Autoportrait

Laura Barbaray, médiart-phile

Novice et passionnée, la jeune étudiante semble trouver sa voie au cœur d’un monde culturel en effervescence.

Au moment de sonner à l’interphone, elle s’arrête : « dis, et si jamais on restait planté là, devant l’entrée, si près du but ? » Laura Barbaray n’arrive pas à contenir à la fois son excitation et son angoisse, comme si c’était la première fois. Il la regarde tendrement. Elle a compris. Tout s’est déroulé à la perfection jusque-là. Un sourire s’esquisse au coin de ses lèvres, l’éclat – qu’on aurait cru évanoui le temps d’une seule seconde – dans ses yeux en forme d’amande, ravive son regard. Le dos droit, les lunettes juchées sur un nez retroussé et son carnet de notes fétiche à la main, elle sonne. « Oui, vous êtes ? » « Je suis Laura Barbaray, je viens pour l’interview du groupe Alligator qui joue ce soir. » « Ah oui, vous pouvez entrer ! ». Non, tout de même, elle n’allait pas repartir bredouille. Pigalle, c’est un chouette quartier parisien, mais la salle des Trois Baudets l’attend.

Laura a 20 ans. Elle entame sa troisième année de Licence à l’Université de la Sorbonne en Lettres, Éditions, Médias et Audiovisuel après deux « houleuses » années de prépa littéraire au lycée Chaptal à Paris. La liberté ? Oui, en quelque sorte, même si ce fut une formation d’une richesse incroyable. Maintenant, ce qu’elle désire profondément, c’est aborder de plus près le métier de journaliste. Son entrée à la fac lui permet de comprendre les enjeux actuels, de percevoir les évolutions, d’appréhender les nouvelles activités journalistiques. Et surtout d’écrire.

Un soir de septembre, Laura s’est entretenue avec le groupe de musique Alligator aux Trois Baudets, salle de concert mythique à Pigalle. Elle contribue pour le média Radio Néo qui met en avant la scène musicale émergente. Les cheveux au vent, ébouriffés et ondulés, elle s’enthousiasme : « Je me réjouis de pouvoir désormais consacrer une plus grande partie de mon temps à mes projets personnels ! » Sa passion ? « Rencontrer des gens, des artistes de tous les horizons, écrire et partager leur talent. Je veux en faire mon métier. » Appareil photo, dictaphone et crayon à la main, la voilà sillonnant les rues parisiennes à l’affût du moindre bouillonnement culturel.

C’est son oncle, journaliste spécialisé dans le domaine musical, qui lui a transmis le virus. « J’ai toujours admiré le travail de mon oncle. Le milieu dans lequel il exerçait son métier me fascinait. Il cherchait les informations, interrogeait les artistes pour faire naître un texte, le fruit de son investissement. » Aussi, elle se revoit dans la cour de récré improviser des JT du 20 heures aux yeux de tous ses camarades derrière un muret en guise de plateau télé.

Mais fini l’improvisation. A 17 ans, Laura décroche sa première interview téléphonique avec le groupe français Feu! Chatterton, à l’occasion de la sortie de leur premier EP. Cette fois-ci c’est pour de vrai. Stressée ? Juste ce qu’il faut, vous répondra-t-elle avec ironie. Le chanteur, Arthur, la rassure : « tu sais, c’est une de nos premières interviews aussi ! ». Laura est heureuse et fière. D’une voix chevrotante, elle récite mots pour mots les questions soigneusement préparées. Comment ont-ils débuté dans la musique ? Quels sont leurs projets ? Elle veut tout savoir. Joie de la première expérience !

Durant ses années lycée, Laura assiste à des cours d’arts plastiques et d’histoire de l’art. Au programme : des visites d’expositions, de la pratique et des moments de partage. Elle découvre la culture urbaine et se passionne particulièrement pour le street-art. « La ville est en perpétuel mouvement. Ce qui se passe en terme de création artistique est passionnant ! » D’un pas enjoué, elle traque les tags, les graffitis, les collages dans les rues de la ville. En naviguant sur le Web, elle tombe sur le site Urban Art Paris, journal d’actualité sur l’art urbain. Avec un peu d’aplomb, elle envoie un article. Qui ne tente rien n’a rien. Et pour cause. Quelques jours plus tard, elle obtient une réponse. Ça y est, elle fait partie de l’aventure, entourée de passionnés. Laura visite des expositions, se rend à des vernissages, rencontre des street-artists, réalise des interviews ; sa voix chevrotante devient plus assurée.

Et puis, elle décide de créer son propre blog, Les Echos Décorés. « Je voulais ancrer mes projets dans le temps, construire ma liberté et partager ma passion. » Son site web regroupe ses différents articles, entretiens, photos, opinions sur des lectures… Un projet qui lui tient à cœur.

Laura croit en l’avenir du journalisme. Ses premières expériences en tant que jeune journaliste lui ont prouvé que le métier innove et s’adapte à son époque. En 2013, l’étudiante réalise un stage à la rédaction de Joggeur aux Editions Larivière, puis en 2017 chez News Tank Culture, un média en ligne. « Ces deux expériences très différentes ont conforté mon projet professionnel. J’ai pris conscience des évolutions du métier lors de mes stages. Même si la presse traverse une crise, je constate que le journalisme est capable de se renouveler ». Dans le cadre de ses cours, elle rencontre Sophian Fanen, co-fondateur du nouveau site d’informations Les Jours et journaliste spécialisé dans l’industrie musicale. Lors de cet entretien sur les nouvelles pratiques du journalisme, celui-ci la convainc : une autre manière d’informer, de toucher les lecteurs est possible en faisant preuve d’inventivité. Et ce même dans la culture. « L’univers culturel est en perpétuel évolution. On vit dans une époque ultraconnectée, qui se réinvente sans cesse. Je crois fermement que la presse s’ancre de plus en plus dans son époque en renouvelant ses contenus et en s’adaptant à un nouveau lectorat », affirme-t-elle avec conviction.

Bref, Laura Barbaray trace son chemin, affine ses perspectives, prend son envol. Pleine d’espérance, l’étudiante trouvera-t-elle définitivement sa place dans ce tourbillon d’innovation culturel et médiatique ? Ce qui est sûr, c’est que son envie ne faiblit pas.


Texte rédigé en octobre 2017, dans le cadre d’un cours à la Sorbonne sur les pratiques d’écriture journalistique.

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