ROB ONE, la nouvelle scène mutante française

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« Venez à moi… Oh oui, venez à moi ! Venez à ma rencontre, sinon c’est moi qui vous trouverai ! » La chaleur tropicale a déjà envahit la salle étroite de l’International et la sueur coule sur les fronts. En cette soirée d’hiver du 8 janvier dernier, la start-up de promotion musicale Groover organisait son troisième Showcase avec les artistes Mackenzie Leighton, Dimanche, Olenji Nun et pour finir… ROB ONE. Des lunettes noires, la chemise déboutonnée, une voix chaudement envoûtante… ROB ONE se cramponne au micro comme une véritable « rock star » et invite le public à le rejoindre dans son univers musical « poétique et mutant. »

« Je souhaite renouveler la scène française »

Auteur, compositeur et interprète, le jeune artiste de 23 ans est diplômé d’une Licence en arts plastiques à la Sorbonne. Désormais, il se dédie entièrement à son projet musical depuis maintenant deux ans. « Comme de nombreux ados, j’avais un groupe de musique au collège. J’ai appris la guitare et la basse, et je me suis formé seul au chant », explique-t-il.

Accompagné de ses musiciens et amis Antonin Couchet (guitare), Alexandre Bouvier (basse) et Tamino Edener (batterie), ROB ONE situe son style à la croisée du rock psychédélique et de l’électro. A chaque fois qu’il monte sur scène, il cherche à élaborer un show unique et mémorable. « Avant tout, je veux m’amuser et créer un lien avec le public, pas simplement enchaîner les chansons sans cohérence les unes avec les autres », évoque-t-il. Alors, il n’hésite pas à se mettre en scène, à pousser la dimension théâtrale toujours plus loin. Une narration autour du show qu’il construit au fur et à mesure des représentations, en jouant sur une intense proximité avec les spectateurs.

« A l’International, il s’est passé quelque chose de fort. »

Ce soir-là, ROB ONE joue devant un public nouveau. Des soupirs, des cris, des incitations à se rapprocher de la scène… Sa tentative de séduction fonctionne, la salle est à son comble. « On a su que c’était réussi car le public n’osait pas applaudir entre les chansons, se souvient-il. C’est exactement l’ambiance que je souhaite installer : une continuité entre les morceaux, une intimité avec le public. » En somme, un spectacle.

Showcase Groover à l’International – © Hugo Cohen

Cette frontalité échauffée sur scène s’accorde parfaitement avec son rock aux allures mutantes. Influencé par Philippe Katerine, Sébastien Tellier, Moodoid ou encore les groupes King Gizzard and the Lizard Wizard et Gorillaz, ROB ONE ironise, provoque, joue un rôle. « Apporte-moi du jus d’orange… Ouais j’veux du jus d’orange », chante-t-il dans « Tropiques à moi ». Gêné.e.s, on esquisse un demi sourire à l’écoute des paroles, plutôt caustiques. « Je suis volontairement provoquant afin de bousculer la culture musicale des gens », dit-il sans vergogne. Un désir de renouveler la scène française, surreprésentée par la mouvance actuelle rap-pop ?

« Je souhaite ouvrir une nouvelle branche et proposer un nouveau rock français », confie le jeune artiste.

Exacerber les clichés pour mieux les déconstruire

« Tropiques à moi », c’est l’extrait de son premier album, qui sortira fin 2019. Ce n’est pas une chanson sur les vertus bienfaitrices du jus d’orange, non ; la teneur en est bien plus sombre. C’est plutôt l’histoire de la rockstar pour qui se prélasse sous les cocotiers en bonne compagnie, jusqu’à ce que le sentiment de désillusion le rattrape. Cliché. « J’ai voulu travailler la thématique du faux : dans le clip, la rockstar est fausse, la plage est fausse, les journaux sont faux », évoque le chanteur. Un brin ironique, ROB ONE pousse à l’extrême les clichés de la célébrité et de l’exotisme. « C’est une manière décalée de parler de la solitude, tout en se parodiant les clichés qui gravitent autour du monde de la musique », précise-t-il.

Les premières notes synthétiques du morceau – un son un peu étrange – paraissent superficielles, mais soutiennent alors mieux son intention musicale, au service du cliché. « C’est aussi une volonté de ma part de diffuser ce premier extrait assez simple pour introduire mon univers, et attiser la curiosité », sourit l’artiste.

La sortie de son prochain morceau « Venin » est actée pour la fin du mois d’avril. Un titre sous le signe du surnaturel, aux mélodies synthétiques envoûtantes.

