Auber Graffiti Show : hommage à la culture graffiti

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A l’occasion de l’Été du Canal à Aubervilliers, la première édition d’Auber Graffiti Show, initiée par les organisateurs de la Street Art Avenue, s’installe rue Pierre Larousse le dimanche 7 juillet 2019. Près de la Porte de la Villette, une vingtaine d’artistes urbains rendent hommage à la culture graffiti sur un mur de 150m de long. Ateliers, animations sportives, scène hip-hop et visites guidées sont également au programme.


Un projet de requalification urbaine

Le long des berges du canal Saint-Denis, dominent d’immenses entrepôts industriels, aux contours uniformes et aux couleurs cendrées. Des hauts grillages, des camions citernes, des grues envahissent le paysage. « Les berges, si peu considérées, sont réinvesties dans le cadre d’un projet de rénovation urbaine », explique Malo, chargé de développement des cultures urbaines à l’Office de Tourisme de Plaine Commune Grand Paris, initiateur et coordinateur de la Street Art Avenue et de l’événement Auber Graffiti Show.

Conjuguer industrie et activités récréatives. Tel est l’enjeu de la Street Art Avenue. Si des travaux d’aménagement sont entrepris depuis 1998 afin de rendre accessibles les berges du canal, la Street Art Avenue a vu le jour en 2016 à l’occasion de la coupe européenne de football. L’objectif est d’inciter le public à se rendre à Aubervilliers par le canal. Artistes et collectifs investissent chaque année différents éléments du paysage, mobilier urbain, bâtiments industriels ou encore piliers de pont pour créer la « Street Art Avenue ». « Aujourd’hui, la fréquentation des berges a augmenté, mais il reste encore du travail : pistes cyclables, fresques murales et industrie lourde se côtoient au sein du même espace », confie Malo. C’est dans le cadre du projet Street Art Avenue et du festival l’Été du Canal, que s’inscrit la première édition d’Auber Graffiti Show.

« Rendre hommage à la culture graffiti »

« La Porte de la Villette est l’un des principaux foyer du mouvement graffiti », précise Malo. Le graffiti a toute sa légitimité près des berges du canal Saint-Denis, mais il est sous-représenté dans le projet Street Art Avenue ».

Les organisateurs d’Auber Graffiti Show ont donc voulu « rendre hommage à la culture graffiti » tout en valorisant la rue Pierre Larousse, qui mène au canal. « C’est une rue qui n’a pas bonne réputation : elle est isolée, sans vis-à-vis. Peu de personne s’y aventure seul », explique-t-il.

Rue Pierre Larousse, Aubervilliers

En partenariat avec Hoops Factory (terrain de basket-ball à proximité) et soutenus par de nombreux acteurs (les villes d’Aubervilliers, de Saint-Denis et de Paris, mais aussi Plaine Commune et le département 93), les organisateurs ont fait appel à six équipes de graffeurs du 93 pour rénover et embellir la façade de 1000m². Urban Art Paris a été sollicité pour monter une équipe de graffeurs, avec entre autres, Bebar et Yakes !

Pour Malo, le graffiti est bien plus qu’un simple style graphique : c’est une ambiance, des codes partagés, des projets fédérateurs. Les artistes, capables de recouvrir une surface très rapidement, pourront dialoguer et faire converger leur style lors de l’événement. Cet événement a aussi pour ambition de rapprocher les acteurs de ce mouvement et le grand public. En effet, des activités sont au programme : ateliers d’initiation avec l’association MUR 93, animations musicales avec Camion Scratch (beatbox), animations sportives avec Hoops Factory, visites guidées avec Street Art Avenue… De quoi mettre à l’honneur la culture graffiti et ses acteurs !


Infos pratiques

Dimanche 7 juillet, de 11h à 21h.

Métro 7 Porte de la Villette.

Métro 12 Front Populaire.

Programme complet sur le page Facebook de l’événement.

Été du Canal :

Tous les week-ends du 6 juillet au 25 août 2019, l’Été du Canal propose des croisières festives – brunch, musique, escapade, découverte, apéro… -, un Port de loisirs en plein air avec concerts et dj sets au bord de l’eau, bals guinguette ou hip-hop, pop-up bar et bien d’autre encore.

Programme complet sur le site de l’Eté du Canal ici.

Article à retrouver sur Urban Art Paris.

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Retour sur : UAP x DockSession, l’événement qui rapproche street art et longboard

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Du street-art ? Du longboard ? Les deux ensemble, c’est encore mieux ! Pour la première fois, Urban Art Paris a fait dialoguer deux disciplines issues de la culture urbaine, lors d’un événement unique en partenariat avec la DockSession, l’association parisienne de longboard. Sur les quais Anatole-France le 26 mai dernier, il y avait des live painting, des démo, des ateliers d’initiation, un talk entre artistes et riders, et surtout de la bonne ambiance. Vous étiez nombreux à y assister, retour sur le projet !


Manifesto

Issues de la street culture, street-art et longboard dancing s’expriment côte à côte, au sein du même lieu : l’espace urbain. Si la culture urbaine se définit comme le partage d’une expérience artistique dans l’espace public, Urban Art Paris s’est demandé comment le street-art et le longboard s’approprient cet univers de passage et de détournements. Quelles sont les similitudes et les différences entre ces deux pratiques ? C’est à partir de cette réflexion que le projet est né. La team UAP est allée à la rencontre des riders de la DockSession sur les quais Anatole-France !

Performances

Trois de nos artistes, BoudaKelkin et Oji, ont customisé en live des longboards conçues spécialement pour l’événement, par la marque française Majutsu. Peu habitués au format réduit et au bois, les street-artistes ont dû s’approprier un matériau nouveau et adapter leur univers graphique au support. Urban Art Paris a choisi trois artistes dont l’approche artistique est différente afin de représenter un panel large de l’art urbain.

Bouda est une illustratrice et peintre de fresque murale qui s’inspire de l’énergie des grandes villes et de ses personnages ; Kelkin explore le motif du labyrinthe qui symbolise notre chemin intérieur ; Oji interroge le quotidien par ses peintures sur les murs de la ville.

Résultat, des longboards originales customisées sur-mesure ! Beaucoup de monde était présent pour assister aux performances des artistes.

De gauche à droite : Oji, Bouda, Kelkin

La DockSession proposait des démonstrations de longboard dancing ainsi que des ateliers d’initiation. Il s’agissait d’interpeller le public sur la discipline peu connue (voir article « Le longboard dancing, une discipline qui bouscule les codes du skate »), mais aussi sur le rapport à l’environnement urbain. La rue n’est pas seulement un lieu de passage, mais également un lieu de création artistique et sportive.

Démonstration de longboard dancing

Deux disciplines, un espace

L’une expérimente le bitume, la vitesse et recherche de l’équilibre ; l’autre aime la hauteur, les murs, les espaces isolés, les lieux à l’abri des regards. C’est finalement l’espace urbain qui rapproche le street-art et le longboard dancing. Lors du talk entre les artistes et les riders, de nombreuses similitudes dans les modes de faire ont été soulevées.

C’est dans l’espace urbain que les street-artistes et les riders trouvent de l’inspiration pour réaliser une peinture ou des tricks. Chacun crée en s’adaptant à l’environnement qui existe déjà, au gré des diverses interactions, rencontres et contraintes.

D’autre part, les artistes et les riders évoluent au sein d’une communauté tout en développant leur propre individualité. Dans le milieu du street-art, les « crew » ou les collaborations sont les exemples les plus relevants. Les longboarders revendiquent le fait d’appartenir à une communauté, la DockSession. L’attache à un groupe au sein de l’espace urbain permet de progresser individuellement, selon les artistes et les sportifs.

L’équipe UAP remercie tous les partenaires, les bénévoles, les artistes impliqués dans le projet ! Une exposition sera organisée pour présenter les planches customisées. A bientôt !


Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Oji, peintre-poète

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L’odeur du café se mêle à celle des tables en bois vieilli. Face au comptoir, le portrait de Schultz, célèbre musicien de Montreuil, garde un œil sur le bistrot du quartier Le Traquenard« Les plumes qui se détachent symbolisent son âme qui monte au ciel », confie Oji, l’auteur de la peinture. Au fond de la salle, des livres anciens jonchent les marches de l’escalier qui nous mènent à l’étage. Les murs, couverts de dessins à la peinture, témoignent de la présence de quelque esprit créatif. « C’est ici, à l’étage du Traquenard, qu’ont lieu les ateliers de modèles vivants, chaque mardi », révèle l’artiste montreuillois, attaché à ce lieu. Oji a construit son univers artistique entre les ateliers et les murs des villes du monde entier. Chaleureusement, il m’accueille dans son petit espace de travail, où des grandes toiles à la couleur de la mer couvrent les murs blancs.

Schultz par Oji – Le Traquenard

« C’est le dessin qui m’a sauvé »

Des jours et des jours à griffonner des pages blanches. C’est d’abord par le dessin qu’Oji exprime une sensibilité artistique. Alité pendant plusieurs semaines, le jeune homme commence à dessiner frénétiquement. « J’avais 24 ans. C’est le dessin qui m’a sauvé », se souvient-il. L’art devient alors une échappatoire à l’ennui. Une fois rétabli, Oji fréquente les ateliers de dessin pour perfectionner sa technique.

A cette époque, l’artiste n’a jamais exploré les murs de la ville pour peindre. « T’as déjà graffé sur les murs ? » La voix de la jeune serveuse d’un café parisien résonne encore en lui. Pour la première fois, il découvre la rue comme terrain d’expression artistique, avec la jeune femme. « C’était devenu une réelle boulimie, évoque Oji. Tous les jours, j’aillais peindre sur des murs en friche, essentiellement des portraits. »Dans la rue, Oji apprend le travail des couleurs et de la matière, et trouve même son nom d’artiste. « Original » en anglais argotique, « aujourd’hui » en italien, « le prince » en japonais… « Oji » possède une signification dans de nombreuses langues.

« Je ne signais jamais mes œuvres sur les murs. Un jour, un ami me l’a fait remarquer. Le nom « Oji » est venu naturellement, et contient les lettres de mon nom et prénom. »

Norah Jones, Brooklyn, Oji – 2015

Une poésie du quotidien

S’approcher de la réalité pour prélever la beauté du quotidien. Telle est l’intention artistique d’Oji, inspirée des œuvres du peintre anglais Edward Hopper« Ce qui me touche, c’est le silence des toiles d’Hopper, explique-t-il en feuilletant un livre épais à l’honneur du peintre. C’est comme si le temps s’arrêtait, on se focalise sur les personnages et les formes géométriques. »

Edward Hopper

Dans son petit salon qui lui sert d’atelier, Oji travaille sur une série de grandes toiles d’un bleu immaculé, pour une exposition à Street Art City (Auvergne) en avril prochain. La composition travaillée par des zones de vide met en scène des histoires singulières de personnages solitaires. George Perec, à propos de son ouvrage L’infra-ordinaire, disait :

« Il y a une sorte d’anesthésie par le quotidien : on ne fait plus attention à ce qui nous entoure, à ce qui se refait tous les jours, seulement à ce qui déchire le quotidien. »

A sa manière, Oji interroge notre quotidien, ce qu’on ne voit plus : les oiseaux et la végétation tiennent une place importante dans son œuvre. Serait-ce pour lui un moyen de renouveler l’espace urbain ? « Ce sont des motifs peu exploités par les artistes. Peindre des pigeons redonne de la valeur à l’animal, tout en livrant un message poétique dans la rue », suggère-t-il. Tel un peintre-poète, Oji sublime les murs, dépeins la métaphore de la liberté et de sa propre subjectivité à travers les oiseaux.

Pigeon, Oji – © Claude Degoutte

La main comme langage symbolique

Après de nombreux voyages aux États-Unis, au Mexique, au Guatemala ou encore en Italie où il réalise principalement des portraits de personnalités dans les rues, Oji s’empare du thème de la main. Dans son ouvrage Le Geste et la Parole (1967), l’anthropologue André Leroi-Gourhan évoquait le geste de la main comme le passage de la nature à la culture par la fabrication d’outils. L’outil, prolongement de la main, accompagne la libération du langage et de la mémoire de l’Homme. Le pinceau de l’artiste serait-il la continuité de son corps tout en lui permettant d’accéder à un langage symbolique ? Signe du geste créateur, du pouvoir ou encore de la sensualité, la main fascine Oji. Ses œuvres, telles que « Recordeal » (New York) ou « Lovin’ hands » (Paris), semblent cristalliser un langage propre à la main :

« Les mains révèlent l’identité d’une personne. Que ce soit des mains d’ouvriers ou des mains d’avocats, chacune exprime des manières d’être. »

« Lovin’ Hands » – © Oji

Proche de l’humain

En collaboration avec d’autres artistes, Oji aime se sentir proche des gens. En juillet 2018, il répond à une sollicitation d’Action Logement avec le jeune artiste Kelkin pour décorer quarante jardinières dans le quartier de l’Ocil à Pontault-Combault. « On a reproduit seize regards des habitants, avec le motif du labyrinthe de Kelkin, explique-t-il. Le but était d’inclure tous les habitants dans le projets : des enfants de six ans aux grands-mères de soixante ans. » En février 2019, Oji réalise une fresque monumentale près d’un arrêt de bus à Montreuil, d’après les photographies de visages de migrants réalisées par Linstable.

Aussi, dans une ambiance conviviale, l’artiste urbain organise chaque mardi soir les ateliers « modèle au premier étage », au bistrot montreuillois Le Traquenard. « Un modèle nu pose devant des dessinateurs. L’idée est d’améliorer notre technique de dessin ainsi que la connaissance de l’anatomie, et cela dans lieu chaleureux », évoque-t-il.

En attendant, l’année 2019 s’annonce riche en projets pour Oji. D’avril à novembre, il exposera à Street Art City treize toiles dans un long couloir qui rappellent « l’esprit d’une bande-dessinée. »


Infos sur les ateliers « modèle au premier étage » :

Bar Le Traquenard

52, rue Robespierre 93100 Montreuil

Tous les mardis soirs, ouvert à tous

Rémunération 7 euros par modèle

Suivre Oji :

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Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Art Osons, quand le street-art se partage #2

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Dix ans. Dix ans que le collectif Art Osons existe. Des peintres, des graffeurs, des photographes et des bénévoles motivés… Depuis 2008, l’association Art Osons peut compter sur une trentaine d’adhérents chaque année pour déployer ses projets culturels à travers l’agglomération de Cergy-Pontoise. Partager et valoriser la création dans les arts graphiques, telle est l’intention artistique et pédagogique du collectif cergypontain.


Des événements culturels

Une sculpture de voitures empilées, ornée de graffitis, trône au milieu du parc François Mitterrand, à Cergy. Les curieux admirent les artistes à l’œuvre, bombe de peinture à main. C’était au festival Cergy, Soit !, quelques années auparavant. « Au début, on était un groupe de cinq potes avec l’ambition de développer les arts visuels en général », se souvient Nexer, street-artist et membre de l’association Art Osons depuis sa création. « Peu à peu, on a développé le côté peinture, et surtout le graffiti », poursuit-il. Ancré dans la vie artistique de Cergy-Pontoise, le collectif Art Osons est devenu rapidement une association. Chaque année, Art Osons intervient lors du festival Cergy, Soit !, le festival des arts de la rue organisé par la ville de Cergy. « Nous organisons aussi des expositions, comme  »Sortie de cours » qui a lieu au mois de mai au Carreau de Cergy », ajoute Nexer. L’exposition présente les œuvres issues des ateliers et des stages menés par les associations de la ville. L’occasion pour les jeunes artistes locaux de s’exprimer et de gagner en visibilité.

