L’art du GIF, quand le graffiti s’anime sur nos écrans

Revues de presse, urban art paris

Impossible de passer à côté de cette nouvelle tendance artistique. Il suffit de scroller son fil d’actualité sur les réseaux sociaux pour être interpellé. Depuis quelques années, des œuvres de street-artistes du monde entier s’animent sur les écrans des smartphones… En boucle. Les collages de Levallet, les personnages enfantins de Dran, ou plus récemment la « Petite Fille au Ballon Rouge » de Bansky, ces œuvres, éphémères et fixes, changent notre regard sur le paysage urbain en prenant soudainement vie. Le format GIF (Graphics Interchange Format), kitsch et ringard à une époque, est largement adopté par ceux qui détournent les peintures murales, pour favoriser le partage sur les réseaux sociaux. Le GIF deviendrait-il un art à part entière ?

« Light » de Sr. X, animé par A.L Crego – © A.L Crego

Street-art 2.0

Des yeux qui s’ouvrent et qui se ferment, des personnages qui se déplacent, des lumières qui s’allument. Les artistes digitaux ou « motion designers » s’emparent des murs pour les rendre vivants et raconter une nouvelle histoire. Parmi eux, deux noms reviennent souvent sur nos écrans : l’Espagnol Adrián López Crego (A.L Crego) et le Serbe ABVH. Entre photographe et vidéo, le procédé qu’ils utilisent se nomme « cinemagraph » et permet d’animer seulement une partie des éléments d’une photo en boucle, avec finesse et subtilité. Inventé par le photographe Jamie Beck et Kevin Burg, motion designer,  le cinemagraph leur a permis d’animer leurs photos de mode lors de la Fashion Week début 2011. Le cinemegraph est alors devenu une pratique artistique pour A.L Crego et ABVH. « Quand j’ai conçu [les GIFs], je me suis dit que c’était comme animer ‘les murs de l’internet’. Je ne peux pas les faire bouger dans la rue, mais dans l’espace virtuel je peux leur donner un autre sens. » rapportait A.L Crego au journal l’Obs en 2014.

Levallet, par ABVH – © ABVH

Depuis peu, Google explore aussi ces nouvelles possibilités d’animation en ligne. En 2014, le géant américain s’associe à la galerie Saatchi de Londres pour proposer le concours Motion Photography Prize, donnant à voir les meilleures photographies en mouvement sous format GIF. Aussi, dans le cadre de son projet « Google Art & Culture », Google nous fait découvrir des œuvres urbaines animées, comme celles des artistes INSA et Cheko. L’ambition encyclopédique de Google ne se limite pas à répertorier tous les lieux de street-art du monde, mais propose aussi une nouvelle expérience aux internautes.

Explorer un champ des possibles

Il faut l’admettre, le format GIF s’adapte parfaitement aux logiques du web, et plus particulièrement des réseaux sociaux. Concis, efficace, esthétique, le GIF sait accrocher notre attention. Léger en terme de volume, il se partage facilement via les messageries instantanées. Ce format de la photo animée a été inventé en 1987 par CompuServe, l’un des grands fournisseurs de services en ligne américains. Symbole du kitsch des années 1990 – dont les messages d’anniversaire clignotants de toutes les couleurs sont un exemple évocateur –, le GIF connaît un regain d’intérêt depuis quelques années, notamment grâce à la technique du cinemagraph. Aujourd’hui, on utilise les GIFs pour traduire en image une réaction ou exprimer un sentiment. Se déchargeant des mots, le GIF peut même avoir une valeur de commentaire. Les images sont dotées d’une puissance capable de susciter notre engagement et notre imagination.

Sam3, animé par A.L Crego – © A.L Crego

En effet, Internet s’envisage comme un nouvel espace, où le champ des possibles est décuplé. Entre image fixe et image en mouvement, le GIF devient alors un terrain de jeu pour explorer les possibilités du genre et créer des séquences surprenantes, poétiques, hypnotiques… Absorbé dans un cadre qui tourne en boucle, notre regard ne veut pas en sortir.

En somme, le GIF est en adéquation avec nos modes de consommation culturelle contemporains.

Les codes du graffiti bousculés ?

Évidemment, cette nouvelle tendance du street art animé interroge le codes traditionnels du mouvement, qui repose principalement sur l’aspect éphémère. Sommes-nous face à une nouvelle forme d’art urbain sur un support digital ? La technique du motion design pérennise les œuvres murales vouées à la disparition. Ces images en mouvement convoquent un effet de réel augmenté, qui semble aller au-delà des frontières de l’art. Devant un personnage qui fait tourner son parapluie ou bien des fenêtres qui se déplacent, on s’abandonne à la rêverie. Mais une fois devant les vraies œuvres, le vrai mur, est-on encore libre d’imaginer notre propre histoire ?

Si les GIFs interrogent les codes traditionnels du street art, ils sont une manière pour les artistes numériques de continuer l’œuvre et de se l’approprier de façon active pour réinventer l’espace urbain. Le GIF peut aussi devenir une critique de l’œuvre originale. Par exemple, A.L Crego a récemment repris le tableau autodétruit de Bansky, la « Petite Fille au Ballon Rouge ». Passé à la broyeuse, le tableau se transforme en billets de banque. Un moyen de dénoncer la montée en valeur du tableau et la marchandisation de l’art ? Autonome, le GIF semble devenir une œuvre. Alors, doit-on redéfinir l’art urbain en intégrant la dimension numérique ?

« La Petite Fille au Ballon Rouge » de Bansky, animé par A.L Crego – 
© A.L Crego

Sources

Article à retrouver sur Urban Art Paris et Kulturiste (CELSA).

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Horor, tracé intarissable #3

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« Les fissures, les salissures, la matérialité même du support font partie intégrante de l’œuvre. » Horor

Dans un flot de poussière, les chevaux, aux allures fantasmagoriques, galopent sous l’ancienne écurie de la ferme Cavan, à Courdimanche. Comme entremêlées dans leur ruée, les créatures biomécaniques semblent tout droit sorties d’un songe. « C’est une fresque qui symbolise une étape importante dans ma technique artistique », évoque Thomas, alias Horor, membre du collectif cergypontain Art Osons. Les lignes noires et volatiles sur le mur en friche semblent sans fin, toujours en mouvement. La chevauchée, nommée « Charnière » et réalisée en collaboration avec Norione en 2014, est en symbiose avec le lieu historique.

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« Charnière » – Ferme Cavan, septembre 2014 – © Horor

Au premier étage de la ferme Cavan, des dessins à l’encre noir jonchent les murs, des livres de sciences naturelles emplissent les étagères. Les cheveux ébouriffés, une tasse de thé à la main, Horor m’accueille dans son atelier. Dans ce petit écrin, bouillonne l’esprit ardent et créatif de l’artiste.

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Atelier d’Horor – © LB


Premiers tags aux aurores

Des jours et des nuits passés à reproduire sa signature, avant de poser son blaze pour la première fois, à l’abri des regards, sur les murs abandonnés de Cormeilles-en-Parisis. « J’ai toujours aimé dessiner, relate Horor. Quand j’étais gosse, les graffitis qui ornaient les autoroutes me fascinaient : ‘mais comment ces gars-là s’y prennent-ils ?’, me demandais-je incessamment ». Comprendre l’histoire du graffiti. C’est bien ce qui anime le jeune Thomas dans ses années lycée. En boucle, tournait le documentaire « Writers » de Marc-Aurèle Vecchione (2004) retraçant 20 ans du mouvement graffiti parisien. Culte. « C’était des arrêts sur image à répétition pour m’imprégner du lettrage de Bando », se souvient-il, en souriant.

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« Writers », de Mac-Aurèle Vecchione (2004)

Mais là où Horor a tout appris, c’est sur le terrain. Fasciné par les graffeurs locaux plus âgés, le jeune homme fait ses premières armes avec ses amis, au sein d’une petite communauté passionnée. « Il n’y a pas d’école de graffiti. L’apprentissage était fondé sur le partage, on était à la fois autodidactes et élèves des plus expérimentés, poursuit Horor. Et puis, c’est un monde empreint de rituels, il faut acquérir les bases pour apprendre d’autres techniques et se forger une crédibilité », explique-t-il. Horor pénètre alors dans l’univers du graffiti, qui prend vie la nuit et s’éteint aux aurores, lorsque les premiers métros s’animent, remplis de travailleurs pressés…

Entre l’inertie et le mouvement

« J’ai mis un certain temps avant de mélanger le dessin et le graff ». Diplômé d’une licence en arts plastiques à la Sorbonne, Horor perfectionne sa pratique du dessin, étudie la philosophie de l’art, s’inspire de peintres d’époques différentes. Les artistes comme Dalí, Egon Schiele, Hans Bellmer, James Jean ou encore Hans Ruedi Giger influencent l’imaginaire graphique d’Horor. « J’étais fasciné par les traits à la fois doux et brutaux de ces artistes, évoque le jeune homme. L’univers onirique, organique, poétique et parfois surréaliste m’attirait… Devant les œuvres de Shiele, je ressens une vive émotion. » Une lueur brille dans ses yeux bleus.