Un artiste découvert par Groover

ROB ONE est un des premiers artistes à avoir utilisé la plateforme de promotion musicale Groover, dès sa mise en place en juin 2018. Groover est une start-up innovante qui met en relation des artistes avec des médias et des labels. Grâce à Groover, ROB ONE a été ajouté à une dizaine de playlists et son titre « Tropiques à moi » a été diffusé sur la radio FIP. « Dans le cadre d’un partenariat avec Radio France, Groover a recommandé 32 morceaux aux programmateurs de FIP, et 10 ont pu être diffusés sur la radio, explique le jeune chanteur. Groover est un concept très intelligent, et c’est grâce aux cofondateurs que j’ai pu me produire à l’International en janvier dernier ! », ajoute-t-il.

D’ici les futurs concerts, ROB ONE se concentre sur son prochain album prévu pour fin 2019. Un artiste à suivre cette année !

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TRprod, profondeurs sonores

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L’un est chanteur et guitariste, l’autre est arrangeur-compositeur. Le duo TRprod est né de cette rencontre, entre Thomas et Raphaël. Un mélange subtile et mystérieux d’électro, de rock et de trip hop aux tonalités mélancoliques pour un voyage dans les profondeurs sonores. Leur premier EP « Naissance », sorti le 15 juin 2018, laisse entrevoir un univers musical aux multiples nuances. Rencontre.


Un duo complémentaire

Des sonorités synthétiques, une guitare électrique, une voix sombre et grave. TRprod développe sa propre identité musicale, fruit de la rencontre complémentaire de Thomas et Raphaël.

Thomas est chanteur, guitariste et pianiste depuis douze ans. « Auparavant, j’étais membre du groupe pop-rock Terminal Périphérique. J’écrivais les paroles et je composais à la guitare » se présente Thomas. Thomas évolue dans le monde rock, tout en modelant des tonalités mélancoliques. « Je suis sensibles aux paroles de Noir Désir, M ou encore Mano Solo. Je me sens proches de ces artistes musicalement », évoque-t-il.

Raphaël est arrangeur-compositeur. Il a commencé la musique à l’âge de 11 ans en apprenant la guitare. « Lorsque j’ai eu mon premier ordinateur, j’ai travaillé sur un logiciel de musique assistée par ordinateur (MAO). Cela m’a formé dans la technique du son et de l’enregistrement », explique Raphaël. Ainsi, il progresse dans un univers électro et synthétique.

En 2014, c’est là que tout commence. « On s’est rencontrés il y a cinq ans en classe, dans une formation de techniciens des métiers du spectacle » rappelle Raphaël. A cette époque, les deux artistes montent un collectif d’audiovisuel dans la création de courts-métrages. « Nous composions les bandes de son pour ces petits films. Le style musical que nous développions nous plaisait et plaisait à notre entourage » se souvient Thomas. Thomas et Raphaël décident de prolonger l’aventure en créant un duo, TRprod.

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Thomas – © TRprod

Faire voyager

Raconter une histoire, évoquer les sentiments du quotidien et faire voyager. Telle est l’intention musicale du premier EP « Naissance » de TRprod, composé de cinq titres. L’expérience de Thomas et Raphaël dans l’illustration sonore leur a permis d’entrer dans la fiction, de faire parler les images à travers la musique. « Les bandes sonores étaient très importantes dans nos courts-métrages. On était exigeants sur la réalisation des musiques et cela nous a permis de trouver peu à peu notre style » confie Thomas. « Ce qui nous a donné le déclic, c’est la bande originale du film ‘Tchao Pantin’, réalisée par CharlElie Couture » ajoute Raphaël. « Les sonorités sombres et mystérieuses nous plaisent, on se reconnaît dans ce style musical » s’enthousiasme Thomas.

« Naissance » pourrait aussi bien raconter une histoire. Ou du moins le voyage initiatique des deux amis. « On pourrait voir dans les musiques de notre EP une continuité. On commence par ‘Genèse’ pour finir avec ‘Turquoise’, deux titres instrumentaux pour ouvrir et clore le voyage » explique Thomas. « On alterne un morceau chanté et une musique instrumentale pour apporter une cohérence et plonger l’auditeur au cœur d’une histoire, d’un univers » ajoute Raphaël.

Travailler dans le temps pour aboutir à un résultat de haute qualité. Seuls, les deux artistes ont composé ce premier EP, selon leur ressenti, sans précipitation. Du pur homemade.