« Notre plus gros événement a été le festival Caps Attack, l’année dernière, à Cergy », se souvient Nexer. Pour fêter ses dix ans, Art Osons a visé haut : trois jours d’animations, 46 artistes sélectionnés et 1500m2 de mur investis. « Des concerts, des performances, des ateliers ont rythmé notre tout premier festival des arts de la rue… avec l’aide précieuse des bénévoles sur les parties logistique, sécurité ou encore communication ! », précise l’artiste-graffeur.

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Festival Caps Attack – © Art Osons

« Là où on ne nous attend pas »

« Le graffiti nous a permis d’aller à la rencontre d’un public qui n’avait pas accès à l’art », évoque Nexer. A travers le street-art, le collectif Art Osons entend tisser des liens, partager une expérience et émanciper les esprits. Les membres de l’association interviennent régulièrement auprès des jeunes de la région parisienne, à l’instar du centre éducatif de Pontoise ou encore le centre pénitencier pour mineurs de Porcheville. Parfois réfractaires aux activités, les jeunes prennent peu à peu les bombes et réalisent des œuvres surprenantes. « Ce sont des moments incroyablement enrichissants pour les jeunes, et pour nous, s’enthousiasme le jeune graffeur. Finalement, le street-art nous amène là où on ne nous attend pas. »

Un tremplin vers la création artistique

« Au Brûloir, on organise des réunions, on bosse nos projets », raconte Nexer. Le Brûloir, c’est une ancienne maison abandonnée à Cergy, mais aussi un atelier de création, un lieu de vie. Remis en état il y a six mois, Le Brûloir accueille les artistes qui désirent élaborer un projet artistique. « On dispose de matériel, on crée ensemble, ce qui permet aux artistes d’évoluer dans leurs pratiques », souligne-t-il. Par exemple, la petite troupe d’artistes a mis en place la session « peinture du mois ». Autour d’un mur, d’un thème commun et de couleurs communes, les artistes se retrouvent chaque mois pour laisser libre cours à leur créativité. « L’échange, le travail en commun nous influence dans nos manières de créer », évoque le street-artist.

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Fresque collective, 2014 – © Art Osons

Le collectif cergypontain porte en lui le désire de valoriser les artistes et de soutenir la création artistique. « Grâce au réseau associatif local, chacun d’entre nous peut s’impliquer dans les projets culturels et promouvoir son art, explique Nexer Finalement, Art Osons nous donne les clés pour se lancer et se professionnaliser », conclut-il.

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Transformateur électrique à Saint-Ouen l’Aumône, par Nexer, 2018 – © Nexer

Un collectif qui ne cesse de stimuler la création artistique… Rendez-vous au printemps 2019, pour la deuxième édition du festival Caps Attack, à Cergy !


Artistes du collectif Art Osons :

Katset – Horor – Nori – 2flui – Ndeck – Nexer – Audrey

Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Prochain épisode #3 : Horor.

Le collectif Art Osons donne un nouveau visage à Cergy-Saint-Christophe #1

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« Graffiti in Cergy »

Au pied de la gare RER de Cergy-Saint-Christophe, les passants lèvent la tête, ébahis et émerveillés. Derrière la médiathèque de l’Horloge, se dresse un immeuble en construction. Cependant, ce ne sont pas ces nouveaux logements qui attirent l’œil. Une femme à la chevelure blonde ornée d’une couronne de fleurs, aux allures de déesse, domine la place depuis la façade du bâtiment. L’immense fresque de 17 mètres aux couleurs vives, nommée « Sérénité », a été réalisée par sept membres de l’association Art Osons, qui regroupe une dizaine d’artistes urbains de l’agglomération.


Une œuvre collective

Sept artistes, deux semaines de travail et des litres de peinture utilisés. Dans le cadre du programme « 1 immeuble, 1 oeuvre » du ministère de la Culture, des entreprises immobilières, dont le promoteur Vinci, s’engagent à commander une œuvre pour chaque immeuble construit. Le maire de Cergy Jean-Paul Jeandon ainsi que Vinci Immobilier ont fait appel au collectif Art Osons pour revêtir la façade du bâtiment. Nexer, Biate, 2flui, Nori, Horor, Katset et Ndek, les sept artistes de l’association, ont donné leur propre coup de pinceau. « Nous avons présenté trois propositions d’esquisses au maire de la ville, évoque Nexer, graffeur d’Art Osons et référent du projet. Ensuite, nous nous sommes répartis par binôme pour réaliser chaque élément de la fresque. » Sur les détails de la main, les motifs du drapé ou encore la végétation, chacun des artistes a trouvé sa place.

« C’est un travail collectif d’ampleur, et nous sommes fiers du résultat ! », s’enthousiasme Nexer.

Allégorie de Cergy

« La fresque met en valeur le patrimoine architectural de la ville de Cergy », souligne la mairie. Le pont rouge, la préfecture, la grande horloge ou bien les douze colonnes… Symboles du rayonnement de la ville, les édifices cergyssois entourent le doux visage de la divinité féminine. « Les tons éclatants du mauve, du rouge et de l’ocre contrastent avec la couleur blafarde du mur en béton », indique l’artiste graffeur.

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« Sérénité » – © Art Osons

Les yeux fermés, une boule de cristal qui flotte entre ses mains, la muse apparaît sereine. Elle veille sur la place de la grande Horloge, comme garante des habitants. « Il s’agissait de transmettre un message d’apaisement dans le quartier de Cergy-Saint-Christophe, explique Nexer. D’autre part, la fresque amène l’art là où on ne l’attend pas, dans un but éducatif et social », poursuit-il. « Grâce au street art, le quartier devient plus attractif », ajoute la mairie. Désormais emblème du quartier, la fresque attire les regards, éveille les curieux, et interroge petits et grands. « La peinture embellit la place, sourit une habitante. C’est comme si c’était notre propre musée, à ciel ouvert », conclut-elle, les yeux rivés sur l’œuvre monumentale.

Au pied de la gare RER de Cergy-Saint-Christophe, règne une harmonie paisible, aux couleurs de « Sérénité ».


L’article est à retrouver sur Urban Art Paris & dans la Gazette du Val d’Oise.

Episode #2 : Art Osons, quand le street-art se partage.

Kelkin, entre onirisme et dédale urbain

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Le street-artist originaire de Cergy, Kelkin (24 ans) étudie à l’école des Beaux Arts, à Angers. Depuis plusieurs années, il explore des souterrains, ornés de graffitis, pour y peindre son motif fétiche : le labyrinthe.


Sanctuaire

« Des nuits et des nuits passées à peindre sur des rangées de murs calcaires, dans l’obscurité la plus totale. » Le street-artist Kelkin se rappelle le temps où il se faisait la main dans des carrières souterraines, vestiges de la Seconde Guerre mondiale. L’atmosphère froidement troublante des grottes, aux allures primitives, ne lui fait plus peur. Lampe frontale fixée sur la tête et bombe de peinture à la main, Kelkin graffe sur la roche colossale, avec exaltation. « C’est devenu mon sanctuaire », sourit-il. Sa voix résonne dans l’immense labyrinthe souterrain. Le caractère sacré et onirique du lieu transmet une énergie positive au street-artist. « Quand je rentre en région parisienne, j’improvise parfois des sessions, avec des amis. Peindre dans les souterrains permet un retour à soi et à l’instinct primaire », explique Kelkin.

