Fabe avec « Détournement de son ». A présent, des groupes comme Mild High Club, Homeshake et des gars comme Muddy Monk font partie des artistes que j’écoute beaucoup.

Ton nom d’artiste « MOU » laisse imaginer une certaine nonchalance, une certaine mollesse dans tes chansons. Pourquoi avoir choisi ce nom, un brin provocateur ?

En effet, je voulais marquer la chose. Je suis relativement calme, voire mou personnellement et je me suis rendu compte que dans ma musique, cette nonchalance revenait. Cela me semblait logique de ne pas vendre quelque chose qui n’était pas moi, je pense que les gens sont prévenus quand ils écoutent mes tracks !

Ton premier EP « Full Sentimental » est sorti le 19 janvier 2018. Qu’exprimes-tu à travers tes chansons, aux rythmes lents et ankylosés ? Y a-t-il un rapport avec ton nom d’artiste « MOU » ?

Le but de cet EP était de tester d’autres choses avant tout. Me prêter plus à chanter, sur des beats dont je n’étais pas habitué auparavant. Ce qui reste cool, c’est que La Brousse a aussi une très bonne culture hip-hop donc on a pu trouver un terrain d’entente. J’essaie juste de parler de mon quotidien, des choses qui m’entourent, parfois de détails futiles mais aussi de délires plus lointains et imaginaires.

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© Mou – Full Sentimental

Le titre de ton EP fait-il référence à Alain Souchon ?

Je suis un grand amateur de jeux de mots, et pouvoir faire un clin d’œil à la chanson française tout en expliquant que l’EP est rempli d’amour c’était parfait.

A l’écoute de ton titre « Godbless », on ressent de l’amertume. Les paroles sont incisives et mélancoliques. Quelle émotion souhaites-tu partager à travers ce titre ?

A la base, je voulais créer une mélancomédie, ce que personne n’a compris. Je parle d’un chien qui se nomme Godbless, qui me mène la vie dure. J’ai essayé de l’imager comme si c’était une personne, en décidant que ses croquettes seraient des corn flakes et qu’il s’éclipsait dehors quand il y avait trop de fumée de clopes à l’intérieur. Tout ça, sur une instru très mélancolique, pour contre-balancer la chose. Mais finalement, chacun en fait son histoire et ce n’est pas plus mal.

Comment a-t-il été composé ?

Lorsque Quentin (La Brousse) m’a envoyé cette prod, je savais qu’il fallait faire quelque chose avec mais je ne voulais pas tomber dans le côté « drama », c’était trop facile. Et puis, j’ai tendance à mater beaucoup de vidéos de chiens sur Instagram, ce qui est arrivé le jour où j’ai écouté l’instru de « Godbless ». Du coup c’est allé assez vite pour écrire ce texte car l’envie d’avoir un chien me démange depuis un petit moment… J’adore les chiens, c’est une passion depuis tout petit. Je pense qu’on retrouvera le thème canin dans d’autres sons.

Le clip de « Godbless » te met en scène dans une maison presque vide avec ce fameux chien. Tu sembles planer dans une atmosphère surréaliste. Que signifie le clip et comment a-t-il été réalisé ?

Le but était de mettre en avant juste un chien et moi, raconter une histoire à deux, et que derrière la jolie tronche de ce chien, il me menait la vie dure… Amener une vision surréaliste était cool car cette chanson l’est complètement, je fais quand même un titre sur un animal qui n’en a rien à faire de mes dires et me laisse sous les décombres de ces conneries.

Le père d’une de mes amies a un grand domaine avec de vieux bâtiments abandonnés. En plus de cela, il possède 3 ou 4 chiens donc le cadre était idéal pour tourner le clip. Ensuite, j’ai contacté Zoé Cavaro, qui avait déjà travaillé avec moi auparavant, je lui ai expliqué le thème, le contexte, et elle a réussi à retranscrire dans les images tout ce que je désirais. C’est elle qui a fait le travail, car j’avais des idées en tête mais elle a très bien réussie à apporter sa touche.

Quels sont tes prochains concerts ?

Le 17 mars au Pop Up du Label à Paris, c’est une réunion du gang Futur. Il y aura les différentes signatures que le label a pu faire ces dernières années, avec Ricky Hollywood, Ed Mount et moi-même. Mais aussi, Voyou, qui est un pote à nous, en dj set avec La Brousse et Raphael d’Hervez, les fondateurs du label.

Sinon il y a le 5 mai au Pannonica à Nantes, pour une carte blanche de Lenparrot. Une belle réunion de copains avec Tonus, La Muerte, Discolowcost et Lenparrot himself.

As-tu des projets pour l’avenir ?

Pour le moment j’écris. De nombreuses choses risquent d’arriver d’ici peu, avec pas mal de surprises. Je n’ai pas de projet d’album pour le moment, le format d’EP me plait bien, ça me permet de peaufiner mon univers et pouvoir garder une cohérence sur le projet.