Peu à peu, Horor assume de mêler l’univers du dessin et du graffiti. A la fac, il découvre la bombe à basse pression Montana, qui diffuse un trait ultra-fin. « Ça m’a véritablement ouvert des possibilités dans ma recherche de la courbe idéale », s’enthousiasme-t-il. Entre la force et la légèreté des traits, entre la ligne courbe et la ligne brisée, Horor navigue dans un entre deux. Cherche-t-il l’équilibre dans une forme de tension ? « Cette dualité exprime une quête perpétuelle du mouvement et de l’expressivité. Mon trait n’est, en quelque sorte, jamais terminé… », évoque-t-il. Horor aime graffer dans des lieux abandonnés. Sur le support chargé d’histoire, l’œuvre prend alors tout son sens.

« Je refuse l’image lisseIl s’agit pour moi d’insuffler de la vie dans l’inertie des corps, de montrer la beauté de l’éphémère. »

Des ossatures mécaniques, des textures minérales composent son bestiaire. Lors de sa première exposition personnelle « Reliquae » au Cabinet d’Amateur à Paris du 18 au 28 octobre, Horor nous plonge dans l’anatomie animale de ses créatures fantasmées. Inspiré des illustrations d’encyclopédie, Horor souhaite ancrer le corps des animaux dans l’Histoire, comme pour pallier leur disparition progressive.

Une passion partagée avec Art Osons

Faire de l’art un vecteur d’ouverture. Telle est l’ambition de Horor au sein de l’association Art Osons. C’est en 2012 que l’artiste rencontre Nexer et d’autres membres du collectif. Ensemble, ils organisent des ateliers graffitis dans des maisons d’arrêt ou encore des prisons pour mineurs du Val-d’Oise.

« A travers l’art, on donne aux jeunes les armes pour s’exprimer. C’est comme si on plantait des graines : chacun développe un potentiel pour construire son identité, son imaginaire », évoque Horor, les yeux plein d’espoir.

Ces années de travail en collectif ont permis à Horor de se professionnaliser et d’entreprendre ses propres projets culturels. Prochaine étape pour Horor : un voyage en Tunisie, à la découverte de lieux abandonnés.

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Peinture du mois Art Osons – Ham, avril 2017

Art Osons, quand le street-art se partage #2

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Dix ans. Dix ans que le collectif Art Osons existe. Des peintres, des graffeurs, des photographes et des bénévoles motivés… Depuis 2008, l’association Art Osons peut compter sur une trentaine d’adhérents chaque année pour déployer ses projets culturels à travers l’agglomération de Cergy-Pontoise. Partager et valoriser la création dans les arts graphiques, telle est l’intention artistique et pédagogique du collectif cergypontain.


Des événements culturels

Une sculpture de voitures empilées, ornée de graffitis, trône au milieu du parc François Mitterrand, à Cergy. Les curieux admirent les artistes à l’œuvre, bombe de peinture à main. C’était au festival Cergy, Soit !, quelques années auparavant. « Au début, on était un groupe de cinq potes avec l’ambition de développer les arts visuels en général », se souvient Nexer, street-artist et membre de l’association Art Osons depuis sa création. « Peu à peu, on a développé le côté peinture, et surtout le graffiti », poursuit-il. Ancré dans la vie artistique de Cergy-Pontoise, le collectif Art Osons est devenu rapidement une association. Chaque année, Art Osons intervient lors du festival Cergy, Soit !, le festival des arts de la rue organisé par la ville de Cergy. « Nous organisons aussi des expositions, comme  »Sortie de cours » qui a lieu au mois de mai au Carreau de Cergy », ajoute Nexer. L’exposition présente les œuvres issues des ateliers et des stages menés par les associations de la ville. L’occasion pour les jeunes artistes locaux de s’exprimer et de gagner en visibilité.

« Notre plus gros événement a été le festival Caps Attack, l’année dernière, à Cergy », se souvient Nexer. Pour fêter ses dix ans, Art Osons a visé haut : trois jours d’animations, 46 artistes sélectionnés et 1500m2 de mur investis. « Des concerts, des performances, des ateliers ont rythmé notre tout premier festival des arts de la rue… avec l’aide précieuse des bénévoles sur les parties logistique, sécurité ou encore communication ! », précise l’artiste-graffeur.

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Festival Caps Attack – © Art Osons

« Là où on ne nous attend pas »

« Le graffiti nous a permis d’aller à la rencontre d’un public qui n’avait pas accès à l’art », évoque Nexer. A travers le street-art, le collectif Art Osons entend tisser des liens, partager une expérience et émanciper les esprits. Les membres de l’association interviennent régulièrement auprès des jeunes de la région parisienne, à l’instar du centre éducatif de Pontoise ou encore le centre pénitencier pour mineurs de Porcheville. Parfois réfractaires aux activités, les jeunes prennent peu à peu les bombes et réalisent des œuvres surprenantes. « Ce sont des moments incroyablement enrichissants pour les jeunes, et pour nous, s’enthousiasme le jeune graffeur. Finalement, le street-art nous amène là où on ne nous attend pas. »

Un tremplin vers la création artistique

« Au Brûloir, on organise des réunions, on bosse nos projets », raconte Nexer. Le Brûloir, c’est une ancienne maison abandonnée à Cergy, mais aussi un atelier de création, un lieu de vie. Remis en état il y a six mois, Le Brûloir accueille les artistes qui désirent élaborer un projet artistique. « On dispose de matériel, on crée ensemble, ce qui permet aux artistes d’évoluer dans leurs pratiques », souligne-t-il. Par exemple, la petite troupe d’artistes a mis en place la session « peinture du mois ». Autour d’un mur, d’un thème commun et de couleurs communes, les artistes se retrouvent chaque mois pour laisser libre cours à leur créativité. « L’échange, le travail en commun nous influence dans nos manières de créer », évoque le street-artist.

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Fresque collective, 2014 – © Art Osons

Le collectif cergypontain porte en lui le désire de valoriser les artistes et de soutenir la création artistique. « Grâce au réseau associatif local, chacun d’entre nous peut s’impliquer dans les projets culturels et promouvoir son art, explique Nexer Finalement, Art Osons nous donne les clés pour se lancer et se professionnaliser », conclut-il.

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Transformateur électrique à Saint-Ouen l’Aumône, par Nexer, 2018 – © Nexer

Un collectif qui ne cesse de stimuler la création artistique… Rendez-vous au printemps 2019, pour la deuxième édition du festival Caps Attack, à Cergy !


Artistes du collectif Art Osons :

Katset – Horor – Nori – 2flui – Ndeck – Nexer – Audrey

Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Prochain épisode #3 : Horor.

Le collectif Art Osons donne un nouveau visage à Cergy-Saint-Christophe #1

urban art paris

« Graffiti in Cergy »

Au pied de la gare RER de Cergy-Saint-Christophe, les passants lèvent la tête, ébahis et émerveillés. Derrière la médiathèque de l’Horloge, se dresse un immeuble en construction. Cependant, ce ne sont pas ces nouveaux logements qui attirent l’œil. Une femme à la chevelure blonde ornée d’une couronne de fleurs, aux allures de déesse, domine la place depuis la façade du bâtiment. L’immense fresque de 17 mètres aux couleurs vives, nommée « Sérénité », a été réalisée par sept membres de l’association Art Osons, qui regroupe une dizaine d’artistes urbains de l’agglomération.


Une œuvre collective

Sept artistes, deux semaines de travail et des litres de peinture utilisés. Dans le cadre du programme « 1 immeuble, 1 oeuvre » du ministère de la Culture, des entreprises immobilières, dont le promoteur Vinci, s’engagent à commander une œuvre pour chaque immeuble construit. Le maire de Cergy Jean-Paul Jeandon ainsi que Vinci Immobilier ont fait appel au collectif Art Osons pour revêtir la façade du bâtiment. Nexer, Biate, 2flui, Nori, Horor, Katset et Ndek, les sept artistes de l’association, ont donné leur propre coup de pinceau. « Nous avons présenté trois propositions d’esquisses au maire de la ville, évoque Nexer, graffeur d’Art Osons et référent du projet. Ensuite, nous nous sommes répartis par binôme pour réaliser chaque élément de la fresque. » Sur les détails de la main, les motifs du drapé ou encore la végétation, chacun des artistes a trouvé sa place.

« C’est un travail collectif d’ampleur, et nous sommes fiers du résultat ! », s’enthousiasme Nexer.

Allégorie de Cergy

« La fresque met en valeur le patrimoine architectural de la ville de Cergy », souligne la mairie. Le pont rouge, la préfecture, la grande horloge ou bien les douze colonnes… Symboles du rayonnement de la ville, les édifices cergyssois entourent le doux visage de la divinité féminine. « Les tons éclatants du mauve, du rouge et de l’ocre contrastent avec la couleur blafarde du mur en béton », indique l’artiste graffeur.

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« Sérénité » – © Art Osons

Les yeux fermés, une boule de cristal qui flotte entre ses mains, la muse apparaît sereine. Elle veille sur la place de la grande Horloge, comme garante des habitants. « Il s’agissait de transmettre un message d’apaisement dans le quartier de Cergy-Saint-Christophe, explique Nexer. D’autre part, la fresque amène l’art là où on ne l’attend pas, dans un but éducatif et social », poursuit-il. « Grâce au street art, le quartier devient plus attractif », ajoute la mairie. Désormais emblème du quartier, la fresque attire les regards, éveille les curieux, et interroge petits et grands. « La peinture embellit la place, sourit une habitante. C’est comme si c’était notre propre musée, à ciel ouvert », conclut-elle, les yeux rivés sur l’œuvre monumentale.