Symbole du rêve

Des tracés sinueux, des symboles antiques, du noir et du blanc. Voici l’univers artistique de l’artisan-peintre Kelkin. « Je passais du temps à dessiner dans ma chambre, évoque-t-il. Un jour, je me suis aperçu que des lignes tortueuses et abstraites apparaissaient sous mon feutre noir, comme un labyrinthe. » Son intention artistique ? S’approprier ce mythe, aux origines préhistoriques, et explorer un monde intérieur. « Pour moi, le labyrinthe est une figuration de l’Homme, explique-t-il. Tout au long de notre vie, on est confronté à des labyrinthes, comme la ville, véritable dédale urbain. »

Chargée en symboles, l’œuvre de Kelkin évoque le rêve et l’inconscient. « À travers mes peintures, je demande à chacun quel est son rêve, précise le jeune homme. Le public a le pouvoir d’actualiser l’œuvre et de donner un sens aux symboles qui s’y trouvent », s’enthousiasme-t-il. Le street-artist s’inspire des cultures étrangères, en intégrant des symboles Adinkra, berbères ou encore asiatiques. Une œuvre universelle qui fait cheminer le public dans son propre labyrinthe intérieur.

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« La Bateleur », par Kelkin, collection « Miroirs de Lames » 2018 – © Kelkin

« Faire vivre mon art »

« Je souhaitais être sur le terrain et faire des choses avec mes mains », résume Kelkin. Après avoir entamé une licence en Arts Plastiques à la Sorbonne en 2013, le jeune homme s’oriente vers une formation de peintre-décorateur, l’année suivante. Il fait ses preuves au sein de l’entreprise de décoration MVDECOR, où il apprend les techniques de base de la peinture. Aujourd’hui étudiant aux Beaux Arts à Angers, Kelkin perfectionne son savoir-faire. « Je suis en perpétuelle recherche artistique pour faire vivre ma passion », suggère le jeune artiste.

Le street-artist ne peint pas seulement dans les souterrains ténébreux. Lors du projet Street Art City, un lieu unique dans l’Allier (Auvergne) qui accueille les artistes du monde entier, Kelkin réalise ses œuvres les plus conséquentes. En résidence pendant cinq jours en juin 2017, il rénove une façade en friche et réhabilite la chambre 020 de l’Hôtel 128. « J’ai aussi présenté ma plus grosse exposition solo, ‘Miroirs de Lames’, à Street Art City », évoque-t-il, les yeux scintillants. Le lieu est ouvert au public jusqu’au 4 novembre 2018.

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La façade rénovée par Kelkin – © Street Art City


En attendant, Kelkin exposera au Muséum de Toulouse, le 16 octobre, dans le cadre de la semaine de l’étudiant. Une soirée-exposition organisée par l’association culturelle Aparté.

Découvrez le blog de Kelkin : https://kelkin.org/

Article à retrouver sur Urban Art Paris.

Riders

Reportages

Les roues qui rebondissent sur le bitume, des planches de bois qui virevoltent et des corps qui ondulent librement dans la chaleur douce d’un soir printanier. Sur les bords de la Seine, on s’arrête. Des jeunes, filles et garçons, semblent aussi légers qu’une petite bulle de savon. Comme suspendus dans l’air, ils dansent sur les planches colorées, enchaînent inlassablement les figures, emportés par une cadence enjouée. Une sensation d’osmose, hors du temps.

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Les Berges – © Laura Barbaray


Réunis au sein du collectif DockSession, les longboarders parisiens laissent libre cours à leur talent chaque dimanche sur les Berges de la Rive Gauche, en face du Musée d’Orsay. Initié en 2014 par Lotfi Lamaali, virtuose du longboard dancing et ambassadeur de marque (Loaded board), DockSession est un rassemblement hebdomadaire qui vise à promouvoir la discipline et créer un lien entre les différentes communautés de longboard à travers le monde. A Paris, l’association compte près de 200 passionnés. Une pratique qui allie danse et glisse.

« Nous, on fait pas mal de freestyle ». Trois jeunes longboard-danceuses, habituées des quais, évoquent leur sport favori. « On laisse flotter notre corps sur la planche, l’esthétique des mouvements s’acquiert peu à peu », explique Ophélie, sa longboard aux motifs tribaux dans les mains. Sur le terrain, les trois amies glissent naturellement, de façon harmonieuse et rythmée. Le longboard dancing attire aussi bien les filles que les garçons. Une mixité appréciée dans le monde du skate et de la culture urbaine.

 

 

Avec un peu d’élan et les écouteurs branchés sur une musique chill, les riders tournoient sur eux-mêmes avec souplesse. « Avant, j’étais trop raide sur la planche. Mais en un an de pratique, j’ai pris de l’aisance » remarque Marvin. Ses petits pas de danse habiles sur la planche lui donnent une sensation de liberté et d’apesanteur. Comme une fusion entre le danseur et sa matière première.

Devant le hangar métallique et tagué, Charles-Adrien lance sa longboard et la fait tourner entre ses pieds. C’est aussi lui qui fabrique les longues planches de bois, chacune personnalisée. Il a créé sa propre marque, Majutsu, imprégnée de culture japonaise. « J’ai aussi réalisé des collaborations avec des street-artists, dont Noty Aroz à l’occasion d’une exposition en 2016. J’ai dessiné le Murciélago – la divinité issue de Batman et de la Santa Muerte mexicaine – sur une longboard », se souvient-il.

 

 

Le bois de la planche racle le sol bétonné. « C’est la figure de l’ange », confie Marvin. Lotfi, le sourire aux lèvres, maîtrise sa longboard parfaitement. Sur place, il multiplie les pirouettes. Avec ses mains, il rattrape sa planche au vol. C’est ce qu’on appelle un aerograb dans le vocabulaire des riders. « On est là tous les dimanches » explique Lotfi. « La Docksession est un rendez-vous libre et spontané. Chacun ride comme il l’entend. Les plus expérimentés donnent des conseils aux novices et tout le monde passe un bon moment » s’enthousiasme-t-il. La seule consigne : une ambiance conviviale. Pour cela, des jam musicaux accompagnent régulièrement les sessions de longboard.

 

 

La DockSession a aussi sa mascotte. Saucisse le Jack Russell, sous le regard attendri des passants, monte volontiers sur une planche… et s’agrippe fermement au mollet de sa maîtresse.

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Saucisse – © Laura Barbaray

La communauté de longboarders évolue dans un climat apaisé, accueillant et chaleureux. Fédérés autour d’une discipline et d’un lieu, les riders partagent des expériences, tissent des liens et donnent une véritable impulsion à la création artistique.

Laura Barbaray

Enric Sant, zones inexplorées

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A l’occasion de sa première exposition en France, l’artiste urbain de Barcelone Enric Sant dévoile un univers incisif et exprime la condition humaine dans ses œuvres.


Une chemise sous un pull cintré, les doigts noircis par la peinture, des corps nus sur les tableaux. Il est 17 heures lorsque j’arrive à la galerie ADDA&TAXIE à Paris, dirigée par Anna Dimitrova et Valériane Mondot, sous une légère bruine. « Oh, bonjour et bienvenue ! ¿ Qué tal ? » me lance Enric Sant, l’artiste à l’honneur, avec un accent espagnol prononcé. Un large sourire, une accolade et une petite bise. Je me sens tout de suite à l’aise. « Prends ton temps pour regarder les œuvres » me dit-il dans sa langue maternelle. Des tableaux aux tons criards et lumineux à la fois, des corps qui tourbillonnent dans un triptyque, des esquisses aux personnages intrigants revêtent les murs de la galerie. Près de l’escalier qui mène au sous-sol, les coupes à champagne bien alignées scintillent sur la table en attendant d’être servies. Tout est prêt pour le vernissage. « Âpre Zone ». C’est le nom de la première exposition d’Enric Sant en France, qui a lieu à la galerie ADDA&TAXIE, ouverte depuis juin au cœur des prestigieuses galeries d’art du 8ème arrondissement, du 3 février au 17 mars 2018.

