Arnaud Rebotini joue 120 Battements par minute, à la Philarmonie de Paris

Articles & interviews, Musique, Sorties

20:12, arrivée à la Philarmonie de Paris. Mon cœur palpite. Pendant de longues minutes, je contemple l’architecture de l’immense bâtiment de fer. J’imagine les notes de musique envelopper tous les pores de ma peau. Mais c’est à la Cité de la Musique, dans la salle des concerts, que jouera Arnaud Rebotini et son Don Van Club. Tout autant fascinante, tout autant majestueuse.
20:35, assise au premier rang, j’observe les lumières faiblir peu à peu. Les derniers chuchotements diminuent eux aussi. Le silence s’installe. Mon cœur s’accélère pour atteindre la fréquence de 120 battements par minute. Soudain, la salle se revêt d’une lumière bleu nuit. Nous voilà plongés dans l’ambiance des clubs des années 1980.

La musique envahit la salle. Les images du film m’apparaissent : les réunions des militants d’Act Up, les nuits d’ivresse de Nathan et Sean, les cris, les rires, les pleurs, la lutte contre le Sida…

L’espoir et l’amour. Tels sont les sentiments que j’ai ressentis, face aux multiples synthétiseurs d’Arnaud Rebotini et de son orchestre pas moins symphonique, le Don Van Club. Sur notre siège dans la salle des concerts de la Cité de la Musique, on ne peut s’empêcher de se trémousser sur les airs du film 120 Battements par minute. Plongés dans le noir quasi total, une lumière bleu nuit éclaire la scène, ravivant l’ambiance du clubbing de l’époque, lieu refuge pour oublier la maladie. Le rythme percutant des nombreux claviers synthétiques donnent la cadence au violon, au violoncelle, à la flûte, à la harpe, à la clarinette. Le chant des instruments rend la bande originale unique, aux couleurs minimalistes. Alternant mélodies calmes et envolées dancefloor, Arnaud Rebotini nous fait revivre plus intensément encore le film 120 battements par minute de Robin Campillo sans les images.

La composition originale d’Arnaud Rebotini, enrichie et réarrangée pour l’occasion, répond exactement à l’état d’esprit des années 1990, période durant laquelle l’épidémie du Sida atteint son point culminant. La house music était un remède contre l’absence de médicaments, une échappatoire à la souffrance causée par la maladie. Danser au son de la techno pour sentir son cœur battre. Danser pour se sentir vivant contre la maladie. Arnaud Rebotini et son Don Van Club nous transportent avec émotion au sein d’une lutte contre l’indifférence qui entoure l’épidémie du sida, soutenu par un mouvement culturel puissant.

Pendant une heure et demie, le public n’a pas caché son enthousiasme. Le Don Van Club et son chef d’orchestre ont eu le droit a un tonnerre d’applaudissement.

Arnaud Rebotini et le Don Van Club à la Philarmonie

La critique est à retrouver sur le site du Service Culturel de la Sorbonne.

Publicités

Interview : Axel Deval et son « monde-fantaisie »

Articles & interviews, Musique

« Transgenèse ». C’est le titre du nouvel album d’Axel Deval, sorti le 22 février dernier. A cette occasion, l’artiste repéré par Groover revient sur son parcours et comment il a composé son nouvel album. Rencontre.


Tout d’abord, peux-tu te présenter ?

Je suis auteur-compositeur-interprète, né à Versailles mais j’ai grandi à Rouen. Puis je suis parti à Paris pour la musique et pour travailler vers 25 ans.

Comment es-tu entré dans le monde de la musique ?

Tout a commencé très tôt, par des cours de piano à l’âge de 4-5 ans, puis de trompette à partir de 7 ans. J’ai découvert à la même période les grands groupes des années 60, notamment les Beatles, et j’ai tout de suite ressenti le besoin de m’exprimer via l’écriture de chansons, ça ne m’a jamais quitté. Ce qui a été plus compliqué, c’est de m’affranchir de certains conditionnements dus à l’éducation, à l’héritage culturel, et acquérir suffisamment de liberté pour tenter de construire un univers propre. Tout ceci s’est fait à Paris justement, grâce à des rencontres et une ouverture à la diversité.

© Mathieu Genon

Tu as eu une période « d’errance » où tu t’es consacré à l’écriture et à la composition. Quelle a été l’influence de la littérature sur ton oeuvre ? Il y a un air de Modiano, ou encore de Houellebecq dans tes chansons… peux-tu nous éclairer ?

Les périodes d’errance sont nombreuses en fait. Elles reviennent à la charge deux années sur trois (il y en a des pires que d’autres ceci-dit). La littérature est un moyen de nourrir les textes et de ne pas ressortir systématiquement les mêmes termes. C’est un peu le danger quand on écrit des chansons, de ressasser les mêmes thématiques. Plus on s’ouvre, plus on explore, plus l’inspiration sera riche a priori. Enfin pour moi en tout cas.
C’est drôle que tu me parles de Modiano, car je lisais effectivement « Fleurs de ruine » pendant l’écriture de certaines chansons de l’album. Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait une inspiration, le titre me parlait, c’est tout. Houellebecq en a un peu plus, en tout cas pour une chanson du premier album. Je me reconnais dans ces errances urbaines qu’il décrit, ces perditions, j’ai l’impression de les vivre régulièrement.

Quelles sont tes influences musicales ? Comment composes-tu habituellement ?

Mes influences musicales dépendent beaucoup des périodes. J’ai un peu l’impression d’être quelqu’un d’autre quand j’écris. Soudain, on endosse un rôle, les textes semblent venir d’ailleurs. Parfois j’en comprends le sens en le relisant, comme s’il s’agissait d’une dictée écrite sans faire attention sur le moment à ce qu’elle raconte. C’est très curieux. En fait, j’ai beaucoup de croyances, et la composition vient s’intégrer dans ce système de croyance justement. J’écoutais une interview de Léo Ferré récemment qui décrivait la même chose.
Les chansons les plus intéressantes arrivent toujours dans des moments de doutes profonds et de dépersonnalisation. J’ai du mal à sortir de chez moi pendant ces périodes.

Ton deuxième album « Transgenèse » vient de paraître, le 22 février 2019. Que raconte-t-il ?

Il est axé autour de l’idée de métamorphose, de mutation. La transgenèse en est une forme plus spécifique. Mahaut chante sur une grande partie de l’album, mais ça s’est décidé en aval de l’écriture. Elle a modifié fondamentalement la couleur de l’album. Si on compare la définition d’une transgenèse, finalement la métaphore est parfaite pour décrire le processus de création de ce disque.

Extrait de l’album « Transgenèse »

On ressent une sorte d’intimité, de sensibilité et d’hybridité à l’écoute de ton album. Comment t’es-tu approprié certains événements de l’actualité ? Quel est ton regard sur la société ?

Je préparais des concours d’écoles de journalisme, et essayais d’être le plus à la page possible sur l’actualité. Aujourd’hui, j’en suis détaché, peut-être parce que je trouve que l’information (politique) tourne en rond et que l’on est mené par le bout du nez. Finalement, on perd beaucoup de temps à suivre les hésitations et revirements d’une poignée d’individus, qui eux, se foutent pas mal de nos doutes à nous. Hors, nos vies nous appartiennent, elles sont courtes, et je pense qu’il ne faut pas trop attendre d’autrui, ni de la générosité de l’état pour être heureux.

Comment l’as-tu composé ?

Je l’ai composé sur les mêmes méthodes que le premier album : avec un mot, une phrase scotchée au mur, et des prises de notes dans mes carnets jusqu’à ce qu’une idée éclose. D’autres chansons sont plus accidentelles, mais au moins il n’y a pas eu de page blanche.

Quels sont tes prochains concerts/projets pour l’avenir ?

Les concerts reprennent tout doucement. Je reconnais les annoncer un peu timidement. Surtout sur Facebook. En parallèle, je continue à faire des scènes ouvertes, jusqu’à quatre soirs par semaine. J’ai moins de temps pour écrire, mais il faut avancer sur tous les plans je crois et pas uniquement l’écriture. Et puis l’album suivant est déjà tout écrit (celui-ci sort avec un retard de deux ans). J’essaye d’optimiser ce que j’ai entre les mains. Mais il faut prendre son temps, c’est important. Prendre son temps, c’est en gagner finalement…

ROB ONE, la nouvelle scène mutante française

Articles & interviews, Musique

« Venez à moi… Oh oui, venez à moi ! Venez à ma rencontre, sinon c’est moi qui vous trouverai ! » La chaleur tropicale a déjà envahit la salle étroite de l’International et la sueur coule sur les fronts. En cette soirée d’hiver du 8 janvier dernier, la start-up de promotion musicale Groover organisait son troisième Showcase avec les artistes Mackenzie Leighton, Dimanche, Olenji Nun et pour finir… ROB ONE. Des lunettes noires, la chemise déboutonnée, une voix chaudement envoûtante… ROB ONE se cramponne au micro comme une véritable « rock star » et invite le public à le rejoindre dans son univers musical « poétique et mutant. »

« Je souhaite renouveler la scène française »

Auteur, compositeur et interprète, le jeune artiste de 23 ans est diplômé d’une Licence en arts plastiques à la Sorbonne. Désormais, il se dédie entièrement à son projet musical depuis maintenant deux ans. « Comme de nombreux ados, j’avais un groupe de musique au collège. J’ai appris la guitare et la basse, et je me suis formé seul au chant », explique-t-il.

