Le rap se donne à voir à la Maison de la Radio

Expos

Ôtez vos écouteurs, débranchez Spotify, le rap se donne à voir ! La Maison de la Radio accueille l’exposition de photos « Le Visage du Rap », proposée par Mouv’ et Radio France, jusqu’au 5 novembre 2018. Le photographe David Delaplace présente ses portraits de rappeurs français, extraits de son ouvrage éponyme, qui ont marqués la culture hip-hop de 1980 à aujourd’hui.


Le regard assombri par l’ombre de sa casquette Nike, emmitouflé dans une épaisse parka militaire, les lèvres pincées, Booba trône dans le hall de la Maison de la Radio. Haut de 2,50 mètres, son portrait intimide, à l’image de ses textes crus et provocants. En tout, une centaine de clichés tapissent la nef de la tour ronde et racontent l’histoire du rap français.

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« Loin des clichés »

Mettre en image ce qui s’écoute sans tomber dans les clichés. Telle est l’ambition de David Delaplace. Autodidacte et passionné de culture hip-hop, le jeune photographe de 28 ans est allé à la rencontre de ceux qui ont façonné le mouvement rap depuis plus de trente ans : chanteurs, producteurs ou encore ingénieurs sons. Au fil de l’exposition, on retrouve les figures emblématiques, comme Dee Nasty, Oxmo Puccino, Kool Shen, Doc Gyneco ou encore Orelsan… Les photos sont accompagnées des textes du journaliste Olivier Cachin, animateur de l’émission La sélection rap sur Mouv’.

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© Portrait David Delaplace

Photographiés lors de concerts, en studio ou à l’occasion d’entrevues privées, les artistes se livrent sous l’objectif de David Delaplace, intimement. « Mon désir le plus profond était de retranscrire des émotions, des moments de tendresse, des sourires, loin des clichés des grosses voitures et des cités abandonnées », évoque le jeune photographe, à l’antenne de France Culture. « J’ai misé sur la spontanéité et le naturel pour montrer des images qu’on ne voit pas tous les jours », poursuit-il. Des portraits rares, qui laissent entrevoir la personnalité de chaque artiste qui a fait évoluer le mouvement rap.

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Kool Shen – © David Delaplace

La conquête du rap

« On ne fait pas de la musique comme il y a trente ans, et cela a été révolutionné par le rap », affirme David Delaplace, sur France Culture. Surprenant quand on sait que le rap a longtemps été méprisé par les médias français, assimilé à une « sous-culture ». Aujourd’hui, le mouvement domine l’industrie musicale. Lomepal, Eddy de Pretto, ou encore Roméo Elvis… tous se produisent sur les grands festivals et battent des records d’écoutes sur les plateformes de streaming. « Le rap est devenu la nouvelle variété française », confie Sophian Fanen sur France Inter, journaliste pour Les Jours et auteur de l’obsession « La fête du stream ».

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Lomepal en concert

L’exposition répond à un désir d’histoire du rap et de réunir au sein du même mouvement. Il y a trente ans, les premiers rappeurs comme Doudou Masta ou encore le DJ Dee Nasty, se construisaient indépendamment des médias – Nova étant la seule radio FM qui diffusait cette musique marginale. Au cours de la décennie précédent le nouveau siècle, le rap se démocratise peu à peu, avec la sortie de la compilation Rapattitude révélant les groupes tels que Assassin, Suprême NTM ou la chanteuse Saliha. Les premiers médias de rap apparaissent, notamment avec la radio Skyrock. Puis, le XXIème siècle voit émerger un « rap conscient ». Argotique et brutal, le rap stimule et dénonce. Aujourd’hui, la nouvelle génération s’accomplit sur les plateformes de streaming. « Le streaming a redonné le pouvoir économique aux plus jeunes, qui écoutent majoritairement du rap », précise Sophian Fanen dans son obsession. L’histoire du rap continue de s’écrire.

Le visage du rap peut-il être féminin ?