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« Trayectoria Aurea », huile sur toile – © Enric Sant

Un artiste passionné

Enric Sant est un artiste urbain de Barcelone. Il a 33 ans et est passionné d’art depuis l’enfance. « J’ai toujours eu un crayon à la main. Je dessinais et je peignais beaucoup quand j’étais gosse. A 16 ans, je suis tombé dans la culture urbaine. Avec des amis, on était branchés graffitis. On s’est mis à peindre sur les murs dans les rues de Barcelone. » explique-t-il. Après un baccalauréat d’arts plastiques, il entre à l’Université des Beaux Arts de Barcelone, où il acquiert de solides compétences artistiques. « Je continuais à graffer sur les murs, et en parallèle j’exposais dans des galeries avec d’autres artistes, en collaboration sur des projets» se souvient-il.

Barcelone. L’une des capitales incontournables de street-art. C’est dans les ruelles et les boulevards animés de la ville que l’aventure commence. L’aventure d’une bande de quatre copains passionnés et talentueux. En 2007, Enric Sant fonde avec ses amis graffeurs Grito, Aryz et Registred, le collectif Mixed Media. « Tous les quatre, on était férus de graffitis. Cependant, on ne peignait pas tant des lettres ou des messages, mais des personnages. On avait créé notre propre univers. Et puis, un jour Grito a dit ‘On va peindre avec des rouleaux’ et non plus avec des bombes. Alors on a commencé à peindre très haut. Les autres graffeurs de Barcelone étaient jaloux car on produisait au dessus de leurs œuvres ». Le collectif Mixed Media jouissait d’une renommée dans la ville et au-delà des frontières de Barcelone. Aujourd’hui, chacun a suivi sa voie professionnelle. « Le collectif a toujours été une source d’inspiration pour moi. Les gars sont très doués et vont toujours plus loin dans leur recherche artistique. Mes œuvres actuelles sont évidemment imprégnées de nos expériences et de notre façon de penser ». Une lueur brille dans ses yeux bruns.

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Mexique – © Enric Sant

Au-delà du confort

Des corps nus, agglutinés et décharnés. L’être humain est le thème central de son exposition intitulée « Âpre zone ». Et pourtant si éloigné de son univers d’origine. Il avait peu à peu affirmé son style en créant des personnages inhumains, grotesques, monstrueux. Tout droit inspirés de bandes-dessinées, de jeux vidéos ou encore du cinéma de science-fiction.

Mais l’exposition relève d’une signification bien particulière. « Âpre » c’est ce qui est amer au goût, mais aussi ce qui est violent et rude. « Zone » peut faire référence aux zones du corps, aux zones urbaines difficiles à délimiter, mais aussi à la zone de confort. « ‘Âpre’ (‘áspero’ en espagnol) signifie pour moi une situation inconfortable. Les œuvres exposées ici m’ont contraint à sortir de ma zone de confort, de mon univers personnel fait de personnages figuratifs. En représentant le corps humain, je voulais aller plus loin dans ma recherche, sortir de ma zone de confort artistique et me confronter à de nouvelles expériences esthétiques » s’enthousiasme-t-il. « Aussi, la zone âpre, rugueuse, c’est le moment dans notre vie où l’on est confronté à des choix. Une épreuve que l’on doit surmonter pour avancer ». L’engouement de l’artiste ne faiblit pas.

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« The lesson », huile sur toile – © Enric Sant

Viser toujours plus haut et aller au-delà de ses limites. Tels sont les maîtres mots d’Enric. Le processus de création de l’artiste espagnol témoigne d’un véritable travail, d’un effort qu’il dépasse pour faire dialoguer ses œuvres. « Des concepts de création me viennent en tête, ils germent dans mon esprit pendant un certain temps. Je dessine, je prends des notes en amont. Les idées ne sont pas définies tout de suite. Par exemple, le tableau ‘Estratos’ a mis un certain temps avant d’aboutir ».

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« Estratos », huile sur toile – © Enric Sant

Une œuvre humaniste

Ainsi, l’humain apparaît comme l’axe principal de son œuvre. « Selon moi, l’Homme est l’objectif de l’art. Les êtres humains créent des œuvres artistiques pour les êtres humains ». Un humaniste contemporain ? Oui, car Enric souhaite exprimer toute la beauté de l’être humain dans ses tableaux, mais aussi toute la complexité dont il fait preuve. « Je travaille tout ce qui touche à l’Homme : ses pensées, ses sentiments. En dénudant les corps, je les humanise. J’enlève les couches superficielles et je remets les corps à leur état naturel » éclaire Enric.

Quand on est face à ses tableaux, on se demande ce qu’est réellement l’être humain. « En quelque sorte, on se pose des questions qui concernent l’existence de l’Homme : d’où vient-on ? Qui sommes-nous ? Les corps agglutinés et enlacés renvoient à tout ce que l’être humain peut absorber de beau, mais aussi à tout ce qu’il peut détruire autour de lui. L’être humain est une entité unique, indivisible, c’est un seul et même corps. Et à la fois, c’est un être complexe, avec des débordements d’émotions et une diversité culturelle très riche » évoque l’artiste.

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Exposition « Âpre Zone » 03/02/2018 – © ADDA&TAXIE

Les couleurs vives et sombres des tableaux évoquent la personnalité duale de l’être humain. Un univers mystérieux, oppressant, presque onirique, qu’il puise autant chez les grands maîtres de la Renaissance, comme Michel-Ange ou plus tard Rubens, mais aussi dans la culture contemporaine. « La peinture à huile, une technique somme toute académique, exprime les couleurs d’une façon extraordinaire et unique. J’aime la matérialité des couleurs. La peinture à huile est parfaitement adaptée à ma manière de travailler ». Ce travail de la matière, Enric l’expérimente aussi dans le choix des supports. « J’utilise souvent le bois comme support de mes tableaux. Le bois apporte une valeur ajoutée au rendu final. Les corps nus sont déposés sur le bois nu. Il y a un véritable dialogue entre le support et la matérialité des couleurs et des sujets ».

Alors, les corps nus se rencontrent, se heurtent, s’échauffent. Et nous renvoient à notre propre intériorité.


« Âpre Zone » d’Enric Sant du 3 février au 17 mars 2018 – Galerie ADDA&TAXIE, au 35 avenue Matignon à Paris (métro Miromesnil).

Enric Sant présentera également ses œuvres à la Urban Art Fair du 12 au 15 avril 2018 à Paris.

Laura Barbaray

Festival LaBel Valette : la noble demeure de la street-culture – rencontre avec Sébastien Lis

Articles & interviews, Sorties, urban art paris

Sur la photo de gauche à droite : Clément de Nercy, président de la start-up All Mecen ; Sébastien Lis, co-fondateur de l’association Urban Art Paris.

De la street-culture au cœur d’un festival ? La rentrée s’annonce inédite !

Du 1er au 3 septembre 2017, le LaBel Valette Fest, organisé par l’association Urban Art Paris et la start-up All Mecen, investit le château de la Valette situé à Pressigny-les-Pins dans le Loiret (45), pour trois jours de bouillonnement culturel.

100 street-artists sont venus des quatre coins du monde armés de bombes de peinture, de colle, de pochoirs et ont rénové, transformé, réhabilité l’immense demeure oubliée en une exposition géante. Le festival nous réserve encore bien d’autres surprises…

Dans les locaux de All Mecen, lors du vernissage de « l’avant-propos » du LaBel Valette Fest, Sébastien Lis, co-fondateur d’Urban Art Paris, m’a fait part de cette folle aventure, audacieuse et innovante.