Accompagné de ses musiciens et amis Antonin Couchet (guitare), Alexandre Bouvier (basse) et Tamino Edener (batterie), ROB ONE situe son style à la croisée du rock psychédélique et de l’électro. A chaque fois qu’il monte sur scène, il cherche à élaborer un show unique et mémorable. « Avant tout, je veux m’amuser et créer un lien avec le public, pas simplement enchaîner les chansons sans cohérence les unes avec les autres », évoque-t-il. Alors, il n’hésite pas à se mettre en scène, à pousser la dimension théâtrale toujours plus loin. Une narration autour du show qu’il construit au fur et à mesure des représentations, en jouant sur une intense proximité avec les spectateurs.

« A l’International, il s’est passé quelque chose de fort. »

Ce soir-là, ROB ONE joue devant un public nouveau. Des soupirs, des cris, des incitations à se rapprocher de la scène… Sa tentative de séduction fonctionne, la salle est à son comble. « On a su que c’était réussi car le public n’osait pas applaudir entre les chansons, se souvient-il. C’est exactement l’ambiance que je souhaite installer : une continuité entre les morceaux, une intimité avec le public. » En somme, un spectacle.

Showcase Groover à l’International – © Hugo Cohen

Cette frontalité échauffée sur scène s’accorde parfaitement avec son rock aux allures mutantes. Influencé par Philippe Katerine, Sébastien Tellier, Moodoid ou encore les groupes King Gizzard and the Lizard Wizard et Gorillaz, ROB ONE ironise, provoque, joue un rôle. « Apporte-moi du jus d’orange… Ouais j’veux du jus d’orange », chante-t-il dans « Tropiques à moi ». Gêné.e.s, on esquisse un demi sourire à l’écoute des paroles, plutôt caustiques. « Je suis volontairement provoquant afin de bousculer la culture musicale des gens », dit-il sans vergogne. Un désir de renouveler la scène française, surreprésentée par la mouvance actuelle rap-pop ?

« Je souhaite ouvrir une nouvelle branche et proposer un nouveau rock français », confie le jeune artiste.

Exacerber les clichés pour mieux les déconstruire

« Tropiques à moi », c’est l’extrait de son premier album, qui sortira fin 2019. Ce n’est pas une chanson sur les vertus bienfaitrices du jus d’orange, non ; la teneur en est bien plus sombre. C’est plutôt l’histoire de la rockstar pour qui se prélasse sous les cocotiers en bonne compagnie, jusqu’à ce que le sentiment de désillusion le rattrape. Cliché. « J’ai voulu travailler la thématique du faux : dans le clip, la rockstar est fausse, la plage est fausse, les journaux sont faux », évoque le chanteur. Un brin ironique, ROB ONE pousse à l’extrême les clichés de la célébrité et de l’exotisme. « C’est une manière décalée de parler de la solitude, tout en se parodiant les clichés qui gravitent autour du monde de la musique », précise-t-il.

Les premières notes synthétiques du morceau – un son un peu étrange – paraissent superficielles, mais soutiennent alors mieux son intention musicale, au service du cliché. « C’est aussi une volonté de ma part de diffuser ce premier extrait assez simple pour introduire mon univers, et attiser la curiosité », sourit l’artiste.

La sortie de son prochain morceau « Venin » est actée pour la fin du mois d’avril. Un titre sous le signe du surnaturel, aux mélodies synthétiques envoûtantes.

Un artiste découvert par Groover

ROB ONE est un des premiers artistes à avoir utilisé la plateforme de promotion musicale Groover, dès sa mise en place en juin 2018. Groover est une start-up innovante qui met en relation des artistes avec des médias et des labels. Grâce à Groover, ROB ONE a été ajouté à une dizaine de playlists et son titre « Tropiques à moi » a été diffusé sur la radio FIP. « Dans le cadre d’un partenariat avec Radio France, Groover a recommandé 32 morceaux aux programmateurs de FIP, et 10 ont pu être diffusés sur la radio, explique le jeune chanteur. Groover est un concept très intelligent, et c’est grâce aux cofondateurs que j’ai pu me produire à l’International en janvier dernier ! », ajoute-t-il.

D’ici les futurs concerts, ROB ONE se concentre sur son prochain album prévu pour fin 2019. Un artiste à suivre cette année !

Suivre ROB ONE :

Facebook, Youtube, Instagram

L’art du chantier, des imaginaires en construction

Articles & interviews, Expos

Des corps qui s’échauffent, des machines qui bâtissent et démolissent, des hauts édifices qui s’élèvent toujours plus haut. Jusqu’au 11 mars 2019, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine raconte, à travers l’exposition « L’art du Chantier, construire et démolir du XVIème au XXIème siècle », comment les Hommes en Occident ont imaginé l’espace où l’on bâtit, depuis la Renaissance. Source de nuisance ou de fascination, le chantier est souvent mis en scène comme lieu de pouvoir et de progrès technique. L’exposition confronte différents regards, alliant lithographies, maquettes, peintures, articles de presse, films, pour saisir les imaginaires techniques, sociaux, politiques et artistiques qui construisent le chantier.


La technique spectaculaire

« Le langage et l’outil sont l’expression de la même propriété de l’homme. » André Leroi-Gourhan évoquait, dans Le Geste et la Parole (1964), la technique comme prolongement du corps. Les objets techniques – les outils – libèrent la mémoire de l’Homme et lui permettent de s’inscrire dans une communauté. Selon l’anthropologue, il existe un perfectionnement naturel de la société, et c’est en cela qu’une part d’humanité réside dans la technique. Ces idées entrent en résonance avec l’exposition. Tout au long de la première partie, le chantier apparaît comme un lieu spectaculaire de prouesses techniques. L’obélisque du Vatican, le Louvre, le canal de Panama sont autant de lieux en construction où les Hommes montrent leur puissance. Les dessins, les plans, les gravures portent un regard surplombant sur les chantiers, symbolisant une forme de supériorité. Au XIXème siècle, l’intérêt se focalise sur un imaginaire de la machine, représentée comme une force qui se substitue à l’humain.

Érection de l’obélisque de Louqsor sur la place de la Concorde à Paris, 25 octobre 1836 – Ignace François Bonhomme

S’ériger en communauté

Dans son essai Éloge des frontières, le médiologue Régis Debray avance qu’il est nécessaire d’ériger à la verticale pour constituer un territoire à l’horizontale. Autrement dit, les monuments verticaux – colonnes, tours, obélisques, statues – permettent de faire société. « Sacré » vient du latin « sancire » qui signifie « délimiter ». Notre chère Tour Eiffel ne revête-t-elle pas une dimension sacrée ? Les monuments historiques, politiques, religieux, aussi élevés qu’ils soient, représentent le durable. Ils nous relient, nous délimitent, nous tiennent ensemble. En somme, ils érigent la communauté. Alors que le geste symbolique de démolition efface les traces d’un régime, la construction fonde les nouvelles bases d’une société.

Une mythologie du pouvoir

Le chantier est aussi le lieu de mise en scène du pouvoir. Louis XIV visitant Versailles, François Mitterrand inspectant les travaux du Grand Louvre, les architectes se montrant sur les chantiers… En creux, émerge le mythe du grand constructeur. Finalement, l’exposition montre comment l’acte de construire est en réalité un acte politique.

L’exposition représente aussi le corps de l’ouvrier, sujet d’imaginaires multiples. Le mythe de l’ouvrier héroïque tend à redonner une certaine valeur aux travailleurs, comme sur les photographies de Charles Clyde Ebbets (« Déjeuner au sommet », 1932) ou encore d’Eugène de Salignac (« Peintre suspendus aux câbles du pont de Brooklyn », 1914).

Cependant, on regrette qu’une place peu importante soit donnée à la parole des ouvriers au sein l’exposition. Car sans eux, le chantier est l’arrêt.

François Mitterrand et Leoh Ming Pei (casque rouge) observant des échantillons de verre sur le chantier de la Pyramide du Louvre à Paris en 1988 – Marc Riboud

L’esthétique du chantier

L’exposition s’achève sur la thématique de l’art au travers du chantier. Par essence provisoire et inachevé, le chantier a inspiré de nombreux courants artistiques du XXème siècle, à l’image du futurisme italien et du constructivisme russe, fascinés par le mouvement et les machines. Le chantier est aussi le lieu d’expérimentation, où l’architecte éprouve les formes.

Enfin, trois architectes contemporains – Martin Rauch, Marc Mimram et Patrick Bouchain – évoquent dans des interviews filmées leur vision du chantier, matrice de l’architecture.

