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Itchi, le collagiste parisien d’un autre temps

« Le collage est la reconnaissance par le peintre de l’inimitable, et le point de départ d’une organisation de la peinture à partir de ce que le peintre renonce à imiter, une affiche, une boîte d’allumettes, qu’importe. » (Louis Aragon)

Vendredi 8 septembre 2017. Paris sous la pluie. La capitale n’est que plus embellie par la vue spectaculaire surplombant les célèbres toits parisiens. Au loin, la tour Eiffel triomphe telle une reine. Le collagiste Itchi, collectionneur passionné, m’accueille dans son atelier, une petite chambre de bonne perchée au sixième étage d’un immeuble montmartrois.

Rencontré au vernissage privé de Noty Aroz en juin dernier, Itchi me fait entrer dans son univers onirique des années passées.

Itchi, tu portes un nom d’artiste bien original. D’où vient-il ?

Je m’appelle Sacha, et Itchi est un dérivé. Mes amis m’appelaient Sachi, et puis avec le temps c’est devenu Itchi. C’est également un clin d’œil à Itchy & Scratchy dans les Simpson.

Quel a été ton parcours afin de trouver une place dans le monde de l’art ?

J’ai fait une école d’arts appliqués, l’ISAA à Paris. A l’origine je suis graphiste. Avec deux amis, nous avons monté un collectif qui s’appelle les « Mégalos ». On n’avait pas du tout d’expérience, alors se lancer en tant que graphistes indépendants s’avérait difficile pour trouver du travail.

De ce fait, j’ai eu pas mal de temps libre. J’ai développé différentes techniques et des projets personnels. Je me suis aperçu que le collage plaisait plutôt bien, j’ai réalisé un ou deux projets d’illustration. Puis, petit à petit j’ai découvert toute une communauté de collagistes dont je me suis inspiré. J’ai appris aussi que les sources des images pour faire les collages étaient importantes. Alors j’ai commencé à récupérer des vieux magazines, je m’y suis vite pris au jeu ! Au fur et à mesure je postais mes créations sur Flickr, l’instagram des années 2000. Des groupes de collagistes postaient également leurs œuvres, ce qui a créé une communauté.

Ainsi, j’ai débuté dans le monde de l’art en m’éloignant du travail de design graphique pur et en développant un univers personnel. Tous mes travaux sont désormais autour du collage.

En constituant un petit réseau, via le bouche à oreille ou via les réseaux sociaux, je réponds à des commandes essentiellement pour la presse ou des galeries. Le plus gros travail que j’ai élaboré, c’était l’année dernière pour l’hôtel Renaissance Paris République qui souhaitait une décoration dans l’esprit des années 1950-60. J’ai fait une quarantaine de collages qui décorent les couloirs, les chambres et la salle de restaurant. J’ai été contacté par la plateforme Balibart qui proposait à l’époque des tirages d’illustrateurs en édition limitée. Désormais, on peut créer notre « shop » nous-même. Dans mon cas, ils ont joué le rôle d’agent.

J’ai aussi réalisé des illustrations pour un article du magazine L’instant Parisien, et une affiche d’un film croate indépendant « Happily Ever After ».

Dans tes œuvres, tu utilises des images anciennes, souvent tirées de vieux journaux. Quelle est ta démarche artistique ? Peux-tu nous expliquer le processus de création de tes œuvres ?

Le processus de création est toujours le même : fouiller dans les magazines. Je commence à avoir une grosse collection ! Je m’oriente plutôt vers les magazines de mode, de cinéma, de reportages comme Paris Match. Je les trouve sur e-Bay, Le Bon Coin, ou lors de vide-greniers. En ce qui concerne mon travail personnel, l’idée est de parcourir les magazines sans chercher quelque chose de précis. Ce sont les images qui vont me plaire. Ensuite, je construis l’œuvre autour d’une photo, d’une image qui m’a interpellé. En revanche, le procédé est différent pour les commandes : je cherche des images bien particulières. Il m’arrive parfois de mixer les matériaux, par exemple la peinture, les pastels, le calque…

Ma démarche artistique consiste à replacer des images anciennes peu connues dans mon univers et leur redonner une touche de modernité.

Si tu devais choisir une œuvre parmi tes collages, laquelle serait-elle ?

Le collage qui pourrait représenter le plus mon travail, ce serait celui utilisé pour ma première exposition en 2015. Il se nomme « Hang Time ». En basket « hang time » c’est le temps où l’on est en l’air et en anglais « hang » signifie « accrocher ». Pour ma première exposition solo, c’était le moment d’accrocher mes œuvres ! Le jeu de mot s’y prêtait bien. On peut penser aussi au temps suspendu : prendre des images d’un ancien temps pour les réutiliser aujourd’hui.

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Hang Time – Itchi

Tes œuvres font penser à des photomontages, que l’on peut réaliser aujourd’hui avec des logiciels informatiques. Selon toi, quelle est la finalité d’utiliser des vieux souvenirs, des photos anciennes avec la technique du collage ?