Laura Barbaray

Article à retrouver sur Radio Néo.

Stage chez Radio Néo

Rapports de stage

Du 8 au 19 janvier 2018, j’ai effectué un stage chez Radio Néo.

LA PETITE HISTOIRE DE RADIO NEO

Dans les années 2000-2001, trois acteurs du monde de la musique s’engagent dans un projet fou. Eric Baptiste (ancien directeur général de RFI, ancien directeur de la Confédération Internationale des Sociétés et d’Auteurs et Compositeurs [Sicac] et actuel président de la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique [Socan]), Enrico Della Rosa (ancien délégué général des Victoires de la Musique) et Stéphan Paris (ancien directeur marketing des Victoires de la Musique et ancien directeur général de News Tank Culture) sont à l’origine de Radio Néo, dédiée à la découverte musicale francophone.

Pour comprendre les origines de Radio Néo, il faut s’intéresser à l’histoire de la radio Ici et Maintenant. Rendre la radio et la parole au peuple, tel était le concept d’Ici et Maintenant à l’époque. Les auditeurs téléphonaient et débattaient à l’antenne sur des questions de sociétés. Les sujets étaient libres. Cependant, cette liberté totale a permis la diffusion de messages racistes. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a sanctionné la radio. Les programmateurs de la radio se sont engagé dans une lutte acharnée. Des semaines à camper devant le CSA et à diffuser les programmes dans la rue, pour finalement gagner une demi-fréquence de la 95.2 FM (Paris).

Un appel à candidature a été lancé pour acquérir l’autre demi-fréquence. C’est ainsi que Radio Néo est née, sous l’impulsion d’Eric Baptiste, d’Enrico Della Rosa et de Stéphan Paris. Elle diffuse de 7h à 14h et de 19h à 23h à Paris. En 2008, Radio Néo s’ancre en province, avec l’ouverture des fréquences à Toulouse, Bourges et Marseille qui diffusent des artistes locaux.

RADIO NEO, C’EST QUOI ?

Radio Néo est une radio associative, gérée par l’association « Les Antennes de la relève » dont le but est de promouvoir la scène musicale française et les artistes émergents. Attentive aux innovations culturelles, Radio Néo intègre dans son programme des sujets autour du théâtre contemporain, du cinéma, des arts plastiques ou encore des thèmes de sociétés.

Entre 2005 et 2010, Radio Néo organise des concerts environ deux fois par semaine dans des salles parisiennes comme les Trois Baudets ou la Maroquinerie. Shaka Ponk, Mademoiselle K ou encore Tryo faisaient partie des invités.

En 2015, Radio Néo se renouvelle. L’entrepreneur Olivier Poubelle devient président de l’association. Radio Néo est désormais hébergée par sa société Le Jardin Imparfait qui regroupe l’ensemble de ses activités (la gestion de salles de spectacles parisiennes comme La Maroquinerie, le Bataclan ou encore le Théâtre des Bouffes du Nord), la production de spectacles (Astérios, Yuma Productions…). A la rentrée 2017, Radio Néo change sa grille de programmes, avec une quotidienne comme émission principale, « CHAOS », du lundi au jeudi de 19h à 20h. Olivier Poubelle a également acté pour une refondation du site web et les jingles ont été réalisés par le groupe Fauve. En 2016, l’audience de Radio Néo à Paris a atteint 30 000 auditeurs par jour.

La radio doit respecter certaines conditions pour entrer dans la catégorie de « radio associative ». Le président ne détient pas le capital et la radio ne doit pas faire de bénéfices. Radio Néo possède 200 000 euros de budget par an. Elle reçoit également des subventions de la part de La Société Française d’Equipement Rationnel (SFER) à hauteur de 40 000 euros par an, de la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique (Sacem, 30 000 euros), de la région Ile-de-France (15 0000 euros) et de l’agence d’exportation de la musique belge WBM (Wallonie-Bruxelles Musique, 5000 euros).

DEROULEMENT DU STAGE

Radio Néo comporte un directeur de développement (Thierry) qui s’occupe de la production et du montage des émissions, un responsable des antennes (Sébastien) qui coordonne les émissions à l’antenne et réalise les mises à jour du site, et un journaliste (Thomas) qui prépare les émissions avec les artistes. Trois jeunes diplômés en service civique travaillent également pour Radio Néo. Marie est la chargée de communication, Juliette réalise des chroniques et monte des contenus audio, et Hugo (qui travaille principalement pour la radio rap OKLM) intervient une fois par mois en tant que chroniqueur pour mettre en avant des jeunes rappeurs.