« Déjeuner au sommet », 1932 – Charles Clyde Ebbets

Infos pratiques :

Cité de l’Architecture et du Patrimoine
Métro : Trocadéro

Jusqu’au 11 mars 2019

Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h.
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

Plein tarif : 9€
Tarif réduit : 6€

Deux ouvrages conseillés pour aller plus loin :

  • Du chantier dans l’art contemporain, Angèle Ferrere, 2016.
  • Esthétique de la photographie de chantier, sous la direction de François Soulages et Angèle Ferrere, 2017.

Article à retrouver sur Kulturiste CELSA.

« Wonderful One », au-delà des limites du genre

Articles & interviews, Revues de presse, Sorties

Les corps, vêtus de bleu, se cherchent et se heurtent sur la scène nue. Au rythme du clavecin de Claudio Monteverdi ou de la voix envoûtante de la chanteuse Oum Kalthoum, les mouvements des interprètes varient entre légèreté et vigueur. Du 16 au 24 janvier 2019, le chorégraphe Abou Lagraa présente sa création Wonderful One au Théâtre National de Chaillot. Une pièce structurée en deux temps, celui d’un duo d’abord, puis d’un trio, qui transcendent la question du genre et interrogent la place des individus dans la société.


Le duo d’hommes, interprété Pascal Beugré-Tellier et Ludovic Collura, construit le premier tableau du spectacle, sur les notes baroques du Combat de Tancrède et Clorinde de Monteverdi (1624). Un unique cube blanc règne au milieu de la scène, installant une atmosphère froide. Cependant, cette impression de froideur est mis au service du neutre. Il s’agit pour le chorégraphe de dépasser les limites du genre. La gestuelle des danseurs, légère et vigoureuse, brouille ainsi les frontières entre le féminin et le masculin. Les deux hommes apparaissent simplement comme deux corps vulnérables exprimant la joie, l’amour, la violence.

Plutôt qu’un duo, on assiste à un duel. La danse devient une lutte acharnée entre les deux interprètes. Ils s’attirent, s’entrelacent, se débattent dans un même mouvement, proche de la transe. La danse apparaît alors comme le symbole de la quête de l’autre et de la reconnaissance par l’autre au sein de la société.

Le second tableau met en scène un trio : deux femmes – Sandra Savin et Antonia Vitti – et un homme – Ludovic Collura. Il était important pour Abou Lagraa de « retrouver une présence masculine avec ces deux femmes afin d’effacer les clichés qu’on loue à la femme dans nos sociétés patriarcales. » Sur les voix chaudes et impénétrables de la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum ainsi que de la religieuse libanaise Sœur Marie Keyrouz, le trio évolue paradoxalement dans la même ambiance froide, accentuée par les hautes grilles en métal. Énergiques, les danseuses contrastent avec la lenteur du duo masculin. Alors que le chaos chorégraphique semble s’imposer dans des mouvements désordonnés, l’unité des corps s’accomplit à travers ce qu’Abou Lagraa nomme le « merveilleux ». Exaltés, les danseurs donnent une impression de liberté absolue. C’est cette liberté qui nous tient en merveilleusement en vie, selon le chorégraphe. Là encore, le féminin et le masculin sont transcendés, pour « aller viser le ciel. »

Entre duo et trio, entre fragilité masculine et intensité féminine, entre musique baroque et musique orientale, le diptyque Wonderful One apparaît au premier abord divisé. Mais ce qui crée l’équilibre, ce sont les corps dépourvus de genre, avant tout pleinement en vie.

Rencontre avec Dorian Perron, cofondateur de Groover

Articles & interviews, Musique

Fondée en 2017 par quatre jeunes diplômés d’écoles de commerce et d’ingénieurs, la start-up Groover est une plateforme de promotion musicale pour les artistes. Un concept innovant qui permet de créer un lien direct entre artistes et médias, tout en respectant l’indépendance musicale et éditoriale de chaque côté. 

Dans les locaux de Groover, au septième étage d’un immeuble parisien près de Montorgueil, Dorian Perron, cofondateur de la start-up, a pris le temps de répondre à mes questions.


Qui sont les fondateurs de Groover ? Quel est le parcours de chacun d’entre vous ?

Nous sommes quatre cofondateurs : Romain, Jonas, Rafaël et moi. On s’est rencontrés à la fin de nos études lors d’un programme d’entrepreneuriat accéléré, à UC Berkeley en Californie. Jonas sortait de Polytechnique, Raphaël de Paris-Dauphine, et Romain et moi de l’ESSEC. Le but de ce programme est de concevoir un début de projet de start-up, pendant quatre mois et demi. On avait tous des petites expériences dans la musique : Jonas (Polycool) et Romain (Sévigné) ont chacun un groupe de musique, et je tiens mon webzine musical Indeflagration. Alors on s’est dit qu’on voulait aider les musiciens, car on sait qu’il est difficile de lancer sa carrière.

Tim et Max, au départ stagiaires, sont les deux développeurs de la plateforme. Jade est en stage et s’occupe du business développement ainsi que de la communication sur les réseaux sociaux.

Groover est ton deuxième projet d’entrepreneuriat après ton webzine Indeflagration. Est-ce la suite logique ?

J’ai créé ce blog avant mon entrée à l’ESSEC en 2013, uniquement par passion. Et puis, le site a grandi, des amis m’ont rejoint. En 2015 on a créé le studio Flagrant (chez moi) pour organiser des sessions musicales en invitant des artistes. Et ça a pas mal marché ! Finalement, Indeflagration a pris le statut d’entreprise, mais fonctionne comme une association : les revenus qu’on récupère sont réinvestis dans du matériel, des projets musicaux.

Groover est une vraie start-up avec un objectif de croissance, alors qu’Indéflagration est simplement un média pour parler musique.

Cependant, Indeflagration est en quelque sorte le « pourquoi » on a créé Groover : on recevait énormément de mails d’artistes qui souhaitent promouvoir leur musique via le webzine. En moyenne, les médias reçoivent entre 100 et 200 mails par jours… Et les artistes n’obtiennent généralement pas de réponse.

Comment l’idée de créer une plateforme de promotion musicale est-elle venue ?

Au départ, on voulait créer une plateforme pour développer la carrière des artistes. Sur Spotify, c’est 20 000 nouveaux morceaux qui sortent par jour, ce qui est conséquent. On s’est demandé comment on pouvait les aider. Quand on était à Berkeley, on a interviewé plus de 150 musiciens et professionnels pour savoir quels étaient leurs réels besoins. Il s’est révélé que la promotion était le principal problème : comment s’y prendre pour faire écouter un morceau à des professionnels, des médias, des labels, autre qu’à son entourage ?

Dans un premier temps, on a mis en place un formulaire Google qui consistait à faire payer aux artistes des micromontants, via PayPal, pour contacter des médias. Et ça a marché !

En janvier 2017, on est revenus à Paris avec un peu de chiffre d’affaires pour bosser sur le projet Groover. Début mai, la plateforme fonctionnait et on l’améliore chaque semaine.

Quel est le concept de la plateforme Groover ?

La plateforme Groover permet de mettre en contact les artistes ou représentants d’artistes avec des médias, labels ou journalistes, tout en leur assurant d’être écoutés. Un artiste envoie un morceau à une sélection de médias, labels, journalistes pour 2 euros par influenceurs. Ceux qui reçoivent les morceaux sont rémunérés 1 euro par retour réalisé, quelque que soit leur avis, positif ou négatif. Le but est que chaque média garde son indépendance éditoriale. Les influenceurs sont tenus de rédiger une réponse constructive, de minimum 15 mots, pour chaque morceau écouté. Et Groover garde 1 euro.

Finalement, chacun est satisfait : les artistes ont des retours précis sur leur travail et les influenceurs apprennent à réécouter et découvrent des musiques. Il s’agit de créer une adéquation entre artistes et médias.

Le modèle de Groover est peu coûteux pour les artistes. Comment envisagez-vous l’avenir d’un tel modèle économique ? Sera-t-il viable sur le long terme pour Groover ?

Il s’agit en effet d’un modèle qui appelle le volume. Il est donc possible, que dans un futur proche, des médias soient saturés de morceaux. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais on pense déjà à un nouveau modèle intégrant une seconde catégorie d’influenceurs qui regrouperaient les médias les plus importants, donc un peu plus cher.

Ce modèle est viable si on arrive bien à faire l’adéquation entre les artistes et les médias. Si les artistes sont satisfaits, ils reviennent. C’est comme un abonnement.

D’autre part, grâce à l’activité intense sur la plateforme, on arrive à repérer certains morceaux qui marchent bien. Nous réfléchissons à la manière de monétiser cette plus-value, pour proposer ces morceaux à des médias plus importants. Récemment, on a scellé un partenariat avec FIP et Radio France.

As-tu des exemples d’artistes qui ont réussi à lancer leur carrière grâce à Groover ?