J’aime le travail à la main pour le rendu visuel. J’aime sentir les textures, froisser le papier. Évidemment, on peut le faire par ordinateur mais ça ne sera jamais la même sensation. En revanche je ne suis pas contre les montages digitaux. Par exemple, un artiste que j’admire et qui m’a donné envie de faire du collage, Julien Pacaud, réalise du collage numérique. Le rendu est superbe.

Pour moi, le travail à la main me permet d’avoir une vue d’ensemble. Cependant, j’ai réalisé des images mixtes : par exemple, je colle à la main des photos et ensuite je vais rajouter certains éléments à l’ordinateur comme des traits, pour ajouter un côté graphique et géométrique.

Tes œuvres semblent inspirées des mouvements dadaïste et surréaliste par la juxtaposition des formes géométriques. On peut citer le dadaïste Raoul Hausmann avec ses photomontages ou encore le surréaliste Max Ernst. Revendiques-tu également une liberté d’expression en jouant avec la matière ? Souhaites-tu créer un nouveau langage artistique en créant de nouvelles associations visuelles ?

Il y a beaucoup de liberté dans ma démarche artistique, je n’ai jamais une idée préconçue. En effet, les magazines des années 1950-60 rappellent ces mouvements. Je m’inspire aussi des constructivistes russes des années 1920 dont la tendance artistique se concentre sur la composition géométrique rigoureuse.

Je mixe les oppositions ancien/moderne, deux univers qui s’unissent. Ces associations visuelles peuvent constituer un langage artistique dans le sens où ma démarche consiste à faire revivre des images anciennes, à les intégrer à notre époque.

Peut-on définir ton œuvre de « poétique » ?

La notion de hasard, au cœur de ma démarche, peut faire penser au cadavre exquis. Des associations visuelles vont construire un univers onirique. L’image, ses couleurs, son aspect esthétique me guident. Le but est de sortir les clichés de leur contexte. Les images que je choisis sont parfois nostalgiques et rappellent une époque lointaine, à laquelle on rêve souvent. Si je peux faire voyager les gens le temps d’une image, mon pari est réussi !

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Untitled – Itchi

Je souhaiterais revenir sur ta collaboration avec Noty Aroz. Quelle a été ton interprétation du personnage « El Murciélago » ?

Lorsque Noty Aroz m’ont contacté, je ne connaissais pas parfaitement leur univers. Je n’ai pas pensé à une interprétation particulière du personnage. Le principe était d’appliquer mon ambiance sur leur personnage. J’ai réalisé deux collaborations avec eux. L’objectif de la collaboration était la contrainte d’une nouvelle technique : le grand format. Cependant, sur la première collaboration, j’ai gardé des éléments de leur univers : les fleurs et le signe de Batman. Sur la deuxième, j’ai davantage pensé à la pièce, au format, j’ai donc pu mieux l’appréhender.

Envisages-tu des collaborations avec d’autres artistes ?

Le sujet a été évoqué avec le street-artist J3 qui réalise des labyrinthes à la craie dans Paris. Je ne travaille pas dans la rue, mais cela me plairait d’essayer. C’est un véritable travail d’agrandissement. Autrement, je collabore avec des collagistes allemands ou encore colombiens par correspondance. J’envoie le début d’un collage, ils le complètent, et inversement. Les résultats sont surprenants et vraiment sympas. C’est une sorte de cadavre exquis encore une fois.

Que t’évoque le street-art ?

Le street-art m’a véritablement incité à me lancer dans la création artistique en observant mes amis taguer dans la rue. C’est un art accessible à tous. Selon moi, le street-art met à disposition un même lieu : l’univers urbain. Dans cet univers unique, la création est florissante et variée, chacun apporte ses compétences. On ne voit jamais la même chose.

As-tu des expositions de prévues ou en cours ?

Depuis le 26 septembre, je fais une expo-vente à Gambetta avec plusieurs artistes, jusqu’au 1er octobre. En janvier 2018 en Belgique, une exposition collective dédiée au collage est prévue, jusqu’au mois de mai. En février 2018 à Paris, une exposition également consacrée au collage se tiendra à la galerie 3F à Abbesses. Enfin, en décembre 2018 à Montpellier, se déroulera une exposition en collaboration avec un artiste dont j’ignore l’identité pour le moment.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

J’aimerais réaliser un livre qui regrouperait l’évolution de ma démarche, mais je n’ai pas encore d’idées bien précises. Et pourquoi pas réussir à consacrer 100% de mon temps à des projets personnels ! Cela fait également partie de mes aspirations pour l’avenir.

« L’irrationnel est la plus noble conquête du collage » (Max Ernst)

Suivez Itchi sur Facebook et Instagram.

Retrouvez cet article sur Urban Art Paris.

Laura Barbaray

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Sorties

Festival LaBel Valette : la noble demeure de la street-culture – rencontre avec Sébastien Lis

Sur la photo de gauche à droite : Clément de Nercy, président de la start-up All Mecen ; Sébastien Lis, co-fondateur de l’association Urban Art Paris.