Seulement cinq portraits de rappeuses sur… une centaine de clichés. Tout au long de l’exposition, la quasi absence de mixité surprend. La culture rap est-elle fermée aux femmes ? Sont-elles victimes de discrimination ? On sait à quel point les textes de certains rappeurs ont fait couler de l’encre. En 2009, le titre « Sale pute » d’Orelsan suscite une vive indignation et entraîne sa déprogrammation de nombreux festivals. Condamné par le tribunal correctionnel pour provocation à la violence à l’égard des femmes en 2014, Orelsan sera finalement relaxé deux ans plus tard. En juin dernier, c’est le rappeur Niska qui suscite la polémique à l’occasion d’un concert gratuit organisé à Ivry-sur-Seine. Le maire PCF François Bouyssou se déclare choqué par les paroles extrêmement violentes à l’égard des femmes.

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Album « Dans ma bulle », Diam’s

L’image de l’archétype de la « rappeuse traditionnelle » perdure : hauts talons et posture sexy ou bien baggy et baskets, sans oublier une personnalité bien affirmée. A l’antenne de France Culture, David Delaplace reconnaît le peu de place accordée aux rappeuses dans ses portraits, tout en se justifiant : « je n’ai pas pu rencontrer autant de rappeuses des années 1980 que de rappeurs. Pour moi, la qualité photographique prime sur le choix des artistes ». Indéniablement, des femmes ont fait évoluer le mouvement rap, à l’image de Saliha, Diam’s ou encore Casey. Pourtant, en 2018, le visage du rap reste très masculin. Ladéa, Chilla ou encore Orel Sowha, en passant par le flow plus doux d’Oré, le rap féminin d’aujourd’hui offre des horizons très divers, mais demeure dans l’ombre.

Infos pratiques :

Entrée libre tous les jours de 10h à 19h. Maison de la Radio, 116, avenue du Président Kennedy. Jusqu’au 5 novembre 2018.


Pour approfondir le sujet :

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(Re)faire le mur pour (re)penser la ville

Expos, Reportages

Des voix qui se mêlent dans le métro parisien, des friches urbaines en noir et blanc, et le collectif de rap PARIS C’EST L’EST sur scène. Les 28, 29 et 30 septembre 2018, sept étudiants du CELSA ont présenté le projet (RE)FAIRE LE MUR dans le cadre de l’association de médiation culturelle de l’école Hors Les Murs. Un lieu de vie éphémère dans les locaux de l’association Spérentza à Ivry-sur-Seine, pour repenser l’espace urbain et favoriser le lien social. Au programme : expositions, performances artistiques, concerts et street-food.


Un lieu à s’approprier

Sous les guirlandes lumineuses suspendues aux murs en friche, on se rencontre, on bavarde, on rit, une pinte de bière à la main. Des drôles de tables en forme de girafe, peinturlurées en rouge, vert et jaune, rappellent l’ambiance des carnavals d’antan. Derrière la scène installée pour les concerts, le visiteur déambule dans un hangar, au milieu des œuvres exposées. Une expérience immersive. « Nous avons voulu créer un lieu de vie éphémère, sur le thème de la ville, où le visiteur s’approprie l’espace comme il l’entend, évoque Anaïs, étudiante en Master 1 « Entreprises et Institutions » au CELSA et co-responsable de l’événement (RE)FAIRE LE MUR. Propice à la dérive, la scénographie du lieu favorise les interactions sociales. « Le projet propose un cadre alternatif et insolite, poursuit Anaïs. Ici, règne l’imprévu. Par exemple, les tabourets ne sont jamais disposés de la même façon, ce qui recrée en permanence le lien social. » Dans ce lieu intimiste, on se sent hors du temps, hors de la ville. A travers des animations artistiques, le visiteur s’interroge sur l’espace urbain, le quotidien qu’on oublie trop souvent.

(Re)penser l’espace urbain

Une exposition collective, des concerts, des happenings, des expériences sonores… et un thème. Telles sont les animations artistiques mises en place par les sept étudiants du CELSA, après un an de préparation. « Le thème de la ville est venu assez naturellement, relate Thibault étudiant en Master 1 « Le Magistère » et second responsable du projet. A travers l’art, il s’agit de mettre en avant la banalité du quotidien et de questionner les interactions sociales dans l’espace urbain », explique-t-il. Différents regards et différents projets convergent alors. « Nous avons lancé un appel à projets pour permettre à des jeunes artistes de participer », ajoute Thibault.