Il y a en plein ! Par exemple, le duo Coral Pink a fait l’objet de plusieurs articles et a signé chez Nice Guys, un sous-label d’indie-pop de Délicieuse Musique. Surma et Whales, deux artistes portugais, ont cartonné auprès des médias français. Ils ont également jouée au Mama Festival. Aussi, le groupe Family Recipes et l’artiste Rob One sont actuellement diffusés sur FIP grâce à Groover. Mackenzie Leighton, une jeune musicienne indie folk, est passée quant à elle sur Hotel Radio Paris. Pour finir, Magon, un artiste dans le style rock psyché, a lancé sa carrière solo suite à Charlotte & Magon et a joué au Groover Showcase en juillet.

Comment s’organise le travail au sein de Groover ?

On s’est très bien répartis les tâches ! Nous avons la chance de nous faire confiance.

Jonas s’occupe de la partie analyse de données. C’est un rôle très important car c’est ce que fera notre différence : il s’agit de l’algorithme de « matching » (en d’autres termes, les suggestions de médias et labels pour un artiste). Romain s’occupe de la partie partenariats et relation avec les investisseurs. Rafaël travaille sur le produit, le design, l’amélioration de la plateforme et de l’expérience utilisateur. Moi je bosse sur le business développement avec Jade ; il s’agit d’aller chercher de nouveaux médias, de nouveaux artistes, d’assurer la coordination et d’organiser des événements.

Avez-vous rencontré des difficultés dans le début de cette aventure entrepreneuriale ? Quels sont les enjeux de la plateforme ?

On s’est vite rendu compte qu’il était nécessaire et essentiel d’être très réactifs, disponibles à chaque instant pour les artistes et les influenceurs. C’est un de nos principes pour le futur : être toujours capable de répondre aux sollicitations des artistes et des professionnels. On commence à mettre en place des dispositifs automatisés, comme le chat sur la plateforme.

Le gros challenge est de maintenir haut de taux de réponse. Aujourd’hui, il est au dessus de 70%, mais on aimerait qu’il augmente. Nous devons être bien attentifs à l’activité des médias, à la qualité des retours.

L’enjeu est aussi de gérer le volume de morceaux qui augmente et continuer à accueillir convenablement chaque musique. Fin janvier, nous aimerions atteindre 160 le nombre d’influenceurs actifs. Quelques médias nous ont rejoint récemment, comme Radio Néo, Raje, Haute Culture, des chroniqueurs de Radio Campus Paris…

Vous avez déjà organisé plusieurs événements musicaux, comme les « apéros Groover ». En quoi consistent-ils ?

On organise deux types d’événements : les apéros privés et les showcases. Quand on est revenus de Berkeley, on voulait rencontrer nos utilisateurs. On a organisé un apéro privé chez moi et… quarante personnes étaient présentes ! C’était une grande surprise. L’idée est d’organiser régulièrement ce genre de rencontres intimistes pour donner la possibilité aux médias et aux artistes d’échanger dans une ambiance conviviale.

Ensuite, le principe des showcases permet aux artistes de postuler gratuitement sur la plateforme pour venir jouer à nos événements. Nous avons reçu 70 candidatures à notre dernier événement au Motel.

Nos événements attirent de plus en plus de monde, c’est très encourageant !

Vous vous êtes lancés publiquement au Mama Festival en octobre. Cela signifie-t-il que le projet devient concret ? Comment l’avez-vous appréhendé ?

Le Mama Festival a été une véritable opportunité pour donner de l’ampleur au projet. On a eu la chance de participer à la compétition Pitch Start-Up, qui nous a donné l’occasion de faire un discours devant de nombreux professionnels de la musique. Nous avons remporté le Prix Coup de Cœur du jury ! On a également reçu un prix qui récompense les jeunes de moins de 30 ans qui innovent dans la musique.

Aussi, lors du festival, on tenait un stand qui a amené pas de mal de monde. Suite à ces rencontres, plusieurs médias se sont inscrits sur la plateforme.

Quels sont les projets futurs de Groover ?

Maintenant, le travail va s’articuler entre améliorer l’expérience de l’utilisateur sur la plateforme, augmenter le volume des morceaux sur le site, et redéfinir notre identité visuelle. Il y aura du nouveau à la rentrée de janvier !

Artistes ou médias, rejoignez Groover !


Groover en chiffres

  • 135 influenceurs actifs
  • 800 utilisateurs uniques (artistes, attachés de presse…)
  • plus de 10 000 envois de morceaux
  • 2 500 partages sur les réseaux sociaux
  • 11 signatures sur des labels

A venir

Prochain Showcase le mardi 8 janvier à L’International. Event ici.

Sentiments amoureux au son de pâle regard

Articles & interviews, Musique

Une musique qui n’en finit pas… pour exprimer la complexité des sentiments amoureux, parfois conflictuels et violents. Le 31 août dernier, le quintet parisien pâle regard, composé de Capucine (voix), François (guitare, chant, synthétiseur), Quentin (basse, synthétiseur), Thomas (synthétiseur, guitare) et Ferdinand (batterie), sortait son premier EP-concept « Fait Accompli », sur le label londonien Dirty Melody Records. A la fois une longue piste de huit minutes et une suite fragmentée de quatre titres distincts, « Fait Accompli » raconte une histoire que tout le monde connaît, celle qui se vit à deux.

François et Quentin, compositeurs et « noyau dur » du groupe, ont pris le temps de répondre à mes questions.


L’effet lo-fi

« C’était les beaux jours, c’était inspirant ». Quentin évoque la naissance de pâle regard. C’était au printemps 2018, lorsque la lumière du jour se fait plus pâle, plus claire, plus mélancolique. Dans un rythme lancinant, se mélangent alors une voix délicate, une guitare acoustique, un synthé analogique… Le nom de pâle regard s’accorde parfaitement avec l’esthétique singulière de la musique, que les membres du groupe qualifient de lo-fi junk pop. Étrange pour un style musical ? Lo-fi, c’est le nom d’une pédale qui produit des effets. Imaginez un son chaud et vieux, loin des tonalités trop propres, trop lisses. « On est très attirés par les pédales d’effets, certaines sont inspirantes et deviennent des instruments à part entière, nous dit Quentin. Notre façon de faire est brute, simple, sans artifices tout en restant très pop. »

« Fait Accompli », pâle regard – 2018 – 
© 
Pierre-Emmanuel Mazy

Influencé par Serge Gainsbourg, Sébastien Tellier ou encore The Whitest Boy Alive, le quintet apprécie cette vague ancienne d’artistes, à l’esprit indépendant et libre. Composé et enregistré entièrement dans la chambre de François, l’EP « Fait Accompli » se révèle alors comme une musique intimement proche. « Le côté spontané est bien là, puisqu’on enregistre tout avec très peu de prises », ajoute François.

Un concept original

Élargir la palette d’émotions. Telle est l’intention musicale de pâle regard avec le premier EP « Fait Accompli ». « Un jour j’ai branché une boîte à rythme, j’ai pris ma guitare acoustique et j’ai essayé de trouver un liant entre deux morceaux en les jouant à la suite, sur la même rythmique », explique François. Le long morceau minimaliste de huit minutes se divise en quatre fragments. Les titres « Solitude », « Illusion », « Transition » et « Idées Noires » s’enchaînent de manière naturelle et évoquent la progression des sentiments amoureux. L’impression d’une voie sans issue à la suite d’une scène violentes, les doutes qui s’installent, et puis les sentiments remords. « Fait Accompli » peint avec mélancolie et sincérité une histoire d’amour qui finit mal, une histoire somme toute universelle.

pâle regard – 2018 – 
© Marie Rouge

Prendre du recul

La musique lente et apaisée contraste avec le thème déchirant de la difficulté des relations humaines. « Comme on raconte une histoire, on avait besoin d’un fil rouge, quelque chose qui nous fasse comprendre implicitement qu’on parle de la même chose mais de manière différente », selon François. Le tempo très lent maintient une cohérence musicale tout au long de l’EP. Comme si le temps ralentissait, il s’agit aussi de prendre du recul, de mettre des mots sur l’intensité des sentiments. « La rythmique permet de s’extirper de certaines pensées et certains souvenirs », continue le guitariste du groupe.

Un prélude qui marque le début d’une belle aventure pour pâle regard ! Un nouveau morceau sort au mois de janvier, et le groupe travaille actuellement sur la réalisation d’un clip. Pâle regard jouera le 12 décembre prochain à l’International, un concert organisé par la Fessée Musicale. Event ici.


Découvrez la playlist de pâle regard sur Spotify ici.

We Are The Line, ombre et lumière électrique

Articles & interviews, Musique

De l’électro sombre et des influences Depeche Mode. Le projet musical parisien, We Are The Line, a sorti son deuxième EP Songs of Light and Darkness, le 3 juin 2018. Un résultat incisif. Rencontre avec Jérôme, le porteur du projet.