De la street-culture au cœur d’un festival ? La rentrée s’annonce inédite !

Du 1er au 3 septembre 2017, le LaBel Valette Fest, organisé par l’association Urban Art Paris et la start-up All Mecen, investit le château de la Valette situé à Pressigny-les-Pins dans le Loiret (45), pour trois jours de bouillonnement culturel.

100 street-artists sont venus des quatre coins du monde armés de bombes de peinture, de colle, de pochoirs et ont rénové, transformé, réhabilité l’immense demeure oubliée en une exposition géante. Le festival nous réserve encore bien d’autres surprises…

Dans les locaux de All Mecen, lors du vernissage de « l’avant-propos » du LaBel Valette Fest, Sébastien Lis, co-fondateur d’Urban Art Paris, m’a fait part de cette folle aventure, audacieuse et innovante.

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En tant que co-fondateur de l’association Urban Art Paris, peux-tu nous présenter le site web ? Quels sont ses actions et ses projets ?

Le site web Urban Art Paris présente plusieurs aspects. Tout d’abord, un aspect informatif avec des interviews, des articles que réalisent les membres de la rédaction sur des sujets qu’ils choisissent librement. Cela peut être sur des expositions, un portrait d’artiste, un événement qui aura lieu. Il y a également un axe découverte : lorsque les adhérents d’Urban Art Paris voyagent, ils prennent des photos et se rendent dans des lieux où le street-art est très présent. Cela nous amène à faire des zooms sur des pays, des villes. On peut citer les exemples de la Pologne avec la ville de Lodz, l’Allemagne avec Berlin qui sont des lieux où les graffeurs abondent les rues. En plus de cela, on annonce des événements sur le site, comme des vernissages, des live painting, des festivals, des projections…

Le site internet est véritablement la colonne vertébrale de l’association. C’est par le site web que notre association s’est créée. Tout le monde est bénévole au sein d’Urban Art Paris, que ce soit au niveau de la rédaction, du bureau ou bien des personnes qui s’occupent de l’événementiel. Pour le moment, on est à 48 adhérents, avec un bureau de six personnes et une vingtaine de membres actifs.

Dans deux mois a lieu le LaBel Valette Fest, l’événement artistique d’envergure dédié à la street-culture. Comment l’idée de ce projet est-elle née ?

L’idée de ce projet est née suite à l’événement de La Belle Vitry’N que l’on avait co-organisé avec Digital Street Art et Vitry’N Urbaine l’année dernière à Vitry et qui a eu un très beau succès. Je viens personnellement du Loiret et j’y retourne régulièrement. En passant devant ce château je me suis dis que ça pourrait être la prochaine étape d’un événement d’envergure. Il y a énormément de place avec 10 000m² de murs. J’ai démarché le propriétaire du domaine pour savoir si cela était possible d’organiser un événement dans ce château. Contre toute attente, il a accepté facilement.

Puis, lors d’une assemblée j’ai présenté le projet. L’idéal serait que chaque année nous organisions un temps fort lié à l’association. Les bénévoles et les adhérents aiment s’impliquer sur ce genre d’événement concret où il y a un contact avec les artistes. De même, c’est lors de ces événements que l’on met en avant les artistes que l’on soutient. Cela fait maintenant plus d’un an (avril 2016) que l’association travaille sur le LaBel Valette Fest.

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© Christian Julia – Château de la Valette

Urban Art Paris s’est associé à la start-up All Mecen dans l’organisation du festival. Quelle est la particularité de cette start-up et quel a été son rôle dans la réalisation du projet ? (réponse complétée par Clément de Nercy, président de All Mecen)

La rencontre avec All Mecen s’est faite lors d’une interview que j’ai réalisé à l’occasion de l’exposition Jisbar & Onizbar dans leurs locaux. Le courant est très bien passé. Je leur ai parlé du projet. Il s’est avéré que nous étions totalement complémentaires. C’est une start-up qui, depuis trois ans, met en relation des artistes avec des mécènes. All Mecen propose aux artistes de partager leurs créations sur une plate-forme pour gagner en visibilité. Le but est de soutenir les créateurs, d’aider à financer les projets des artistes dans tous les domaines culturels (musical, littéraire, artistique).

On a les mêmes objectifs : les mécènes ou Urban Art Paris vont d’abord mettre en avant l’artiste et lui donner des moyens de communication pour se développer avant l’aspect financier. Les membres de All Mecen sont devenus de vrais coordinateurs du festival : ils se sont occupés de la partie logistique, de la recherche de financement ainsi que la gestion des artistes.

La création d’un tel événement a sans doute été un travail de longue haleine. Quelles ont été les principales étapes de l’organisation du LaBel Valette Fest ?