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En tant que co-fondateur de l’association Urban Art Paris, peux-tu nous présenter le site web ? Quels sont ses actions et ses projets ?

Le site web Urban Art Paris présente plusieurs aspects. Tout d’abord, un aspect informatif avec des interviews, des articles que réalisent les membres de la rédaction sur des sujets qu’ils choisissent librement. Cela peut être sur des expositions, un portrait d’artiste, un événement qui aura lieu. Il y a également un axe découverte : lorsque les adhérents d’Urban Art Paris voyagent, ils prennent des photos et se rendent dans des lieux où le street-art est très présent. Cela nous amène à faire des zooms sur des pays, des villes. On peut citer les exemples de la Pologne avec la ville de Lodz, l’Allemagne avec Berlin qui sont des lieux où les graffeurs abondent les rues. En plus de cela, on annonce des événements sur le site, comme des vernissages, des live painting, des festivals, des projections…

Le site internet est véritablement la colonne vertébrale de l’association. C’est par le site web que notre association s’est créée. Tout le monde est bénévole au sein d’Urban Art Paris, que ce soit au niveau de la rédaction, du bureau ou bien des personnes qui s’occupent de l’événementiel. Pour le moment, on est à 48 adhérents, avec un bureau de six personnes et une vingtaine de membres actifs.

Dans deux mois a lieu le LaBel Valette Fest, l’événement artistique d’envergure dédié à la street-culture. Comment l’idée de ce projet est-elle née ?

L’idée de ce projet est née suite à l’événement de La Belle Vitry’N que l’on avait co-organisé avec Digital Street Art et Vitry’N Urbaine l’année dernière à Vitry et qui a eu un très beau succès. Je viens personnellement du Loiret et j’y retourne régulièrement. En passant devant ce château je me suis dis que ça pourrait être la prochaine étape d’un événement d’envergure. Il y a énormément de place avec 10 000m² de murs. J’ai démarché le propriétaire du domaine pour savoir si cela était possible d’organiser un événement dans ce château. Contre toute attente, il a accepté facilement.

Puis, lors d’une assemblée j’ai présenté le projet. L’idéal serait que chaque année nous organisions un temps fort lié à l’association. Les bénévoles et les adhérents aiment s’impliquer sur ce genre d’événement concret où il y a un contact avec les artistes. De même, c’est lors de ces événements que l’on met en avant les artistes que l’on soutient. Cela fait maintenant plus d’un an (avril 2016) que l’association travaille sur le LaBel Valette Fest.

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© Christian Julia – Château de la Valette

Urban Art Paris s’est associé à la start-up All Mecen dans l’organisation du festival. Quelle est la particularité de cette start-up et quel a été son rôle dans la réalisation du projet ? (réponse complétée par Clément de Nercy, président de All Mecen)

La rencontre avec All Mecen s’est faite lors d’une interview que j’ai réalisé à l’occasion de l’exposition Jisbar & Onizbar dans leurs locaux. Le courant est très bien passé. Je leur ai parlé du projet. Il s’est avéré que nous étions totalement complémentaires. C’est une start-up qui, depuis trois ans, met en relation des artistes avec des mécènes. All Mecen propose aux artistes de partager leurs créations sur une plate-forme pour gagner en visibilité. Le but est de soutenir les créateurs, d’aider à financer les projets des artistes dans tous les domaines culturels (musical, littéraire, artistique).

On a les mêmes objectifs : les mécènes ou Urban Art Paris vont d’abord mettre en avant l’artiste et lui donner des moyens de communication pour se développer avant l’aspect financier. Les membres de All Mecen sont devenus de vrais coordinateurs du festival : ils se sont occupés de la partie logistique, de la recherche de financement ainsi que la gestion des artistes.

La création d’un tel événement a sans doute été un travail de longue haleine. Quelles ont été les principales étapes de l’organisation du LaBel Valette Fest ?

Dans un premier temps, il a fallu créer un groupe soudé, tant au niveau des mécènes qu’au niveau d’Urban Art Paris. On a mis en place des réunions régulières pour structurer l’organisation où chacun avait son rôle, dans la communication, la logistique, la recherche de financement ou la gestion des artistes par exemple. Puis, il fallait définir clairement le projet : le street-art et le graffiti font partie de la street-culture dont les trois courants majeurs sont la musique, la danse et les performances artistiques. En partant de cette définition de la street-culture, on a créé un axe musical. On s’est alors rapproché des têtes d’affiches de la scène hip-hop indépendante française, comme La Scred Connexion ou encore Kacem Wapalek.

De plus, on a voulu intégrer un côté pédagogique en mettant en place des live painting, des ateliers, des conférences pour expliquer le mouvement de la street-culture et pourquoi on le définit comme contre-culturel, c’est-à-dire contre la culture de masse.

Ensuite, l’étape de la recherche de fonds a été difficile. Il n’est jamais simple de convaincre des partenaires financiers de suivre une première édition. On avait des fonds propres mais des entreprises nous ont tout de même suivies.

Enfin, obtenir les autorisations a été la phase la plus délicate. En effet, il faut convaincre la mairie d’un petit village de 400 habitants que l’on ne va pas provoquer une invasion de graffeurs et recouvrir tous les murs de la commune. De même, la gestion des artistes demande énormément de travail : tous ne répondent pas dans les temps pour le nuancier de couleur ! Il faut également gérer sur place 100 artistes pendant trois mois.

Pourquoi avoir choisi le domaine de la Valette, un site excentré de la vie urbaine, comme lieu du festival, alors que c’est dans les rues de la ville que foisonnent les œuvres street-art ?

Tout d’abord, nous voulions un lieu unique et exceptionnel, on l’a trouvé à la campagne et non en région parisienne. Nous voulions également créer un paradoxe entre ville et campagne. En effet, ce domaine a la particularité de disposer de deux bâtiments du style Le Corbusier avec un forte présence de structures en béton qui rappellent l’univers urbain. Il nous a semblé intéressant d’intégrer tous ces éléments d’urbanisme à la campagne. Enfin, on voulait casser les codes en faisant entrer la street-culture dans un château, un domaine qui n’est pas le sien. Ainsi, on crée un décalage en amenant le graffiti à la campagne, en invitant des artistes sur un lieu historique, en proposant des œuvres en extérieur et non accrochées sur les murs intérieurs du château afin que l’art soit accessible à tout le monde.

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© Tiski

L’innovation et la création artistique sont au cœur de ce projet audacieux. Que pourront découvrir les festivaliers durant ces trois jours ?

Les festivaliers découvriront plus de 100 œuvres réalisées par 100 artistes de 30 nationalités différentes allant de la première vague graffiti représentée par TKID170 (Etats-Unis) ou encore Wuze (France), à la toute dernière génération d’artistes représentée par Siam (France), le benjamin de notre équipe d’artistes qui vient d’avoir 18 ans. Des œuvres uniques seront mêlées à l’architecture du domaine : une chapelle accueillera une œuvre en volume réalisée par un artiste français. Les visiteurs pourront également assister à la performance d’un artiste très célèbre, Okuda (Espagne), sur la façade du château, et découvrir l’univers de chaque artiste dans les 90 pièces de la demeure mises à la disposition du public. Ainsi, sur un même lieu, on souhaite que la création artistique puisse s’épanouir en toute liberté.

D’autre part, les festivaliers pourront entendre des concerts de jazz et de hip-hop. Là encore, les générations se confondent, allant des groupes qui ont 20 ans de carrière aux artistes qui débutent dans le monde du hip-hop.

Et aussi, pour ceux qui veulent en savoir plus, des conférences seront animées par l’équipe pour expliquer notre démarche. Pour les plus jeunes et les moins jeunes qui veulent s’initier à la calligraphie, au pochoir ou au collage, des ateliers seront mis en place par des artistes. Enfin, tout au long de l’événement, des live painting permettront au public d’observer la création d’une œuvre street-art.