Des ombres errantes, aux allures de fantômes, dans la froide pénombre d’une cave laissée en friche. Ambiance troublante. Ce n’est pas une scène d’un thriller psychologique – enfin, presque – mais des sonorités électroniques. Les premières notes de l’intro de Songs of Light and Darkness de We Are The Line nous plonge dans un univers froid et nocturne, d’où émerge des scènes quelque peu angoissantes dans notre esprit. Âmes sensibles, s’abstenir.

Réunir autour d’un collectif

« Je suis en perpétuelle quête d’identité et de sens. » Derrière le projet We Are The Line, se cache un seul homme : Jérôme. Un moyen pour lui de prendre du recul et de rassembler autour d’un même mouvement. « Même si ce que je compose est éminemment lié à ma vie personnelle, derrière le ‘nous’, le collectif, il y a l’idée de réunir autour de ma musique et de faire réagir », évoque Jérôme. La Ligne, c’est une direction, une destinée propre à chacun qui nous façonne. « C’est aussi un personnage que je fabrique afin d’éviter de trop personnifier, ajoute-t-il. Mais le projet représente aussi ce que je suis, une accumulation de vies et d’expériences ».

CINE9348

Jérôme, de We Are The Line – © Hubert Cadalguès

Dualité et complexité

Des paroles optimistes et mélancoliques, sur des sons mécaniques, mystérieux et nuancés. Telles sont les caractéristiques du projet musical de We Are The Line. « Le deuxième EP Songs of Light and Darkness convoque les aspects doubles et nuancés de ma personnalité », explique Jérôme. Les notes, énergiques, fusent et éclatent en un millier de détails sonores. A l’écoute du morceau « An Hymn For Them All », on remarque le contraste entre ombre et lumière : des sons électroniques dissonants qui rappellent le bruit d’un électrocardiogramme pour aboutir à une mélodie plus apaisante. Le titre phare de l’EP « Darkness Above », le prouve aussi. « J’y oppose le fond et la forme, explique Jérôme. Le morceau est sombre et les paroles sont plutôt positives ».

Songs Of Light & Darkness - Artwork (Digit CMJN)

Artwork Songs of Light and Darkness – © La Ligne

Rendre compte de la complexité du monde dans lequel on vit. C’est aussi l’ambition musicale de We Are The Line dans son EP Songs of Light and Darkness. « ‘Darkness Above’ évoque le dépassement de soi et le refus d’un assujettissement à la société », affirme Jérôme. Dans un monde binaire et nuancé, We Are The Line nous livre un message : éviter la facilité et regarder derrière les apparences. Alors, We Are The Line exorcise ses peurs, ses doutes, ses colères et invite à « faire péter les murs ».


We Are The Line prépare une nouvelle sortie musicale. « Le format n’est pas encore défini, mais je souhaite évoluer musicalement », confie Jérôme. Impatience.

Laura BARBARAY

Moums, l’étoile montante de l’Afro-trap #3

Articles & interviews, Musique

« Éragny-sur-Oise, pépinière des musiques urbaines » #3

Le rappeur indépendant Moums est un ami d’enfance de Presnel Kimpembe, le champion du monde de football.


« Dans mon bendo c’est la pagaille », chante Mouhamadou, le jeune Éragnien de 23 ans. Surnommé Moums, le rappeur connaît un succès fulgurant sur les réseaux sociaux avec son tout premier titre La Pagaille sorti en juin 2018.

Débuts sur Instagram

Dans son quartier à Éragny-sur-Oise près de la gare, Moums aime improviser des textes de rap lors de soirées entre amis. « Cela s’appelle des freestyles », explique-t-il. Les performances filmées ont fait le tour des réseaux sociaux. « À ma grande surprise, ces freestyles ont pris de l’ampleur sur Snapchat », évoque le jeune artiste. En novembre 2017, Moums s’inscrit au tournoi d’improvisation « 1 minute de rap » sur Instagram, l’application mobile de photos. Chaque participant envoie un rap d’une minute pour obtenir le plus de « j’aime ». Là, Moums fait ses preuves et se qualifie pour la finale. « Ce tournoi m’a permis d’avoir plus de visibilité », ajoute-t-il. Ses remix d’artistes, comme le titre B.O.C de Niska, comptabilisent déjà plusieurs milliers de vues sur YouTube.

39506686_223358495001467_2846667241041166336_n

Moums en session d’enregistrement – © Facebook Moums officiel

Ami de Presnel Kimpembe

Des tonalités africaines, des rythmes enjoués, des paroles fédératrices. En juin 2018, Moums sort son premier titre La Pagaille qui fait le buzz sur les réseaux sociaux. « Je fais de l’Afro-trap », évoque Moums. Joyeux et festif, ce style prend sa source en Afrique de l’Ouest, comme au Nigeria ou encore au Ghana.

Ces airs rythmés ont fait danser l’équipe de France. Lors de la Coupe du monde de football, le titre La Pagaille de Moums figurait dans la playlist des Bleus. « Presnel et moi sommes amis depuis la maternelle », sourit Moums. Presnel Kimpembe, surnommé le DJ de l’équipe de France, n’a pas hésité à diffuser la chanson de son ami sur son enceinte, lors des trajets en bus. « Grâce à lui, j’ai pu obtenir une plus grande visibilité sur les réseaux sociaux partout en France », s’enthousiasme-t-il.

29067078_10211604712616777_1021103495094206464_n

Moums et Presnel – © Facebook Moums

Clip tourné à Éragny

Faire danser et rassembler dans une ambiance festive. C’est bien ce que communique Moums dans son clip tourné à Éragny, près de la gare. « La veille du tournage, j’ai posté un message sur les réseaux sociaux en invitant toute la ville à venir figurer dans le clip », confie Moums. « Le lendemain, beaucoup de monde a répondu présent ! », s’exclame le jeune artiste, enjoué. Les paroles de La Pagaille évoquent le quartier de Moums à Éragny, où il a grandi. « J’ai voulu déconstruire les clichés des banlieues », ajoute-t-il. Le clip compte près d’un million de vues sur YouTube depuis le 25 juin dernier. Une véritable ode à la ville d’Éragny.

moums

Clip « La Pagaille » tourné à Eragny

Après un concert très réussi au Cergy Mondial le 8 juillet, Moums sera l’invité de Pape Diouf, artiste sénégalais, à Bercy, le 13 octobre prochain.

Laura Barbaray


← Episode précédent : Gama Boonta

Article à retrouver dans la Gazette du Val d’Oise (n°2216, paru le mercredi 29 août 2018).

Gama Boonta, rappeur de la Haute École #2

Articles & interviews, Musique

« Éragny-sur-Oise, pépinière des musiques urbaines » #2

Ebenezer Lompo (21 ans), alias Gama Boonta, compose ses titres au sein de la Haute École, collectif d’Éragny-sur-Oise qui aide les artistes à se développer.


Dans la cour de récrée du lycée Galilée à Cergy, c’est là que tout commence. « En classe de seconde, ma bande d’amis et moi écoutions beaucoup de rap. Nous avions eu l’idée de créer un groupe » relate Ebenezer. « Un matin, on s’est retrouvés à la pause de 10h, avec notre texte écrit ». En cercle, les premiers freestyles fusent. Des rimes percutantes, des cris d’excitation et des petits attroupements de lycéens viennent entendre les textes déclamés. Ainsi est né Chap Chill, le premier groupe de rap d’Ebenezer, en 2014. Pendant un an et demi, le jeune rappeur fait ses armes au sein du groupe, aujourd’hui dissout.

Enjoué, Ebenezer n’a pas cessé de travailler sa plume. Il se fait remarquer par Bass, rappeur et co-fondateur de la Haute École, grâce à ses articles sur son blog « Le Cercle Vertueux ». Ebenezer évolue au sein du collectif depuis maintenant quatre années. Un soir, devant ses comparses, le jeune artiste fait entendre sa voix grave. « A la fin de chaque réunion, les membres de la Haute École ont l’habitude d’improviser des textes ». Du haut de son mètre 93, il appréhende. D’une voix chevrotante, Ebenezer lâche un couplet. « A ma grande surprise, tous ont été très réceptifs ». Le jeune Éragnien se fait un nom : Gama Boonta.

38678023_219335195419338_2862664598354395136_n

Yanis, Julien, Bass, Ebenezer et Marvin, membres de la Haute Ecole

Des influences culturelles variées

Gama Boonta, ça veut dire quoi ? « Je suis fan du manga Naruto. Mon pseudonyme fait référence au personnage Gamabunta, un crapaud géant. C’est un vieux sage » sourit-il. « On me décrit souvent de quelqu’un de calme, alors le lien a été vite trouvé ».

Le jeune artiste enchaîne les enregistrements. Après son premier EP Jeu de Frime en 2016, il sort un deuxième projet Nénuphar City à l’été 2017. « C’est une ville fictive qui réunie mes influences américaines, asiatiques et africaines » s’enthousiasme-t-il. Ebenezer fait de nombreuses références à ses voyages : Boston, Tokyo et le Burkina Faso.