  • Veille médiatique et documentation

Thomas, le journaliste, doit se tenir informer des sorties d’albums, de la programmation des théâtres contemporains et éventuellement des expositions parisiennes pour inviter des artistes musicaux, des comédiens ou des acteurs du monde la culture. C’est ce qu’on appelle faire de la veille médiatique. Pour cela, je me suis rendue sur les sites web des théâtres de Paris (par exemple la Ménagerie de verre, le Théâtre de la colline ou encore le Théâtre du Rond Point) et sur les sites spécialisés dans la musique (Les Inrockuptibles, The Drone, Bonzaï ou encore Tsugi).

De plus, j’ai aidé à préparer l’émission quotidienne CHAOS qui recevait l’artiste de pop urbaine Chaton le 18 janvier. J’ai réalisé un travail de documentation sur l’artiste. Dans un même fichier, il faut regrouper la biographie de l’artiste, la date de sortie de son dernier album, les derniers articles et interviews ainsi que des anecdotes qui pourront donner des idées d’angles et de la matière à l’interview.

  • Observation d’émissions de radio

Lors de mon stage, j’ai pu assister à deux émissions de radio enregistrées. La première était l’émission « La sauce » de la radio OKLM dédiée à la culture urbaine. Emmanuel Ricci, un directeur artistique belge et créateur de vêtements, était l’invité. Son travail consiste à recruter des rappeurs et d’en faire des « superstars » selon son expression. L’émission était filmée et animée par des chroniqueurs.

La seconde était l’émission CHAOS de Radio Néo qui invitait The Limiñanas, un duo français de rock garage, à l’occasion de la sortie de leur nouvel album « Shadow People ».

Lors des enregistrements, un producteur coordonne l’émission : il gère les micros, lance les jingles, les musiques, et les « tapis » que l’on nomme aussi les « beds », c’est-à-dire la légère musique qui accompagne les voix en fond. Le journaliste n’oublie jamais qu’il s’adresse aux auditeurs : il remet toujours les faits dans leur contexte et présente brièvement les artistes qui peuvent ne pas être connus du public.

  • Enregistrement des agendas culturels

Pendant mon stage, j’ai rédigé les agendas culturels pour les semaines du 22 et 29 janvier. Ce sont des petites chroniques de deux minutes qui présentent trois idées de sorties par jour (expositions, concerts, spectacles…). Elles sont diffusées tous les matins. Dans un premier temps, je me suis entraînée à oraliser mes textes, qui n’est pas un exercice facile.

J’ai donc enregistré les agendas culturels dans le studio. J’ai appris à me servir de la console. Tout d’abord, il faut allumer le micro et augmenter le niveau sonore entre 7 et 8. Puis, on règle le volume du casque pour s’entendre. Enfin, il faut sauvegarder le fichier audio et le renommer, que l’on récupère dans le dossier commun « TRANSIT » pour effectuer le montage par la suite.

La partie montage demande du temps, de la concentration et des compétences techniques. J’ai appris à me servir du logiciel WaveLab. Pour monter les agendas culturels, il faut le générique de Radio Néo ainsi qu’un « bed ». Sur ce genre de chronique courte, on doit enlever les respirations trop longues et les claquements de langues, désagréables à l’écoute. Entre chaque idée de sortie, on augmente le volume du « bed » durant 4 à 5 secondes pour marquer la transition. Enfin, on doit ajouter le traitement de voix « FM radio » pour obtenir un son adapté à la radio.

  • Participation à l’émission CHAOS

Enfin, j’ai eu la chance de participer à l’émission CHAOS de Radio Néo. Sur le thème « Les artistes que vous n’avez pas entendu en 2017 », deux chroniqueurs revenaient sur les artistes (français ou internationaux) passés sous les radars des médias en 2017. J’ai réalisé une chronique de deux minutes sur Thylacine, un artiste de musique électro. Les phrases devaient être courtes et simples. Là, je me suis confrontée à une difficulté majeure : éviter de lire la chronique et adopter un ton fluide. Ainsi, j’ai présenté la projet de l’artiste ainsi que son actualité. J’ai également choisi un titre à diffuser, « Poly » de son album Transsiberian. Le podcast de l’émission est en ligne sur le site de Radio Néo.

QUELLES CONCLUSIONS TIRER DU STAGE ?

Ce stage s’est révélé véritablement constructif et m’a permis de découvrir le monde de la radio. En classe de seconde, j’ai réalisé un stage en presse écrite au sien de la rédaction du magazine Joggeur (Editions Larivière), et en 2016 un stage chez News Tank Culture, une rédaction web. Ainsi, le stage chez Radio Néo a complété mes expériences et a renforcé mes compétences techniques (utilisation d’une console et du logiciel de montage, rédaction dans le style « chronique »). J’ai notamment appris à poser ma voix lors des enregistrements des agendas culturels. J’ai pu observer et comprendre comment se déroulait une émission de radio, du travail de documentation en amont à la coordination des contenus audios. Chacun joue un rôle précis, mais le travail en équipe est primordial. Par exemple, lorsque la radio doit renouveler sa playlist (les nouveaux artistes que Radio Néo choisi de diffuser), tout le monde doit participer aux réunions et les décisions sont prises d’un accord commun.