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« Naissance » – © TRprod

Une narration visuelle

Si TRprod raconte une histoire à travers les musiques, le duo attache de l’importance à la narration dans les clips. On retrouve leur intérêt pour l’illustration sonore. Le clip du titre « Genèse » met en scène une danseuse au milieu de friches industrielles. Ses mouvements lents et gracieux contrastent avec les scènes tumultueuses de la vie urbaine. « On a pris une feuille blanche et un stylo, et on a réfléchi à la trame du clip, à une narration esthétique » explique Raphaël. « La danseuse avait carte blanche. Elle donne un ton mélancolique, c’est elle qui guide et fait contrepoids par rapport aux scènes de la ville » ajoute Thomas.

Dans le clip de « Genèse » on entre dans les profondeurs abyssales des sons et des images, si ce n’est dans la genèse du projet de TRprod. « Au début du clip, le travelling vers l’avant en direction du tunnel représente un œil » suggère Thomas. « C’est comme si on entrait dans un autre monde pour en ressortir plus ou moins changé à la fin » ajoute-t-il.

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Clip « Genèse » – © TRprod

Le duo TRprod travaille de nouveau sur un prochain EP. « On aimerait revisiter une musique de mon ancien groupe Terminal Périphérique » avance Thomas. D’ici là, TRprod réfléchit à se produire en concert…

Laura Barbaray

Leska, le duo éclectique

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Le bruit des roues d’un skateboard sur le bitume, des tonalités électro percussives, et la voix de José R. Fontao qui monte en puissance. « Curious » le nouveau titre de Leska, duo formé de Marc Mifune (alias Les Gordon) et Thomas Lucas (alias Douchka), donne un avant-goût de leur prochain EP « Circles II » prévu le 15 juin 2018. Après leur succès au Printemps de Bourges l’an dernier, les deux artistes rennais joueront aux Vieilles Charrues le 21 juillet prochain.


Un duo complémentaire

Leska, c’est la rencontre entre deux univers musicaux différents, mais complémentaires. La légèreté de Les Gordon et l’énergie de Douchka.

Marc est violoncelliste. « J’ai étudié au conservatoire » explique-t-il. Avec son projet Les Gordon, il signe plusieurs EPs, aux sonorités synthétiques et japonaises, chez le label Kitsuné. Thomas, lui, est batteur et DJ. Petit à petit, il se fait une place dans la musique électro en signant chez Nowadays Records.

La singularité des deux artistes a formé Leska, en 2015. « On a chacun notre univers. Notre volonté est de créer une troisième entité musicale à part entière » résume Marc. « Lorsqu’on a sorti notre premier morceau ‘Olympia’, on n’imaginait pas faire du live. On produisait du son, mais un son tout à fait nouveau. Et aujourd’hui sur les sessions live, la complémentarité se fait tout naturellement » ajoute Thomas.

Originaires de Rennes, les deux artistes trouvent aussi un point de jonction dans la ville bretonne. « On s’y sent bien. Rennes est comme un foyer pour nous » évoque Marc. « C’est vrai qu’on est particulièrement attachés à la ville, puisque notre premier concert était à la scène de l’Antipode, à Rennes. Cependant, on reste ouverts au territoire national » confie Thomas.

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Leska (Marc et Thomas) – © Micky Clément

De nouvelles expériences sonores

Explorer un genre musical nouveau, imaginer des sonorités progressives. Tel est le projet de Leska. « On n’aime pas les étiquettes. On ne dresse pas de frontières entre les genres. On teste, on expérimente librement de nouveaux sons, ce qui permet d’affiner notre identité, mais notre principal objectif est la recherche de nouvelles expériences sonores » explique Thomas. En piochant dans l’électro, le rock ou encore la musique classique, Leska compose spontanément. « Chaque morceau renouvelle perpétuellement notre style musical » ajoute Marc.

Après leur premier EP « Circles » en 2017, aux mélodies reggaeton et influencé par leur voyage en Afrique du Sud, Leska revient avec l’épisode 2. « Circles II », la suite logique ? « Les rythmes sont plus lents et percussifs, on a beaucoup appris des lives. C’est la suite de notre évolution musicale, de nos recherches sonores », affirme Thomas. Les deux jeunes artistes ont apporté de nouvelles voix, en attachant de l’importance aux collaborations. « Cela s’inscrit toujours dans notre volonté d’expérimenter : sur le premier EP on a déjà samplé, alors intégrer de vraies voix nous semblait intéressant cette fois-ci », selon Marc. La chanteuse américaine Lia prête sa voix sur le titre puissant et organique « Only and only ». Ou encore José R. Fontao, du groupe Stuck In The Sound, sur le morceau « Curious ».