Dans un premier temps, il a fallu créer un groupe soudé, tant au niveau des mécènes qu’au niveau d’Urban Art Paris. On a mis en place des réunions régulières pour structurer l’organisation où chacun avait son rôle, dans la communication, la logistique, la recherche de financement ou la gestion des artistes par exemple. Puis, il fallait définir clairement le projet : le street-art et le graffiti font partie de la street-culture dont les trois courants majeurs sont la musique, la danse et les performances artistiques. En partant de cette définition de la street-culture, on a créé un axe musical. On s’est alors rapproché des têtes d’affiches de la scène hip-hop indépendante française, comme La Scred Connexion ou encore Kacem Wapalek.

De plus, on a voulu intégrer un côté pédagogique en mettant en place des live painting, des ateliers, des conférences pour expliquer le mouvement de la street-culture et pourquoi on le définit comme contre-culturel, c’est-à-dire contre la culture de masse.

Ensuite, l’étape de la recherche de fonds a été difficile. Il n’est jamais simple de convaincre des partenaires financiers de suivre une première édition. On avait des fonds propres mais des entreprises nous ont tout de même suivies.

Enfin, obtenir les autorisations a été la phase la plus délicate. En effet, il faut convaincre la mairie d’un petit village de 400 habitants que l’on ne va pas provoquer une invasion de graffeurs et recouvrir tous les murs de la commune. De même, la gestion des artistes demande énormément de travail : tous ne répondent pas dans les temps pour le nuancier de couleur ! Il faut également gérer sur place 100 artistes pendant trois mois.

Pourquoi avoir choisi le domaine de la Valette, un site excentré de la vie urbaine, comme lieu du festival, alors que c’est dans les rues de la ville que foisonnent les œuvres street-art ?

Tout d’abord, nous voulions un lieu unique et exceptionnel, on l’a trouvé à la campagne et non en région parisienne. Nous voulions également créer un paradoxe entre ville et campagne. En effet, ce domaine a la particularité de disposer de deux bâtiments du style Le Corbusier avec un forte présence de structures en béton qui rappellent l’univers urbain. Il nous a semblé intéressant d’intégrer tous ces éléments d’urbanisme à la campagne. Enfin, on voulait casser les codes en faisant entrer la street-culture dans un château, un domaine qui n’est pas le sien. Ainsi, on crée un décalage en amenant le graffiti à la campagne, en invitant des artistes sur un lieu historique, en proposant des œuvres en extérieur et non accrochées sur les murs intérieurs du château afin que l’art soit accessible à tout le monde.

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© Tiski

L’innovation et la création artistique sont au cœur de ce projet audacieux. Que pourront découvrir les festivaliers durant ces trois jours ?

Les festivaliers découvriront plus de 100 œuvres réalisées par 100 artistes de 30 nationalités différentes allant de la première vague graffiti représentée par TKID170 (Etats-Unis) ou encore Wuze (France), à la toute dernière génération d’artistes représentée par Siam (France), le benjamin de notre équipe d’artistes qui vient d’avoir 18 ans. Des œuvres uniques seront mêlées à l’architecture du domaine : une chapelle accueillera une œuvre en volume réalisée par un artiste français. Les visiteurs pourront également assister à la performance d’un artiste très célèbre, Okuda (Espagne), sur la façade du château, et découvrir l’univers de chaque artiste dans les 90 pièces de la demeure mises à la disposition du public. Ainsi, sur un même lieu, on souhaite que la création artistique puisse s’épanouir en toute liberté.

D’autre part, les festivaliers pourront entendre des concerts de jazz et de hip-hop. Là encore, les générations se confondent, allant des groupes qui ont 20 ans de carrière aux artistes qui débutent dans le monde du hip-hop.

Et aussi, pour ceux qui veulent en savoir plus, des conférences seront animées par l’équipe pour expliquer notre démarche. Pour les plus jeunes et les moins jeunes qui veulent s’initier à la calligraphie, au pochoir ou au collage, des ateliers seront mis en place par des artistes. Enfin, tout au long de l’événement, des live painting permettront au public d’observer la création d’une œuvre street-art.

L’événement regroupe des street-artists du monde entier et de générations différentes. Quel est l’objectif d’Urban Art Paris et de All Mecen en créant une sorte de melting pot artistique ?

L’idée est dans un premier de temps de donner l’opportunité à des artistes d’être présents sur des événements d’envergure et qui n’ont pas toujours les moyens adaptés pour. On a lancé un appel à candidature à la suite duquel les artistes ont été jugés pour leur talent, et non pour leur réputation. Notre démarche s’inscrit véritablement dans le renouvellement des artistes urbains pour leur permettre d’acquérir une certaine visibilité ainsi qu’une place dans le milieu.

Quels artistes urbains présentent leurs œuvres lors du festival ?

Dans les artistes que nous soutenons activement, seront présents Yakes, un jeune graffeur d’Ile-de-France ; Bebar (France) qui se confirme cette année ; Mark Gmehling (Allemagne) qui n’est pas très connu au-delà des frontières allemandes et que l’on souhaite faire découvrir au public français ; Théo Lopez, un jeune artiste très prometteur ; LapinThur qui réalise des œuvres en volume ; Softtwix, une femme qui fait du collage. On englobe tous les courants que ce soit le graffiti, le pochoir, le collage, la calligraphie, et toutes les générations des années 1990 à 2010.