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Exposition « (Re)faire le mur » – © LB

Alexis Maçon-Dauxerre, un jeune photographe, présente sa série « Solitudes urbaines ». Son intention artistique ? Capturer la poésie des espaces urbains silencieux, caractérisés par l’absence et la présence des personnages. En face, des milliers de fils de laine colorés s’entrelacent autour d’une sculpture rectangulaire. Caroline Rambaud, étudiante en arts plastiques, explique son œuvre collective : « Sur le modèle de l’arbre à prières tibétain, chacun noue un bout de tissu sur la sculpture, qui représente un immeuble HLM. Le but est d’impliquer les visiteurs et de faire réfléchir : indifférents, on passe à côté des logements sociaux sans les voir et le lien social disparaît peu à peu. »

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Oeuvre collective de Caroline Rambaud – © LB

Bien d’autres projets se côtoient dans ce lieu éphémère, comme des paysages sonores, véritable immersion auditive au cœur des villes de France et du bout du monde.

Portée associative

Bières, verres de vin et menus street-food à des prix solidaires… Les profits de l’événement seront entièrement reversés à l’association Spérentza, partenaire du projet (RE)FAIRE LE MUR. Engagée dans la vie associative locale d’Ivry-sur-Seine, l’association intervient auprès des communautés roumaines de la ville à travers de nombreuses activités : redistribution de produits alimentaires invendus, collecte de vêtements et de jouets pour enfants et accompagnement dans les démarches administratives.

Aussi, toutes les œuvres exposées ont été vendues et la somme a été reversée à Spérentza. « Les gens tiraient au sort le nom d’un artiste et choisissaient une oeuvre parmi celles exposées, explique Anaïs. On aimait bien l’idée que les gens puissent repartir avec un bout de l’exposition », sourit-elle. Une belle initiative de la part des étudiants du CELSA, et une expérience formatrice dans l’organisation d’un projet culturel.

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L’équipe de Hors Les Murs 2018

Moums, l’étoile montante de l’Afro-trap #3

Articles & interviews, Musique

« Éragny-sur-Oise, pépinière des musiques urbaines » #3

Le rappeur indépendant Moums est un ami d’enfance de Presnel Kimpembe, le champion du monde de football.


« Dans mon bendo c’est la pagaille », chante Mouhamadou, le jeune Éragnien de 23 ans. Surnommé Moums, le rappeur connaît un succès fulgurant sur les réseaux sociaux avec son tout premier titre La Pagaille sorti en juin 2018.

Débuts sur Instagram

Dans son quartier à Éragny-sur-Oise près de la gare, Moums aime improviser des textes de rap lors de soirées entre amis. « Cela s’appelle des freestyles », explique-t-il. Les performances filmées ont fait le tour des réseaux sociaux. « À ma grande surprise, ces freestyles ont pris de l’ampleur sur Snapchat », évoque le jeune artiste. En novembre 2017, Moums s’inscrit au tournoi d’improvisation « 1 minute de rap » sur Instagram, l’application mobile de photos. Chaque participant envoie un rap d’une minute pour obtenir le plus de « j’aime ». Là, Moums fait ses preuves et se qualifie pour la finale. « Ce tournoi m’a permis d’avoir plus de visibilité », ajoute-t-il. Ses remix d’artistes, comme le titre B.O.C de Niska, comptabilisent déjà plusieurs milliers de vues sur YouTube.

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Moums en session d’enregistrement – © Facebook Moums officiel

Ami de Presnel Kimpembe

Des tonalités africaines, des rythmes enjoués, des paroles fédératrices. En juin 2018, Moums sort son premier titre La Pagaille qui fait le buzz sur les réseaux sociaux. « Je fais de l’Afro-trap », évoque Moums. Joyeux et festif, ce style prend sa source en Afrique de l’Ouest, comme au Nigeria ou encore au Ghana.

Ces airs rythmés ont fait danser l’équipe de France. Lors de la Coupe du monde de football, le titre La Pagaille de Moums figurait dans la playlist des Bleus. « Presnel et moi sommes amis depuis la maternelle », sourit Moums. Presnel Kimpembe, surnommé le DJ de l’équipe de France, n’a pas hésité à diffuser la chanson de son ami sur son enceinte, lors des trajets en bus. « Grâce à lui, j’ai pu obtenir une plus grande visibilité sur les réseaux sociaux partout en France », s’enthousiasme-t-il.