Au pied de la gare RER de Cergy-Saint-Christophe, règne une harmonie paisible, aux couleurs de « Sérénité ».


L’article est à retrouver sur Urban Art Paris & dans la Gazette du Val d’Oise.

Episode #2 : Art Osons, quand le street-art se partage.

Kelkin, entre onirisme et dédale urbain

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Le street-artist originaire de Cergy, Kelkin (24 ans) étudie à l’école des Beaux Arts, à Angers. Depuis plusieurs années, il explore des souterrains, ornés de graffitis, pour y peindre son motif fétiche : le labyrinthe.


Sanctuaire

« Des nuits et des nuits passées à peindre sur des rangées de murs calcaires, dans l’obscurité la plus totale. » Le street-artist Kelkin se rappelle le temps où il se faisait la main dans des carrières souterraines, vestiges de la Seconde Guerre mondiale. L’atmosphère froidement troublante des grottes, aux allures primitives, ne lui fait plus peur. Lampe frontale fixée sur la tête et bombe de peinture à la main, Kelkin graffe sur la roche colossale, avec exaltation. « C’est devenu mon sanctuaire », sourit-il. Sa voix résonne dans l’immense labyrinthe souterrain. Le caractère sacré et onirique du lieu transmet une énergie positive au street-artist. « Quand je rentre en région parisienne, j’improvise parfois des sessions, avec des amis. Peindre dans les souterrains permet un retour à soi et à l’instinct primaire », explique Kelkin.

Symbole du rêve

Des tracés sinueux, des symboles antiques, du noir et du blanc. Voici l’univers artistique de l’artisan-peintre Kelkin. « Je passais du temps à dessiner dans ma chambre, évoque-t-il. Un jour, je me suis aperçu que des lignes tortueuses et abstraites apparaissaient sous mon feutre noir, comme un labyrinthe. » Son intention artistique ? S’approprier ce mythe, aux origines préhistoriques, et explorer un monde intérieur. « Pour moi, le labyrinthe est une figuration de l’Homme, explique-t-il. Tout au long de notre vie, on est confronté à des labyrinthes, comme la ville, véritable dédale urbain. »

Chargée en symboles, l’œuvre de Kelkin évoque le rêve et l’inconscient. « À travers mes peintures, je demande à chacun quel est son rêve, précise le jeune homme. Le public a le pouvoir d’actualiser l’œuvre et de donner un sens aux symboles qui s’y trouvent », s’enthousiasme-t-il. Le street-artist s’inspire des cultures étrangères, en intégrant des symboles Adinkra, berbères ou encore asiatiques. Une œuvre universelle qui fait cheminer le public dans son propre labyrinthe intérieur.

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« La Bateleur », par Kelkin, collection « Miroirs de Lames » 2018 – © Kelkin

« Faire vivre mon art »

« Je souhaitais être sur le terrain et faire des choses avec mes mains », résume Kelkin. Après avoir entamé une licence en Arts Plastiques à la Sorbonne en 2013, le jeune homme s’oriente vers une formation de peintre-décorateur, l’année suivante. Il fait ses preuves au sein de l’entreprise de décoration MVDECOR, où il apprend les techniques de base de la peinture. Aujourd’hui étudiant aux Beaux Arts à Angers, Kelkin perfectionne son savoir-faire. « Je suis en perpétuelle recherche artistique pour faire vivre ma passion », suggère le jeune artiste.

Le street-artist ne peint pas seulement dans les souterrains ténébreux. Lors du projet Street Art City, un lieu unique dans l’Allier (Auvergne) qui accueille les artistes du monde entier, Kelkin réalise ses œuvres les plus conséquentes. En résidence pendant cinq jours en juin 2017, il rénove une façade en friche et réhabilite la chambre 020 de l’Hôtel 128. « J’ai aussi présenté ma plus grosse exposition solo, ‘Miroirs de Lames’, à Street Art City », évoque-t-il, les yeux scintillants. Le lieu est ouvert au public jusqu’au 4 novembre 2018.

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La façade rénovée par Kelkin – © Street Art City


En attendant, Kelkin exposera au Muséum de Toulouse, le 16 octobre, dans le cadre de la semaine de l’étudiant. Une soirée-exposition organisée par l’association culturelle Aparté.

Découvrez le blog de Kelkin : https://kelkin.org/

Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Riders

Reportages

Les roues qui rebondissent sur le bitume, des planches de bois qui virevoltent et des corps qui ondulent librement dans la chaleur douce d’un soir printanier. Sur les bords de la Seine, on s’arrête. Des jeunes, filles et garçons, semblent aussi légers qu’une petite bulle de savon. Comme suspendus dans l’air, ils dansent sur les planches colorées, enchaînent inlassablement les figures, emportés par une cadence enjouée. Une sensation d’osmose, hors du temps.

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Les Berges – © Laura Barbaray


Réunis au sein du collectif DockSession, les longboarders parisiens laissent libre cours à leur talent chaque dimanche sur les Berges de la Rive Gauche, en face du Musée d’Orsay. Initié en 2014 par Lotfi Lamaali, virtuose du longboard dancing et ambassadeur de marque (Loaded board), DockSession est un rassemblement hebdomadaire qui vise à promouvoir la discipline et créer un lien entre les différentes communautés de longboard à travers le monde. A Paris, l’association compte près de 200 passionnés. Une pratique qui allie danse et glisse.

« Nous, on fait pas mal de freestyle ». Trois jeunes longboard-danceuses, habituées des quais, évoquent leur sport favori. « On laisse flotter notre corps sur la planche, l’esthétique des mouvements s’acquiert peu à peu », explique Ophélie, sa longboard aux motifs tribaux dans les mains. Sur le terrain, les trois amies glissent naturellement, de façon harmonieuse et rythmée. Le longboard dancing attire aussi bien les filles que les garçons. Une mixité appréciée dans le monde du skate et de la culture urbaine.

 

 

Avec un peu d’élan et les écouteurs branchés sur une musique chill, les riders tournoient sur eux-mêmes avec souplesse. « Avant, j’étais trop raide sur la planche. Mais en un an de pratique, j’ai pris de l’aisance » remarque Marvin. Ses petits pas de danse habiles sur la planche lui donnent une sensation de liberté et d’apesanteur. Comme une fusion entre le danseur et sa matière première.

Devant le hangar métallique et tagué, Charles-Adrien lance sa longboard et la fait tourner entre ses pieds. C’est aussi lui qui fabrique les longues planches de bois, chacune personnalisée. Il a créé sa propre marque, Majutsu, imprégnée de culture japonaise. « J’ai aussi réalisé des collaborations avec des street-artists, dont Noty Aroz à l’occasion d’une exposition en 2016. J’ai dessiné le Murciélago – la divinité issue de Batman et de la Santa Muerte mexicaine – sur une longboard », se souvient-il.

 

 

Le bois de la planche racle le sol bétonné. « C’est la figure de l’ange », confie Marvin. Lotfi, le sourire aux lèvres, maîtrise sa longboard parfaitement. Sur place, il multiplie les pirouettes. Avec ses mains, il rattrape sa planche au vol. C’est ce qu’on appelle un aerograb dans le vocabulaire des riders. « On est là tous les dimanches » explique Lotfi. « La Docksession est un rendez-vous libre et spontané. Chacun ride comme il l’entend. Les plus expérimentés donnent des conseils aux novices et tout le monde passe un bon moment » s’enthousiasme-t-il. La seule consigne : une ambiance conviviale. Pour cela, des jam musicaux accompagnent régulièrement les sessions de longboard.

 

 

La DockSession a aussi sa mascotte. Saucisse le Jack Russell, sous le regard attendri des passants, monte volontiers sur une planche… et s’agrippe fermement au mollet de sa maîtresse.

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Saucisse – © Laura Barbaray

La communauté de longboarders évolue dans un climat apaisé, accueillant et chaleureux. Fédérés autour d’une discipline et d’un lieu, les riders partagent des expériences, tissent des liens et donnent une véritable impulsion à la création artistique.

Laura Barbaray

Enric Sant, zones inexplorées

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A l’occasion de sa première exposition en France, l’artiste urbain de Barcelone Enric Sant dévoile un univers incisif et exprime la condition humaine dans ses œuvres.


Une chemise sous un pull cintré, les doigts noircis par la peinture, des corps nus sur les tableaux. Il est 17 heures lorsque j’arrive à la galerie ADDA&TAXIE à Paris, dirigée par Anna Dimitrova et Valériane Mondot, sous une légère bruine. « Oh, bonjour et bienvenue ! ¿ Qué tal ? » me lance Enric Sant, l’artiste à l’honneur, avec un accent espagnol prononcé. Un large sourire, une accolade et une petite bise. Je me sens tout de suite à l’aise. « Prends ton temps pour regarder les œuvres » me dit-il dans sa langue maternelle. Des tableaux aux tons criards et lumineux à la fois, des corps qui tourbillonnent dans un triptyque, des esquisses aux personnages intrigants revêtent les murs de la galerie. Près de l’escalier qui mène au sous-sol, les coupes à champagne bien alignées scintillent sur la table en attendant d’être servies. Tout est prêt pour le vernissage. « Âpre Zone ». C’est le nom de la première exposition d’Enric Sant en France, qui a lieu à la galerie ADDA&TAXIE, ouverte depuis juin au cœur des prestigieuses galeries d’art du 8ème arrondissement, du 3 février au 17 mars 2018.