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Circles II – Leska

Des artistes complets

Le duo Leska excelle dans la musique, mais aussi dans la production visuelle. Marc et Thomas ont entièrement réalisé le clip de « Curious », sur le port de Douarnenez en Bretagne. Une nuée de skateurs tournoient au milieu des entrepôts. « Depuis un certain temps, on pensait réaliser un clip avec des skateurs. La websérie de Marion Gervais ‘La bande du skatepark’ a beaucoup influencé notre travail » évoque Thomas. « D’autre part, on a écrit pas mal de maxis sur le port de Douarnenez, c’est significatif pour nous » se souvient-il.

Sur scène, Leska mêle les sons électroniques avec de vrais instruments. Marc joue du violoncelle ou encore de la guitare. Entre deux mix, Thomas se met à la batterie. « Faire danser le public, c’est notre principal désir » résume Marc. La scénographie fait partie intégrante du live : les lumières intensifient les sons pour une performance pleinement réussie. Une effusion d’énergie.

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Clip « Curious » – Leska


Concerts à venir :

  • 21/07/2018 : Festival des Vieilles Charrues – Carhaix-Plouguer
  • 18/08/2018 : Festival Submersons – Muzillac
  • 19/09/2018 : Point Éphémère – Paris

Laura Barbaray

Focus sur la playlist – l’interview d’Alice et Moi

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Artistes en floraison – Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En novembre, le projet Alice et Moi avec le titre « Filme moi » est mis à l’honneur. Rencontre avec la jeune chanteuse Alice Vanor.


Après avoir terminé ton master de journalisme à Sciences Pô en 2016, tu t’es consacrée entièrement au projet Alice et Moi. Envisages-tu de devenir journaliste ou bien souhaites-tu te lancer dans une carrière musicale ?

Aujourd’hui, je me concentre uniquement sur la musique. J’ai toujours voulu faire de la musique. Depuis que je m’y consacre entièrement, ma vie a complètement changé. Je me sens tellement bien que je ne me vois pas faire autre chose que de la musique. J’y pense tout le temps.

Cependant, il y a plein d’aspects dans le journalisme que j’adore : l’écriture, les images, les documentaires. Peut-être que plus tard je me lancerais dans ce genre de projet, mais ce n’est pas ma priorité pour le moment.

Dès ton plus jeune âge, tu baignes dans la musique : ton père est un ancien membre d’un groupe punk. Comment es-tu passée de l’influence d’un père féru de punk jusqu’à la musique pop aujourd’hui ?

Mon père m’a donné le goût de la musique, c’est sûr. Depuis que je suis toute petite, mon père joue de la guitare avec moi. Ma mère aussi écoutait beaucoup de musique : elle allait voir les Rolling Stones en concert. J’ai toujours baigné dans une atmosphère un peu cool, un peu rock. J’adore la musique rock comme The Clash, The Cure…

De mon côté, j’ai toujours écouté d’autres artistes comme Vanessa Paradis. Quand j’étais enfant, je chantais à la fin du dîner entre amis la chanson « Pourtant » de Vanessa Paradis ! Mon père a une voix punk qui déchire. Moi, j’ai une plus petite voix, plus douce, alors c’est vrai que je m’identifiais parfois à des artistes comme Vanessa Paradis. Sa voix est honnête, naturelle : quand elle chante, elle raconte une histoire et ça me touchait beaucoup quand j’étais petite. Je me sentais dans mon univers, même si j’adore le rock.

Plus tard, j’ai découvert le groupe La Femme que j’adore. En ce moment, j’écoute pas mal de rap français avec mes petits frères, comme Lomepal ou Nekfeu. L’accent mis sur le texte me plaît beaucoup.

Le nom « Alice et moi » laisse entendre l’idée d’une personnalité double. Que signifie ce nom et comment le projet est-il né ?

Quand j’étais à Sciences Pô, je faisais déjà de la musique mais sous mon vrai nom, Alice Vanor. Mais je ne m’y consacrais pas encore à plein temps. A l’époque, je travaillais déjà avec Ivan Sjoberg. J’écrivais mes textes en français et Ivan m’a donné des conseils. Lorsque j’ai fini mon master, je me suis rendue compte qu’il y avait ce côté double en moi : un moi quotidien et un moi projeté sur la scène. J’avais envie de basculer de l’autre côté, d’intervertir avec le monde réel et d’aller vers un univers magique.