Ce stage conforte ainsi mes orientations professionnelles : travailler au sein des médias dans le domaine de la culture et créer des contenus écrits et audiovisuels.

Chronique Thylacine

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Dans l’émission CHAOS SUR LE RING de Radio Néo, j’ai réalisé une chronique sur Thylacine. Le thème était « Les artistes que vous n’avez pas entendus en 2017 ». Voici le script, ainsi que le podcast.


Le thylacine c’est le loup de Tasmanie, une espèce aujourd’hui éteinte. Une sorte de grand chien proche de la hyène, qui vivait la nuit. Mais notre Thylacine n’est pas éteint, non. Bien au contraire. Il fait naître sur la scène française l’électro d’un autre genre. Comme un loup solitaire, notre Thylacine est seul sur scène, avec son pad et son instrument fétiche : le saxophone. Thylacine est en fait William Rezé, il a tout juste 25 ans et il sort des Beaux-Arts. Sur scène, c’est une expérience musicale et visuelle : des projections graphiques, des ondulations oniriques, un halo de lumière. Une œuvre qui mélange les matières artistiques.

Sa musique fait revivre quelque chose qui vient de loin. Quelque qui chose grandit en nous, monte en puissance, comme une petite explosion dans notre poitrine. C’était le cas en avril 2017, à l’Olympia, où il proposait un voyage musical. Car Thylacine a lui aussi voyagé. Fin 2015, son album « Transsiberian » est né des 9000 kilomètres traversés en Russie, à bord du Transsibérien. Le paysage défile et les compositions naissent depuis sa cabine. L’inspiration vient d’une voix, d’un rire, du bruit des rails, d’un chaman qui chante, de personnes croisées au hasard. Mais son projet va plus loin. Son périple russe est fait de rencontres, d’imprévus : c’est un documentaire en 10 épisodes que nous ramène Thylacine. Ou plutôt une fresque musicale, entre un clip d’électro et un reportage sur son voyage, profondément humain.

Retrouvez le podcast sur ce lien : http://www.radioneo.org/fr/podcasts/view/821/chaos-sur-le-ring-musique-2017

Laura Barbaray

Focus sur la playlist – l’interview d’Alice et Moi

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Artistes en floraison – Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En novembre, le projet Alice et Moi avec le titre « Filme moi » est mis à l’honneur. Rencontre avec la jeune chanteuse Alice Vanor.


Après avoir terminé ton master de journalisme à Sciences Pô en 2016, tu t’es consacrée entièrement au projet Alice et Moi. Envisages-tu de devenir journaliste ou bien souhaites-tu te lancer dans une carrière musicale ?

Aujourd’hui, je me concentre uniquement sur la musique. J’ai toujours voulu faire de la musique. Depuis que je m’y consacre entièrement, ma vie a complètement changé. Je me sens tellement bien que je ne me vois pas faire autre chose que de la musique. J’y pense tout le temps.

Cependant, il y a plein d’aspects dans le journalisme que j’adore : l’écriture, les images, les documentaires. Peut-être que plus tard je me lancerais dans ce genre de projet, mais ce n’est pas ma priorité pour le moment.

Dès ton plus jeune âge, tu baignes dans la musique : ton père est un ancien membre d’un groupe punk. Comment es-tu passée de l’influence d’un père féru de punk jusqu’à la musique pop aujourd’hui ?

Mon père m’a donné le goût de la musique, c’est sûr. Depuis que je suis toute petite, mon père joue de la guitare avec moi. Ma mère aussi écoutait beaucoup de musique : elle allait voir les Rolling Stones en concert. J’ai toujours baigné dans une atmosphère un peu cool, un peu rock. J’adore la musique rock comme The Clash, The Cure…

De mon côté, j’ai toujours écouté d’autres artistes comme Vanessa Paradis. Quand j’étais enfant, je chantais à la fin du dîner entre amis la chanson « Pourtant » de Vanessa Paradis ! Mon père a une voix punk qui déchire. Moi, j’ai une plus petite voix, plus douce, alors c’est vrai que je m’identifiais parfois à des artistes comme Vanessa Paradis. Sa voix est honnête, naturelle : quand elle chante, elle raconte une histoire et ça me touchait beaucoup quand j’étais petite. Je me sentais dans mon univers, même si j’adore le rock.

Plus tard, j’ai découvert le groupe La Femme que j’adore. En ce moment, j’écoute pas mal de rap français avec mes petits frères, comme Lomepal ou Nekfeu. L’accent mis sur le texte me plaît beaucoup.