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© Erge – Yakes à l’oeuvre

Comment peux-tu caractériser l’expérience du visiteur ?

Son expérience sera exceptionnelle et immersive ! Notre objectif est de captiver le visiteur par la richesse des œuvres exposées, l’animation sur le domaine ainsi que la possibilité d’échanger avec les artistes présents lors du festival. Se divertir, se cultiver et apprendre sont nos maîtres mots.

Le projet de Radio Néo est fondé sur la mise en valeur de la scène émergente et de la découverte musicale. Les différents groupes présents lors du LaBel Valette Fest peuvent certainement plaire à nos auditeurs. Par quoi ces artistes se distinguent-ils ?

La scène est majoritairement tournée hip-hop, accessible à tout le monde. Ce sont des artistes indépendants qui ne sont pas passer par des grosses maisons de disques. Ils empruntent le chemin le plus long pour y arriver. Ainsi, notre but est de leur donner l’opportunité de se faire connaître.

Par exemple, le public pourra assister au concert de TSR Crew, rap parisien du 18ème qui a fait le Printemps de Bourges cette année et qui sera notre tête d’affiche. Irie Jahzz, moins connu, qui joue du jazz punchy. Chromatik, qui acquiert de plus en plus de visibilité sur Paris et qui mélange différents styles, jazz et punk. Ils improvisent souvent sur scène, c’est en cela qu’ils peuvent se distinguer. Napoleon Da Legend, un rappeur américain sera également présent.

Tous ces artistes ont réussi en passant par des circuits alternatifs. Nous sommes dans un milieu contre-culturel, alors il est pour nous spontanée de faire appel à ces artistes qui ont une vraie plus-value créative et musicale.

As-tu d’autres projets à l’esprit dédiés à la scène street-art avec l’équipe d’Urban Art Paris ?

Après le festival nous avons trois projets d’expositions : deux artistes en collaboration Yakes et Bebar, puis les deux en solo. On souhaite mettre en avant ces deux artistes urbains. Lorsqu’un organisme fait appel à Urban Art Paris pour un événement, on propose systématiquement Yakes et Bebar à nos clients. Par exemple, Yakes a réalisé la première fresque éphémère aux Jardins des Tuileries pour un événement intitulé les Jardins de Gally. Bebar participe à la Route du Champagne au mois d’août et réalisera un live painting dans la cave d’un domaine champenois.


Pour vous faire languir, voici en avant-première quelques œuvres des artistes participants au LaBel Valette Fest, exposées lors du vernissage de « l’avant-propos » du festival.

 

INFOS PRATIQUES à retrouver ici.

Vidéo LaBel Valette Fest

Laura Barbaray

Expos

Rencontre avec Noty Aroz : le street-art entre culture sacrée et populaire

Un lieu, une rencontre

Montrouge, jeudi 8 juin 2017. Noty Aroz, un duo de jeunes artistes urbains, m’accueillent dans leur atelier. Des masques de super-héros sculptés, des graffs, des affiches abondent les murs recouverts de fil rouge. Pochoirs, bombes de peinture, crayons, ébauches et esquisses encombrent les planches à dessin et laissent deviner qu’un événement se prépare…

Me voici au cœur de la création artistique des deux street-artists où foisonne leur imagination débordante. Ainsi, je découvre les prémisses de l’exposition intitulée « El Murciélago » qui a lieu du 23 au 25 juin 2017 à la Cremerie de Paris.

C’est à cette occasion que Noty Aroz ont accepté de répondre à mes questions.

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Atelier de Noty Aroz – Montrouge

Vos noms d’artistes sont un peu intrigants… d’où viennent-ils ?

Ce n’est pas nous qui les avons choisi. C’est notre père spirituel, qu’on appelle « Le Professeur » et qui nous a enseigné sa théorie sur les divinités que nous représentons. « Noty Aroz » est une énigme alors je ne peux pas donner la solution ! Mais l’indice numéro 1 est que c’est un palindrome graphique. C’est un mot qui s’écrit dans les deux sens graphiquement. Par exemple, le « N » est la même lettre que le « Z ».

Vous êtes deux jeunes artistes urbains. Quel est votre parcours et comment avez-vous débuté dans le monde de l’art ?

On s’est rencontré quand on était gamin. On faisait juste un peu de dessin et de graffiti quand on était ado. Puis, on a rencontré quelqu’un, Le Professeur, qui nous a beaucoup influencé sur notre démarche artistique et qui avait un regard particulier sur notre monde et sur l’art en général. Il nous a transmis un savoir qui s’est transformé en connaissance, et nous a guidé dans notre approche et dans son aboutissement. Un peu comme une mission à accomplir.

Qui est réellement ce « Professeur » ? Reste-t-il dans l’ombre ?