Il y a un an, pour monter mon projet « Alice et moi », Jean-Baptiste Beurier a travaillé les sons et Ivan sur la compo. Je leur ai expliqué ce que je voulais : chanter en français avec un style électro un peu mélancolique. C’est mon projet, mais dans la musique on travaille toujours entouré. Et puis nous sommes arrivés à ce petit bébé que j’aime bien. Je suis très contente !

En mars 2016, tu es conviée par les inRocks lab à la Gaîté Lyrique à Paris pour donner un concert. Que retiens-tu de cette expérience ?

C’était mon deuxième concert alors je vais être honnête : j’ai du mal à regarder ce live ! J’étais très stressée (et malade…). Mais j’ai quand même adoré, il y avait beaucoup de monde. J’étais très impressionnée. Finalement, c’était une belle expérience. Et grâce aux inRocks lab, j’ai rencontré le manager qui a créé le festival « Cabourg, Mon Amour », avec qui je travaille maintenant.

Le 27 octobre est sorti ton premier EP « Filme moi ». Que raconte-t-il ?

Il parle de la vie moderne, de sentiments universels, d’amour et de solitude. Se sentir seul dans la foule est un sujet que j’aborde avec le titre « Il y a ». L’EP évoque aussi le narcissisme, mais pas au sens négatif du terme. C’est plutôt le fait d’avoir envie d’être vu, d’exister, comme avec le titre « Filme moi ». Toutes mes chansons sont un peu mélancoliques… C’est juste un peu moi. J’écris sur ce qui me touche dans ma vie : des soirées, des regards, des amours, un peu de jalousie aussi. En tout cas, rien est inventé dans ce premier EP, j’essaie d’être sincère.

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Visuel EP « Filme moi » – Alice et Moi

Comment s’est déroulée cette toute première expérience ?

Ivan m’a aidé sur la compo, on a travaillé les sons dans le studio de JB et j’ai écrit les paroles. Pour le mix et le mastering de l’EP, Perceval Carré et Benjamin Savignogni ont bossé avec nous. Je donnais les lignes directrices, mais c’est un projet qui a pu voir le jour en travaillant ensemble.

Un style plutôt électro-pop aux tonalités synthétiques se perçoit à l’écoute de ton EP. Quelles sont tes influences musicales aujourd’hui ?

J’aime beaucoup le groupe La Femme (mon gros coup de cœur), Odezenne pour son univers et ses textes, Stromaé avec ses paroles déchirantes sur de la musique dansante… Aujourd’hui, il y a énormément de jeunes artistes talentueux. Le monde de la musique est riche de nouveaux artistes dont je m’inspire tout le temps. La nouvelle génération d’artistes écoute des styles musicaux qui se mélangent, qui se complètent, et c’est une source d’inspiration incroyable.

Le titre langoureux « Filme moi » fait partie des entrées en playlist du mois de novembre. Comment a-t-il été composé ? Évoque-t-il une expérience personnelle ?

« Filme moi » est un titre très fort pour moi. J’avais déjà une certaine idée en tête avant de le composer. Ivan m’a envoyé une première version et on a tout de suite senti qu’on allait dans la bonne direction. Et puis le morceau s’est fait très naturellement. JB a trouvé les petits synthés du début. On trouvait le rythme entêtant.

Pour la signification du titre, il y a deux visions : une vision sensuelle d’une fille qui dirait à son copain ou à sa copine « filme moi, garde quelque chose de nous ». Et une vision plutôt existentielle, presque malsaine à force de répéter « filme moi ». On a envie d’être vu, de faire partie du monde, d’être apprécié à sa juste valeur.

Le clip, sensuel et rétro, fait penser à des vidéos de vacances filmées avec un vieux caméscope. Quel lien entretient-il avec le titre « Filme moi » et comment a-t-il été réalisé ?

Il y a tout d’abord un côté camgirl dans le clip. Je me filme avec une webcam pour montrer le côté sensuel et évoquer l’envie d’être vue. Je trouve l’image des camgirls assez forte pour faire passer ce message.

En revanche, il n’y a pas de critique d’une société trop « narcissique ». Ce que je critique, c’est le fait de ne pas se voir, même à travers des écrans. Les jeunes qui passent leur temps à prendre des selfies ont envie d’exister. C’est incroyablement humain et je les admire.

Dans le clip, il y a aussi un côté vacances qui rappelle les petits moments de bonheur, d’intimité. Les garçons avec qui j’ai bossé sur cet EP apparaissent dans le clip et ça me fait plaisir de garder une trace de cette première expérience.

Le clip mélange l’aspect un peu barré, un peu triste avec l’aspect plus dansant et plus léger. J’ai ces deux côtés en moi, je voulais un clip et une chanson qui me ressemblent.