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« Trayectoria Aurea », huile sur toile – © Enric Sant

Un artiste passionné

Enric Sant est un artiste urbain de Barcelone. Il a 33 ans et est passionné d’art depuis l’enfance. « J’ai toujours eu un crayon à la main. Je dessinais et je peignais beaucoup quand j’étais gosse. A 16 ans, je suis tombé dans la culture urbaine. Avec des amis, on était branchés graffitis. On s’est mis à peindre sur les murs dans les rues de Barcelone. » explique-t-il. Après un baccalauréat d’arts plastiques, il entre à l’Université des Beaux Arts de Barcelone, où il acquiert de solides compétences artistiques. « Je continuais à graffer sur les murs, et en parallèle j’exposais dans des galeries avec d’autres artistes, en collaboration sur des projets» se souvient-il.

Barcelone. L’une des capitales incontournables de street-art. C’est dans les ruelles et les boulevards animés de la ville que l’aventure commence. L’aventure d’une bande de quatre copains passionnés et talentueux. En 2007, Enric Sant fonde avec ses amis graffeurs Grito, Aryz et Registred, le collectif Mixed Media. « Tous les quatre, on était férus de graffitis. Cependant, on ne peignait pas tant des lettres ou des messages, mais des personnages. On avait créé notre propre univers. Et puis, un jour Grito a dit ‘On va peindre avec des rouleaux’ et non plus avec des bombes. Alors on a commencé à peindre très haut. Les autres graffeurs de Barcelone étaient jaloux car on produisait au dessus de leurs œuvres ». Le collectif Mixed Media jouissait d’une renommée dans la ville et au-delà des frontières de Barcelone. Aujourd’hui, chacun a suivi sa voie professionnelle. « Le collectif a toujours été une source d’inspiration pour moi. Les gars sont très doués et vont toujours plus loin dans leur recherche artistique. Mes œuvres actuelles sont évidemment imprégnées de nos expériences et de notre façon de penser ». Une lueur brille dans ses yeux bruns.

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Mexique – © Enric Sant

Au-delà du confort

Des corps nus, agglutinés et décharnés. L’être humain est le thème central de son exposition intitulée « Âpre zone ». Et pourtant si éloigné de son univers d’origine. Il avait peu à peu affirmé son style en créant des personnages inhumains, grotesques, monstrueux. Tout droit inspirés de bandes-dessinées, de jeux vidéos ou encore du cinéma de science-fiction.

Mais l’exposition relève d’une signification bien particulière. « Âpre » c’est ce qui est amer au goût, mais aussi ce qui est violent et rude. « Zone » peut faire référence aux zones du corps, aux zones urbaines difficiles à délimiter, mais aussi à la zone de confort. « ‘Âpre’ (‘áspero’ en espagnol) signifie pour moi une situation inconfortable. Les œuvres exposées ici m’ont contraint à sortir de ma zone de confort, de mon univers personnel fait de personnages figuratifs. En représentant le corps humain, je voulais aller plus loin dans ma recherche, sortir de ma zone de confort artistique et me confronter à de nouvelles expériences esthétiques » s’enthousiasme-t-il. « Aussi, la zone âpre, rugueuse, c’est le moment dans notre vie où l’on est confronté à des choix. Une épreuve que l’on doit surmonter pour avancer ». L’engouement de l’artiste ne faiblit pas.

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« The lesson », huile sur toile – © Enric Sant

Viser toujours plus haut et aller au-delà de ses limites. Tels sont les maîtres mots d’Enric. Le processus de création de l’artiste espagnol témoigne d’un véritable travail, d’un effort qu’il dépasse pour faire dialoguer ses œuvres. « Des concepts de création me viennent en tête, ils germent dans mon esprit pendant un certain temps. Je dessine, je prends des notes en amont. Les idées ne sont pas définies tout de suite. Par exemple, le tableau ‘Estratos’ a mis un certain temps avant d’aboutir ».

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« Estratos », huile sur toile – © Enric Sant

Une œuvre humaniste

Ainsi, l’humain apparaît comme l’axe principal de son œuvre. « Selon moi, l’Homme est l’objectif de l’art. Les êtres humains créent des œuvres artistiques pour les êtres humains ». Un humaniste contemporain ? Oui, car Enric souhaite exprimer toute la beauté de l’être humain dans ses tableaux, mais aussi toute la complexité dont il fait preuve. « Je travaille tout ce qui touche à l’Homme : ses pensées, ses sentiments. En dénudant les corps, je les humanise. J’enlève les couches superficielles et je remets les corps à leur état naturel » éclaire Enric.

Quand on est face à ses tableaux, on se demande ce qu’est réellement l’être humain. « En quelque sorte, on se pose des questions qui concernent l’existence de l’Homme : d’où vient-on ? Qui sommes-nous ? Les corps agglutinés et enlacés renvoient à tout ce que l’être humain peut absorber de beau, mais aussi à tout ce qu’il peut détruire autour de lui. L’être humain est une entité unique, indivisible, c’est un seul et même corps. Et à la fois, c’est un être complexe, avec des débordements d’émotions et une diversité culturelle très riche » évoque l’artiste.

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Exposition « Âpre Zone » 03/02/2018 – © ADDA&TAXIE

Les couleurs vives et sombres des tableaux évoquent la personnalité duale de l’être humain. Un univers mystérieux, oppressant, presque onirique, qu’il puise autant chez les grands maîtres de la Renaissance, comme Michel-Ange ou plus tard Rubens, mais aussi dans la culture contemporaine. « La peinture à huile, une technique somme toute académique, exprime les couleurs d’une façon extraordinaire et unique. J’aime la matérialité des couleurs. La peinture à huile est parfaitement adaptée à ma manière de travailler ». Ce travail de la matière, Enric l’expérimente aussi dans le choix des supports. « J’utilise souvent le bois comme support de mes tableaux. Le bois apporte une valeur ajoutée au rendu final. Les corps nus sont déposés sur le bois nu. Il y a un véritable dialogue entre le support et la matérialité des couleurs et des sujets ».

Alors, les corps nus se rencontrent, se heurtent, s’échauffent. Et nous renvoient à notre propre intériorité.


« Âpre Zone » d’Enric Sant du 3 février au 17 mars 2018 – Galerie ADDA&TAXIE, au 35 avenue Matignon à Paris (métro Miromesnil).

Enric Sant présentera également ses œuvres à la Urban Art Fair du 12 au 15 avril 2018 à Paris.

Laura Barbaray

Itchi, le collagiste parisien d’un autre temps

urban art paris

« Le collage est la reconnaissance par le peintre de l’inimitable, et le point de départ d’une organisation de la peinture à partir de ce que le peintre renonce à imiter, une affiche, une boîte d’allumettes, qu’importe. » (Louis Aragon)

Vendredi 8 septembre 2017. Paris sous la pluie. La capitale n’est que plus embellie par la vue spectaculaire surplombant les célèbres toits parisiens. Au loin, la tour Eiffel triomphe telle une reine. Le collagiste Itchi, collectionneur passionné, m’accueille dans son atelier, une petite chambre de bonne perchée au sixième étage d’un immeuble montmartrois.

Rencontré au vernissage privé de Noty Aroz en juin dernier, Itchi me fait entrer dans son univers onirique des années passées.

Itchi, tu portes un nom d’artiste bien original. D’où vient-il ?

Je m’appelle Sacha, et Itchi est un dérivé. Mes amis m’appelaient Sachi, et puis avec le temps c’est devenu Itchi. C’est également un clin d’œil à Itchy & Scratchy dans les Simpson.

Quel a été ton parcours afin de trouver une place dans le monde de l’art ?

J’ai fait une école d’arts appliqués, l’ISAA à Paris. A l’origine je suis graphiste. Avec deux amis, nous avons monté un collectif qui s’appelle les « Mégalos ». On n’avait pas du tout d’expérience, alors se lancer en tant que graphistes indépendants s’avérait difficile pour trouver du travail.

De ce fait, j’ai eu pas mal de temps libre. J’ai développé différentes techniques et des projets personnels. Je me suis aperçu que le collage plaisait plutôt bien, j’ai réalisé un ou deux projets d’illustration. Puis, petit à petit j’ai découvert toute une communauté de collagistes dont je me suis inspiré. J’ai appris aussi que les sources des images pour faire les collages étaient importantes. Alors j’ai commencé à récupérer des vieux magazines, je m’y suis vite pris au jeu ! Au fur et à mesure je postais mes créations sur Flickr, l’instagram des années 2000. Des groupes de collagistes postaient également leurs œuvres, ce qui a créé une communauté.

Ainsi, j’ai débuté dans le monde de l’art en m’éloignant du travail de design graphique pur et en développant un univers personnel. Tous mes travaux sont désormais autour du collage.