Il ne veut pas forcément que l’on dise son nom, c’est pour cela que nous l’appelons « Le Professeur ». Il a une théorie qui, comme beaucoup de scientifiques, est critiquée. Sa théorie se nomme le « syncrétisme fictif ». Un syncrétisme est une fusion entre deux cultures différentes. Par exemple, la Santa Muerte au Mexique est un syncrétisme car c’est un mélange des croyances mayas et du christianisme. Et fictif, car aujourd’hui, nous n’avons plus de grands mythes fondateurs qui permettent de donner des bases à une société. La spiritualité meurt et on retrouve ces mythes fondateurs dans la fiction. Grâce aux grandes histoires, les hommes donnent un sens à leur monde. Aujourd’hui, la fiction prend le pas sur le réel. Par exemple, on observe des personnes qui passent une grande partie de leur temps libre à se fabriquer des costumes de Stormtrooper. On peut appeler ça un fanatisme fictif. On peut constater dans la société un impact de la fiction sur le réel. Des divinités que le Professeur avait prédites en établissant un lien entre l’univers de Batman et l’univers de la fête des morts mexicaine, par exemple, se sont révélées vraies. En ce moment, au Mexique, des gens vénèrent Batman. Pour toutes nos divinités, il y a des histoires de ce genre.

C’est justement le sujet de votre exposition intitulée « El Murciélago » qui a lieu du 23 au 25 juin. Que représente ce personnage ?

Cette exposition se consacre uniquement au personnage du Murciélago. C’est une divinité syncrétique qui est un mélange entre la Santa Muerte mexicaine et l’univers de Batman. En 2011, dans la région de Veracruz au Mexique, des groupes d’individus anonymes se sont révoltés contre la violence des cartels mexicains, l’inefficacité de la police et les hommes politiques corrompus, et se sont unis afin d’exterminer les narcotrafiquants. Des légendes urbaines sont alors nées autour de ces individus, et on les a rapidement associés à Batman car on retrouve dans la célébration de la fête des morts au Mexique une inversion manichéenne symbolique. Au niveau des symboles, il y a une inversion entre le Bien et le Mal. Au Mexique, on célèbre la mort avec des fleurs, de la couleur, synonymes de la fête, et dans l’univers de Batman tout ce qui est bon est sombre et tout ce qui est mauvais est joyeux et coloré. C’est là le point commun entre ces deux univers. A partir de ce fait divers, le peuple de la région de Veracruz remerciait ces groupes d’individus : on les assimilait à des surhommes, on allumait des cierges pour eux, on se procurait des petites figurines de Batman. Cette Santa Muerte mexicaine a été confrontée avec l’univers de Batman pour obtenir « El Murciélago ». Après de nombreuses recherches, on a représenté ce personnage graphiquement, (voir photo ci-dessous) où tous les symboles sont justifiés : la balance de la justice qui est un symbole commun aux justiciers et à la Santa Muerte, la chauve-souris est l’animal totem de Batman mais également la divinité de la mort chez les mexicains. Plusieurs liens existaient et c’est justement cet élément déclencheur qui les a rapproché.

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Sérigraphie « El Murciélago » – Noty Aroz

A quoi pouvons-nous nous attendre lors de votre exposition ?

Il y aura des ateliers et des performances. Ce sera trois jours d’animation. Des amis street-artists collaboreront pour rendre hommage au Murciélago. Il y aura également des explications autour des œuvres pour tendre vers une exposition interactive, avec une installation sonore qui éclairera l’œuvre majeure. Près d’une vingtaine d’artistes différents présenteront leurs travaux. Des nouvelles œuvres seront aussi présentées, dont des nouvelles collaborations avec d’autres artistes. L’exposition comportera différents formats : les artistes Bebar, Jo Di Bona, Eddie Colla, Lord Urb1 et Matt_tieu taperont les vitrines, une grande planche de bande-dessinée collective sera exposée et un cadavre exquis sera réalisé en live le soir du vernissage.

Pouvez-vous définir le concept de « Mythologeny » qui est au cœur de votre projet artistique ?

La Mythologeny regroupe des nouvelles divinités qui répondent à une carence spirituelle de notre génération. Elles incarnent des nouvelles valeurs. A l’époque il y avait le dieu de la chasse, de la guerre… Aujourd’hui, ces thématiques ne nous touchent plus au quotidien. Des divinités plus contemporaines répondent à nos valeurs actuelles comme le dieu de la justice, de l’objectivité, du choix, des opprimés…

Le terme « Mythologeny » est la contraction de « mythologie » et « génération Y ». C’est l’ensemble de ces divinités qui forme une nouvelle mythologie.

Nous, quand on répand cette bonne parole, on fait de l’iconodulie, c’est-à-dire que l’on représente graphiquement des divinités religieuses, à l’inverse des iconoclastes. Le street-art est le meilleur moyen de répandre les images. C’est une sorte de pèlerinage artistique.

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Atelier de Noty Aroz – Mythologeny

La série « Mythologeny » regroupe des visages de personnages contemporains sculptés, comme des super-héros. Pourquoi avoir utilisé des techniques et des thèmes ancestraux, en décalage avec la culture street-art ?