Pourrons-nous assister à tes concerts prochainement ?

Le 8 décembre, je donne un concert au Pop-up du Label à Paris. Adrien, un de mes musiciens à la basse et au synthé, organise une exposition. Ça sera un concert amical et intime, l’entrée est gratuite.

Le lendemain, le 9 décembre, je fais les Bars en Trans à Rennes. D’autres concerts sont prévus mais ils ne sont pas encore annoncés.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Désormais, chaque chanson de l’EP a son propre clip. Les clips des titres « Eoliennes » et « Il y a » vont sortir très prochainement. Actuellement je travaille sur d’autres chansons. Et puis mon objectif serait de faire plusieurs concerts et festivals, et de vivre encore des moments intenses !

Article à retrouver sur Radio Néo.

Laura Barbaray

Focus sur la playlist : l’interview d’EX-ILE

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Artistes en floraison – Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En octobre, le jeune duo EX-ILE (Léo et Tarik) de Noisy-le-Sec (93) avec le titre « J’attends la chance » est mis à l’honneur.


Vous êtes deux jeunes artistes de 22 ans (Léo) et 23 ans (Tarik). Poursuivez-vous des études supérieures ou bien vous consacrez-vous entièrement à la musique ?

Tarik : Pour ma part, je viens de finir mes études il y a peu de temps. J’étais à l’école d’urbanisme de Paris, qui appartient à l’université de Marne-la-Vallée.

Léo : J’ai fait des études en communication, mais ça ne m’a pas plu. Pour l’instant, je ne poursuis pas un cursus universitaire. Mais je n’exclus pas l’idée de reprendre les études ! On aimerait se laisser un an pour nous consacrer à nos projets musicaux. On verra où cela nous mènera.

On vous connaissait l’an dernier sous le nom de « Hermès Baby ». Pourquoi avoir changé le nom de votre groupe par EX-ILE ? Comment ce projet est-il né ?

Tarik : On a eu un différend avec la marque, qui nous a envoyé un courrier nous demandant de changer le nom du groupe. « EX-ILE » est synonyme d’échappatoire. C’est par la musique et par les textes que l’on peut s’échapper de notre quotidien. On sort de notre banlieue, de notre isolement. Et puis l’an dernier on a véritablement enrichi notre projet, nos musiques. Alors changer de nom permettait aussi une renaissance du groupe.

Léo : Cela fait sept ans que l’on joue de la musique ensemble, mais depuis deux ans on a monté plus concrètement le duo pour écrire les textes, composer des musiques et réaliser des clips. Notre projet s’étend sur cette longue période : de l’apprentissage de la musique il y a sept ans jusqu’à maintenant où l’on est plus dans la recherche musicale et dans la composition.

Quels sont les artistes qui ont influencé votre musique ? Comment pourriez-vous définir votre style musical ?

Léo : Je pense que le groupe qui nous a mis une claque et qui nous a appris à composer, à penser la musique, c’est Phoenix, un groupe électro/rock français. On a regardé des quantités de documentaires sur Arte à propos de la composition de leur album. Ça nous a totalement inspiré. Et puis nos amis écoutent plein de choses différentes, alors on absorbe tout ce que l’on peut !

Tarik : Dernièrement, parmi les artistes qui nous ont inspiré il y a Frank Ocean, un compositeur-interprète américain qui mixe des mélodies très différentes, ainsi que Tyler The Creator, un artiste américain hip-hop. On aime être à la synthèse d’une culture musicale qui brasse rap, pop, électro… On a des influences, mais on ne se revendique pas d’un seul style musical en particulier.

Votre premier EP « Direction Est » est sorti le 20 octobre. Comment s’est déroulée cette toute première expérience et de quoi parle votre EP ?

Tarik : C’est une expérience qui s’étale sur deux ans. On a d’abord enregistré des morceaux chez nous, au fur et à mesure de nos compositions.

Léo : Et puis, on a rencontré la maison de production GUM à qui on a proposé notre EP. On est ensuite passé en studio avec Bastien Dorémus, notre producteur musical (l’un des musiciens de Christine And The Queens).

Tarik : Bastien nous a aidé à voir plus loin, à apporter de la fraîcheur dans ce que nous avions déjà enregistré. On a revu les arrangements et retravaillé avec du matériel plus élaboré.

Léo : On a eu la chance de travailler avec des musiciens géniaux tout en gardant notre propre originalité musicale.