Le nom « Alice et moi » laisse entendre l’idée d’une personnalité double. Que signifie ce nom et comment le projet est-il né ?

Quand j’étais à Sciences Pô, je faisais déjà de la musique mais sous mon vrai nom, Alice Vanor. Mais je ne m’y consacrais pas encore à plein temps. A l’époque, je travaillais déjà avec Ivan Sjoberg. J’écrivais mes textes en français et Ivan m’a donné des conseils. Lorsque j’ai fini mon master, je me suis rendue compte qu’il y avait ce côté double en moi : un moi quotidien et un moi projeté sur la scène. J’avais envie de basculer de l’autre côté, d’intervertir avec le monde réel et d’aller vers un univers magique.

Il y a un an, pour monter mon projet « Alice et moi », Jean-Baptiste Beurier a travaillé les sons et Ivan sur la compo. Je leur ai expliqué ce que je voulais : chanter en français avec un style électro un peu mélancolique. C’est mon projet, mais dans la musique on travaille toujours entouré. Et puis nous sommes arrivés à ce petit bébé que j’aime bien. Je suis très contente !

En mars 2016, tu es conviée par les inRocks lab à la Gaîté Lyrique à Paris pour donner un concert. Que retiens-tu de cette expérience ?

C’était mon deuxième concert alors je vais être honnête : j’ai du mal à regarder ce live ! J’étais très stressée (et malade…). Mais j’ai quand même adoré, il y avait beaucoup de monde. J’étais très impressionnée. Finalement, c’était une belle expérience. Et grâce aux inRocks lab, j’ai rencontré le manager qui a créé le festival « Cabourg, Mon Amour », avec qui je travaille maintenant.

Le 27 octobre est sorti ton premier EP « Filme moi ». Que raconte-t-il ?

Il parle de la vie moderne, de sentiments universels, d’amour et de solitude. Se sentir seul dans la foule est un sujet que j’aborde avec le titre « Il y a ». L’EP évoque aussi le narcissisme, mais pas au sens négatif du terme. C’est plutôt le fait d’avoir envie d’être vu, d’exister, comme avec le titre « Filme moi ». Toutes mes chansons sont un peu mélancoliques… C’est juste un peu moi. J’écris sur ce qui me touche dans ma vie : des soirées, des regards, des amours, un peu de jalousie aussi. En tout cas, rien est inventé dans ce premier EP, j’essaie d’être sincère.

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Visuel EP « Filme moi » – Alice et Moi

Comment s’est déroulée cette toute première expérience ?

Ivan m’a aidé sur la compo, on a travaillé les sons dans le studio de JB et j’ai écrit les paroles. Pour le mix et le mastering de l’EP, Perceval Carré et Benjamin Savignogni ont bossé avec nous. Je donnais les lignes directrices, mais c’est un projet qui a pu voir le jour en travaillant ensemble.

Un style plutôt électro-pop aux tonalités synthétiques se perçoit à l’écoute de ton EP. Quelles sont tes influences musicales aujourd’hui ?

J’aime beaucoup le groupe La Femme (mon gros coup de cœur), Odezenne pour son univers et ses textes, Stromaé avec ses paroles déchirantes sur de la musique dansante… Aujourd’hui, il y a énormément de jeunes artistes talentueux. Le monde de la musique est riche de nouveaux artistes dont je m’inspire tout le temps. La nouvelle génération d’artistes écoute des styles musicaux qui se mélangent, qui se complètent, et c’est une source d’inspiration incroyable.

Le titre langoureux « Filme moi » fait partie des entrées en playlist du mois de novembre. Comment a-t-il été composé ? Évoque-t-il une expérience personnelle ?

« Filme moi » est un titre très fort pour moi. J’avais déjà une certaine idée en tête avant de le composer. Ivan m’a envoyé une première version et on a tout de suite senti qu’on allait dans la bonne direction. Et puis le morceau s’est fait très naturellement. JB a trouvé les petits synthés du début. On trouvait le rythme entêtant.

Pour la signification du titre, il y a deux visions : une vision sensuelle d’une fille qui dirait à son copain ou à sa copine « filme moi, garde quelque chose de nous ». Et une vision plutôt existentielle, presque malsaine à force de répéter « filme moi ». On a envie d’être vu, de faire partie du monde, d’être apprécié à sa juste valeur.

Le clip, sensuel et rétro, fait penser à des vidéos de vacances filmées avec un vieux caméscope. Quel lien entretient-il avec le titre « Filme moi » et comment a-t-il été réalisé ?

Il y a tout d’abord un côté camgirl dans le clip. Je me filme avec une webcam pour montrer le côté sensuel et évoquer l’envie d’être vue. Je trouve l’image des camgirls assez forte pour faire passer ce message.