En constituant un petit réseau, via le bouche à oreille ou via les réseaux sociaux, je réponds à des commandes essentiellement pour la presse ou des galeries. Le plus gros travail que j’ai élaboré, c’était l’année dernière pour l’hôtel Renaissance Paris République qui souhaitait une décoration dans l’esprit des années 1950-60. J’ai fait une quarantaine de collages qui décorent les couloirs, les chambres et la salle de restaurant. J’ai été contacté par la plateforme Balibart qui proposait à l’époque des tirages d’illustrateurs en édition limitée. Désormais, on peut créer notre « shop » nous-même. Dans mon cas, ils ont joué le rôle d’agent.

J’ai aussi réalisé des illustrations pour un article du magazine L’instant Parisien, et une affiche d’un film croate indépendant « Happily Ever After ».

Dans tes œuvres, tu utilises des images anciennes, souvent tirées de vieux journaux. Quelle est ta démarche artistique ? Peux-tu nous expliquer le processus de création de tes œuvres ?

Le processus de création est toujours le même : fouiller dans les magazines. Je commence à avoir une grosse collection ! Je m’oriente plutôt vers les magazines de mode, de cinéma, de reportages comme Paris Match. Je les trouve sur e-Bay, Le Bon Coin, ou lors de vide-greniers. En ce qui concerne mon travail personnel, l’idée est de parcourir les magazines sans chercher quelque chose de précis. Ce sont les images qui vont me plaire. Ensuite, je construis l’œuvre autour d’une photo, d’une image qui m’a interpellé. En revanche, le procédé est différent pour les commandes : je cherche des images bien particulières. Il m’arrive parfois de mixer les matériaux, par exemple la peinture, les pastels, le calque…

Ma démarche artistique consiste à replacer des images anciennes peu connues dans mon univers et leur redonner une touche de modernité.

Si tu devais choisir une œuvre parmi tes collages, laquelle serait-elle ?

Le collage qui pourrait représenter le plus mon travail, ce serait celui utilisé pour ma première exposition en 2015. Il se nomme « Hang Time ». En basket « hang time » c’est le temps où l’on est en l’air et en anglais « hang » signifie « accrocher ». Pour ma première exposition solo, c’était le moment d’accrocher mes œuvres ! Le jeu de mot s’y prêtait bien. On peut penser aussi au temps suspendu : prendre des images d’un ancien temps pour les réutiliser aujourd’hui.

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Hang Time – Itchi

Tes œuvres font penser à des photomontages, que l’on peut réaliser aujourd’hui avec des logiciels informatiques. Selon toi, quelle est la finalité d’utiliser des vieux souvenirs, des photos anciennes avec la technique du collage ?

J’aime le travail à la main pour le rendu visuel. J’aime sentir les textures, froisser le papier. Évidemment, on peut le faire par ordinateur mais ça ne sera jamais la même sensation. En revanche je ne suis pas contre les montages digitaux. Par exemple, un artiste que j’admire et qui m’a donné envie de faire du collage, Julien Pacaud, réalise du collage numérique. Le rendu est superbe.

Pour moi, le travail à la main me permet d’avoir une vue d’ensemble. Cependant, j’ai réalisé des images mixtes : par exemple, je colle à la main des photos et ensuite je vais rajouter certains éléments à l’ordinateur comme des traits, pour ajouter un côté graphique et géométrique.

Tes œuvres semblent inspirées des mouvements dadaïste et surréaliste par la juxtaposition des formes géométriques. On peut citer le dadaïste Raoul Hausmann avec ses photomontages ou encore le surréaliste Max Ernst. Revendiques-tu également une liberté d’expression en jouant avec la matière ? Souhaites-tu créer un nouveau langage artistique en créant de nouvelles associations visuelles ?

Il y a beaucoup de liberté dans ma démarche artistique, je n’ai jamais une idée préconçue. En effet, les magazines des années 1950-60 rappellent ces mouvements. Je m’inspire aussi des constructivistes russes des années 1920 dont la tendance artistique se concentre sur la composition géométrique rigoureuse.

Je mixe les oppositions ancien/moderne, deux univers qui s’unissent. Ces associations visuelles peuvent constituer un langage artistique dans le sens où ma démarche consiste à faire revivre des images anciennes, à les intégrer à notre époque.

Peut-on définir ton œuvre de « poétique » ?

La notion de hasard, au cœur de ma démarche, peut faire penser au cadavre exquis. Des associations visuelles vont construire un univers onirique. L’image, ses couleurs, son aspect esthétique me guident. Le but est de sortir les clichés de leur contexte. Les images que je choisis sont parfois nostalgiques et rappellent une époque lointaine, à laquelle on rêve souvent. Si je peux faire voyager les gens le temps d’une image, mon pari est réussi !

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Untitled – Itchi

Je souhaiterais revenir sur ta collaboration avec Noty Aroz. Quelle a été ton interprétation du personnage « El Murciélago » ?

Lorsque Noty Aroz m’ont contacté, je ne connaissais pas parfaitement leur univers. Je n’ai pas pensé à une interprétation particulière du personnage. Le principe était d’appliquer mon ambiance sur leur personnage. J’ai réalisé deux collaborations avec eux. L’objectif de la collaboration était la contrainte d’une nouvelle technique : le grand format. Cependant, sur la première collaboration, j’ai gardé des éléments de leur univers : les fleurs et le signe de Batman. Sur la deuxième, j’ai davantage pensé à la pièce, au format, j’ai donc pu mieux l’appréhender.

Envisages-tu des collaborations avec d’autres artistes ?

Le sujet a été évoqué avec le street-artist J3 qui réalise des labyrinthes à la craie dans Paris. Je ne travaille pas dans la rue, mais cela me plairait d’essayer. C’est un véritable travail d’agrandissement. Autrement, je collabore avec des collagistes allemands ou encore colombiens par correspondance. J’envoie le début d’un collage, ils le complètent, et inversement. Les résultats sont surprenants et vraiment sympas. C’est une sorte de cadavre exquis encore une fois.

Que t’évoque le street-art ?

Le street-art m’a véritablement incité à me lancer dans la création artistique en observant mes amis taguer dans la rue. C’est un art accessible à tous. Selon moi, le street-art met à disposition un même lieu : l’univers urbain. Dans cet univers unique, la création est florissante et variée, chacun apporte ses compétences. On ne voit jamais la même chose.

As-tu des expositions de prévues ou en cours ?

Depuis le 26 septembre, je fais une expo-vente à Gambetta avec plusieurs artistes, jusqu’au 1er octobre. En janvier 2018 en Belgique, une exposition collective dédiée au collage est prévue, jusqu’au mois de mai. En février 2018 à Paris, une exposition également consacrée au collage se tiendra à la galerie 3F à Abbesses. Enfin, en décembre 2018 à Montpellier, se déroulera une exposition en collaboration avec un artiste dont j’ignore l’identité pour le moment.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

J’aimerais réaliser un livre qui regrouperait l’évolution de ma démarche, mais je n’ai pas encore d’idées bien précises. Et pourquoi pas réussir à consacrer 100% de mon temps à des projets personnels ! Cela fait également partie de mes aspirations pour l’avenir.

« L’irrationnel est la plus noble conquête du collage » (Max Ernst)

Suivez Itchi sur Facebook et Instagram.

Retrouvez cet article sur Urban Art Paris.

Laura Barbaray

Festival LaBel Valette : la noble demeure de la street-culture – rencontre avec Sébastien Lis

Articles & interviews, Sorties, urban art paris

Sur la photo de gauche à droite : Clément de Nercy, président de la start-up All Mecen ; Sébastien Lis, co-fondateur de l’association Urban Art Paris.

De la street-culture au cœur d’un festival ? La rentrée s’annonce inédite !

Du 1er au 3 septembre 2017, le LaBel Valette Fest, organisé par l’association Urban Art Paris et la start-up All Mecen, investit le château de la Valette situé à Pressigny-les-Pins dans le Loiret (45), pour trois jours de bouillonnement culturel.

100 street-artists sont venus des quatre coins du monde armés de bombes de peinture, de colle, de pochoirs et ont rénové, transformé, réhabilité l’immense demeure oubliée en une exposition géante. Le festival nous réserve encore bien d’autres surprises…

Dans les locaux de All Mecen, lors du vernissage de « l’avant-propos » du LaBel Valette Fest, Sébastien Lis, co-fondateur d’Urban Art Paris, m’a fait part de cette folle aventure, audacieuse et innovante.

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En tant que co-fondateur de l’association Urban Art Paris, peux-tu nous présenter le site web ? Quels sont ses actions et ses projets ?

Le site web Urban Art Paris présente plusieurs aspects. Tout d’abord, un aspect informatif avec des interviews, des articles que réalisent les membres de la rédaction sur des sujets qu’ils choisissent librement. Cela peut être sur des expositions, un portrait d’artiste, un événement qui aura lieu. Il y a également un axe découverte : lorsque les adhérents d’Urban Art Paris voyagent, ils prennent des photos et se rendent dans des lieux où le street-art est très présent. Cela nous amène à faire des zooms sur des pays, des villes. On peut citer les exemples de la Pologne avec la ville de Lodz, l’Allemagne avec Berlin qui sont des lieux où les graffeurs abondent les rues. En plus de cela, on annonce des événements sur le site, comme des vernissages, des live painting, des festivals, des projections…

Le site internet est véritablement la colonne vertébrale de l’association. C’est par le site web que notre association s’est créée. Tout le monde est bénévole au sein d’Urban Art Paris, que ce soit au niveau de la rédaction, du bureau ou bien des personnes qui s’occupent de l’événementiel. Pour le moment, on est à 48 adhérents, avec un bureau de six personnes et une vingtaine de membres actifs.