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Moums et Presnel – © Facebook Moums

Clip tourné à Éragny

Faire danser et rassembler dans une ambiance festive. C’est bien ce que communique Moums dans son clip tourné à Éragny, près de la gare. « La veille du tournage, j’ai posté un message sur les réseaux sociaux en invitant toute la ville à venir figurer dans le clip », confie Moums. « Le lendemain, beaucoup de monde a répondu présent ! », s’exclame le jeune artiste, enjoué. Les paroles de La Pagaille évoquent le quartier de Moums à Éragny, où il a grandi. « J’ai voulu déconstruire les clichés des banlieues », ajoute-t-il. Le clip compte près d’un million de vues sur YouTube depuis le 25 juin dernier. Une véritable ode à la ville d’Éragny.

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Clip « La Pagaille » tourné à Eragny

Après un concert très réussi au Cergy Mondial le 8 juillet, Moums sera l’invité de Pape Diouf, artiste sénégalais, à Bercy, le 13 octobre prochain.

Laura Barbaray


← Episode précédent : Gama Boonta

Article à retrouver dans la Gazette du Val d’Oise (n°2216, paru le mercredi 29 août 2018).

Gama Boonta, rappeur de la Haute École #2

Articles & interviews, Musique

« Éragny-sur-Oise, pépinière des musiques urbaines » #2

Ebenezer Lompo (21 ans), alias Gama Boonta, compose ses titres au sein de la Haute École, collectif d’Éragny-sur-Oise qui aide les artistes à se développer.


Dans la cour de récrée du lycée Galilée à Cergy, c’est là que tout commence. « En classe de seconde, ma bande d’amis et moi écoutions beaucoup de rap. Nous avions eu l’idée de créer un groupe » relate Ebenezer. « Un matin, on s’est retrouvés à la pause de 10h, avec notre texte écrit ». En cercle, les premiers freestyles fusent. Des rimes percutantes, des cris d’excitation et des petits attroupements de lycéens viennent entendre les textes déclamés. Ainsi est né Chap Chill, le premier groupe de rap d’Ebenezer, en 2014. Pendant un an et demi, le jeune rappeur fait ses armes au sein du groupe, aujourd’hui dissout.

Enjoué, Ebenezer n’a pas cessé de travailler sa plume. Il se fait remarquer par Bass, rappeur et co-fondateur de la Haute École, grâce à ses articles sur son blog « Le Cercle Vertueux ». Ebenezer évolue au sein du collectif depuis maintenant quatre années. Un soir, devant ses comparses, le jeune artiste fait entendre sa voix grave. « A la fin de chaque réunion, les membres de la Haute École ont l’habitude d’improviser des textes ». Du haut de son mètre 93, il appréhende. D’une voix chevrotante, Ebenezer lâche un couplet. « A ma grande surprise, tous ont été très réceptifs ». Le jeune Éragnien se fait un nom : Gama Boonta.

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Yanis, Julien, Bass, Ebenezer et Marvin, membres de la Haute Ecole

Des influences culturelles variées

Gama Boonta, ça veut dire quoi ? « Je suis fan du manga Naruto. Mon pseudonyme fait référence au personnage Gamabunta, un crapaud géant. C’est un vieux sage » sourit-il. « On me décrit souvent de quelqu’un de calme, alors le lien a été vite trouvé ».

Le jeune artiste enchaîne les enregistrements. Après son premier EP Jeu de Frime en 2016, il sort un deuxième projet Nénuphar City à l’été 2017. « C’est une ville fictive qui réunie mes influences américaines, asiatiques et africaines » s’enthousiasme-t-il. Ebenezer fait de nombreuses références à ses voyages : Boston, Tokyo et le Burkina Faso.

« Verse du bissap et du saké sur le sol » fredonne le jeune rappeur. Le titre « Bissap & Saké », extrait de Nénuphar City, donne à voir les sources d’inspiration de Gama Boonta. Le bissap est une boisson d’Afrique de l’Ouest à base de fleur d’hibiscus que sa maman prépare régulièrement. Le saké est une boisson alcoolisée japonaise. « Les paroles de la chanson font référence à la libation dans l’Antiquité. Il s’agit d’un rituel religieux qui consiste à verser une boisson sur le sol en offrande à un dieu. Je me suis également inspiré de clips de rappeurs américains qui versent du champagne à 1000$ sur le sol en hommage aux amis décédés » explique-t-il.