En revanche, il n’y a pas de critique d’une société trop « narcissique ». Ce que je critique, c’est le fait de ne pas se voir, même à travers des écrans. Les jeunes qui passent leur temps à prendre des selfies ont envie d’exister. C’est incroyablement humain et je les admire.

Dans le clip, il y a aussi un côté vacances qui rappelle les petits moments de bonheur, d’intimité. Les garçons avec qui j’ai bossé sur cet EP apparaissent dans le clip et ça me fait plaisir de garder une trace de cette première expérience.

Le clip mélange l’aspect un peu barré, un peu triste avec l’aspect plus dansant et plus léger. J’ai ces deux côtés en moi, je voulais un clip et une chanson qui me ressemblent.

Pourrons-nous assister à tes concerts prochainement ?

Le 8 décembre, je donne un concert au Pop-up du Label à Paris. Adrien, un de mes musiciens à la basse et au synthé, organise une exposition. Ça sera un concert amical et intime, l’entrée est gratuite.

Le lendemain, le 9 décembre, je fais les Bars en Trans à Rennes. D’autres concerts sont prévus mais ils ne sont pas encore annoncés.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Désormais, chaque chanson de l’EP a son propre clip. Les clips des titres « Eoliennes » et « Il y a » vont sortir très prochainement. Actuellement je travaille sur d’autres chansons. Et puis mon objectif serait de faire plusieurs concerts et festivals, et de vivre encore des moments intenses !

Article à retrouver sur Radio Néo.

Laura Barbaray

Focus sur la playlist : l’interview d’EX-ILE

Articles & interviews, Musique

Artistes en floraison – Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En octobre, le jeune duo EX-ILE (Léo et Tarik) de Noisy-le-Sec (93) avec le titre « J’attends la chance » est mis à l’honneur.


Vous êtes deux jeunes artistes de 22 ans (Léo) et 23 ans (Tarik). Poursuivez-vous des études supérieures ou bien vous consacrez-vous entièrement à la musique ?

Tarik : Pour ma part, je viens de finir mes études il y a peu de temps. J’étais à l’école d’urbanisme de Paris, qui appartient à l’université de Marne-la-Vallée.

Léo : J’ai fait des études en communication, mais ça ne m’a pas plu. Pour l’instant, je ne poursuis pas un cursus universitaire. Mais je n’exclus pas l’idée de reprendre les études ! On aimerait se laisser un an pour nous consacrer à nos projets musicaux. On verra où cela nous mènera.

On vous connaissait l’an dernier sous le nom de « Hermès Baby ». Pourquoi avoir changé le nom de votre groupe par EX-ILE ? Comment ce projet est-il né ?

Tarik : On a eu un différend avec la marque, qui nous a envoyé un courrier nous demandant de changer le nom du groupe. « EX-ILE » est synonyme d’échappatoire. C’est par la musique et par les textes que l’on peut s’échapper de notre quotidien. On sort de notre banlieue, de notre isolement. Et puis l’an dernier on a véritablement enrichi notre projet, nos musiques. Alors changer de nom permettait aussi une renaissance du groupe.

Léo : Cela fait sept ans que l’on joue de la musique ensemble, mais depuis deux ans on a monté plus concrètement le duo pour écrire les textes, composer des musiques et réaliser des clips. Notre projet s’étend sur cette longue période : de l’apprentissage de la musique il y a sept ans jusqu’à maintenant où l’on est plus dans la recherche musicale et dans la composition.

Quels sont les artistes qui ont influencé votre musique ? Comment pourriez-vous définir votre style musical ?

Léo : Je pense que le groupe qui nous a mis une claque et qui nous a appris à composer, à penser la musique, c’est Phoenix, un groupe électro/rock français. On a regardé des quantités de documentaires sur Arte à propos de la composition de leur album. Ça nous a totalement inspiré. Et puis nos amis écoutent plein de choses différentes, alors on absorbe tout ce que l’on peut !

Tarik : Dernièrement, parmi les artistes qui nous ont inspiré il y a Frank Ocean, un compositeur-interprète américain qui mixe des mélodies très différentes, ainsi que Tyler The Creator, un artiste américain hip-hop. On aime être à la synthèse d’une culture musicale qui brasse rap, pop, électro… On a des influences, mais on ne se revendique pas d’un seul style musical en particulier.

Votre premier EP « Direction Est » est sorti le 20 octobre. Comment s’est déroulée cette toute première expérience et de quoi parle votre EP ?

Tarik : C’est une expérience qui s’étale sur deux ans. On a d’abord enregistré des morceaux chez nous, au fur et à mesure de nos compositions.

Léo : Et puis, on a rencontré la maison de production GUM à qui on a proposé notre EP. On est ensuite passé en studio avec Bastien Dorémus, notre producteur musical (l’un des musiciens de Christine And The Queens).