Dans deux mois a lieu le LaBel Valette Fest, l’événement artistique d’envergure dédié à la street-culture. Comment l’idée de ce projet est-elle née ?

L’idée de ce projet est née suite à l’événement de La Belle Vitry’N que l’on avait co-organisé avec Digital Street Art et Vitry’N Urbaine l’année dernière à Vitry et qui a eu un très beau succès. Je viens personnellement du Loiret et j’y retourne régulièrement. En passant devant ce château je me suis dis que ça pourrait être la prochaine étape d’un événement d’envergure. Il y a énormément de place avec 10 000m² de murs. J’ai démarché le propriétaire du domaine pour savoir si cela était possible d’organiser un événement dans ce château. Contre toute attente, il a accepté facilement.

Puis, lors d’une assemblée j’ai présenté le projet. L’idéal serait que chaque année nous organisions un temps fort lié à l’association. Les bénévoles et les adhérents aiment s’impliquer sur ce genre d’événement concret où il y a un contact avec les artistes. De même, c’est lors de ces événements que l’on met en avant les artistes que l’on soutient. Cela fait maintenant plus d’un an (avril 2016) que l’association travaille sur le LaBel Valette Fest.

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© Christian Julia – Château de la Valette

Urban Art Paris s’est associé à la start-up All Mecen dans l’organisation du festival. Quelle est la particularité de cette start-up et quel a été son rôle dans la réalisation du projet ? (réponse complétée par Clément de Nercy, président de All Mecen)

La rencontre avec All Mecen s’est faite lors d’une interview que j’ai réalisé à l’occasion de l’exposition Jisbar & Onizbar dans leurs locaux. Le courant est très bien passé. Je leur ai parlé du projet. Il s’est avéré que nous étions totalement complémentaires. C’est une start-up qui, depuis trois ans, met en relation des artistes avec des mécènes. All Mecen propose aux artistes de partager leurs créations sur une plate-forme pour gagner en visibilité. Le but est de soutenir les créateurs, d’aider à financer les projets des artistes dans tous les domaines culturels (musical, littéraire, artistique).

On a les mêmes objectifs : les mécènes ou Urban Art Paris vont d’abord mettre en avant l’artiste et lui donner des moyens de communication pour se développer avant l’aspect financier. Les membres de All Mecen sont devenus de vrais coordinateurs du festival : ils se sont occupés de la partie logistique, de la recherche de financement ainsi que la gestion des artistes.

La création d’un tel événement a sans doute été un travail de longue haleine. Quelles ont été les principales étapes de l’organisation du LaBel Valette Fest ?

Dans un premier temps, il a fallu créer un groupe soudé, tant au niveau des mécènes qu’au niveau d’Urban Art Paris. On a mis en place des réunions régulières pour structurer l’organisation où chacun avait son rôle, dans la communication, la logistique, la recherche de financement ou la gestion des artistes par exemple. Puis, il fallait définir clairement le projet : le street-art et le graffiti font partie de la street-culture dont les trois courants majeurs sont la musique, la danse et les performances artistiques. En partant de cette définition de la street-culture, on a créé un axe musical. On s’est alors rapproché des têtes d’affiches de la scène hip-hop indépendante française, comme La Scred Connexion ou encore Kacem Wapalek.

De plus, on a voulu intégrer un côté pédagogique en mettant en place des live painting, des ateliers, des conférences pour expliquer le mouvement de la street-culture et pourquoi on le définit comme contre-culturel, c’est-à-dire contre la culture de masse.

Ensuite, l’étape de la recherche de fonds a été difficile. Il n’est jamais simple de convaincre des partenaires financiers de suivre une première édition. On avait des fonds propres mais des entreprises nous ont tout de même suivies.

Enfin, obtenir les autorisations a été la phase la plus délicate. En effet, il faut convaincre la mairie d’un petit village de 400 habitants que l’on ne va pas provoquer une invasion de graffeurs et recouvrir tous les murs de la commune. De même, la gestion des artistes demande énormément de travail : tous ne répondent pas dans les temps pour le nuancier de couleur ! Il faut également gérer sur place 100 artistes pendant trois mois.

Pourquoi avoir choisi le domaine de la Valette, un site excentré de la vie urbaine, comme lieu du festival, alors que c’est dans les rues de la ville que foisonnent les œuvres street-art ?

Tout d’abord, nous voulions un lieu unique et exceptionnel, on l’a trouvé à la campagne et non en région parisienne. Nous voulions également créer un paradoxe entre ville et campagne. En effet, ce domaine a la particularité de disposer de deux bâtiments du style Le Corbusier avec un forte présence de structures en béton qui rappellent l’univers urbain. Il nous a semblé intéressant d’intégrer tous ces éléments d’urbanisme à la campagne. Enfin, on voulait casser les codes en faisant entrer la street-culture dans un château, un domaine qui n’est pas le sien. Ainsi, on crée un décalage en amenant le graffiti à la campagne, en invitant des artistes sur un lieu historique, en proposant des œuvres en extérieur et non accrochées sur les murs intérieurs du château afin que l’art soit accessible à tout le monde.

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© Tiski

L’innovation et la création artistique sont au cœur de ce projet audacieux. Que pourront découvrir les festivaliers durant ces trois jours ?

Les festivaliers découvriront plus de 100 œuvres réalisées par 100 artistes de 30 nationalités différentes allant de la première vague graffiti représentée par TKID170 (Etats-Unis) ou encore Wuze (France), à la toute dernière génération d’artistes représentée par Siam (France), le benjamin de notre équipe d’artistes qui vient d’avoir 18 ans. Des œuvres uniques seront mêlées à l’architecture du domaine : une chapelle accueillera une œuvre en volume réalisée par un artiste français. Les visiteurs pourront également assister à la performance d’un artiste très célèbre, Okuda (Espagne), sur la façade du château, et découvrir l’univers de chaque artiste dans les 90 pièces de la demeure mises à la disposition du public. Ainsi, sur un même lieu, on souhaite que la création artistique puisse s’épanouir en toute liberté.

D’autre part, les festivaliers pourront entendre des concerts de jazz et de hip-hop. Là encore, les générations se confondent, allant des groupes qui ont 20 ans de carrière aux artistes qui débutent dans le monde du hip-hop.

Et aussi, pour ceux qui veulent en savoir plus, des conférences seront animées par l’équipe pour expliquer notre démarche. Pour les plus jeunes et les moins jeunes qui veulent s’initier à la calligraphie, au pochoir ou au collage, des ateliers seront mis en place par des artistes. Enfin, tout au long de l’événement, des live painting permettront au public d’observer la création d’une œuvre street-art.

L’événement regroupe des street-artists du monde entier et de générations différentes. Quel est l’objectif d’Urban Art Paris et de All Mecen en créant une sorte de melting pot artistique ?

L’idée est dans un premier de temps de donner l’opportunité à des artistes d’être présents sur des événements d’envergure et qui n’ont pas toujours les moyens adaptés pour. On a lancé un appel à candidature à la suite duquel les artistes ont été jugés pour leur talent, et non pour leur réputation. Notre démarche s’inscrit véritablement dans le renouvellement des artistes urbains pour leur permettre d’acquérir une certaine visibilité ainsi qu’une place dans le milieu.

Quels artistes urbains présentent leurs œuvres lors du festival ?

Dans les artistes que nous soutenons activement, seront présents Yakes, un jeune graffeur d’Ile-de-France ; Bebar (France) qui se confirme cette année ; Mark Gmehling (Allemagne) qui n’est pas très connu au-delà des frontières allemandes et que l’on souhaite faire découvrir au public français ; Théo Lopez, un jeune artiste très prometteur ; LapinThur qui réalise des œuvres en volume ; Softtwix, une femme qui fait du collage. On englobe tous les courants que ce soit le graffiti, le pochoir, le collage, la calligraphie, et toutes les générations des années 1990 à 2010.

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© Erge – Yakes à l’oeuvre

Comment peux-tu caractériser l’expérience du visiteur ?

Son expérience sera exceptionnelle et immersive ! Notre objectif est de captiver le visiteur par la richesse des œuvres exposées, l’animation sur le domaine ainsi que la possibilité d’échanger avec les artistes présents lors du festival. Se divertir, se cultiver et apprendre sont nos maîtres mots.

Le projet de Radio Néo est fondé sur la mise en valeur de la scène émergente et de la découverte musicale. Les différents groupes présents lors du LaBel Valette Fest peuvent certainement plaire à nos auditeurs. Par quoi ces artistes se distinguent-ils ?

La scène est majoritairement tournée hip-hop, accessible à tout le monde. Ce sont des artistes indépendants qui ne sont pas passer par des grosses maisons de disques. Ils empruntent le chemin le plus long pour y arriver. Ainsi, notre but est de leur donner l’opportunité de se faire connaître.