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Pochette « Nénuphar City » – © PolHermann Poupard et Antoine Dumartin

La découverte de la scène

Vibrer, chanter et partager. Ebenezer aime être sur scène. En 2017, dans le cadre de l’inauguration de l’Espace Initiatives Jeunes qui accompagne les jeunes Éragniens dans leurs projets, la Haute École a bénéficié d’une résidence artistique à la Maison de la Challe pendant une semaine. « On a travaillé notre scénographie : les déplacements sur la scène, les interactions avec le public et utiliser le ventre plutôt que crier dans le micro ».

« La scène donne une autre dimension à nos musiques » suggère Gama Boonta. Le jeune rappeur écrit des morceaux spécialement pour ses concerts, comme « Yogourt » sorti en mai 2018. « Ce titre a beaucoup plu sur scène. Lorsque le public est réceptif, ça me motive davantage ». Suite au succès de cette chanson, Gama Boonta l’enregistre en studio et réalise le clip avec l’aide de Julien et Antoine, membres de la Haute École.

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Concert au Candy Shop, décembre 2017 – © Ce Jean-Pascal

 

Gama Boonta prépare un nouvel EP intitulé Karité, prévu en octobre prochain.

Laura Barbaray


← Episode précédent : La Haute Ecole

Prochain épisode : Moums →

Article à retrouver dans la Gazette du Val d’Oise (n°2215, paru le mercredi 22 août 2018).

La Haute École, tremplin des jeunes artistes #1

Musique, Reportages

« Éragny-sur-Oise, pépinière des musiques urbaines » #1

Collectif éragnien fondé en 2015 et composé de sept membres, la Haute École aide les jeunes artistes à construire leur projet.


Des néons bleus dans une salle obscure, une table de mixage et un piano synthétique réunissent la bande d’amis passionnés de rap, au Studio Neptune à Éragny. La voix grave du rappeur Ebenezer (alias Gama Boonta) résonne dans les enceintes. Le co-fondateur du collectif, Bass (24 ans), se souvient de ses débuts : « Je passais mes journées à enregistrer mes textes de rap chez Jérôme, DJ de notre collectif. C’est ce qui nous a donné l’envie de créer la Haute École pour développer nos projets artistiques ».

Un collectif passionné

Des rappeurs, des producteurs, des DJs, des vidéastes ou encore des graphistes. Voilà la force de la Haute École, composée des co-fondateurs Bass et Yanis, ainsi que d’Ebenezer, Jérôme, Antoine, Julien et Marvin. « Nos compétences artistiques diverses nous ont réunis pour créer le collectif et produire du contenu comme des clips ou de la musique », évoque Jérôme (alias Jigiggs, DJ). Chaque membre est libre d’entreprendre son projet, et bénéficie du soutien de la Haute École. Par exemple, Antoine, graphiste, a réalisé la pochette de l’EP « Nénuphar City » d’Ebenezer. A la fin des concerts de Yanis (alias Moneywood, producteur et DJ), Julien (vidéaste), réalise la vidéo de sa prestation sur scène. « Chacun apporte sa patte au projet de l’autre » explique Jérôme.

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© PolHermann Poupard

Soutenir des projets

Servir de tremplin aux jeunes qui se lancent dans une carrière artistique. Telle est l’ambition de la Haute École. Depuis quatre mois, le collectif est devenu une société qui gère la carrière de jeunes artistes, comme les groupes de rap GLGV ou 8scuela, ou encore les mannequins Junior et Makeda. « Nous avons travaillé sur la direction artistique du clip ’’Comment Te Dire Adieu’’ de GLGV » confie Bass. « On s’occupe également de trouver des shootings pour les modèles » ajoute-t-il. Ainsi, la Haute École élargit ses actions dans différents domaines artistiques.

Bass insiste sur l’aspect exigeant de la Haute École : « Notre indépendance nous permet de sélectionner les artistes les plus originaux possibles. La Haute École est un appel à la liberté artistique et nous cherchons des jeunes qui ont envie de tout donner pour leur carrière », s’enthousiasme-t-il.