L’événement regroupe des street-artists du monde entier et de générations différentes. Quel est l’objectif d’Urban Art Paris et de All Mecen en créant une sorte de melting pot artistique ?

L’idée est dans un premier de temps de donner l’opportunité à des artistes d’être présents sur des événements d’envergure et qui n’ont pas toujours les moyens adaptés pour. On a lancé un appel à candidature à la suite duquel les artistes ont été jugés pour leur talent, et non pour leur réputation. Notre démarche s’inscrit véritablement dans le renouvellement des artistes urbains pour leur permettre d’acquérir une certaine visibilité ainsi qu’une place dans le milieu.

Quels artistes urbains présentent leurs œuvres lors du festival ?

Dans les artistes que nous soutenons activement, seront présents Yakes, un jeune graffeur d’Ile-de-France ; Bebar (France) qui se confirme cette année ; Mark Gmehling (Allemagne) qui n’est pas très connu au-delà des frontières allemandes et que l’on souhaite faire découvrir au public français ; Théo Lopez, un jeune artiste très prometteur ; LapinThur qui réalise des œuvres en volume ; Softtwix, une femme qui fait du collage. On englobe tous les courants que ce soit le graffiti, le pochoir, le collage, la calligraphie, et toutes les générations des années 1990 à 2010.

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© Erge – Yakes à l’oeuvre

Comment peux-tu caractériser l’expérience du visiteur ?

Son expérience sera exceptionnelle et immersive ! Notre objectif est de captiver le visiteur par la richesse des œuvres exposées, l’animation sur le domaine ainsi que la possibilité d’échanger avec les artistes présents lors du festival. Se divertir, se cultiver et apprendre sont nos maîtres mots.

Le projet de Radio Néo est fondé sur la mise en valeur de la scène émergente et de la découverte musicale. Les différents groupes présents lors du LaBel Valette Fest peuvent certainement plaire à nos auditeurs. Par quoi ces artistes se distinguent-ils ?

La scène est majoritairement tournée hip-hop, accessible à tout le monde. Ce sont des artistes indépendants qui ne sont pas passer par des grosses maisons de disques. Ils empruntent le chemin le plus long pour y arriver. Ainsi, notre but est de leur donner l’opportunité de se faire connaître.

Par exemple, le public pourra assister au concert de TSR Crew, rap parisien du 18ème qui a fait le Printemps de Bourges cette année et qui sera notre tête d’affiche. Irie Jahzz, moins connu, qui joue du jazz punchy. Chromatik, qui acquiert de plus en plus de visibilité sur Paris et qui mélange différents styles, jazz et punk. Ils improvisent souvent sur scène, c’est en cela qu’ils peuvent se distinguer. Napoleon Da Legend, un rappeur américain sera également présent.

Tous ces artistes ont réussi en passant par des circuits alternatifs. Nous sommes dans un milieu contre-culturel, alors il est pour nous spontanée de faire appel à ces artistes qui ont une vraie plus-value créative et musicale.

As-tu d’autres projets à l’esprit dédiés à la scène street-art avec l’équipe d’Urban Art Paris ?

Après le festival nous avons trois projets d’expositions : deux artistes en collaboration Yakes et Bebar, puis les deux en solo. On souhaite mettre en avant ces deux artistes urbains. Lorsqu’un organisme fait appel à Urban Art Paris pour un événement, on propose systématiquement Yakes et Bebar à nos clients. Par exemple, Yakes a réalisé la première fresque éphémère aux Jardins des Tuileries pour un événement intitulé les Jardins de Gally. Bebar participe à la Route du Champagne au mois d’août et réalisera un live painting dans la cave d’un domaine champenois.


Pour vous faire languir, voici en avant-première quelques œuvres des artistes participants au LaBel Valette Fest, exposées lors du vernissage de « l’avant-propos » du festival.

 

 

INFOS PRATIQUES à retrouver ici.

Vidéo LaBel Valette Fest

Laura Barbaray

Rencontre avec Noty Aroz : le street-art entre culture sacrée et populaire

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Un lieu, une rencontre

Montrouge, jeudi 8 juin 2017. Noty Aroz, un duo de jeunes artistes urbains, m’accueillent dans leur atelier. Des masques de super-héros sculptés, des graffs, des affiches abondent les murs recouverts de fil rouge. Pochoirs, bombes de peinture, crayons, ébauches et esquisses encombrent les planches à dessin et laissent deviner qu’un événement se prépare…

Me voici au cœur de la création artistique des deux street-artists où foisonne leur imagination débordante. Ainsi, je découvre les prémices de l’exposition intitulée « El Murciélago » qui a lieu du 23 au 25 juin 2017 à la Cremerie de Paris.

C’est à cette occasion que Noty Aroz ont accepté de répondre à mes questions.

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Atelier de Noty Aroz – Montrouge

Vos noms d’artistes sont un peu intrigants… d’où viennent-ils ?

Ce n’est pas nous qui les avons choisi. C’est notre père spirituel, qu’on appelle « Le Professeur » et qui nous a enseigné sa théorie sur les divinités que nous représentons. « Noty Aroz » est une énigme alors je ne peux pas donner la solution ! Mais l’indice numéro 1 est que c’est un palindrome graphique. C’est un mot qui s’écrit dans les deux sens graphiquement. Par exemple, le « N » est la même lettre que le « Z ».

Vous êtes deux jeunes artistes urbains. Quel est votre parcours et comment avez-vous débuté dans le monde de l’art ?

On s’est rencontré quand on était gamin. On faisait juste un peu de dessin et de graffiti quand on était ado. Puis, on a rencontré quelqu’un, Le Professeur, qui nous a beaucoup influencé sur notre démarche artistique et qui avait un regard particulier sur notre monde et sur l’art en général. Il nous a transmis un savoir qui s’est transformé en connaissance, et nous a guidé dans notre approche et dans son aboutissement. Un peu comme une mission à accomplir.

Qui est réellement ce « Professeur » ? Reste-t-il dans l’ombre ?

Il ne veut pas forcément que l’on dise son nom, c’est pour cela que nous l’appelons « Le Professeur ». Il a une théorie qui, comme beaucoup de scientifiques, est critiquée. Sa théorie se nomme le « syncrétisme fictif ». Un syncrétisme est une fusion entre deux cultures différentes. Par exemple, la Santa Muerte au Mexique est un syncrétisme car c’est un mélange des croyances mayas et du christianisme. Et fictif, car aujourd’hui, nous n’avons plus de grands mythes fondateurs qui permettent de donner des bases à une société. La spiritualité meurt et on retrouve ces mythes fondateurs dans la fiction. Grâce aux grandes histoires, les hommes donnent un sens à leur monde. Aujourd’hui, la fiction prend le pas sur le réel. Par exemple, on observe des personnes qui passent une grande partie de leur temps libre à se fabriquer des costumes de Stormtrooper. On peut appeler ça un fanatisme fictif. On peut constater dans la société un impact de la fiction sur le réel. Des divinités que le Professeur avait prédites en établissant un lien entre l’univers de Batman et l’univers de la fête des morts mexicaine, par exemple, se sont révélées vraies. En ce moment, au Mexique, des gens vénèrent Batman. Pour toutes nos divinités, il y a des histoires de ce genre.

C’est justement le sujet de votre exposition intitulée « El Murciélago » qui a lieu du 23 au 25 juin. Que représente ce personnage ?