Par exemple, le public pourra assister au concert de TSR Crew, rap parisien du 18ème qui a fait le Printemps de Bourges cette année et qui sera notre tête d’affiche. Irie Jahzz, moins connu, qui joue du jazz punchy. Chromatik, qui acquiert de plus en plus de visibilité sur Paris et qui mélange différents styles, jazz et punk. Ils improvisent souvent sur scène, c’est en cela qu’ils peuvent se distinguer. Napoleon Da Legend, un rappeur américain sera également présent.

Tous ces artistes ont réussi en passant par des circuits alternatifs. Nous sommes dans un milieu contre-culturel, alors il est pour nous spontanée de faire appel à ces artistes qui ont une vraie plus-value créative et musicale.

As-tu d’autres projets à l’esprit dédiés à la scène street-art avec l’équipe d’Urban Art Paris ?

Après le festival nous avons trois projets d’expositions : deux artistes en collaboration Yakes et Bebar, puis les deux en solo. On souhaite mettre en avant ces deux artistes urbains. Lorsqu’un organisme fait appel à Urban Art Paris pour un événement, on propose systématiquement Yakes et Bebar à nos clients. Par exemple, Yakes a réalisé la première fresque éphémère aux Jardins des Tuileries pour un événement intitulé les Jardins de Gally. Bebar participe à la Route du Champagne au mois d’août et réalisera un live painting dans la cave d’un domaine champenois.


Pour vous faire languir, voici en avant-première quelques œuvres des artistes participants au LaBel Valette Fest, exposées lors du vernissage de « l’avant-propos » du festival.

 

 

INFOS PRATIQUES à retrouver ici.

Vidéo LaBel Valette Fest

Laura Barbaray

Rencontre avec Noty Aroz : le street-art entre culture sacrée et populaire

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Un lieu, une rencontre

Montrouge, jeudi 8 juin 2017. Noty Aroz, un duo de jeunes artistes urbains, m’accueillent dans leur atelier. Des masques de super-héros sculptés, des graffs, des affiches abondent les murs recouverts de fil rouge. Pochoirs, bombes de peinture, crayons, ébauches et esquisses encombrent les planches à dessin et laissent deviner qu’un événement se prépare…

Me voici au cœur de la création artistique des deux street-artists où foisonne leur imagination débordante. Ainsi, je découvre les prémices de l’exposition intitulée « El Murciélago » qui a lieu du 23 au 25 juin 2017 à la Cremerie de Paris.

C’est à cette occasion que Noty Aroz ont accepté de répondre à mes questions.

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Atelier de Noty Aroz – Montrouge

Vos noms d’artistes sont un peu intrigants… d’où viennent-ils ?

Ce n’est pas nous qui les avons choisi. C’est notre père spirituel, qu’on appelle « Le Professeur » et qui nous a enseigné sa théorie sur les divinités que nous représentons. « Noty Aroz » est une énigme alors je ne peux pas donner la solution ! Mais l’indice numéro 1 est que c’est un palindrome graphique. C’est un mot qui s’écrit dans les deux sens graphiquement. Par exemple, le « N » est la même lettre que le « Z ».

Vous êtes deux jeunes artistes urbains. Quel est votre parcours et comment avez-vous débuté dans le monde de l’art ?

On s’est rencontré quand on était gamin. On faisait juste un peu de dessin et de graffiti quand on était ado. Puis, on a rencontré quelqu’un, Le Professeur, qui nous a beaucoup influencé sur notre démarche artistique et qui avait un regard particulier sur notre monde et sur l’art en général. Il nous a transmis un savoir qui s’est transformé en connaissance, et nous a guidé dans notre approche et dans son aboutissement. Un peu comme une mission à accomplir.

Qui est réellement ce « Professeur » ? Reste-t-il dans l’ombre ?

Il ne veut pas forcément que l’on dise son nom, c’est pour cela que nous l’appelons « Le Professeur ». Il a une théorie qui, comme beaucoup de scientifiques, est critiquée. Sa théorie se nomme le « syncrétisme fictif ». Un syncrétisme est une fusion entre deux cultures différentes. Par exemple, la Santa Muerte au Mexique est un syncrétisme car c’est un mélange des croyances mayas et du christianisme. Et fictif, car aujourd’hui, nous n’avons plus de grands mythes fondateurs qui permettent de donner des bases à une société. La spiritualité meurt et on retrouve ces mythes fondateurs dans la fiction. Grâce aux grandes histoires, les hommes donnent un sens à leur monde. Aujourd’hui, la fiction prend le pas sur le réel. Par exemple, on observe des personnes qui passent une grande partie de leur temps libre à se fabriquer des costumes de Stormtrooper. On peut appeler ça un fanatisme fictif. On peut constater dans la société un impact de la fiction sur le réel. Des divinités que le Professeur avait prédites en établissant un lien entre l’univers de Batman et l’univers de la fête des morts mexicaine, par exemple, se sont révélées vraies. En ce moment, au Mexique, des gens vénèrent Batman. Pour toutes nos divinités, il y a des histoires de ce genre.

C’est justement le sujet de votre exposition intitulée « El Murciélago » qui a lieu du 23 au 25 juin. Que représente ce personnage ?

Cette exposition se consacre uniquement au personnage du Murciélago. C’est une divinité syncrétique qui est un mélange entre la Santa Muerte mexicaine et l’univers de Batman. En 2011, dans la région de Veracruz au Mexique, des groupes d’individus anonymes se sont révoltés contre la violence des cartels mexicains, l’inefficacité de la police et les hommes politiques corrompus, et se sont unis afin d’exterminer les narcotrafiquants. Des légendes urbaines sont alors nées autour de ces individus, et on les a rapidement associés à Batman car on retrouve dans la célébration de la fête des morts au Mexique une inversion manichéenne symbolique. Au niveau des symboles, il y a une inversion entre le Bien et le Mal. Au Mexique, on célèbre la mort avec des fleurs, de la couleur, synonymes de la fête, et dans l’univers de Batman tout ce qui est bon est sombre et tout ce qui est mauvais est joyeux et coloré. C’est là le point commun entre ces deux univers. A partir de ce fait divers, le peuple de la région de Veracruz remerciait ces groupes d’individus : on les assimilait à des surhommes, on allumait des cierges pour eux, on se procurait des petites figurines de Batman. Cette Santa Muerte mexicaine a été confrontée avec l’univers de Batman pour obtenir « El Murciélago ». Après de nombreuses recherches, on a représenté ce personnage graphiquement, (voir photo ci-dessous) où tous les symboles sont justifiés : la balance de la justice qui est un symbole commun aux justiciers et à la Santa Muerte, la chauve-souris est l’animal totem de Batman mais également la divinité de la mort chez les mexicains. Plusieurs liens existaient et c’est justement cet élément déclencheur qui les a rapproché.

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Sérigraphie « El Murciélago » – Noty Aroz

A quoi pouvons-nous nous attendre lors de votre exposition ?

Il y aura des ateliers et des performances. Ce sera trois jours d’animation. Des amis street-artists collaboreront pour rendre hommage au Murciélago. Il y aura également des explications autour des œuvres pour tendre vers une exposition interactive, avec une installation sonore qui éclairera l’œuvre majeure. Près d’une vingtaine d’artistes différents présenteront leurs travaux. Des nouvelles œuvres seront aussi présentées, dont des nouvelles collaborations avec d’autres artistes. L’exposition comportera différents formats : les artistes Bebar, Jo Di Bona, Eddie Colla, Lord Urb1 et Matt_tieu taperont les vitrines, une grande planche de bande-dessinée collective sera exposée et un cadavre exquis sera réalisé en live le soir du vernissage.

Pouvez-vous définir le concept de « Mythologeny » qui est au cœur de votre projet artistique ?

La Mythologeny regroupe des nouvelles divinités qui répondent à une carence spirituelle de notre génération. Elles incarnent des nouvelles valeurs. A l’époque il y avait le dieu de la chasse, de la guerre… Aujourd’hui, ces thématiques ne nous touchent plus au quotidien. Des divinités plus contemporaines répondent à nos valeurs actuelles comme le dieu de la justice, de l’objectivité, du choix, des opprimés…

Le terme « Mythologeny » est la contraction de « mythologie » et « génération Y ». C’est l’ensemble de ces divinités qui forme une nouvelle mythologie.

Nous, quand on répand cette bonne parole, on fait de l’iconodulie, c’est-à-dire que l’on représente graphiquement des divinités religieuses, à l’inverse des iconoclastes. Le street-art est le meilleur moyen de répandre les images. C’est une sorte de pèlerinage artistique.

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Atelier de Noty Aroz – Mythologeny

La série « Mythologeny » regroupe des visages de personnages contemporains sculptés, comme des super-héros. Pourquoi avoir utilisé des techniques et des thèmes ancestraux, en décalage avec la culture street-art ?

Notre travail est dichotomique, toujours fondé sur les oppositions entre deux univers qui s’unissent, tant dans l’idée que dans la forme. En effet, nos noms d’artistes Noty Aroz s’opposent, on réfléchit sur le sacré et le populaire, la réalité et la fiction. Le concept de dualité est le cœur de notre démarche.

On a réalisé nos masques sculptés en 3D dans la même logique : la forme coordonne avec le fond. Pour le côté populaire, on a opté pour le pochoir, le graffiti. À l’opposé, la sculpture est pour nous la forme la plus sacrée. On a voulu confronter ces deux univers. Ces masques en 3D sont des superpositions de couches de pochoirs redécoupés, que l’on recompose avec des clous. Ainsi, on peut qualifier ces masques de totems contemporains.