« Verse du bissap et du saké sur le sol » fredonne le jeune rappeur. Le titre « Bissap & Saké », extrait de Nénuphar City, donne à voir les sources d’inspiration de Gama Boonta. Le bissap est une boisson d’Afrique de l’Ouest à base de fleur d’hibiscus que sa maman prépare régulièrement. Le saké est une boisson alcoolisée japonaise. « Les paroles de la chanson font référence à la libation dans l’Antiquité. Il s’agit d’un rituel religieux qui consiste à verser une boisson sur le sol en offrande à un dieu. Je me suis également inspiré de clips de rappeurs américains qui versent du champagne à 1000$ sur le sol en hommage aux amis décédés » explique-t-il.

38769205_300155254069448_2093566818999336960_n

Pochette « Nénuphar City » – © PolHermann Poupard et Antoine Dumartin

La découverte de la scène

Vibrer, chanter et partager. Ebenezer aime être sur scène. En 2017, dans le cadre de l’inauguration de l’Espace Initiatives Jeunes qui accompagne les jeunes Éragniens dans leurs projets, la Haute École a bénéficié d’une résidence artistique à la Maison de la Challe pendant une semaine. « On a travaillé notre scénographie : les déplacements sur la scène, les interactions avec le public et utiliser le ventre plutôt que crier dans le micro ».

« La scène donne une autre dimension à nos musiques » suggère Gama Boonta. Le jeune rappeur écrit des morceaux spécialement pour ses concerts, comme « Yogourt » sorti en mai 2018. « Ce titre a beaucoup plu sur scène. Lorsque le public est réceptif, ça me motive davantage ». Suite au succès de cette chanson, Gama Boonta l’enregistre en studio et réalise le clip avec l’aide de Julien et Antoine, membres de la Haute École.

38765224_225047095015790_3247271025561305088_n

Concert au Candy Shop, décembre 2017 – © Ce Jean-Pascal

 

Gama Boonta prépare un nouvel EP intitulé Karité, prévu en octobre prochain.

Laura Barbaray


← Episode précédent : La Haute Ecole

Prochain épisode : Moums →

Article à retrouver dans la Gazette du Val d’Oise (n°2215, paru le mercredi 22 août 2018).

TRprod, profondeurs sonores

Articles & interviews, Musique

L’un est chanteur et guitariste, l’autre est arrangeur-compositeur. Le duo TRprod est né de cette rencontre, entre Thomas et Raphaël. Un mélange subtile et mystérieux d’électro, de rock et de trip hop aux tonalités mélancoliques pour un voyage dans les profondeurs sonores. Leur premier EP « Naissance », sorti le 15 juin 2018, laisse entrevoir un univers musical aux multiples nuances. Rencontre.


Un duo complémentaire

Des sonorités synthétiques, une guitare électrique, une voix sombre et grave. TRprod développe sa propre identité musicale, fruit de la rencontre complémentaire de Thomas et Raphaël.

Thomas est chanteur, guitariste et pianiste depuis douze ans. « Auparavant, j’étais membre du groupe pop-rock Terminal Périphérique. J’écrivais les paroles et je composais à la guitare » se présente Thomas. Thomas évolue dans le monde rock, tout en modelant des tonalités mélancoliques. « Je suis sensibles aux paroles de Noir Désir, M ou encore Mano Solo. Je me sens proches de ces artistes musicalement », évoque-t-il.

Raphaël est arrangeur-compositeur. Il a commencé la musique à l’âge de 11 ans en apprenant la guitare. « Lorsque j’ai eu mon premier ordinateur, j’ai travaillé sur un logiciel de musique assistée par ordinateur (MAO). Cela m’a formé dans la technique du son et de l’enregistrement », explique Raphaël. Ainsi, il progresse dans un univers électro et synthétique.

En 2014, c’est là que tout commence. « On s’est rencontrés il y a cinq ans en classe, dans une formation de techniciens des métiers du spectacle » rappelle Raphaël. A cette époque, les deux artistes montent un collectif d’audiovisuel dans la création de courts-métrages. « Nous composions les bandes de son pour ces petits films. Le style musical que nous développions nous plaisait et plaisait à notre entourage » se souvient Thomas. Thomas et Raphaël décident de prolonger l’aventure en créant un duo, TRprod.

28168273_2056322361291069_4067647585256704693_n

Thomas – © TRprod

Faire voyager

Raconter une histoire, évoquer les sentiments du quotidien et faire voyager. Telle est l’intention musicale du premier EP « Naissance » de TRprod, composé de cinq titres. L’expérience de Thomas et Raphaël dans l’illustration sonore leur a permis d’entrer dans la fiction, de faire parler les images à travers la musique. « Les bandes sonores étaient très importantes dans nos courts-métrages. On était exigeants sur la réalisation des musiques et cela nous a permis de trouver peu à peu notre style » confie Thomas. « Ce qui nous a donné le déclic, c’est la bande originale du film ‘Tchao Pantin’, réalisée par CharlElie Couture » ajoute Raphaël. « Les sonorités sombres et mystérieuses nous plaisent, on se reconnaît dans ce style musical » s’enthousiasme Thomas.

« Naissance » pourrait aussi bien raconter une histoire. Ou du moins le voyage initiatique des deux amis. « On pourrait voir dans les musiques de notre EP une continuité. On commence par ‘Genèse’ pour finir avec ‘Turquoise’, deux titres instrumentaux pour ouvrir et clore le voyage » explique Thomas. « On alterne un morceau chanté et une musique instrumentale pour apporter une cohérence et plonger l’auditeur au cœur d’une histoire, d’un univers » ajoute Raphaël.

Travailler dans le temps pour aboutir à un résultat de haute qualité. Seuls, les deux artistes ont composé ce premier EP, selon leur ressenti, sans précipitation. Du pur homemade.

37322713_10215642910280917_8513179029589721088_n

« Naissance » – © TRprod

Une narration visuelle

Si TRprod raconte une histoire à travers les musiques, le duo attache de l’importance à la narration dans les clips. On retrouve leur intérêt pour l’illustration sonore. Le clip du titre « Genèse » met en scène une danseuse au milieu de friches industrielles. Ses mouvements lents et gracieux contrastent avec les scènes tumultueuses de la vie urbaine. « On a pris une feuille blanche et un stylo, et on a réfléchi à la trame du clip, à une narration esthétique » explique Raphaël. « La danseuse avait carte blanche. Elle donne un ton mélancolique, c’est elle qui guide et fait contrepoids par rapport aux scènes de la ville » ajoute Thomas.

Dans le clip de « Genèse » on entre dans les profondeurs abyssales des sons et des images, si ce n’est dans la genèse du projet de TRprod. « Au début du clip, le travelling vers l’avant en direction du tunnel représente un œil » suggère Thomas. « C’est comme si on entrait dans un autre monde pour en ressortir plus ou moins changé à la fin » ajoute-t-il.

trprod

Clip « Genèse » – © TRprod

Le duo TRprod travaille de nouveau sur un prochain EP. « On aimerait revisiter une musique de mon ancien groupe Terminal Périphérique » avance Thomas. D’ici là, TRprod réfléchit à se produire en concert…

Laura Barbaray

Wild Wild Waves, fréquences hybrides

Articles & interviews, Musique

« Peindre des tableaux sonores aux fréquences et textures hybrides ». Le quartet lyonnais Wild Wild Waves formé en 2012 se détache par contraste de la grande toile des artistes électro underground. Un mélange hétéroclite de batteries, de contrebasse et de vibraphone aux notes synthétiques et percussives fait entrer le groupe WWW dans une autre dimension sonore et visuelle, hors champ. A l’occasion de la sortie de la version remixée, le 8 juin 2018, de leur premier album « Nuées », rencontre avec les membres du groupe.


Une vague sauvage et mouvante

Des nuits entières à écouter des albums, à se projeter dans un futur proche et lointain. Ainsi est né Wild Wild Waves. Koji (contrebasse, voix), Keyjah (vibraphone, claviers), Submarine (machines), et Ssokaa (batteries, machines) se sont rencontrés dans les couloirs du conservatoire de Lyon, en cursus jazz. « Ces interminables nuits, un peu sauvages, nous ont inspirés pour le nom du groupe Wild Wild Waves. Les trois ‘W’ forment une vague » expliquent les quatre amis. « On a pris le temps de construire notre propre univers musical » évoquent-ils. Influencés par Weval, Blue Hawaii ou encore Björk, les membres de WWW explorent de nouvelles tonalités et vont plus loin dans leur recherche musicale. C’est le fruit d’innombrables heures d’improvisation et de reprises en studio. « On pourrait qualifier notre musique de mouvante et hétérogène, comme les vagues. On expérimente avec ce qui nous passe sous les doigts. C’est notre petit laboratoire intime » suggère le quartet. La personnalité de chaque musicien forge les différentes créations musicales de WWW.