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Bass, Ebenezer, Jérôme, Antoine et Julien, membres de la Haute Ecole – © PolHermann Poupard

Organisation d’événements

En plus du management des artistes, la Haute École organise des événements musicaux. En 2017, dans le cadre de l’inauguration de l’Espace Initiatives Jeunes qui accompagne les jeunes Éragniens dans leurs projets, la Haute École a bénéficié d’une résidence artistique à la Maison de la Challe pendant une semaine. « Ça nous a donné une véritable impulsion » confie Bass. Jérôme ajoute : « On a pu créer un concert de A à Z en apprenant à se servir du matériel technique ou gérer les transitions entre les morceaux ». A l’issue de cette semaine, les membres de Haute École se sont produits en concert dans la salle Victor Jara à Éragny-sur-Oise. Depuis, la Haute École enchaîne l’organisation de soirées musicales à Paris : la « Haute École Sundays » en août 2017 au Concorde Atlantique et le « HE CLUB » au Petit Bain en octobre dernier.

A partir du mois d’octobre, la Haute École prévoit d’organiser un événement mensuel. Un véritable bouillonnement culturel.

Laura Barbaray


 

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Le Studio Neptune, situé au 5, impasse des chasses marées à Eragny-sur-Oise, a ouvert ses portes le 2 juin 2018. Les gérants, Gabriel et Mathias, proposent des sessions d’enregistrements, du mixage, de la production, ou encore de la réalisation de clip. « Nous gérons l’ensemble des projets des artistes musicaux » évoque Gabriel.
Renseignements au 06 26 84 74 72 ou studio.neptune95@gmail.com

 

Prochain épisode #2 : Gama Boonta →

Article à retrouver dans la Gazette du Val d’Oise (n°2214, paru le mercredi 15 août 2018).

Focus sur la playlist : l’interview d’EX-ILE

Articles & interviews, Musique

Artistes en floraison – Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En octobre, le jeune duo EX-ILE (Léo et Tarik) de Noisy-le-Sec (93) avec le titre « J’attends la chance » est mis à l’honneur.


Vous êtes deux jeunes artistes de 22 ans (Léo) et 23 ans (Tarik). Poursuivez-vous des études supérieures ou bien vous consacrez-vous entièrement à la musique ?

Tarik : Pour ma part, je viens de finir mes études il y a peu de temps. J’étais à l’école d’urbanisme de Paris, qui appartient à l’université de Marne-la-Vallée.

Léo : J’ai fait des études en communication, mais ça ne m’a pas plu. Pour l’instant, je ne poursuis pas un cursus universitaire. Mais je n’exclus pas l’idée de reprendre les études ! On aimerait se laisser un an pour nous consacrer à nos projets musicaux. On verra où cela nous mènera.

On vous connaissait l’an dernier sous le nom de « Hermès Baby ». Pourquoi avoir changé le nom de votre groupe par EX-ILE ? Comment ce projet est-il né ?

Tarik : On a eu un différend avec la marque, qui nous a envoyé un courrier nous demandant de changer le nom du groupe. « EX-ILE » est synonyme d’échappatoire. C’est par la musique et par les textes que l’on peut s’échapper de notre quotidien. On sort de notre banlieue, de notre isolement. Et puis l’an dernier on a véritablement enrichi notre projet, nos musiques. Alors changer de nom permettait aussi une renaissance du groupe.

Léo : Cela fait sept ans que l’on joue de la musique ensemble, mais depuis deux ans on a monté plus concrètement le duo pour écrire les textes, composer des musiques et réaliser des clips. Notre projet s’étend sur cette longue période : de l’apprentissage de la musique il y a sept ans jusqu’à maintenant où l’on est plus dans la recherche musicale et dans la composition.

Quels sont les artistes qui ont influencé votre musique ? Comment pourriez-vous définir votre style musical ?

Léo : Je pense que le groupe qui nous a mis une claque et qui nous a appris à composer, à penser la musique, c’est Phoenix, un groupe électro/rock français. On a regardé des quantités de documentaires sur Arte à propos de la composition de leur album. Ça nous a totalement inspiré. Et puis nos amis écoutent plein de choses différentes, alors on absorbe tout ce que l’on peut !

Tarik : Dernièrement, parmi les artistes qui nous ont inspiré il y a Frank Ocean, un compositeur-interprète américain qui mixe des mélodies très différentes, ainsi que Tyler The Creator, un artiste américain hip-hop. On aime être à la synthèse d’une culture musicale qui brasse rap, pop, électro… On a des influences, mais on ne se revendique pas d’un seul style musical en particulier.