Notre travail est dichotomique, toujours fondé sur les oppositions entre deux univers qui s’unissent, tant dans l’idée que dans la forme. En effet, nos noms d’artistes Noty Aroz s’opposent, on réfléchit sur le sacré et le populaire, la réalité et la fiction. Le concept de dualité est le cœur de notre démarche.

On a réalisé nos masques sculptés en 3D dans la même logique : la forme coordonne avec le fond. Pour le côté populaire, on a opté pour le pochoir, le graffiti. À l’opposé, la sculpture est pour nous la forme la plus sacrée. On a voulu confronter ces deux univers. Ces masques en 3D sont des superpositions de couches de pochoirs redécoupés, que l’on recompose avec des clous. Ainsi, on peut qualifier ces masques de totems contemporains.

La thématique du masque prend une place importante dans votre œuvre. Pourriez-vous en donner une interprétation ?

Ce qui est intéressant, c’est de comprendre pourquoi les personnages masqués nous parlent autant. Dans la théorie du syncrétisme fictif, on retrouve toujours des personnages masqués. Le masque est associé au divin, c’est ce qui permet à l’homme de devenir surhomme. Aujourd’hui, on le voit avec les super-héros. Par exemple, quand Peter Parker décide de devenir Spider-Man, son désir n’est plus de séduire sa voisine, mais de sauver le monde. Le masque permet d’accéder aux grands objectifs, aux grands enjeux. Les super-héros sont la suite logique des masques africains, des samouraïs : ils représentent le surhomme.

Votre œuvre interroge également les images. Au sein d’une société surmédiatisée où images, identités visuelles et publicité envahissent l’espace public, comment aborde-t-elle la question de l’image et du symbole ?

On représente le rapport au divin à travers ces personnages de fiction de façon oppressante dans la rue en travaillant sur la répétition. C’est en cela que le street-art fonctionne bien par rapport à notre démarche car c’est une pratique intrusive qui s’impose dans la société. Il y a véritablement une réflexion sur cette intrusion de l’art dans le quotidien. On utilise les mêmes outils que la publicité, mais à la différence, nous n’avons pas de message au premier degré qui dit de consommer telle ou telle chose. Notre objectif est de faire réfléchir la société, quelle que soit la génération, sur notre projet car elle reconnaît quelque chose qu’elle connaît. On souhaite poser une question. Une symbolique existe dans notre travail, et c’est pour partager nos idées que l’on prépare cette exposition.

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Screamses II – Noty Aroz

Aujourd’hui, les communautés de fans participent de plus en plus à la création d’un univers étendu, au-delà de la fiction originale, par exemple pour Star Wars ou Harry Potter. À travers le transmédia storytelling, les fans s’emparent de l’œuvre pour l’augmenter en exploitant différents supports (blogs, conception de costumes, jeux vidéos, lieux de rencontre…). Peut-on définir votre projet artistique comme nouveau support de la pratique du storytelling ?

Les communautés de fans ont besoin de la fiction pour se fédérer derrière une valeur commune. Ils se sentent appartenir à une collectivité qui les rassure et qui répond à leurs questions.

Il y a en effet un aspect narratif avec toutes les recherches que nous effectuons sur la mythologie pour les retranscrire graphiquement. On pense qu’il y a un besoin de faire émerger ces divinités pour répondre à une carence spirituelle. Notre travail est clairement un art transmédia. Le cœur de notre projet est d’aller chercher des représentants de nouvelles valeurs, de nouveaux dogmes. L’impact que peuvent avoir ces représentations sur les autres et sur le réel nous intéresse. En revanche, nous ne sommes pas du tout fans de l’univers des super-héros !

Pour finir, quelle est votre définition du street-art ? A-t-elle évolué ?

Aujourd’hui, en 2017, le street-art est un média comme un autre. Le graffiti est synonyme de mondialisation culturelle qui a évolué vers un style graphique. Le mur de l’artiste urbain est devenu un média simple d’utilisation, tout le monde peut s’en emparer. Cependant, il est important de se demander pourquoi c’est un art de la rue, un art public et pourquoi on s’impose aux gens en tant que street-artist.

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Pochoir Noty Aroz – 23, 24, 25 juin

Exposition à la Cremerie de Paris N°1                                                                                                

11, rue des déchargeurs 75001 Paris

Métro Châtelet-les-Halles

http://cremeriedeparis.com/notyaroz/ 

Laura Barbaray

Article à retrouver sur Urban Art Paris

 

 

Expos

Lumière sur les invisibles

Le street-artist français JR investit pour la troisième fois le Palais de Tokyo et présente sa fresque monumentale « Les Chroniques de Clichy-Montfermeil » du 2 au 13 avril 2017.

Conçue avec son ami réalisateur Ladj Ly, la fresque nous met face à plus de 700 portraits des habitants des différents quartiers de Seine-Saint-Denis sur 36 mètres de long et 150m². Lumière sur ces visages.