La thématique du masque prend une place importante dans votre œuvre. Pourriez-vous en donner une interprétation ?

Ce qui est intéressant, c’est de comprendre pourquoi les personnages masqués nous parlent autant. Dans la théorie du syncrétisme fictif, on retrouve toujours des personnages masqués. Le masque est associé au divin, c’est ce qui permet à l’homme de devenir surhomme. Aujourd’hui, on le voit avec les super-héros. Par exemple, quand Peter Parker décide de devenir Spider-Man, son désir n’est plus de séduire sa voisine, mais de sauver le monde. Le masque permet d’accéder aux grands objectifs, aux grands enjeux. Les super-héros sont la suite logique des masques africains, des samouraïs : ils représentent le surhomme.

Votre œuvre interroge également les images. Au sein d’une société surmédiatisée où images, identités visuelles et publicité envahissent l’espace public, comment aborde-t-elle la question de l’image et du symbole ?

On représente le rapport au divin à travers ces personnages de fiction de façon oppressante dans la rue en travaillant sur la répétition. C’est en cela que le street-art fonctionne bien par rapport à notre démarche car c’est une pratique intrusive qui s’impose dans la société. Il y a véritablement une réflexion sur cette intrusion de l’art dans le quotidien. On utilise les mêmes outils que la publicité, mais à la différence, nous n’avons pas de message au premier degré qui dit de consommer telle ou telle chose. Notre objectif est de faire réfléchir la société, quelle que soit la génération, sur notre projet car elle reconnaît quelque chose qu’elle connaît. On souhaite poser une question. Une symbolique existe dans notre travail, et c’est pour partager nos idées que l’on prépare cette exposition.

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Screamses II – Noty Aroz

Aujourd’hui, les communautés de fans participent de plus en plus à la création d’un univers étendu, au-delà de la fiction originale, par exemple pour Star Wars ou Harry Potter. À travers le transmédia storytelling, les fans s’emparent de l’œuvre pour l’augmenter en exploitant différents supports (blogs, conception de costumes, jeux vidéos, lieux de rencontre…). Peut-on définir votre projet artistique comme nouveau support de la pratique du storytelling ?

Les communautés de fans ont besoin de la fiction pour se fédérer derrière une valeur commune. Ils se sentent appartenir à une collectivité qui les rassure et qui répond à leurs questions.

Il y a en effet un aspect narratif avec toutes les recherches que nous effectuons sur la mythologie pour les retranscrire graphiquement. On pense qu’il y a un besoin de faire émerger ces divinités pour répondre à une carence spirituelle. Notre travail est clairement un art transmédia. Le cœur de notre projet est d’aller chercher des représentants de nouvelles valeurs, de nouveaux dogmes. L’impact que peuvent avoir ces représentations sur les autres et sur le réel nous intéresse. En revanche, nous ne sommes pas du tout fans de l’univers des super-héros !

Pour finir, quelle est votre définition du street-art ? A-t-elle évolué ?

Aujourd’hui, en 2017, le street-art est un média comme un autre. Le graffiti est synonyme de mondialisation culturelle qui a évolué vers un style graphique. Le mur de l’artiste urbain est devenu un média simple d’utilisation, tout le monde peut s’en emparer. Cependant, il est important de se demander pourquoi c’est un art de la rue, un art public et pourquoi on s’impose aux gens en tant que street-artist.

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Pochoir Noty Aroz – 23, 24, 25 juin


Exposition à la Cremerie de Paris N°1                                                                                                

11, rue des déchargeurs 75001 Paris

Métro Châtelet-les-Halles

http://cremeriedeparis.com/notyaroz/ 

Laura Barbaray

Article à retrouver sur Urban Art Paris

 

 

Lumière sur les invisibles

urban art paris

Le street-artist français JR investit pour la troisième fois le Palais de Tokyo et présente sa fresque monumentale « Les Chroniques de Clichy-Montfermeil » du 2 au 13 avril 2017.

Conçue avec son ami réalisateur Ladj Ly, la fresque nous met face à plus de 700 portraits des habitants des différents quartiers de Seine-Saint-Denis sur 36 mètres de long et 150m². Lumière sur ces visages.

« Cette fresque dresse une image de Clichy-Montfermeil composée des portraits des différentes générations qui ont vu l’utopie de ce quartier se délabrer, la misère et les tensions sociales s’exacerber […] » JR

Feu sur les clichés médiatiques

JR revient sur les traces de son enfance. C’est à Montfermeil que l’artiste grandit. Déjà, en 2004 dans le contexte des violentes émeutes des banlieues de Clichy-sous-Bois, JR exposait sur les murs des quartiers bourgeois parisiens des portraits grand format en noir et blanc des jeunes de la cité des Bosquets. Son projet intitulé « Portrait d’une génération » déstabilise le passant et interroge la représentation sociale et médiatique du quartier : l’objectif grand angle du 28 mm implique la proximité avec le sujet photographié et ainsi sa distorsion, comme pour mieux caricaturer l’image déformée des habitants que véhiculent les médias. « Portrait d’une génération » témoigne alors d’une situation complexe résultant d’inégalités sociales et incite les passants à s’interroger sur la véritable identité des habitants des cités de Seine-Saint-Denis. Mettre en lumière les oubliés des quartiers populaires, voici les maîtres mots de l’artiste urbain.

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« Portrait d’une génération » JR – Amad, Paris, Bastille 2004

« Un portrait de ceux qui s’efforcent de remettre de la poésie dans le ciment » JR

Des milliers de visages

Immensité, diversité, confrontation. Face à la fresque monumentale de 36 mètres de long, la réalité sociale de Clichy-Montfermeil nous apparaît de plein fouet. A la manière de Diego Rivera (1886-1957), peintre mexicain connu pour ses peintures murales engagées qui représentaient l’histoire de son peuple, JR met en scène la vie quotidienne des habitants de Clichy-Montfermeil. Des ouvriers aux dealers, des pompiers aux commerçants, en passant par les maires le Clichy-Montfermeil, tous sont représentés, sur le même plan, sans hiérarchie sociale. Le grand format permet à l’artiste de redonner une visibilité aux oubliés des cités de Seine-Saint-Denis, de montrer la richesse de la mixité des communes pour ainsi lutter contre les clichés sociaux. La fresque « Les Chroniques de Clichy-Montfermeil » entend ne pas mettre un visage sur les quartiers, mais des milliers de visages. Ces portraits posent alors la question de la mémoire et des conflits sociaux de Clichy-Montfermeil, depuis les émeutes de 2004. L’artiste JR souhaite, par la force de l’image, ancrer les habitants dans l’Histoire de façon pérenne et dépasser les différences sociales et culturelles.

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Palais de Tokyo, « Les Chroniques de Clichy-Montfermeil »

« Ce sont des groupes de photos, mais qui ne font pas une photo de groupe » JR

JR renouvelle la technique de la fresque, datant de l’Égypte antique et que l’on retrouve en Italie au moment de la Renaissance, âge d’or de la peinture murale. Le terme « fresque » vient de l’italien « a fresco » qui signifie « dans le frais ». A l’origine, la réalisation d’une fresque s’opère sur un enduit qui n’a pas encore séché et qui permet aux pigments de pénétrer sur le support. Ainsi, les couleurs durent plus longtemps qu’une simple peinture.

JR s’empare alors du support traditionnel de la fresque – le mur, cher aux street-artists – mais reconsidère son procédé : le collage photographique remplace l’enduit et les pigments ; le noir et blanc remplace les couleurs. Le photographe efface ainsi les différences sociales, culturelles, ou encore de couleurs de peau en choisissant le noir et blanc. Cependant, la volonté de pérenniser l’œuvre n’a pas disparu chez JR. La fresque monumentale sera ensuite installée de manière permanente à la Cité des Bosquets à Montfermeil. Le vernissage est prévu le mercredi 19 avril 2017 à 16h, face au 4 rue Berthe Morisot.

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Palais de Tokyo, « Les Chroniques de Clichy-Montfermeil »

Dépasser les fractures sociales

Aujourd’hui, la société des quartiers populaires veut se faire entendre, clamer haut et fort ses insatisfactions et ses espoirs, changer l’image stéréotypée des cités paralysées par la délinquance, dépasser la notion « d’effets de lieu » négatifs, facteur du poids de la domination sociale.

Tout comme JR et sa fresque, c’est également ce que prône le lancement du concours Eloquentia Saint-Denis en 2013 imaginé par Stéphane de Freitas afin de mettre en avant la culture du dialogue et du débat, et faire éclore des jeunes talents restés dans l’ombre. Une formation est proposée aux élèves de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et prend la forme d’un concours d’éloquence au cours duquel les participants s’opposent lors de joutes oratoires. Eloquentia aspire à défaire les clichés qui pèsent sur le département du 93 et inverse la tendance : la Seine-Saint-Denis semble loin du stéréotype du quartier dit « sensible ». Par la parole, les étudiants se construisent, s’enrichissent, s’affirment, et se dressent alors contre tout déterminisme social.

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Concours Eloquentia, Saint-Denis

Combattre par les mots ou par les images, c’est se faire voir, se faire entendre, briser les codes de la société et créer des ponts entre des mondes littéralement divisés.

Laura Barbaray.

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