Tarik : En ce qui concerne la signification de l’EP, dans nos textes on raconte ce que l’on vit, on reste proche de notre quotidien. Finalement, on interroge notre identité. On vient de banlieue, mais on est constamment attiré par Paris…

Léo : On considère l’EP comme une boucle : les textes évoquent un gars qui rentre dans sa banlieue à l’aube d’une soirée parisienne. La journée, il a des hauts et des bas, des espoirs et des désillusions. Et puis sa routine recommence.

Tarik : Les titres forment aussi une boucle. On commence par le titre « Direction Est » et se termine par « A l’Est rien de nouveau ». On revient toujours sur notre point de départ.

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Ep « Direction Est » – octobre 2017 – © Juan Clemente

Le titre « J’attends la chance » fait partie des entrées en playlist ce mois-ci. Comment a-t-il été composé et quelle pourrait être sa signification ?

Léo : C’est un morceau très important pour nous. Il est venu à nous presque par hasard. J’ai commencé par enregistrer un son au clavier, juste pour tester. J’ai posé ma voix sur le morceau sans vraiment réfléchir. Et Tarik a écrit un texte de dingue (j’ai été surpris !).

Tarik : Cette expérience nous a marqué : c’était la première fois que l’on composait une musique qui nous ressemblait réellement. Des textes simples, une musique simple. Quand on l’a présenté à la première démo, on appréhendait, on allait livrer une part de nous-même…

Le titre et les paroles rappellent notre situation à l’époque. J’attends la chance, mais en même temps je peux et je vais la provoquer car personne ne va me la donner. C’est ce qui caractérise la jeunesse banlieusarde.

Le clip, en noir et blanc, suit votre escapade à moto à travers Noisy-le-Sec. Quel lien entretient-il avec le titre « J’attends la chance » ?

Léo : Le clip a été réalisé avant la musique. Et finalement, la musique concordait entièrement avec les images. Ça a été un hasard évident.

Tarik : On a filmé un ami à moto. A l’origine, quand j’écrivais le morceau, je pensais déjà à lui. On souhaitait évoquer une échappée, une fuite. On peut dire que l’on a pris le contre-pied de ce que l’on pourrait comprendre par « J’attends la chance ». On n’attend pas, on prend en main nos aspirations, nos désirs.

Le clip a été entièrement réalisé avec un iPhone. Pourquoi avoir choisi cet outil pour le tournage ?

Léo : En fait, on avait l’idée de réaliser un clip avec du vrai matériel. On a commencé par faire des repérages avec l’iPhone. Et puis on s’est rendu compte que les prises de vues fonctionnaient parfaitement et adhéraient à notre identité.

Tarik : Aussi, la réalisation du clip se prêtait bien aux paroles du morceau. Pourquoi attendre alors que l’on peut le faire nous-même ? Cette spontanéité nous caractérise.

Avez-vous déjà des concerts prévus ?

Tarik : Non, mais nous sommes en pleine préparation du live. On répète au studio Pigalle et au studio Bleu à Paris. On retravaille avec Bastien qui nous aide beaucoup.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Léo : Le live sera la prochaine étape. Et puis on avance notre prochain EP qui devrait sortir avant l’été.

Tarik : On travaille aussi l’écriture des prochains clips. Et on réfléchit à l’idée d’un éventuel album… Pourquoi pas.

Laura Barbaray

Article à retrouver sur Radio Néo.

Bebly, le trio électrique qui exhale l’humanité et la sincérité – Entrevue avec Benjamin Blin

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Sur la photo : Benjamin Blin, chanteur et guitariste du groupe Bebly – © Laura Barbaray

« Rencontrer des gens, prendre du plaisir, jouer de la musique ». Ces mots pourraient être le leitmotiv de Benjamin Blin, le chanteur et le guitariste du trio Bebly.

Autour d’un café, à l’occasion de la sortie du nouvel EP du groupe en novembre prochain, intitulé Déconne, j’ai rencontré Benjamin, qui m’a fait part de son projet, de son univers musical et de ce que Bebly signifie pour lui.

Quand les mots s’accrochent à nous

Bebly, une petite bande de trois amis originaires de Maurepas dans les Yvelines, s’est formé en 2008. « A l’époque, j’avais un autre groupe, qui s’appelait ‘Histoire de…’. Et puis, j’ai voulu monter un projet solo. J’ai rencontré Guillaume (basse) et Fabien (batterie) avec qui j’ai fondé ce groupe. On avance à notre rythme », m’explique Benjamin. Depuis 2009, Bebly a déjà enregistré trois LP (L’autre, il s’égare ; Le Bonhomme ; L’intervalle) et deux EP (La Passerelle ; Déconne). Ils ont également fait la première partie du concert du groupe Eiffel en 2013 (artistes très chers à mon cœur…).