Cette exposition se consacre uniquement au personnage du Murciélago. C’est une divinité syncrétique qui est un mélange entre la Santa Muerte mexicaine et l’univers de Batman. En 2011, dans la région de Veracruz au Mexique, des groupes d’individus anonymes se sont révoltés contre la violence des cartels mexicains, l’inefficacité de la police et les hommes politiques corrompus, et se sont unis afin d’exterminer les narcotrafiquants. Des légendes urbaines sont alors nées autour de ces individus, et on les a rapidement associés à Batman car on retrouve dans la célébration de la fête des morts au Mexique une inversion manichéenne symbolique. Au niveau des symboles, il y a une inversion entre le Bien et le Mal. Au Mexique, on célèbre la mort avec des fleurs, de la couleur, synonymes de la fête, et dans l’univers de Batman tout ce qui est bon est sombre et tout ce qui est mauvais est joyeux et coloré. C’est là le point commun entre ces deux univers. A partir de ce fait divers, le peuple de la région de Veracruz remerciait ces groupes d’individus : on les assimilait à des surhommes, on allumait des cierges pour eux, on se procurait des petites figurines de Batman. Cette Santa Muerte mexicaine a été confrontée avec l’univers de Batman pour obtenir « El Murciélago ». Après de nombreuses recherches, on a représenté ce personnage graphiquement, (voir photo ci-dessous) où tous les symboles sont justifiés : la balance de la justice qui est un symbole commun aux justiciers et à la Santa Muerte, la chauve-souris est l’animal totem de Batman mais également la divinité de la mort chez les mexicains. Plusieurs liens existaient et c’est justement cet élément déclencheur qui les a rapproché.

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Sérigraphie « El Murciélago » – Noty Aroz

A quoi pouvons-nous nous attendre lors de votre exposition ?

Il y aura des ateliers et des performances. Ce sera trois jours d’animation. Des amis street-artists collaboreront pour rendre hommage au Murciélago. Il y aura également des explications autour des œuvres pour tendre vers une exposition interactive, avec une installation sonore qui éclairera l’œuvre majeure. Près d’une vingtaine d’artistes différents présenteront leurs travaux. Des nouvelles œuvres seront aussi présentées, dont des nouvelles collaborations avec d’autres artistes. L’exposition comportera différents formats : les artistes Bebar, Jo Di Bona, Eddie Colla, Lord Urb1 et Matt_tieu taperont les vitrines, une grande planche de bande-dessinée collective sera exposée et un cadavre exquis sera réalisé en live le soir du vernissage.

Pouvez-vous définir le concept de « Mythologeny » qui est au cœur de votre projet artistique ?

La Mythologeny regroupe des nouvelles divinités qui répondent à une carence spirituelle de notre génération. Elles incarnent des nouvelles valeurs. A l’époque il y avait le dieu de la chasse, de la guerre… Aujourd’hui, ces thématiques ne nous touchent plus au quotidien. Des divinités plus contemporaines répondent à nos valeurs actuelles comme le dieu de la justice, de l’objectivité, du choix, des opprimés…

Le terme « Mythologeny » est la contraction de « mythologie » et « génération Y ». C’est l’ensemble de ces divinités qui forme une nouvelle mythologie.

Nous, quand on répand cette bonne parole, on fait de l’iconodulie, c’est-à-dire que l’on représente graphiquement des divinités religieuses, à l’inverse des iconoclastes. Le street-art est le meilleur moyen de répandre les images. C’est une sorte de pèlerinage artistique.

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Atelier de Noty Aroz – Mythologeny

La série « Mythologeny » regroupe des visages de personnages contemporains sculptés, comme des super-héros. Pourquoi avoir utilisé des techniques et des thèmes ancestraux, en décalage avec la culture street-art ?

Notre travail est dichotomique, toujours fondé sur les oppositions entre deux univers qui s’unissent, tant dans l’idée que dans la forme. En effet, nos noms d’artistes Noty Aroz s’opposent, on réfléchit sur le sacré et le populaire, la réalité et la fiction. Le concept de dualité est le cœur de notre démarche.

On a réalisé nos masques sculptés en 3D dans la même logique : la forme coordonne avec le fond. Pour le côté populaire, on a opté pour le pochoir, le graffiti. À l’opposé, la sculpture est pour nous la forme la plus sacrée. On a voulu confronter ces deux univers. Ces masques en 3D sont des superpositions de couches de pochoirs redécoupés, que l’on recompose avec des clous. Ainsi, on peut qualifier ces masques de totems contemporains.

La thématique du masque prend une place importante dans votre œuvre. Pourriez-vous en donner une interprétation ?

Ce qui est intéressant, c’est de comprendre pourquoi les personnages masqués nous parlent autant. Dans la théorie du syncrétisme fictif, on retrouve toujours des personnages masqués. Le masque est associé au divin, c’est ce qui permet à l’homme de devenir surhomme. Aujourd’hui, on le voit avec les super-héros. Par exemple, quand Peter Parker décide de devenir Spider-Man, son désir n’est plus de séduire sa voisine, mais de sauver le monde. Le masque permet d’accéder aux grands objectifs, aux grands enjeux. Les super-héros sont la suite logique des masques africains, des samouraïs : ils représentent le surhomme.

Votre œuvre interroge également les images. Au sein d’une société surmédiatisée où images, identités visuelles et publicité envahissent l’espace public, comment aborde-t-elle la question de l’image et du symbole ?

On représente le rapport au divin à travers ces personnages de fiction de façon oppressante dans la rue en travaillant sur la répétition. C’est en cela que le street-art fonctionne bien par rapport à notre démarche car c’est une pratique intrusive qui s’impose dans la société. Il y a véritablement une réflexion sur cette intrusion de l’art dans le quotidien. On utilise les mêmes outils que la publicité, mais à la différence, nous n’avons pas de message au premier degré qui dit de consommer telle ou telle chose. Notre objectif est de faire réfléchir la société, quelle que soit la génération, sur notre projet car elle reconnaît quelque chose qu’elle connaît. On souhaite poser une question. Une symbolique existe dans notre travail, et c’est pour partager nos idées que l’on prépare cette exposition.

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Screamses II – Noty Aroz

Aujourd’hui, les communautés de fans participent de plus en plus à la création d’un univers étendu, au-delà de la fiction originale, par exemple pour Star Wars ou Harry Potter. À travers le transmédia storytelling, les fans s’emparent de l’œuvre pour l’augmenter en exploitant différents supports (blogs, conception de costumes, jeux vidéos, lieux de rencontre…). Peut-on définir votre projet artistique comme nouveau support de la pratique du storytelling ?

Les communautés de fans ont besoin de la fiction pour se fédérer derrière une valeur commune. Ils se sentent appartenir à une collectivité qui les rassure et qui répond à leurs questions.

Il y a en effet un aspect narratif avec toutes les recherches que nous effectuons sur la mythologie pour les retranscrire graphiquement. On pense qu’il y a un besoin de faire émerger ces divinités pour répondre à une carence spirituelle. Notre travail est clairement un art transmédia. Le cœur de notre projet est d’aller chercher des représentants de nouvelles valeurs, de nouveaux dogmes. L’impact que peuvent avoir ces représentations sur les autres et sur le réel nous intéresse. En revanche, nous ne sommes pas du tout fans de l’univers des super-héros !

Pour finir, quelle est votre définition du street-art ? A-t-elle évolué ?

Aujourd’hui, en 2017, le street-art est un média comme un autre. Le graffiti est synonyme de mondialisation culturelle qui a évolué vers un style graphique. Le mur de l’artiste urbain est devenu un média simple d’utilisation, tout le monde peut s’en emparer. Cependant, il est important de se demander pourquoi c’est un art de la rue, un art public et pourquoi on s’impose aux gens en tant que street-artist.

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Pochoir Noty Aroz – 23, 24, 25 juin


Exposition à la Cremerie de Paris N°1                                                                                                

11, rue des déchargeurs 75001 Paris

Métro Châtelet-les-Halles

http://cremeriedeparis.com/notyaroz/ 

Laura Barbaray

Article à retrouver sur Urban Art Paris