Tarik : Bastien nous a aidé à voir plus loin, à apporter de la fraîcheur dans ce que nous avions déjà enregistré. On a revu les arrangements et retravaillé avec du matériel plus élaboré.

Léo : On a eu la chance de travailler avec des musiciens géniaux tout en gardant notre propre originalité musicale.

Tarik : En ce qui concerne la signification de l’EP, dans nos textes on raconte ce que l’on vit, on reste proche de notre quotidien. Finalement, on interroge notre identité. On vient de banlieue, mais on est constamment attiré par Paris…

Léo : On considère l’EP comme une boucle : les textes évoquent un gars qui rentre dans sa banlieue à l’aube d’une soirée parisienne. La journée, il a des hauts et des bas, des espoirs et des désillusions. Et puis sa routine recommence.

Tarik : Les titres forment aussi une boucle. On commence par le titre « Direction Est » et se termine par « A l’Est rien de nouveau ». On revient toujours sur notre point de départ.

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Ep « Direction Est » – octobre 2017 – © Juan Clemente

Le titre « J’attends la chance » fait partie des entrées en playlist ce mois-ci. Comment a-t-il été composé et quelle pourrait être sa signification ?

Léo : C’est un morceau très important pour nous. Il est venu à nous presque par hasard. J’ai commencé par enregistrer un son au clavier, juste pour tester. J’ai posé ma voix sur le morceau sans vraiment réfléchir. Et Tarik a écrit un texte de dingue (j’ai été surpris !).

Tarik : Cette expérience nous a marqué : c’était la première fois que l’on composait une musique qui nous ressemblait réellement. Des textes simples, une musique simple. Quand on l’a présenté à la première démo, on appréhendait, on allait livrer une part de nous-même…

Le titre et les paroles rappellent notre situation à l’époque. J’attends la chance, mais en même temps je peux et je vais la provoquer car personne ne va me la donner. C’est ce qui caractérise la jeunesse banlieusarde.

Le clip, en noir et blanc, suit votre escapade à moto à travers Noisy-le-Sec. Quel lien entretient-il avec le titre « J’attends la chance » ?

Léo : Le clip a été réalisé avant la musique. Et finalement, la musique concordait entièrement avec les images. Ça a été un hasard évident.

Tarik : On a filmé un ami à moto. A l’origine, quand j’écrivais le morceau, je pensais déjà à lui. On souhaitait évoquer une échappée, une fuite. On peut dire que l’on a pris le contre-pied de ce que l’on pourrait comprendre par « J’attends la chance ». On n’attend pas, on prend en main nos aspirations, nos désirs.

Le clip a été entièrement réalisé avec un iPhone. Pourquoi avoir choisi cet outil pour le tournage ?

Léo : En fait, on avait l’idée de réaliser un clip avec du vrai matériel. On a commencé par faire des repérages avec l’iPhone. Et puis on s’est rendu compte que les prises de vues fonctionnaient parfaitement et adhéraient à notre identité.

Tarik : Aussi, la réalisation du clip se prêtait bien aux paroles du morceau. Pourquoi attendre alors que l’on peut le faire nous-même ? Cette spontanéité nous caractérise.

Avez-vous déjà des concerts prévus ?

Tarik : Non, mais nous sommes en pleine préparation du live. On répète au studio Pigalle et au studio Bleu à Paris. On retravaille avec Bastien qui nous aide beaucoup.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Léo : Le live sera la prochaine étape. Et puis on avance notre prochain EP qui devrait sortir avant l’été.

Tarik : On travaille aussi l’écriture des prochains clips. Et on réfléchit à l’idée d’un éventuel album… Pourquoi pas.

Laura Barbaray

Article à retrouver sur Radio Néo.

Focus sur la playlist – l’interview d’Alligator

Articles & interviews, Musique

Artistes en floraison – Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En septembre, le duo Alligator (Camille et Alexis) avec le titre « Rafale » est mis à l’honneur.


Quel est votre parcours personnel à tous les deux et comment le projet Alligator est-il né ?

Alexis : On s’est rencontré quand je suis arrivé à Paris il y a trois ou quatre ans. On avait monté un groupe de musique rock à plusieurs, Camille était la chanteuse. Mais ça ne s’est pas super bien passé dans le groupe. On n’arrivait pas vraiment à composer de morceaux.

Camille : Chacun venait avec son style musical mais on ne s’entendait pas. Et puis on s’est retrouvé à deux et on s’y est mis à fond. On répétait dans une salle, c’était bien plus productif.

Alexis : A la suite de quelques répétitions, Alligator est né en août 2016. Ensuite, on a mis nos musiques en ligne sur SoundCloud.

D’où vient le nom du groupe « Alligator » ?

Camille : On avait un peu de mal à trouver, alors j’ai traîné pendant des jours et des jours sur des sites d’anagrammes. J’ai essayé mon prénom, celui d’Alexis, nos noms de famille. Finalement, avec nos deux noms de famille cela faisait « alligator » et « octets ». On a décidé de garder « Alligator » pour le nom de groupe et « Octets » pour le nom de l’album.