Votre premier EP « Direction Est » est sorti le 20 octobre. Comment s’est déroulée cette toute première expérience et de quoi parle votre EP ?

Tarik : C’est une expérience qui s’étale sur deux ans. On a d’abord enregistré des morceaux chez nous, au fur et à mesure de nos compositions.

Léo : Et puis, on a rencontré la maison de production GUM à qui on a proposé notre EP. On est ensuite passé en studio avec Bastien Dorémus, notre producteur musical (l’un des musiciens de Christine And The Queens).

Tarik : Bastien nous a aidé à voir plus loin, à apporter de la fraîcheur dans ce que nous avions déjà enregistré. On a revu les arrangements et retravaillé avec du matériel plus élaboré.

Léo : On a eu la chance de travailler avec des musiciens géniaux tout en gardant notre propre originalité musicale.

Tarik : En ce qui concerne la signification de l’EP, dans nos textes on raconte ce que l’on vit, on reste proche de notre quotidien. Finalement, on interroge notre identité. On vient de banlieue, mais on est constamment attiré par Paris…

Léo : On considère l’EP comme une boucle : les textes évoquent un gars qui rentre dans sa banlieue à l’aube d’une soirée parisienne. La journée, il a des hauts et des bas, des espoirs et des désillusions. Et puis sa routine recommence.

Tarik : Les titres forment aussi une boucle. On commence par le titre « Direction Est » et se termine par « A l’Est rien de nouveau ». On revient toujours sur notre point de départ.

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Ep « Direction Est » – octobre 2017 – © Juan Clemente

Le titre « J’attends la chance » fait partie des entrées en playlist ce mois-ci. Comment a-t-il été composé et quelle pourrait être sa signification ?

Léo : C’est un morceau très important pour nous. Il est venu à nous presque par hasard. J’ai commencé par enregistrer un son au clavier, juste pour tester. J’ai posé ma voix sur le morceau sans vraiment réfléchir. Et Tarik a écrit un texte de dingue (j’ai été surpris !).

Tarik : Cette expérience nous a marqué : c’était la première fois que l’on composait une musique qui nous ressemblait réellement. Des textes simples, une musique simple. Quand on l’a présenté à la première démo, on appréhendait, on allait livrer une part de nous-même…

Le titre et les paroles rappellent notre situation à l’époque. J’attends la chance, mais en même temps je peux et je vais la provoquer car personne ne va me la donner. C’est ce qui caractérise la jeunesse banlieusarde.

Le clip, en noir et blanc, suit votre escapade à moto à travers Noisy-le-Sec. Quel lien entretient-il avec le titre « J’attends la chance » ?

Léo : Le clip a été réalisé avant la musique. Et finalement, la musique concordait entièrement avec les images. Ça a été un hasard évident.

Tarik : On a filmé un ami à moto. A l’origine, quand j’écrivais le morceau, je pensais déjà à lui. On souhaitait évoquer une échappée, une fuite. On peut dire que l’on a pris le contre-pied de ce que l’on pourrait comprendre par « J’attends la chance ». On n’attend pas, on prend en main nos aspirations, nos désirs.

Le clip a été entièrement réalisé avec un iPhone. Pourquoi avoir choisi cet outil pour le tournage ?

Léo : En fait, on avait l’idée de réaliser un clip avec du vrai matériel. On a commencé par faire des repérages avec l’iPhone. Et puis on s’est rendu compte que les prises de vues fonctionnaient parfaitement et adhéraient à notre identité.

Tarik : Aussi, la réalisation du clip se prêtait bien aux paroles du morceau. Pourquoi attendre alors que l’on peut le faire nous-même ? Cette spontanéité nous caractérise.

Avez-vous déjà des concerts prévus ?

Tarik : Non, mais nous sommes en pleine préparation du live. On répète au studio Pigalle et au studio Bleu à Paris. On retravaille avec Bastien qui nous aide beaucoup.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Léo : Le live sera la prochaine étape. Et puis on avance notre prochain EP qui devrait sortir avant l’été.

Tarik : On travaille aussi l’écriture des prochains clips. Et on réfléchit à l’idée d’un éventuel album… Pourquoi pas.

Laura Barbaray

Article à retrouver sur Radio Néo.