Une guitare à la sonorité électrique, un tempo énergique, une voix aux effets éraillés d’un mégaphone… Les années 1990 vibrent et résonnent comme un écho dans les différents titres de Bebly. On entend au loin Miossec ou encore Louise Attaque. « Tous ces artistes ont décomplexé ma façon d’écrire. Ils m’ont donné l’impression que n’importe qui pouvait composer un texte ».

Alors, Benjamin se tourne vers l’écriture réaliste, simple, spontanée, parfois mélancolique. Avec une grande pudeur, le chanteur et guitariste souhaite retranscrire des émotions à des périodes de sa vie. « C’est un espace libre dans ma vie, je ne me mets pas de contraintes. J’ouvre des tiroirs. Une simple rime enclenche le processus d’écriture. Je m’approprie les textes, mais d’autres peuvent s’identifier. Je voudrais en quelque sorte retranscrire des sentiments qui rattrapent une pensée collective », me dit-il avec enthousiasme. Dénués d’artifices, les mots sont là, naturels, sincères, et ils nous touchent.

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Fabien, Benjamin et Guillaume – © Davina Muller

Un trio d’artistes enthousiastes

Benjamin et Guillaume sont autodidactes, Fabien est batteur diplômé. « On a tous des boulots à côté », me confie Benjamin. « On fait tout tout seul, de la compo à la production. On n’a pas d’agent, on envoie des disques, on envoie des mails, on passe des coups de téléphone. C’est du home-made total, mais j’adore ça ! ».

Bebly, c’est un groupe qui aime avant tout se faire plaisir. Après une semaine de travail, le trio se retrouve pour répéter. « Tous les morceaux partent d’une guitare sèche avec une voix. Généralement, on a des idées à moitié définies. On travaille le chant, le rythme, le tempo. On répète qu’une seule fois par semaine, alors les titres s’élaborent rapidement dans un temps relativement court, mais je trouve qu’on est plutôt efficace ». Et c’est une bouffée d’air frais pour les trois amis.

L’aventure Bebly est incroyablement humaine. Le home-made à la Bebly, pour reprendre les termes de Benjamin, c’est aussi faire des rencontres, discuter des projets des uns et des autres, découvrir des lieux, grâce à la musique. « C’est tout ce que je recherche », m’avoue le chanteur. « Bebly, c’est mon projet principal. Pour Guillaume et Fabien c’est un peu leur projet satellite, mais ils prennent du plaisir, alors pour moi c’est gagné ! ».

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Ouverture d’Eiffel, 2013 – la Clef, Saint Germain en Laye – © Julien Prevel

Déconne, un EP qui leur ressemble

En novembre prochain sortira le nouvel EP de Bebly, dont on peut déjà découvrir le premier extrait éponyme sur YouTube ou Deezer. Déconne a été enregistré de façon spontanée et imprévue. Le groupe n’avait pas envisager un enregistrement pour cette année. Quand Benjamin reprend contact avec l’ingénieur du son de Damien Saez, Sylvain Carpentier, « rien n’était réellement prêt », m’explique-t-il. Coup de théâtre. Sylvain leur propose d’aller enregistrer au Black Box, un studio mythique à Angers. « C’est un studio qui me fait toujours rêver depuis que je suis gosse. C’est là où ont été enregistrés The Kills, Deportivo ou encore The Last Shadow Puppets », s’exclame le chanteur. « Trois jours au Black Box : une expérience de fou ! On s’est fait prendre au dépourvu, alors on a bossé très vite. Ca restera un super souvenir pour nous ». Encore du home-made à la Bebly !

A l’écoute de l’EP, on retrouve l’énergie électrique du trio sur le titre « Dévalise » par exemple et le timbre mélancolique des paroles, toujours simples et naturelles, avec le morceau « Un Fantôme ». On déconnecte, on lâche prise, on se laisse porter par l’univers de Bebly. Benjamin, Guillaume et Fabien nous font percevoir ces petits riens de la vie, ces instants du quotidien qui nous échappent, par le seul pouvoir de la musique.

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Enregistrement au Studio Black Box – © Davina Muller

Bebly a quelques projets en tête. Le 10 novembre 2017, le groupe jouera au Scarabée à La Verrière (Yvelines) avec Archimède à l’occasion d’un festival au profit des victimes du terrorisme. De plus, le trio envisage de réaliser un clip en collaboration avec un autre groupe, mais les informations sont tenues secrètes pour le moment. Un joli programme pour nos trois artistes !

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Laura Barbaray.