Quelles sont vos influences musicales qui forgent la particularité de votre groupe ?

Camille : Je pense qu’il y a une différence entre ce que l’on joue et ce que l’on écoute. Cependant, les années 80 sont une référence musicale évidente. Personnellement, je suis une grande fan de Daho !

Alexis : On essaie de modeler notre propre style musical. Pour ma part, j’ai des influences musicales plutôt anglo-saxonnes. Comme nous avons convenu d’écrire nos paroles en français, Alligator est une expérience musicale toute nouvelle pour moi.

Parvenez-vous à vivre de votre musique ou avez-vous un travail à côté ?

Camille : Non, pas du tout ! Moi je suis architecte, et Alexis est médecin. Nous n’avons pas l’intention d’abandonner notre métier. J’aime ce que je fais. Cependant, on aimerait consacrer plus de temps à notre groupe.

Comment se sont déroulés la composition et l’enregistrement de votre album « Octets » sorti en décembre 2016 ?

Alexis : On n’a pas été produit, c’est un album entièrement fait maison et enregistré dans un appartement du 19ème arrondissement de Paris !

Camille : Après la sortie de « Octets », on nous a conseillé des logiciels pour remastériser quelques morceaux. Quand on a mis en ligne nos musiques sur SoundCloud il y a un an, on savait qu’elles n’étaient pas parfaites. Mais pour l’instant nous ne souhaitons pas les réenregistrer. Le premier jet nous plaît, c’est le fruit de notre travail !

Alexis : Notre album est disponible sur la Souterraine et on aura bientôt un CD au mois de septembre.

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Vous avez joué aux Trois Baudets le 19 septembre. Cette salle possède une riche histoire musicale (Brassens, Brel, Gainsbourg et bien d’autres y ont joué). La salle est également gérée par le Jardin Imparfait, la société qui héberge Radio Néo. Qu’est-ce que la salle des Trois Baudets représente pour vous ?

Camille : Je n’y étais jamais venue. J’ai été ravie et un peu stressée de jouer dans cette salle historique.

Alexis : Je suis venu une fois pour assister au concert de Jaune, le batteur de Frànçois and The Atlas Mountain. La salle est intimiste et se prête bien à notre groupe. On s’y sent bien.

Camille : C’était vraiment super de jouer aux Trois Baudets. La taille de la salle, la pénombre et le fait que les spectateurs soient assis nous ont complètement mis dans une atmosphère intimiste, limite théâtrale et nous avons joué comme à la maison, en oubliant presque le public. C’était une très belle expérience et nous espérons avoir la chance d’y rejouer un jour.

Vous avez joué à l’Aéroport d’Orly fin août. Comment avez-vous été contactés et comment le concert s’est-il déroulé dans ce lieu atypique ?

Camille : C’était à l’occasion du concours Gate Up avec les Inrocks et l’Aéroport d’Orly. Alexis nous a inscrit (le jour de la fermeture des inscriptions…). On a été sélectionné et 15 groupes ont joué. Habituellement, les gens arrivent très tôt à l’aéroport, alors ils prennent le temps de s’arrêter. De plus, on jouait pendant des sessions de 20 minutes suivies de 20 minutes de pause. Le format du concert était idéal pour ce lieu.

Avez-vous d’autres concerts de prévus et des projets pour la suite ?

Camille : Le 14 octobre on retourne à l’Aéroport d’Orly pour un concert car nous sommes dans le top 5 du concours.

Alexis : Le 25 octobre on va jouer au Motel x Bar à Bastille.

Camille : On a aussi réalisé une nouvelle chanson qui sortira bientôt. On en a d’autres en préparation. Et puis on finalise un clip que l’on a tourné cet été.

Le titre « Rafale » fait partie des nouvelles entrées en playlist de ce mois-ci. Comment a-t-il été composé et quelle est sa signification ? Quel lien le clip entretient-il avec la chanson ?

Camille : On a écrit les paroles tous les deux en essayant de mixer plusieurs choses. Il y a plusieurs interprétations possibles, même si je dois avouer que les paroles, à un moment, rejoignaient un peu la cause animale. J’ai réalisé le clip (des tableaux en 3D) sur SketchUp, un logiciel de création d’images 3D. Ce n’est pas une idée que j’ai eu avec la chanson mais l’art est sujet à tout type d’interprétation et la mise en 3D en suggère une parmi une infinité. Le clip collait bien au rythme de « Rafale ». On ne voyait pas d’autres clips possibles pour ce titre.

Laura Barbaray

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Alligator – Les Trois Baudets le 19/09/2017 – © Laura Barbaray

Article à retrouver sur Radio Néo.