11221296_498692753611283_4898195872748042839_n

Wild Wild Waves 2015 – © Antoine Meunier

Et le premier album « Nuées » a vu le jour, en mars 2017. « Nous l’avons composé lors d’une résidence de deux semaines dans le Berry, au milieu des champs de tournesols. Des nuées d’oiseaux traversaient le ciel le soir » racontent les artistes. Un contexte propice à des explorations sonores.

De la matière sonore

Des rythmes percutants, des résonances astrales et une voix qui semble flotter sur la musique. L’album « Nuées » donne à voir les sons. Le groupe peint des « tableaux sonores », des longues plages de jeu que les artistes conçoivent touches par touches. « A la façon d’un producteur, on fait évoluer nos morceaux en rajoutant des petits éléments sonores, presque inaudibles » explique WWW. « Cela donne l’impression de créer une grande toile, qui se précise d’instants en instants, et dont on est les seuls à connaître la forme finale » s’enthousiasment les artistes.

« On aime créer avec nos mains ». Le quartet étend aussi son intérêt pour l’art aux graphismes et aux collages qu’ils utilisent pour leurs visuels. « Les collages sont devenus un rituel à chaque moment symbolique du groupe. On tombe sur plein d’images qui nous marquent, on se les partage, et on en ressort une esthétique » disent-ils. Dans le groupe, Koji crée des visuels pour différents labels, artistes et surtout pour le plaisir. Une dimension artistique qui complète l’univers sonore de WWW.

Collage1

Collage – © WWW

Soif de nouveaux projets

« Redécouvrir notre album et le faire découvrir à ceux qui ne le connaissaient pas ». Wild Wild Waves revisite son album avec la sortie de « Nuées Remixed » le 8 juin 2018, sur le label l’Affect Records. Sept titres remixés par sept artistes au style musical différent. Woodwire propose une version aérienne du titre « Dawn » tandis que 2080 explore des sons plus percutants et électroniques sur le morceau « Times ». « On a plein d’amis dont on apprécie le travail musical. On a été agréablement surpris du rendu ! » s’exclame le groupe. « C’était un prétexte pour travailler ensemble, rencontrer des producteurs que l’on connaît moins ».

remix nuées artwork complet

« Nuées Remixed » – © Koji

Et ce n’est pas tout. Le groupe prépare un nouvel EP prévu à l’automne prochain, aux nuances plus pop. « On a également pris le temps de bosser les textes plus en profondeur que sur ‘Nuées’, on voulait parler de trucs qui fâchent, de sujets importants pour nous » ajoutent-ils. Un clip est aussi en cours de réalisation pour l’un des nouveaux titres, dans un esprit coloré et acidulé.

capture décran clip

Prochain clip EP – © WWW

Laura Barbaray

NATION, la soul futuriste

Articles & interviews, Musique

Capturer une forme de mélancolie sonore, teintée d’interrogations existentielles. Telle est l’intention musicale et artistique de NATION dans son premier EP « Something Happened » sorti le 25 mai 2018. Guillaume Destot, leader du projet depuis 2016, explore la « future soul », un univers musical futuriste aux tonalités synthétiques, en quête d’une nouvelle nation et d’une paix intérieure.


Explorer un futur mystérieux

Des effets de guitare saturée, des drum machines et une voix grave recyclée. Le premier EP « Something Happened » de NATION tente d’explorer un univers sonore futuriste. Nourri à la soul des années 1960 comme celle d’Otis Redding, ou plus tard aux chansons de Prince et de Stevie Wonder, Guillaume s’ancre dans ces références musicales mais va plus loin dans sa recherche de tonalités nouvelles. A l’écoute de son EP, on s’immerge alors dans la « future soul » : la combinaison de ces influences des années 60/70 avec des sons mystérieux, presque mystiques. « La future soul, telle que je l’imagine, est une mélancolie chantée par des machines un peu humaines, et par des humains un peu machines » évoque Guillaume. Comme un film de science fiction avec un vieux vinyle de Bill Withers qui tourne en toile de fond.

nation3

NATION – © Pierre Portolano

Rassembler et réunir

NATION n’a rien d’un projet politique. Mais il s’apparente plutôt à « une communauté imaginaire qui se rassemblerait autour d’un univers personnel » résume le chanteur et musicien. En 2016, après son précédent projet de musique pop Vim Cortez, il décide de prendre une direction artistique différente, « plus introspective et plus sombre ». A travers son premier EP, Guillaume tente de créer une nouvelle nation, de l’explorer et de lui appartenir pour ne pas sombrer. « Les chansons évoquent l’espoir, son jumeau négatif ou encore des rêves doux-amers », explique-t-il. Pris dans le tourbillon d’un monde qui va trop vite, qui déstabilise nos repères, Guillaume s’invente un pays, une société ouverte et accessible dans laquelle il trouve refuge.

« Se construire une bulle »

Un sentiment étrange de ne pas se sentir au bon endroit au bon moment. C’est ce que raconte Guillaume à travers le titre « Suddenly I Feel ». « On a tous l’impression d’être des étrangers dans nos vies, et je le ressens très souvent » exprime-t-il. « Je me construis moi-même une bulle, mais souvent, elle éclate face à tant d’yeux et de visages qui m’entourent… ».

Le clip présente la quête compulsive d’un personnage pour un ailleurs artificiel. « J’ai représenté cette idée à travers un viewmaster, un objet suranné, qui est un peu l’ancêtre de la réalité virtuelle. Le personnage passe d’un ‘dealer’ à l’autre  jusqu’à ce qu’une femme un peu maternelle lui donne le dernier disque et lui montre qu’il cherche un passé révolu qu’il ne retrouvera pas » suggère Guillaume.

nation2

Clip « Suddenly I Feel » – NATION

En attendant les prochains concerts de NATION d’ici septembre, Guillaume développe l’univers sonore et visuel de son projet, avec notamment le tournage du clip « Brooding Thuggery » prévu au mois d’août.

Laura Barbaray

Leska, le duo éclectique

Articles & interviews, Musique

Le bruit des roues d’un skateboard sur le bitume, des tonalités électro percussives, et la voix de José R. Fontao qui monte en puissance. « Curious » le nouveau titre de Leska, duo formé de Marc Mifune (alias Les Gordon) et Thomas Lucas (alias Douchka), donne un avant-goût de leur prochain EP « Circles II » prévu le 15 juin 2018. Après leur succès au Printemps de Bourges l’an dernier, les deux artistes rennais joueront aux Vieilles Charrues le 21 juillet prochain.


Un duo complémentaire

Leska, c’est la rencontre entre deux univers musicaux différents, mais complémentaires. La légèreté de Les Gordon et l’énergie de Douchka.

Marc est violoncelliste. « J’ai étudié au conservatoire » explique-t-il. Avec son projet Les Gordon, il signe plusieurs EPs, aux sonorités synthétiques et japonaises, chez le label Kitsuné. Thomas, lui, est batteur et DJ. Petit à petit, il se fait une place dans la musique électro en signant chez Nowadays Records.

La singularité des deux artistes a formé Leska, en 2015. « On a chacun notre univers. Notre volonté est de créer une troisième entité musicale à part entière » résume Marc. « Lorsqu’on a sorti notre premier morceau ‘Olympia’, on n’imaginait pas faire du live. On produisait du son, mais un son tout à fait nouveau. Et aujourd’hui sur les sessions live, la complémentarité se fait tout naturellement » ajoute Thomas.

Originaires de Rennes, les deux artistes trouvent aussi un point de jonction dans la ville bretonne. « On s’y sent bien. Rennes est comme un foyer pour nous » évoque Marc. « C’est vrai qu’on est particulièrement attachés à la ville, puisque notre premier concert était à la scène de l’Antipode, à Rennes. Cependant, on reste ouverts au territoire national » confie Thomas.

52

Leska (Marc et Thomas) – © Micky Clément

De nouvelles expériences sonores

Explorer un genre musical nouveau, imaginer des sonorités progressives. Tel est le projet de Leska. « On n’aime pas les étiquettes. On ne dresse pas de frontières entre les genres. On teste, on expérimente librement de nouveaux sons, ce qui permet d’affiner notre identité, mais notre principal objectif est la recherche de nouvelles expériences sonores » explique Thomas. En piochant dans l’électro, le rock ou encore la musique classique, Leska compose spontanément. « Chaque morceau renouvelle perpétuellement notre style musical » ajoute Marc.

Après leur premier EP « Circles » en 2017, aux mélodies reggaeton et influencé par leur voyage en Afrique du Sud, Leska revient avec l’épisode 2. « Circles II », la suite logique ? « Les rythmes sont plus lents et percussifs, on a beaucoup appris des lives. C’est la suite de notre évolution musicale, de nos recherches sonores », affirme Thomas. Les deux jeunes artistes ont apporté de nouvelles voix, en attachant de l’importance aux collaborations. « Cela s’inscrit toujours dans notre volonté d’expérimenter : sur le premier EP on a déjà samplé, alors intégrer de vraies voix nous semblait intéressant cette fois-ci », selon Marc. La chanteuse américaine Lia prête sa voix sur le titre puissant et organique « Only and only ». Ou encore José R. Fontao, du groupe Stuck In The Sound, sur le morceau « Curious ».