« Cette fresque dresse une image de Clichy-Montfermeil composée des portraits des différentes générations qui ont vu l’utopie de ce quartier se délabrer, la misère et les tensions sociales s’exacerber […] » JR

Feu sur les clichés médiatiques

JR revient sur les traces de son enfance. C’est à Montfermeil que l’artiste grandit. Déjà, en 2004 dans le contexte des violentes émeutes des banlieues de Clichy-sous-Bois, JR exposait sur les murs des quartiers bourgeois parisiens des portraits grand format en noir et blanc des jeunes de la cité des Bosquets. Son projet intitulé « Portrait d’une génération » déstabilise le passant et interroge la représentation sociale et médiatique du quartier : l’objectif grand angle du 28 mm implique la proximité avec le sujet photographié et ainsi sa distorsion, comme pour mieux caricaturer l’image déformée des habitants que véhiculent les médias. « Portrait d’une génération » témoigne alors d’une situation complexe résultant d’inégalités sociales et incite les passants à s’interroger sur la véritable identité des habitants des cités de Seine-Saint-Denis. Mettre en lumière les oubliés des quartiers populaires, voici les maîtres mots de l’artiste urbain.

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« Portrait d’une génération » JR – Amad, Paris, Bastille 2004

« Un portrait de ceux qui s’efforcent de remettre de la poésie dans le ciment » JR

Des milliers de visages

Immensité, diversité, confrontation. Face à la fresque monumentale de 36 mètres de long, la réalité sociale de Clichy-Montfermeil nous apparaît de plein fouet. A la manière de Diego Rivera (1886-1957), peintre mexicain connu pour ses peintures murales engagées qui représentaient l’histoire de son peuple, JR met en scène la vie quotidienne des habitants de Clichy-Montfermeil. Des ouvriers aux dealers, des pompiers aux commerçants, en passant par les maires le Clichy-Montfermeil, tous sont représentés, sur le même plan, sans hiérarchie sociale. Le grand format permet à l’artiste de redonner une visibilité aux oubliés des cités de Seine-Saint-Denis, de montrer la richesse de la mixité des communes pour ainsi lutter contre les clichés sociaux. La fresque « Les Chroniques de Clichy-Montfermeil » entend ne pas mettre un visage sur les quartiers, mais des milliers de visages. Ces portraits posent alors la question de la mémoire et des conflits sociaux de Clichy-Montfermeil, depuis les émeutes de 2004. L’artiste JR souhaite, par la force de l’image, ancrer les habitants dans l’Histoire de façon pérenne et dépasser les différences sociales et culturelles.

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Palais de Tokyo, « Les Chroniques de Clichy-Montfermeil »

« Ce sont des groupes de photos, mais qui ne font pas une photo de groupe » JR

JR renouvelle la technique de la fresque, datant de l’Égypte antique et que l’on retrouve en Italie au moment de la Renaissance, âge d’or de la peinture murale. Le terme « fresque » vient de l’italien « a fresco » qui signifie « dans le frais ». A l’origine, la réalisation d’une fresque s’opère sur un enduit qui n’a pas encore séché et qui permet aux pigments de pénétrer sur le support. Ainsi, les couleurs durent plus longtemps qu’une simple peinture.

JR s’empare alors du support traditionnel de la fresque – le mur, cher aux street-artists – mais reconsidère son procédé : le collage photographique remplace l’enduit et les pigments ; le noir et blanc remplace les couleurs. Le photographe efface ainsi les différences sociales, culturelles, ou encore de couleurs de peau en choisissant le noir et blanc. Cependant, la volonté de pérenniser l’œuvre n’a pas disparu chez JR. La fresque monumentale sera ensuite installée de manière permanente à la Cité des Bosquets à Montfermeil. Le vernissage est prévu le mercredi 19 avril 2017 à 16h, face au 4 rue Berthe Morisot.

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Palais de Tokyo, « Les Chroniques de Clichy-Montfermeil »

Dépasser les fractures sociales

Aujourd’hui, la société des quartiers populaires veut se faire entendre, clamer haut et fort ses insatisfactions et ses espoirs, changer l’image stéréotypée des cités paralysées par la délinquance, dépasser la notion « d’effets de lieu » négatifs, facteur du poids de la domination sociale.

Tout comme JR et sa fresque, c’est également ce que prône le lancement du concours Eloquentia Saint-Denis en 2013 imaginé par Stéphane de Freitas afin de mettre en avant la culture du dialogue et du débat, et faire éclore des jeunes talents restés dans l’ombre. Une formation est proposée aux élèves de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et prend la forme d’un concours d’éloquence au cours duquel les participants s’opposent lors de joutes oratoires. Eloquentia aspire à défaire les clichés qui pèsent sur le département du 93 et inverse la tendance : la Seine-Saint-Denis semble loin du stéréotype du quartier dit « sensible ». Par la parole, les étudiants se construisent, s’enrichissent, s’affirment, et se dressent alors contre tout déterminisme social.

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Concours Eloquentia, Saint-Denis

Combattre par les mots ou par les images, c’est se faire voir, se faire entendre, briser les codes de la société et créer des ponts entre des mondes littéralement divisés.

Laura Barbaray.

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