Cover CIRCLES Web Full HD

Circles II – Leska

Des artistes complets

Le duo Leska excelle dans la musique, mais aussi dans la production visuelle. Marc et Thomas ont entièrement réalisé le clip de « Curious », sur le port de Douarnenez en Bretagne. Une nuée de skateurs tournoient au milieu des entrepôts. « Depuis un certain temps, on pensait réaliser un clip avec des skateurs. La websérie de Marion Gervais ‘La bande du skatepark’ a beaucoup influencé notre travail » évoque Thomas. « D’autre part, on a écrit pas mal de maxis sur le port de Douarnenez, c’est significatif pour nous » se souvient-il.

Sur scène, Leska mêle les sons électroniques avec de vrais instruments. Marc joue du violoncelle ou encore de la guitare. Entre deux mix, Thomas se met à la batterie. « Faire danser le public, c’est notre principal désir » résume Marc. La scénographie fait partie intégrante du live : les lumières intensifient les sons pour une performance pleinement réussie. Une effusion d’énergie.

750x500

Clip « Curious » – Leska


Concerts à venir :

  • 21/07/2018 : Festival des Vieilles Charrues – Carhaix-Plouguer
  • 18/08/2018 : Festival Submersons – Muzillac
  • 19/09/2018 : Point Éphémère – Paris

Laura Barbaray

Focus sur la playlist – l’interview de MOU

Articles & interviews, Musique

Artistes en floraison Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En février, l’artiste nantais MOU avec le titre « Godbless » est mis à l’honneur.


Tu es cuisinier à tes heures perdues à Nantes. La musique reste-t-elle un passe-temps ou envisages-tu de quitter tes fourneaux ?

Pour commencer, disons que je suis musicien à mes heures perdues. Ma formation de base c’est la restauration, alors que je n’en ai jamais effectuée pour la musique. On va dire qu’il est un peu trop tôt pour moi d’envisager de quitter mes fourneaux. Bien que ces derniers temps je me penche énormément sur ma musique et les projets à venir. Laissons le temps aux choses, voir comment cela évolue, et pourquoi pas, un jour quitter ma cuisine, quand la route sera plus claire… Je suis de nature anxieuse, j’ai besoin de savoir où les choses m’emmènent avant de foncer.

D’où vient ta passion pour la musique et comment es-tu entré dans le monde musical ?

J’ai toujours écouté énormément de musique, mes parents n’avaient pas beaucoup de vinyles mais les écoutaient tous les jours. J’ai aussi deux grandes sœurs qui adorent la musique, beaucoup de chanson française en réalité. Et par la suite j’ai commencé à squatter la médiathèque de ma ville natale avec des potes, pour chopper des skeuds et les graver à la maison pour agrandir ma collection.

Je suis entré dans le monde musical en faisant des rencontres, principalement une fois sur Nantes. Ça a commencé avec Bâton (batteur de Rhum for Pauline), il m’a beaucoup conseillé sur comment avancer là-dedans. Ensuite, c’est allé assez vite, je connaissais aussi Lenparrot, et ces deux-là sont liés au label Futur. Futur m’a programmé pour leur festival qui est organisé tous les ans en juillet à Trempolino. Et à partir de là, j’ai rencontré La Brousse, le co-fondateur du label, qui m’a proposé de bosser sur ses prods. C’est le beatmaker de l’EP et il a aussi fait toutes les instrus.

On te décrit souvent comme « ni rappeur et ni chanteur ». Es-tu d’accord ? Quelles sont tes influences musicales ?

Je suis relativement d’accord même si je ne suis pas fan des étiquettes que l’on peut donner aux musiciens. Mes influences sont principalement hip-hop, mais ma famille n’écoutait que de la chanson française donc ça a dû avoir un impact sur ma musique aussi. Pour les artistes qui m’ont vraiment marqué, il y a Doc Gynéco avec « Première Consultation », Oxmo Puccino avec « L’amour est mort » ou encore Fabe avec « Détournement de son ». A présent, des groupes comme Mild High Club, Homeshake et des gars comme Muddy Monk font partie des artistes que j’écoute beaucoup.

Ton nom d’artiste « MOU » laisse imaginer une certaine nonchalance, une certaine mollesse dans tes chansons. Pourquoi avoir choisi ce nom, un brin provocateur ?

En effet, je voulais marquer la chose. Je suis relativement calme, voire mou personnellement et je me suis rendu compte que dans ma musique, cette nonchalance revenait. Cela me semblait logique de ne pas vendre quelque chose qui n’était pas moi, je pense que les gens sont prévenus quand ils écoutent mes tracks !

Ton premier EP « Full Sentimental » est sorti le 19 janvier 2018. Qu’exprimes-tu à travers tes chansons, aux rythmes lents et ankylosés ? Y a-t-il un rapport avec ton nom d’artiste « MOU » ?

Le but de cet EP était de tester d’autres choses avant tout. Me prêter plus à chanter, sur des beats dont je n’étais pas habitué auparavant. Ce qui reste cool, c’est que La Brousse a aussi une très bonne culture hip-hop donc on a pu trouver un terrain d’entente. J’essaie juste de parler de mon quotidien, des choses qui m’entourent, parfois de détails futiles mais aussi de délires plus lointains et imaginaires.

MouFullSentimental_preview

© Mou – Full Sentimental

Le titre de ton EP fait-il référence à Alain Souchon ?

Je suis un grand amateur de jeux de mots, et pouvoir faire un clin d’œil à la chanson française tout en expliquant que l’EP est rempli d’amour c’était parfait.

A l’écoute de ton titre « Godbless », on ressent de l’amertume. Les paroles sont incisives et mélancoliques. Quelle émotion souhaites-tu partager à travers ce titre ?

A la base, je voulais créer une mélancomédie, ce que personne n’a compris. Je parle d’un chien qui se nomme Godbless, qui me mène la vie dure. J’ai essayé de l’imager comme si c’était une personne, en décidant que ses croquettes seraient des corn flakes et qu’il s’éclipsait dehors quand il y avait trop de fumée de clopes à l’intérieur. Tout ça, sur une instru très mélancolique, pour contre-balancer la chose. Mais finalement, chacun en fait son histoire et ce n’est pas plus mal.

Comment a-t-il été composé ?

Lorsque Quentin (La Brousse) m’a envoyé cette prod, je savais qu’il fallait faire quelque chose avec mais je ne voulais pas tomber dans le côté « drama », c’était trop facile. Et puis, j’ai tendance à mater beaucoup de vidéos de chiens sur Instagram, ce qui est arrivé le jour où j’ai écouté l’instru de « Godbless ». Du coup c’est allé assez vite pour écrire ce texte car l’envie d’avoir un chien me démange depuis un petit moment… J’adore les chiens, c’est une passion depuis tout petit. Je pense qu’on retrouvera le thème canin dans d’autres sons.

Le clip de « Godbless » te met en scène dans une maison presque vide avec ce fameux chien. Tu sembles planer dans une atmosphère surréaliste. Que signifie le clip et comment a-t-il été réalisé ?

Le but était de mettre en avant juste un chien et moi, raconter une histoire à deux, et que derrière la jolie tronche de ce chien, il me menait la vie dure… Amener une vision surréaliste était cool car cette chanson l’est complètement, je fais quand même un titre sur un animal qui n’en a rien à faire de mes dires et me laisse sous les décombres de ces conneries.

Le père d’une de mes amies a un grand domaine avec de vieux bâtiments abandonnés. En plus de cela, il possède 3 ou 4 chiens donc le cadre était idéal pour tourner le clip. Ensuite, j’ai contacté Zoé Cavaro, qui avait déjà travaillé avec moi auparavant, je lui ai expliqué le thème, le contexte, et elle a réussi à retranscrire dans les images tout ce que je désirais. C’est elle qui a fait le travail, car j’avais des idées en tête mais elle a très bien réussie à apporter sa touche.

Quels sont tes prochains concerts ?

Le 17 mars au Pop Up du Label à Paris, c’est une réunion du gang Futur. Il y aura les différentes signatures que le label a pu faire ces dernières années, avec Ricky Hollywood, Ed Mount et moi-même. Mais aussi, Voyou, qui est un pote à nous, en dj set avec La Brousse et Raphael d’Hervez, les fondateurs du label.

Sinon il y a le 5 mai au Pannonica à Nantes, pour une carte blanche de Lenparrot. Une belle réunion de copains avec Tonus, La Muerte, Discolowcost et Lenparrot himself.

As-tu des projets pour l’avenir ?

Pour le moment j’écris. De nombreuses choses risquent d’arriver d’ici peu, avec pas mal de surprises. Je n’ai pas de projet d’album pour le moment, le format d’EP me plait bien, ça me permet de peaufiner mon univers et pouvoir garder une cohérence sur le projet.

Laura Barbaray

Article à retrouver sur Radio Néo.